Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/07/2015

"Retourner le champ invisible..."

 dedans dehors.pngfenêtre voile.pngfleurs mauves et voile.png

 « Continuer inlassablement de retourner le champ invisible »

Franck André Jamme, cité par les Souffleurs (commandos poétiques), sur leur site

« Susciter du visible fomente de l’invisible. La forme instaure ce qu’elle efface »

Joseph Beaude, « Habiter », livret premier, rééd. pré#carré, 2015

« écrire encore / un poème une phrase un chant / peu importe le nom / écrire encore »

Michaël Glück, « encore », opus IV, éd. pré#carré, 2014 

..............

« Retourner le champ invisible », en photographiant. Avec des éclats du monde, volés dans un instant à peine happé : regarder, cadrer, prendre. Et si le bord invisible du sens des choses mortes et vivantes n’y est pas, ou si le cadrage n’est pas celui du regard instinctif,  ne pas corriger, jeter... On ne traverse pas les transparences du réel avec de la technique retravaillée. Mais plutôt avec l’incessante maturation du regard. C’est plus de temps, de patience. Quelque chose jaillit du hasard, qui se préparait dans un long et lent silence.

Pourquoi le regard a-t-il tant d’importance, et tant en ce moment ? Un équilibre à trouver contre les cris des terreurs, et cette nécessaire présence au bruit du monde ? Art et douceur contre revue de presse et douleur ? Tentative pour saisir et comprendre l’arrière-plan de la violence du réel ? Et puiser de la beauté dans cet arrière-plan…

Mais aussi recherche du lieu, invention du lieu, pour savoir quelle ville on habite, où est la trace de la terre dans le béton, la couleur dans la rue, la lumière dans l’ombre. Recherche des voiles qui délivrent le caché. Et soi, autre lieu.

« Retourner le champ invisible », en écrivant.  Contre l’instant saisi, brutale émergence d’une mémoire des yeux, permanente lenteur de la gestation de soi. Ecrire ? Mettre ses yeux en mots, mais les yeux derrière les yeux. Barrer, effacer, couper, déchirer : revenir et revenir. Choisir le peu, l’essentiel. Malaxer corps et âme, tracer, comme sur du sable.

C’est ce que dit Kenneth White de cette ascèse de sens : « Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de « production » et de « publication » / toute idée d’une « réputation » à forger / engagé plutôt dans quelque chose / --- loin de toute littérature --- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique » (« La Résidence de la solitude et de la lumière », William Blake and Co, 1978) 

Visible, invisible, dedans dehors. Mirages, ou vraie présence ? Le lieu projeté ailleurs avec ses lumières, ou l’ailleurs entré dans le lieu avec les signes du lointain, transparences de l’autre ? Tout est voile, et donc tout révèle l’œil central. Que ce soit la nuit, les reflets, ou des rideaux mouvants, légers, un voile fin, fait de rien, de rayon rose mauve, une toile tapissant d’ombres et d’arbres une trouée de ciel, des perles pour une échappée de rue sombre, ou un rideau métallique captant des spirales… tout est voile. 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographiestrouée de ciel et reflets toile.pngVoile perles et noir.pngvoile métal.png

 

 

 

 

 

 

23/07/2015

Lire José Val del Omar, citations (espagnol et traduction) et liens…

VDO SIN FIN.jpg

Citations…  Je reprends et regroupe ici certains des fragments de José Val del Omar découverts lors de l’exposition de juin et sur les sites associés. J’y ajoute deux pensées trouvées sur des pages de blogs (des passionnés connaisseurs de l’auteur cinéaste et poète). Et je fais de l’ensemble une traduction personnelle, libre…

« Somos  los terminales nerviosos de la retina colectiva» (Nous sommes les terminaux nerveux de la rétine collective)

« Lo que llamamos contranos u opuestos son trozos de la Unidad. » (Ce que nous appelons présences contraires ou réalités adverses sont des fragments  de l’Un).

... « Todo desea ser Todo, y para ser Todo hay que no ser nada. Comenzar por quedar vacio. » (En tout il y a désir d’être le Tout, et pour être Tout il faut n’être rien. Commencer par rester vide.)

 « Somos  los terminales nerviosos de la retina colectiva» (Nous sommes les terminaux nerveux de la rétine collective)

« El circuito eléctrico nos introduce en el simultáneo. Todo se convierte en directo camino » (Par le circuit électrique nous pénétrons dans le simultané. Tout se transforme en voie directe.)

« Existe en la sustancia una Conciencia Colectiva que alumbra y taladra nuestras miserias. » (Il existe dans la matrice matérielle une Conscience collective qui illumine et transperce nos misères.)

« El mirar sólo desde una parte nos amodorra. » (Le regard qui ne viendrait que d’une source partielle nous transformerait en dormeurs.)

« El propio hombre es una insólita unita contradictoria a la que llamamos individuo. » (En soi l’être humain est une insolite unité en contradiction avec ce que nous appelons individu ou individuation.)

« El hombre está en camino hacia la Unidad; ese camino es pálpito entre diferencias. » (L’être humain est en chemin vers l’Unité, vers le Un; ce chemin palpite entre les réalités divergentes.)

«Sobre el diario parpadeo, todo marchitándose y todo naciendo. » (Sur le cillement léger du jour, tout s’étiolant et tout venant au monde.)

«Lo más opuesto se conjuga y armoniza.» (Du plus lointain opposé tout se rejoint et crée l’harmonie.)

………………

Une de ses réflexions sur le cinéma : «Puedo deciros que en las proyecciones cinematográficas puras el telón desaparece, la retina del espectador desaparece, sólo queda nuestra pantalla psíquica absorbiendo los rayos luminosos como si fuera la superficie de un lago profundo, sobre el que se proyecta un sueño y en el cual el instinto se reconoce. Y conectarse. Y fundirse. » (Je peux vous dire qu’à la projection des films le rideau disparaît, la rétine du spectateur disparaît, seul demeure l’écran psychique absorbant les rayons lumineux comme si c’était la surface d’un lac profond, sur lequel se projette un rêve et dans lequel la part profonde de l’être se reconnaît. Et ainsi se relier. Et se fondre en cela.). Source : https://navegandohaciamoonfleet.wordpress.com/2015/05/21/citas-un-lago-profundo/

Pensées sur la perception du réel, le rêve et la conscience : « Tras la verdad palpable, hoy nos adentramos más y más en un profundo sueño táctil.» (Après le temps de la vérité palpable, actuellement nous pénétrons de plus en plus dans un profond rêve tactile). Source (page avec un poème en hommage à l’auteur « en risque de parrhèsia »).

Le livre « Val del Omar sin fin » est une publication de la Filmoteca de Andalucia, Granada.

…………………………………………………………………

LIENS :

Page de blog. « José Val del Omar, un genio olvidado ». Génie oublié : http://osomosonosomos.blogspot.fr/2009/05/jose-val-del-omar-un-genio-olvidado.html

Parrhèsia ? Une parole qui ose une mise en danger, éthique du risque de dire plutôt que le silence : http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4440

Textes et livres de et sur José Val del Omar, sur le site dédié : http://www.valdelomar.com

Soundcloud : https://soundcloud.com/val_del_omar

Fiche wikipedia : https://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Val_del_Omar 

Page Facebook : https://www.facebook.com/pages/Val-del-Omar/46660711337?fref=photo

20/07/2015

ARBRES, un monde infini…

DOUCEUR de l'OMBRE  ARBRES.jpgMARIO MERCIER.jpg

« Un seul arbre, une seule ombre, et un homme. » 

(…) « Personne ne tient  / la frontière / qui mène / du signe au songe »

André Velter, L’Arbre-Seul, coll. Poésie/Gallimard

« Ce qui m’enchante ce sont les feuilles. Multicolores comme les fleurs. »

Jacques Henri Lartigue, citation affichée, exposition de la MEP (24 juin au 24 août 2015) : http://www.mep-fr.org/evenement/lartigue/ 

Si on aime les arbres, on commence par les contempler, les photographier (et les photographier transforme le regard qu’on a sur eux), mais on a envie aussi de rechercher le sens du regard de tous, culturellement, historiquement. C’est un voyage dans une géographie mentale, une plongée dans l’inconscient collectif, une occasion de questionnement, aussi, sur son lien avec la nature, y compris celle qui trouve sa place dans les villes, arbres des rues, des jardins, des parcs. Arbres sculpteurs dont les branches dessinent des formes magnifiques, chorégraphies de bois. J’ai photographié une centaine d’arbres, récemment, photographies posées dans le tiroir invisible du temps…

Quand on lit des ouvrages sur des arbres, symboliquement, métaphoriquement, ce n’est plus seulement l’arbre de la forêt (ou des jardins) qui est pris en compte (même s’il l’est, concrètement), mais un arbre mythologique, qui rejoint le cosmos, le représente, traduit du sens. Avec cette notion, aussi, d’arbre intérieur, dans la perception de l’énergétique chinoise, indienne, tibétaine, autour de la conception des centres énergétiques (une géométrie du corps et du psychisme). D’un continent à l’autre (Asie, Afrique, Amérique, Australie, Europe) les conceptions divergent par les mots et les structures, mais d’une manière ou d’une autre on retrouve la figure de l’arbre. Arbre présent dans la poésie, la fiction, la peinture, le cinéma (présence répétitive de l'arbre dans les films d'Andreï Tarkovski : L'Enfance d'Ivan, Le Sacrifice, Andreï Roublev...).

Dans la culture religieuse, ésotérique, on parle d’arbre de vie. Pour la Bible c’est l’arbre de la connaissance, et dans la Kabbale l’arbre séphirotique du microcosme miroir du macrocosme, univers cosmique…  Géométrie rêvée ou source de sagesse, chacun en fait la lecture qu’il veut, mais ce sont des élaborations humaines qui tentent de déchiffrer le réel, donc méritent le détour.

Un livre offre le parcours de la vision de l’arbre au cours du temps, « La Douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », d’Alain Corbin, éd. Fayard (découvert par une critique de Roger-Pol Droit dans Le Monde, « Le besoin d’enlacer les arbres », 18-04-2013) : http://bit.ly/1ecBAhC

Page éditeur, Fayard : http://www.fayard.fr/la-douceur-de-lombre-9782213661650

Chez Decitre, diffusion : http://www.decitre.fr/livres/la-douceur-de-l-ombre-9782213661650.html

...

Pour parcourir une sorte de géographie des arbres on peut consulter les sites suivants très riches (dont pages sur Facebook, publiques, visibles comme des blogs) :

Arbres remarquables (avec une carte de France), de quoi découvrir : http://www.arbres.org/arbres_remarquables.html

Arbres vénérables : https://krapooarboricole.wordpress.com/liste-des-arbres-venerables/

Liste d’arbres remarquables, monde, wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27arbres_remarquables

Page Facebook, Arbres remarquables du monde, photographies. Regarder et connaître : https://www.facebook.com/ArbresRemarquablesDuMonde

Page Facebook, Arbres remarquables et boisés de France, iconographie (arbres, créations). L’arbre source de culture et art : https://www.facebook.com/arbres.remarquables.france

...

Pour aller au-delà du sens premier :

Page wikipedia, avec de nombreux liens vers des articles divers sur différentes visions (chamanisme, symbolisme, etc.). Arbre du Monde : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_du_Monde

Bible, Kabbale, belle galerie iconographique sur ce thème, page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_vie

Arbre de vie, sur Esopedia : http://esopedia.urobore.net/Arbre_de_Vie_(g%C3%A9n%C3%A9ral)

Arbre séphirotique : http://users.skynet.be/lotus/tree/sefirot-fr.htm Et (définitions) : http://cnrtl.fr/definition/se%CC%81phirotique plus (symbolisme, iconographie) : http://www.kabbale.eu/rubrique/etudes-kabbalistiques/kabb...

...

Lecture chamanique, c’est ce que fait Mario Mercier dans son livre (interprétation et pratique initiatique), « L’Enseignement de l’arbre-maître ».

Page éditeur, éd. Du Relié : http://www.editions-du-relie.com/L-enseignement-de-l-arbre-maitre.html

Et chez Decitre : http://bit.ly/1DqXrsa

Arbre support de retour sur soi… Entre rêve et méditation. Des cartes (une sorte de tarot des arbres), arbres du monde entier. "L’Oracle des arbres", par Jane Strythers, éd. Guy Trédaniel. Diffusion Decitre ou Amazon : http://www.decitre.fr/livres/l-oracle-des-arbres-9782813205056.html

Vision ésotérique, aussi, mais qui rejoint ce que disent les taoïstes sur l’arbre (échange entre les humains et l’arbre. Deux livres de Marie Emilia Vannier. Autoédition, diffusée largement (Amazon, etc.) : http://www.arbreguerisseur.com/

© MC San Juan (TramesNomades)

17/06/2015

Carnival/Intact Project/Tweeter Module, par Sara Malinarich. Exposition chez Mamia Bretesché, Paris, juin 2015

EXPO  VIDEO 7.jpgEXPO  VIDEO 10.jpg

EXPO  VIDEO 4.jpgEXPO  VIDEO 11.jpgEXPO  VIDEO 13.jpgEXPO  VIDEO 12.jpgEXPO  VIDEO 6.jpgEXPO  VIDEO 5.jpgEXPO  VIDEO 3.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme de longs échos qui de loin se confondent / Dans une ténébreuse et profonde unité, / Vaste comme la nuit et comme la clarté, / Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Charles Baudelaire, Correspondances/Les Fleurs du mal

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes

Arthur Rimbaud, Voyelles/Poésies

« Somos  los terminales nerviosos de la retina colectiva» (Nous sommes les terminaux nerveux de la rétine collective)

 José Val del Omar

(Sur José Val del Omar voir la note précédente, introductive – ce cinéaste-poète-inventeur-penseur du regard, théoricien et artiste espagnol né à Grenade, étant une source majeure de la démarche présentée ici).

...............

Carnival/Intact Project/Tweeter Module…« Le virtuel devient réalité ». Démonstration, performance, exposition d’une héritière, donc, de José Val del Omar, Sara Malinarich. Ce projet étonnant met en place une présence qui n’en est pas une, une réalité non réelle. Virtuelle, oui, autrement présente, réelle concrètement vivante, non. Interférence de la machine et de la conscience humaine, et éclatement de la conscience en espace multiple. Une conscience qui n’est plus seulement celle de l’individu, mais un arrière-plan collectif, une conscience globale. « Rétine collective », dit José Val del Omar. Cela peut rejoindre, pour moi, la théorie jungienne, un inconscient plus large que la fantasmagorie personnelle, mémorielle en partie, et imaginaire en partie : un univers de signes souterrainement communs. « Terminaux nerveux », nous, indépendamment de la technique. Par la force du biologique. Mais la technique renforce l’impact. Cela peut rejoindre aussi la pensée du Tao. Nous, reliés, connectés les uns aux autres, bons ou mauvais, contenus dans l’univers mais le contenant. Cosmos intérieur autant qu’extérieur, un monde d’étoiles en nous. Pour lire à travers ce champ multiple, les correspondances baudelairiennes donnaient déjà des clés. Tout se parle, se traduit : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent », car la dispersion est illusoire : « ténébreuse et profonde unité » (ténébreuse, car indéchiffrable, mystérieuse, incompréhensible au regard du petit « je » qui se croit séparé du tout). Cela c’est conforme à ce que j’ai intégré de la pensée de José Val del Omar. Une vision où la technique sert comme révélateur d’un savoir perceptif déjà là. L’œil collectif voit à travers nous quand on prend une photographie et qu’à la fois on sait et on ne sait pas ce qu’on saisit. Importance de cet artiste (et auteur) comme penseur du regard.

Mais qu’ont-ils donc fait, à Intact Project, avec Medialab à Madrid et le Lieu multiple de Poitiers ? Qu’ont-ils fait dans ce laboratoire d’art, maître en innovation, dirigé par Sara Malinarich? La galerie parisienne, le temps de l'exposition (et plus, grâce aux outils informatiques) se trouvant reliée à Madrid et Poitiers (et Madrid étant en réseau avec d’autres lieux ailleurs en Espagne  - surtout – mais aussi avec quelques centres similaires, en France, au Québec, et ailleurs). Interactions et interférences, connexions infinies. Ils (et donc elle...) ont introduit un module dans le système informatique (comment, je n’en sais rien : laissons aux techniciens la maîtrise du dispositif électronique). Ce qui compte c’est l’introduction de cette téléprésence distancée qui, par ce « Rachael Runner », twitter apparemment être fantomatique mais réalité virtuelle, reçoit des messages et les renvoie transformés en créations graphiques. On voit sur l’écran la phrase exploser (en quelque sorte), les lettres se disperser et des couleurs, des formes apparaître, qui se mêlent aux lettres, les intègrent, les métamorphosent. Là on a sous les yeux une démonstration de l’affirmation de Rimbaud : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes ». Son intuition visionnaire est confirmée par la technique... C’est mouvant, comme un film. Mais si on stoppe le flux, un tableau se crée, qui peut être figé par la caméra qui capture l’image d’un instant unique, avec des fragments des lettres du message originel, ou pas. (Peut être reçu n’importe quel  texte de n’importe qui, à condition qu’il contienne le mot clé #telepresence). En réponse le module renvoie le tableau capturé, avec, en légende, une citation de José Val del  Omar. (C’est, en plus, une judicieuse manière de faire lire un poète...). La vidéo, elle, bruisse du son des formes (c’est l’impression que j’ai eue).

Des photographies représentent des instants capturés alors que les images défilaient (je voulais saisir au passage les lettres des mots éclatés). Les créations mises en forme sont dans des cadres, et la citation de José Val del Omar y est lisible. (L’autre nom est celui de l’expéditeur du premier message, destinataire de celui-ci). Est à part un autoportrait fantôme (l’image avec les trois ovales blancs sur du noir et un fond bleu) : sur le verre du cadre se reflète ma main qui tient l’appareil, mon ombre et on voit, à peine, reflétés aussi, trois petits cadres des vidéastes, accrochés sur le mur, en face. Je suis entrée dans l’écriture de José Val del Omar, imprégnée, traversée. Après tout, c’était un des buts...

L’artiste (chilienne) qui proposait cette démonstration, Sara Malinarich, est une spécialiste de ce concept de la téléprésence et des performances et réalisations que cela permet de penser. Elle a posé diverses installations dont le support était fondé sur la création connectée, l’inventivité formelle technique, les nouveaux moyens de communication, un langage d’avant-garde, une mise en scène à plusieurs dimensions. 

Quand on lit (sur divers sites, et sur le sien) la présentation de son parcours, on mesure la part de recherche, artistique et théorique, qui sous-tend la création.  (Beaux-Arts au Chili et en Espagne, doctorat, recherches innovantes dans le domaine de la culture visuelle et des avancées technologiques. Spécialisation en arts numériques et dans la création d’interfaces technologiques. Direction d'Intact Project, réseau de téléprésence produisant des interfaces pour interactions artistiques). Place, dans cette démarche, il me semble, pour des interrogations sociales : son exposition (une fois resituée dans le contexte de son itinéraire intellectuel et créatif) fait écho au thème du Printemps des Poètes (dont il y avait encore des traces au Marché de la Poésie, par certaines publications) : l’insurrection poétique. Car la technique peut être un outil pour emprisonner et manipuler, ou, au contraire, pour créer plus de conscience, une intelligence collective capable d’interagir de manière subversive (ce qui ne veut pas dire violente mais agissante pour une liberté en fraternité).  

Site d’Intact project : http://www.intact01.net/

Page du module Rachael Runner sur twitter (où regarder et lire...). Pour faire fonctionner la réponse virtuelle (transformation du message en image où les mots dispersent leurs lettres et se traduisent en formes et couleurs) il faut envoyer un tweet contenant le mot clé "telepresence", pour activer le déclenchement du logiciel) : https://twitter.com/rachael_runner

Le module dans le cadre de l’exposition et sa poursuite, Rachael Runner : https://twitter.com/Rachael_Runner/status/606462558401396736

Site personnel de Sara Malinarich (biographie, réalisations, publications dont une analyse de l’impact des réseaux sur notre réalité personnelle et collective, questionnement sur la nouvelle réalité de l’identité, et la question des alternatives dans le monde en devenir) : http://www.saramalinarich.net/

Catalogue (Sara Malinarich), pdf (œuvres graphiques et citations du poète, José Val del Omar) : http://www.intact01.net/wp-content/uploads/2015/05/catalogo_expo_mamia.pdf

...........................................................................................................................................

Echo singulier à ces recherches, le travail du collectif Reify (New York), qui utilise l’impression 3 D pour donner forme aux sons. Une chanson devient un objet visuel palpable. Sur leur site (« Turn Songs into 3D-Printed Sculptures You Can ‘Listen To’ with Reify ») on peut voir des photographies d’objets-sculptures obtenus ainsi : http://www.thisiscolossal.com/2015/04/turn-songs-into-3d-printed-sculptures-you-can-listen-to-with-reify/ 

............................................................................................................................................

Sara Malinarich était accompagnée, dans cette exposition, par un couple d’artistes  vidéastes, White Black Fungus (Reinhard Hampel et Véronique Cartier-Hampel). Leurs créations mêlent photographies, vidéos en plans fixes ou trajectoires lentes, dessins, peintures. Un montage fait aller de l’image réelle à la photographie modifiée, de la photographie à la peinture, en passant par des surimpressions qui font voir autre chose, imaginer, projeter.  La création ovale (avec du rose-mauve) représente un moment d’une vidéo, le demi-cercle un autre instant fugace. Voir leur  site : http://www.whiteblackfungus.com/

................................................................................................................................................

Le site de la galerie Mamia Bretesché : http://www.mamiabreteschegallery.com/ 

...............................................................................................................................................

Je reprends ici certaines des citations du poète José Val del Omar, et en fais une traduction personnelle, très libre (comme pour d’autres, dans la note précédente) :

« El circuito eléctrico nos introduce en el simultáneo. Todo se convierte en directo camino » (Par le circuit électrique nous pénétrons dans le simultané. Tout se transforme en voie directe.)

« Existe en la sustancia una Conciencia Colectiva que alumbra y taladra nuestras miserias. »(Il existe dans la matrice matérielle une Conscience collective qui illumine et transperce nos misères.)

« El mirar sólo desde una parte nos amodorra. » (Le regard qui ne viendrait que d’une source partielle nous transformerait en dormeurs.)

« El propio hombre es una insólita unita contradictoria a la que llamamos individuo. » (En soi l’être humain est une insolite unité en contradiction avec ce que nous appelons individu ou individuation.)

« El hombre está en camino hacia la Unidad; ese camino es pálpito entre diferencias. » (L’être humain est en chemin vers l’Unité, vers le Un; ce chemin palpite entre les réalités divergentes.)

«Sobre el diario parpadeo, todo marchitándose y todo naciendo. » (Sur le cillement léger du jour, tout s’étiolant et tout venant au monde.)EXPO  VIDEO 14.jpg

«Lo más opuesto se conjuga y armoniza.» (Du plus lointain opposé tout se rejoint et crée l’harmonie.)

Voir la page... multiple (autres citations et productions graphiques...) : https://twitter.com/rachael_runner Ou le catalogue en ligne (lien ci-dessus : productions visuelles disponibles, art numérique).

16/06/2015

Découvrir José Val del Omar. Note introductive à l’exposition d’une héritière du cinéaste-poète, Sara Malinarich

LIVRE VAL del OMAR.jpg

Note introductive, car pour comprendre la démarche de Sara Malinarich (note qui va suivre) il faut, je crois, se situer dans le sillage du cinéaste, inventeur et chercheur, poète, présent dans l’exposition que j’ai vue il y a quelques jours, et qui est toujours visible, galerie Mamia Bretesché. Doublement présent. D’abord par la continuité d’une inventivité technique (et de la réflexion qu’elle induit sur ce qu’est regarder, sur le rapport entre la vue et les autres sens, sur les interférences tant visuelles que sonores). Ensuite par ses textes, citations transférées par des tweets, eux-mêmes envoyés au logiciel inventé pour métamorphose éclatée en graphisme et couleurs. Je ne connaissais pas José Val del Omar cinéaste et inventeur, découvert grâce à cette exposition. (J’ai du mal à comprendre comment c’est possible : le Jeu de Paume avait pourtant créé un événement pour faire connaître le cinéma expérimental dont il fut - et reste après sa mort - un maître, mais, autrement, apparemment, grand silence réducteur.) On est enfoui dans une masse d’informations où surnage beaucoup de vide et on rate des clés essentielles, pour comprendre l’art, le réel, et soi. Je ne le connaissais pas plus comme poète, et les fragments que j’ai découverts m’ont paru de la plus haute poésie (voir ci-dessous, citations, et  note suivante, exergues et textes saisis dans mes photographies : j’ai tenté de les rendre bien lisibles...). Il suffit de trois vers, trois phrases, pour découvrir un auteur et savoir s’il devient essentiel ou ne le sera jamais. Lui sera essentiel. Pour compenser le manque antérieur j’ai cherché (sur la Toile) ses films, ses écrits, et des présentations de son œuvre, tout regardé, tout écouté, tout lu (en français, en espagnol). Enthousiasme total. Quelqu’un dit de lui (vidéo sur son cinéma) qu’il fait une sorte d’alchimie. Et c’est exactement cela. Hypnotique, fascinant. Mais pas hypnotique d’une manière qui nous endormirait : au contraire, plutôt de l’ordre de l’effet méditatif, qui fait accéder à d’autres dimensions du réel intérieur et extérieur, en secouant pour réveiller, éveiller.

Poète, José Val del Omar l’est aussi dans les titres et sous-titres. Comme pour « Fuego en Castilla », sous-titre : «  Ensayo sómnambulo de visión táctil en noche de un mundo palpable. » (Essai somnambule de vision tactile dans la nuit d’un monde palpable). L’essai c’est aussi à comprendre au sens philosophique, des concepts sont pensés avec des formes, du mouvement, des instants photographiques. Création formelle et création de pensée. Poète, dans le choix des exergues. Pour « Fuego en Castilla », c’est Federico Garcia Lorca : « En España, / todas las primaveras viene la muerte / y levanta las cortinas. » (En Espagne, la mort vient pour tous les printemps, et soulève les rideaux). Poète, aussi, et penseur, dans le choix de mettre « Sin fin » au lieu de Fin pour clore ses films. Sans fin, lente poursuite du sens dans la perception, la recherche technique. Sans fin dans la durée et sans fin dans l’espace. Parce que les interférences visuelles et sonores (diaphonie...) se prolongent hors du film.

Poète, Val del Omar, autant que cinéaste, et cinéaste en poète.  Diego Quemada-Díez, réalisateur, en parle dans un entretien au sujet d’un film sur les migrants (Guatemala et Mexique vers les USA), « Rêves d’or », propos recueillis en 2012 par Carine Trenteun sur  CinéMatraque (Citation qui éclaire la démarche de José Val del Omar – la poésie par les mots et la poésie comme éthique cinématographique) : http://www.cinematraque.com/2013/12/rencontre-avec-diego-quemada-diez-realisateur-de-reves-dor-la-jaula-de-oro/# :  « Mon poète préféré, José Val del Omar, qui est aussi réalisateur, dit que le cinéma relève d’un acte de manipulation extrême, car les gens entrent dans une pièce sombre où on ne leur montre juste qu’une partie de la réalité. Les spectateurs viennent pour que nous déposions nos rêves. Toute cette manipulation ne se justifie que s’il y a un but poétique. Nous avons donc une grande responsabilité. Cette poésie doit être générée par de l’empathie et de l’amour. Toute la construction d’un univers de fiction est reliée à tous ces éléments pris de la réalité, tous ces témoignages. » Diego Quemada-Diez en parle aussi là, insistant sur cette référence première, intensément présente : http://www.festival-cannes.fr/fr/theDailyArticle/60190.html

Poète. Les fragments donnés à lire en légende des créations graphiques proposées par Sara Malinarich  (renvoi de citations du poète aux expéditeurs de messages adressés au logiciel, voir l'explication de la démarche dans la note à venir) sont révélateurs de la manière dont José Val del Omar pense la place de la conscience individuelle dans la conscience globale : lui, nous, le monde-cosmos...

Citations : « Lo que llamamos contranos u opuestos son trozos de la Unidad. » (Ce que nous appelons présences contraires ou réalités adverses sont des fragments  de l’Un).

... « Todo desea ser Todo, y para ser Todo hay que no ser nada. Comenzar por quedar vacio. » (En tout il y a désir d’être le Tout, et pour être Tout il faut n’être rien. Commencer par rester vide.)

...........

A lire (en français, en espagnol...).

J’ai trouvé des notes en français : d’Olivier Arezki (article, 2003, et page de liens), d’Olivier Hadouchi (chronique, 2007 puis 2010), du Jeu de Paume (deux pages de présentation d’un événement sur le cinéma expérimental espagnol, 2011), un dossier de créations sur des vidéos en espagnol.

L’article d’Olivier Arezki, paru en 2003, sur le court-métrage « Fuego en Castilla » : http://www.cineastes.net/textes/arezki-fuego.html Citation : « José Val del Omar est un cinéaste alchimiste convoquant divers éléments, tels le feu, la terre, et l’eau. Un poète qui passe d’une incursion dans le monde contemporain où le temps file à toute vitesse (horloge, montage rapide et saccadé), avec des voitures filant, phares allumés, à un ciel traversé de sombres nuages. Sa caméra effectue souvent des envolées verticales, et sait abolir la perspective pour lui substituer des images anamorphosées, répandre des formes allongées (on pense au Greco), évanescentes, animer des statues, par des jeux de montage et de lumières, violents et très sophistiqués qui utilisent à merveille les richesses et les subtilités du noir et blanc (contrastes, palettes de gris, jeu sur les tonalités…). »

Page de liens, créée par Olivier Arezki : http://www.cineastes.net/c/omar.html

La longue chronique d’Olivier Hadouchi, en deux parties, enrichie de notes : excellente analyse, très grande maîtrise du sujet. Et en plus il met en exergue une citation de Maria Zambrano, philosophe que j’apprécie particulièrement, et qui, effectivement, rejoint ce qu'on découvre de José Val del Omar, êtres en affinité : « Pur oubli dans la nuit/ puisqu’il fait toujours nuit / pour celui qui vit à moitié.». Mars 2010 (trace antérieure, moins ample, 2007), CinéFabrika, « l’autre revue du cinéma et des arts visuels », « Notes autour de Val del Omar et d’un cinéma de la métamorphose et du crépitement », première partie : http://cinefabrika.blogspot.fr/2010/03/notes-autour-du-cinema-de-val-del-omar.html

Citations (le texte d'Olivier Hadouchi) : « Cinéaste espagnol né à Grenade en 1904, il est notamment l’auteur d’un des plus grands accomplissements filmiques tous genres, supports et catégories confondus, un « triptyque élémentaire d’Espagne » réunissant trois films réalisés à plusieurs années voire décennies d’intervalle » (...) « ...mettant la technique au service de la libération, pour réunir Jean de la Croix et Prométhée, l’albumine et l’aluminium, l’incarnation métaphysique et le fil à haute tension. Espoir de participer à l’émergence d’une autre voie, et que nous appelons « cinéma expérimental » par commodité, car il s’agit en premier lieu d’un cinéma d’avant-garde, à partir d’une appréhension originale de cette notion. Soit d’un cinéma élargi qui ouvre intensément les portes de la perception, travaille sur ses matières mêmes (penchant pour l’anamorphose, le décentrement, le reflet...) » (...) « ... inventeur de néologismes (‘mécamystique’ est le plus révélateur)... »

Deuxième partie : http://cinefabrika.blogspot.fr/2010/03/notes-autour-de-val-del-omar-2eme-p.html   Citations : « Topographie(s) plurielle(s) d’une Espagne palimpseste. » (...)  « En Andalousie, Grenade tournée vers le sud et l’est : l’Orient » (...) « Val del Omar juxtapose : une étoile de David en mosaïque, des inscriptions calligraphiées en arabe, des chants et des danses gitans andalous. »

Page de présentation, site, Jeu de Paume. « La sélection s’ouvre avec un artiste essentiel, José Val del Omar» : http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1446

Jeu de Paume. 50 ans de cinéma expérimental en Espagne (mars-avril 2011). Document pdf : http://www.jeudepaume.org/pdf/DelExtasisAlArrebato.pdf

Dossier, créations de José Val del Omar, sur Point to Point, blog : http://pointopoint.blogg.org/jose-val-del-omar-un-fantastico-fantastic-a116322996

..

Vidéos, en espagnol  (en espagnol, mais fragments de l’œuvre à regarder – et écouter) :

Le cinéma de José Val del  Omar. Présentation, vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=F_emTQaMFPY

Film. "Aguaespejo granadino" - 1955 José Val del Omar (« Miroir d’eau grenadin ». L’eau-miroir de Grenade, l’eau comme miroir. Sur la pierre et l’eau dans la réalité et la culture andalouse)

Val del Omar, entre cinéaste, génial technicien,  et alchimiste (mot employé par celui qui introduit la vidéo). En espagnol : https://www.youtube.com/watch?v=Nk7t8hRyFRE

....................

Textes en espagnol. Pour lire, et traduire approximativement : http://tr.voila.fr/ 

Site dédié (très riche et très beau, complet : le cinéma, les collages, les textes) : http://www.valdelomar.com

Page Facebook dédiée: https://www.facebook.com/pages/Val-del-Omar/46660711337

Fiche Wikipedia (filmographie et  bibliographie : livres « de », livres « sur » Val del Omar) : http://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Val_del_Omar

..................................................................................................................................................................

Exposition de Sara Malinarich et d’un couple de vidéastes (groupe White Black Fungus), galerie Mamia Bretesché...

Le destin des textes du cinéaste poète est un rêve, dans l'aventure ainsi proposée par Sara Malinarich. Magie. Voilà ce que la poésie peut être, aussi, hors des revues et livres, pour circuler. Là, on peut le lire démultiplié, associé aux graphismes créés par le module, citations qui circulent, et demeurent, disponibles, sur la page du twitter machine (qui emprunte un visage...). Regarder, et LIRE José Val del Omar. Lire et relire. Fragments qui donneront envie de plonger dans un livre. Et, car c'est aussi- ou surtout - une aventure du regard, guidée par la pensée de Val del Omar, regarder, regarder...! Sans négliger d'entrer dans les interrogations du penseur inventeur sur ce qu'est le regard, la conscience, créer. Se demander, avec lui, quel est le rapport entre le regard conscient, ce regard décalé à la fois par la volonté de ce pas de côté, métaphysique en quelque sorte, et décalé par ce que la technique propose comme métamorphoses, anamorphoses... Qui regarde en nous, le seul "je" ou cet espace immense où le "je" devient autre? (Et qui crée?). C'est peut-être cela que Rimbaud voulait dire, encore Rimbaud... Plus de citations de José Val del Omar. Voir, note suivante, quelques phrases, en espagnol, et ma traduction, très libre. 

Rachael Runner (Le procédé est d'envoyer un tweet au logiciel Rachael Runner, en intégrant ce qui activera la réponse et la transformation (#telepresence). La création visuelle viendra en réponse avec une citation de José Val del Omar  : https://twitter.com/rachael_runner

De même, dans le catalogue de l'exposition, les créations graphiques sont associées aux phrases du poète, puisque ce sont les phrases qui sont renvoyées avec la production visuelle. Document pdf (regarder... lire...) : http://www.intact01.net/wp-content/uploads/2015/05/catalogo_expo_mamia.pdf 

28/05/2015

Autoportrait en collage capté...

AUTOPORTRAIT mai 2015.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« à la rencontre du noyau où survit le moi / pour de nouveau cingler au large »

« jubilation que la saisie emporte vers la vision / de ce que l’œil ne voit ni même ne devine »

Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi, éd. Belin (p. 43 et p. 108)

« Mathématique obscure de l’ivresse, mise en abîme de soi-même et qui brise l’eau pure des miroirs. »

Jean-Marie Blas de Roblès, Hautes lassitudes, éd. Dumerchez (p.23)

...... 

Il faisait froid, hors saison. Pull clair enroulé sur les épaules, je cherchais les reflets des lumières sur les vitres, le regard sur la rue, dehors,  et sur les objets, dedans. Mais j’ai capté le collage des chimères vraies d’un instant. Même boire du café rend ivre, et voyant pour soi pour l’autre. Car il faut l’être, ivre, pour regarder dedans dehors et mêler tout dans sa joie d’œil... Baudelaire a raison, et Rimbaud.

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographie

17/05/2015

Regards d’artistes, regard sur des œuvres d’artistes : une exposition, galerie Mamia Bretesché...

EXPO MB 5.jpgEXPO MB 4.jpgEXPO MB 3.jpgEXPO MB 2.jpgEXPO MB 1.jpg

 

Je viens à peine de voir cette exposition, qui se terminait deux jours après...

De revoir, plutôt, car j’étais passée très vite une première fois, et je voulais retrouver ce qui m’avait accrochée dans l’instant. Car les dessins, les peintures, les créations plastiques, c’est tout de suite qu’on aime, ou pas, que le regard saisit ce qui va nous traverser, ou rester en surface, ne parler en rien, ou, au contraire, se faire langage intérieur, questions. La première œuvre que j’avais remarquée, d’abord, c’était une tête graphique, œuvre de Sofia Hijat. Cela faisait écho à des recherches que j’avais voulu mener (en enseignant la poésie visuelle, persuadée du fait que le graphisme est une voie de liberté : par les doigts passent des signes issus du corps, de l’inconscient du corps, et ce chemin fait accéder à un savoir secret, sa propre liberté). C’est là un langage si proche que j’y ai reconnu d’instinct d’où venait ce besoin de tracer de mots un visage, d’en emplir le cerveau...  Mais la force qu’elle y met, et le sens, cela est très particulier, s’intègre ici à un art personnel très maîtrisé. Poésie visuelle, peut-être (dans ma perception), si j’ai le goût d’y retrouver cela, et vision d’une corporéité qui m’enchante, car c’est le corps et la tête qui revendique une autonomie de pensée et de création. Et quelle force...  Cependant, se rapprochant, on déchiffre des lettres et des bribes de mots, lettres et syllabes arrachées au français et à l’arabe, questionnement sur la double culture, qui est, vue ainsi, bien plus qu’un croisement de savoirs. Cela devient une peau tissée de racines duelles, multiples quand on pense aux étymologies plurielles des langues. La peau c’est bien plus que l’intellect brut. Cela signifie (et je ne peux qu’adhérer à cela) que nos langues mêlées nous créent, sensuellement tout autant qu’intellectuellement (qu’on les maîtrise tout à fait ou qu’on en soit imprégné sans savoir les utiliser également dans tous les contextes). Langues désirantes. Mais aussi que nous portons en nous, physiquement et esthétiquement, les traces et souffrances héritées des mémoires séculaires d’où nous venons. Pour nous délivrer de ces douleurs ancrées dans le corps, et au contraire en saisir les messages de vitalité créative, de joie, il faut les tracer ensemble dans notre conscience et les œuvres, dire ce que ces corps d’identités multiples savent, et de quels messages riches ils sont porteurs. Ode au métissage, cette œuvre concerne tout le monde, car qui oserait se croire autre que métis ? (J’ai photographié aussi un fragment de près, de ce visage de mots, pour en montrer le tissage). De l’artiste il y avait d’autres œuvres, dont un autre visage, avec des surimpressions différentes, images entre rêve (ou cauchemar, suivant lecture) et réel projeté. Evidence d’une démarche qui appartient à une œuvre construite en lucidité.

Mais dans cette exposition j’ai aimé tout autant les deux autres artistes. Ils avaient tous en commun cette présence des lettres ou chiffres mêlés aux dessins ou peintures, dans des styles très différents.

Très émue par les œuvres de Mounir Gouri, qui demandent de rester longtemps à les « lire ». D’abord pour repérer les différents outils plastiques qu’il utilise : crayon du dessin, beaucoup, encre, gouache ou aquarelle, pour de minuscules taches d’orange-rouge (ou de pointes de rose sur une des créations, et un peu de bleu sur une autre). Une sorte de signature s’impose : fil de fer barbelé qui court, fin, soit pour emprisonner très légèrement un corps d’homme assis (un méditant ?), soit pour menacer des êtres qui sont là, au-dessous, soit pour suspendre des objets. Symboles nombreux, mais, aussi, discrets. Tout est d’une très grande finesse, subtil. Et c’est poignant. Car ce fil de petites pointes dures, posé là, et là, qui semble risquer de tout déchirer, marque un enfermement qui est une souffrance et qui est refusé. Chacun peut l’interpréter comme il le sent : questionnement métaphysique ou douleur sociale, réflexion idéologique, philosophique, ou interrogation intime. Je vois dans cette œuvre l’expression d’une connaissance du corps, de la conscience, de l’énergie (ce corps-conscience du tao chinois, ou ce corps mystique du soufi – ce qui revient d’ailleurs au même). J’ignore, n’ayant pas eu l’occasion de parler avec l’artiste, si lui-même sait ce qu’il montre, ou s’il le fait par prescience, s’il a, malgré lui, un savoir intuitif qui est antérieur à la prise de conscience. Mais c’est comme s’il dessinait les centres énergétiques du corps (le chakra de l’Inde, le  tan tien de la Chine...). Tourbillons crayonnés qui sortent du sommet de la tête, spirales ascendantes, ou du ventre, en avant. Des êtres sont là, parfois plusieurs, à côté les uns des autres, mais comme silencieux, parfois seuls, et entravés par ces fers à peine marqués mais si présents. Le fil de fer peut relier des corps solitaires, comme si la communication était atteinte par ce qui emprisonne. Et il peut suspendre, ou frôler de sa présence esquissée, des symboles, nombreux (posés là comme le seraient les mots d’un poème) : valises, sacs, clés, cœurs, ballons, minotaures... et fleur moucharabieh multipliée, rosée. La fleur apaise, dessine comme un bijou, adoucit la présence dure des minuscules pointes de fer : un peu d’espoir. (Est-ce hommage aux femmes, de la part de l’homme artiste, que faire de la fleur moucharabieh la messagère de cet espoir? J’aurais tendance à le croire. Ou un appel à ce qui, dans la culture, agit dans le quotidien pour donner de la douceur à la vie, refuge rassurant des objets traditionnels de la maison familiale?). Mon désir, sortant de là, aurait été de pouvoir partir avec un livre empli des reproductions de ces fines ciselures signifiantes, ces poèmes visuels en suspension... (Un éditeur, un jour, peut-être ?).

Et il y avait les tableaux d’Abdelkrim Tajiouti. Des œuvres au fond noir (pour des questions nécessaires et sombres...). Sur ce noir, des chiffres blancs, nombreux, parfois isolés, un 7 (un 2 ?),  parfois créant des nombres restreints ou infinis. Et, sur chaque tableau, un objet symbole de ce que la peinture dénonce. Chauve-souris (menace, dévoration, nuit, drone, peur ?), grenade porteuse de mort, signe de guerre, et arme. Les chiffres représenteraient autant les soldats ou terroristes que les victimes. Enfants soldats, aussi ? Chiffres infinis tant les morts s’accumulent depuis des siècles, et tant ils tombent, dans notre siècle à peine achevé, dans notre siècle à peine commencé... Chiffres ? J’y vois aussi l’argent des marchands d’armes, trafiquants d’un côté, vendeurs « légaux » de l’autre, pays, comme le nôtre qui est dans les premiers à faire voyager les instruments de mort... Comme les chiffres n’ont pas de signe distinctif (tueurs ou morts,  humains ou sommes) on peut y voir un sens : peu importent les morts pour les marchands, peu importent les droits humains pour le marché, légal ou mafieux. Ce sont des œuvres de colère, juste colère. On sent une obsession (plus que légitime pour qui refuse que la violence et la haine mènent les actions des hommes et régissent l’ambiance de nos vies). Refus intense de cette violence, décision de mettre en face toute la force de l’art, un art engagé s’il en est. On m’a dit (car je ne l’avais pas vu) qu’en décembre l’artiste avait exposé là - et cela était resté en janvier (œuvre tristement visionnaire pour Paris) un Kalachnikov, ce fusil d’assaut des bandits et des terroristes, mais le sien était en savon de Marseille. Idée géniale. Si les armes devenaient de simples statues à faire fondre dans l’eau, la mort s’éloignerait (celle qui vient du meurtre). L’arme en savon se transformerait en objet de purification, ou en jouet ridicule, car ridicule est ce goût de la mort et de la violence, ridicule à force de bêtise et de cruauté ignorante. C’est ce que ces œuvres  nous disent.

Le hasard m’a fait découvrir sur la Toile (croisement de rencontres) une artiste qui est présente aussi sur le site et dont les créations m’intéressent (quelque chose à voir avec l’art chorégraphique...) : Annabel Aoun Blanco. Raison de plus pour suggérer de chercher, sur le site de la galerie, au-delà de la page d’accueil (déjà ample) la rubrique où des pages sont consacrées à divers créateurs (il n’y a pas que ces quatre noms).  Ainsi j’ai repéré d’autres œuvres qui me touchent : le Don Quijote de Nasr-Eddine Bennacer et son cœur sur la main, cela ne peut que me parler... Comme ce que je revois de Samta Benyahia, qui a exposé aussi ici, et dont je connais bien l’œuvre. J’aime les photographies issues des vidéos de Yun Aiyoung, forme d’art aux possibilités troublantes, pour traduire un monde de fantasmagories, entrer dans le rêve. Yamou... On croit voir d’abord  une photographie... d’un univers étrange et beau, mais non : huile sur toile ! Et les fenêtres de Luis Moragon, dans la nuit, je ne peux qu’apprécier : cela rejoint chez moi une thématique obsessionnelle (mais heureuse), peut-être à cause de Baudelaire...  Et ceux qui iront fouiner dans ces pages en ligne feront d’autres découvertes, vers d’autres artistes, suivant leur univers intérieur (là c’est ce qui coïncide avec le mien...).

Donc... pour ce voyage (et en savoir plus sur les artistes dont je parle ci-dessus, ayant vu les œuvres, ou que j’évoque ensuite, ayant deviné ces œuvres, ainsi que la Toile les transmet), visiter le site, Galerie Mamia Bretesché  : http://www.mamiabreteschegallery.com/  

10/05/2015

« Suspendus à l’indéfini »... Images, entre indéfini et défini. Fragments d’autoportrait...

DUENDE.jpgBIBLIO HAUTE pour PAGE....jpg

« Nous sommes tous suspendus à l’indéfini »

 

 Carolyn Carlson (elle rappelle cette phrase, fragment poétique, dans un entretien publié dans la revue Polka - interview, par Elisa Mignot, N°29/mars-avril-mai 2015).

 

« Suspendus à l’indéfini »... C’est peut-être pour cela qu’il est si difficile de passer de l’indéfini au défini... pour tenter de donner des clés, ou de faire indirectement son autoportrait, ou choisir un symbole qui nous représente.  Mais cette pensée de Carolyn Carlson va plus loin. L’indéfini, c’est la marge qui permet la création...  et c’est l’espace qui rend possible l’interprétation.

Justement, entre indéfini de la création, et indéfini de la lecture qu’on en fait, même quand c’est soi, l’hésitation peut être longue.

Sur Facebook (où je continue mon apprentissage en lenteur) la plupart des gens mettent leur visage en profil, des créations en « pages » créatives, peu de symboles. Moi qui aime les détours j’ai mis du temps à choisir les images... que j’ai fini par poser.  Fragments de bibliothèque et désordre de table ... J’ai utilisé aussi pour le blog, ici, en haut à droite, une des photographies (minuscule, car vignette pour poser des liens : écritures ou créations visuelles). Je les pose donc ici, complètes, visibles et lisibles... et même une, qui n’est restée qu’un instant (et fait partie d’une série de pluie : il pleuvait, j’ai regardé... A suivre). 

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographies

PROFIL SOL lumière.jpg

 

09/05/2015

POESIE VISUELLE, suite... Pourquoi ce bleu ?

BLEU  GD Palais ESCALIER pour Journal ou Page.jpg

Là, ce n’est ni un livre ou deux (comme dans la note précédente sur la poésie visuelle) que je vais mettre pour accompagner ce fragment de texte pour "dire" une forme créative qui me passionne particulièrement (accompagner les mots, pas les illustrer mais écrire autrement). Ni une création graphique récupérée dans mes tiroirs... Mais une photographie prise très récemment, au Grand Palais. Pour le bleu de cette lumière (et pourquoi ce bleu ? parce que,  justement : bleu). Et parce que cette rampe de pierre sculpte une calligraphie. Yod répété, ou un autre signe, a ensorcelé, o peut-être, ou juste les traits d’une dentelle sans lettres ni sens, mais de  formes dansées comme celles qui furent sans doute à l’origine de cette idée d’écrire les sons, il y a si longtemps...  bien avant nous.

..................Trace, note du 01-05-15, ci-dessous.................................

Passionnantes approches, qui peuvent ouvrir une porte (des portes)  vers une étude approfondie et éclairante. Ceci peut concerner des passionnés, déjà intéressés et lecteurs "visuels", mais aussi être l'occasion d'une découverte aux promesses infinies, pour les autres. La poésie, qui peine souvent à se faire lire, est un domaine où se manifestent des tentatives de métamorphose de ce que peut être tant l'écriture que la lecture. Parfois cela va jusqu'à une conscience d'art total. Créer avec l'énergie vitale de tous ses sens, faire entrer le poème dans une chorégraphie, le geste dans le poème... Penser et vivre le regard créateur de poésie au même titre que la main qui trace des mots. Laisser dans l'image les mots se deviner, s'inventer. Provoquer, par des techniques diverses, dont la photographie, un graphisme sans lettres, ou lettres captées autrement. Faire du regard un acteur de poésie, au même titre que l'intellect qui use des mots, des alliances de sens. Traverser des limites. D'autant plus que les outils que nous avons actuellement nous donnent la possibilité de les transformer en stylos alternatifs et rejoindre, ainsi, l'art plastique, les arts visuels, les arts du geste, la danse... Etc.

SUITE...NOTE du 01-05-15 : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/05/01/poesie-visuelle-note-introductive-5614336.html

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographie

01/05/2015

POESIE VISUELLE, note introductive...

BLAINE POESIE.jpgVISU POESIE.gif

Voici une introduction à la poésie visuelle... Mon regard, pour commencer, puis des citations issues de recherches universitaires, dont la lecture de ce qui est lisible en ligne est fort abordable (d'abord un essai de définition sur la poésie visuelle, comme forme poétique, ses sources, son évolution, puis  une thèse sur un poète visuel). De nombreux liens suivent (page BNF, textes, SITES - très beaux visuellement, livres, bibliographies, vidéo, film, PORTAILS de liens, répertoires... Etc.)     

Passionnantes approches, qui peuvent ouvrir une porte (des portes)  vers une étude approfondie et éclairante. Ceci peut concerner des passionnés, déjà intéressés et lecteurs "visuels", mais aussi être l'occasion d'une découverte aux promesses infinies, pour les autres. La poésie, qui peine souvent à se faire lire, est un domaine où se manifestent des tentatives de métamorphose de ce que peut être tant l'écriture que la lecture. Parfois cela va jusqu'à une conscience d'art total. Créer avec l'énergie vitale de tous ses sens, faire entrer le poème dans une chorégraphie, le geste dans le poème... Penser et vivre le regard créateur de poésie au même titre que la main qui trace des mots. Laisser dans l'image les mots se deviner, s'inventer. Provoquer, par des techniques diverses, dont la photographie, un graphisme sans lettres, ou lettres captées autrement. Faire du regard un acteur de poésie, au même titre que l'intellect qui use des mots, des alliances de sens. Traverser des limites. D'autant plus que les outils que nous avons actuellement nous donnent la possibilité de les transformer en stylos alternatifs et rejoindre, ainsi, l'art plastique, les arts visuels, les arts du geste, la danse... Etc.   

................

« La poésie visuelle : essai de définition », par Vincent Foucaud , agrégé d’espagnol, recherche (thèse) sur la poésie visuelle.  (Archives ouvertes. HAL, document bilingue anglais-français). Pour une approche vraiment informée : https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00658808/document [ CITATIONS : « Elle est une forme de poésie expérimentale et se trouve par conséquent intimement liée à d’autres formes de poésies contemporaines comme la poésie sonore, la polypoésie, la typoésie, la poésie concrète, la cyberpoésie... » (...) «... Cette forme d’art ultra-contemporaine (en effet, les anthologies existantes citent toutes des poètes vivants) s’inscrit dans la très ancienne tradition de la poésie figurative que l’on fait remonter à l’Antiquité. » (...)  « Mais la poésie visuelle s’inspire aussi des multiples associations texte-image qui parsèment les arts visuels, depuis les hiéroglyphes égyptiens de l’Antiquité jusqu’aux tableaux de Miró qui intègrent des mots dans la peinture, comme dans l’oeuvre ‘Escargot femme fleur étoile’(1934). La poésie visuelle est donc née de traditions artistiques diverses et anciennes. Elle se présente pourtant comme une forme d’art inédite et novatrice.» (...) «... Nous essaierons de mettre en évidence les caractéristiques propres à la poésie visuelle. Pour cela, nous nous appuierons uniquement sur un corpus espagnol, plus précisément sur 235 poèmes composés par quelques 58 poètes visuels, tous cités dans l’ouvrage de Alfonso López Gradolí : ‘Poesía visual española (Antología incompleta)’(Madrid, Calambur, 2007» (...) «... Cette réflexion d’ordre méta-artistique était sous-tendue par un système multi-réflexif complexe de mises en scène du signifiant. » / « Ce qui frappe en premier lieu quand on s'intéresse aux poèmes visuels, c'est leur caractère ludique. » (...) «... Les poèmes visuels sont davantage caractérisés par une réflexion plus profonde sur la poésie elle-même, sur l'art en général et sur le statut du poète. » (...) « par sa forme hybride associant plusieurs sémiologies souvent issues de plusieurs disciplines artistiques, elle pose plus que jamais le problème des frontières entre les différents arts et celles entre l'art et la littérature. Cette caractéristique de la poésie visuelle a été mise en évidence par la poétesse visuelle Julia Otxoa qui parle de « ‘poesía visual como arte combinatoria.’ » (...) « Ce caractère combinatoire de la poésie visuelle pose parallèlement le problème du statut du poète visuel qui n'est plus jugé sur son style d'écriture ou sur sa manipulation des vers ou des rimes, mais bien sur sa virtuosité à composer les macro-signes que sont les poèmes visuels. Certes, le poète visuel reste un assembleur de signes, mais il ne s'agira plus d'associer dans un syntagme des signes linguistiques comme le fait le poète traditionnel, mais des signes linguistiques avec des signes iconiques. Ces signes iconiques se révèlent parfois être des images insérées par montage, sans que celles-ci soient modifiées par la main du poète. » (...) «... Cette forme d'art est constituée d'un enchâssement de réflexivités fondées sur plusieurs mises en scène simultanées du signifiant.» (...) « Ainsi, en conclusion, nous pouvons observer que la poésie visuelle est une forme transcendante d'art dans le sens où elle s'interroge sans cesse non seulement sur sa propre matière, mais aussi sur la notion d'art et plus généralement sur le langage. » (...) « Elle rappelle ainsi que la lecture est un acte tout aussi subjectif que l'écriture. »] TEXTE intégral sur le site, voir le lien ci-dessus...

........................

THESE de Marc Audi, 2011, Sorbonne et Barcelone. Sur la poésie visuelle de Joan Brossa (1919-1998). SEPT PAGES (passionnantes) de présentation de l’objet de la thèse, à lire là : http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/AUDI_position.pdf [ CITATIONS :  « L’objet de cette thèse est de décrire, de mettre en contexte et d’analyser l’intégralité de la poésie visuelle de Joan Brossa, composée de 1941 à 1998, en très grande partie inédite à ce jour. Considéré comme l’une des personnalités majeures de la littérature et de l’art expérimentaux du XXe siècle en Catalogne et en Espagne, son oeuvre est un pivot entre les avant-gardes historiques – très riches dans les domaines catalan et espagnol. » (...) « Brossa mit au centre de ses recherches la poésie qu'il a appelé visuelle à partir de la fin des années 1950. C'est précisément dans ce domaine particulier que l'on peut lire, aujourd'hui, une partie de l'histoire des croisements entre l'art et la littérature des cinquante dernières années. » (...) « Ses liens avec le groupe madrilène El Paso dans les années 1950, les dialogues de la poésie visuelle de Brossa avec l’oeuvre plastique de Tàpies, Chillida ou Miró à partir des années 1960, sont quelques exemples d’un travail ouvert sur son temps. Outre ces collaborations, ’étude de la poésie visuelle fait apparaître le contexte comme un matériau en soi. La récupération, l’objet trouvé, le travail à partir de la presse, sont des techniques de composition que Brossa hérite du dadaïsme et du surréalisme, mais qu’il porte à un degré de pertinence extraordinaire, dans une Espagne et une Catalogne muselées. » (...) « Dès le début de nos recherches, le dépouillement des archives de poésie visuelle à la Fundació Joan Brossa de Barcelone a été une source d’émerveillement et de questionnement. Les originaux de plus de mille poèmes visuels y sont conservés, souvent organisés en recueils inédits, des séries de collages de matériaux de récupération, verbaux ou alphabétiques essentiellement. Nous avons conçu le projet d’en établir une recension intégrale » (...) « La première partie de cette étude est consacrée à la définition du concept de poésie visuelle en général. Celui-ci interroge les limites et la nature du genre poétique, auquel Brossa reproche son enfermement dans le domaine strictement littéraire. Si la poésie visuelle est un autre de la littérature, il faut donc déterminer en quoi, et selon quels principes. L'examen de la notion de poésie expérimentale s'avère nécessaire avant de parvenir à l'une de ses branches, la poésie visuelle. » (...) « Reprise probablement au poète italien Carlo Belloli, puis utilisée par de nombreux poètes expérimentaux dans toute l’Europe et en Amérique avec des variantes depuis les années 1950 – dont celui plus connu peut-être de poésie concrète –, la notion de poésie visuelle est restée fort vague. Elle désigne une poésie dont les enjeux formels et sémiotiques reposent fondamentalement sur l’image plutôt que sur le langage. L’héritage de l’oeuvre de Kurt Schwitters, qui fut avant tout poète, et du questionnement radical de Dada sur le langage et la signification y est très présent » (...) « Cependant dans le domaine littéraire, toujours dans le sillage de Dada, l’incessante exploration brossienne transforma la manière de concevoir, d’imprimer, de diffuser et de ‘lire’ les poèmes.» (...) « Les poèmes visuels sont donc des objets hybrides, sur la ligne de partage très poreuse au XXe siècle entre les domaines littéraire et plastique. » (...) « Ce sont des poèmes sans syntaxe, la plupart du temps sans texte, l’image n’y ayant pas de fonction illustrative. Une poésie qui compose des images non rhétoriques, des images au sens propre, représente un défi théorique pour la critique littéraire, » (...) «... Brossa propose une nouvelle perception du poème ainsi qu’une nouvelle façon de faire de la poésie qui répond à ce qui lui apparaît comme une insuffisance du texte. Le texte, pour Brossa, n’atteint l’imagination que de manière indirecte et médiate ; il faut solliciter d’autres sens, de nouvelles formes. Le bouleversement technique va de pair avec un renversement de l’attitude poétique : le poète-médium transcrivant des images rêvées cède le pas au poète visuel qui crée directement de nouvelles images. » (...) « La poésie visuelle dialogue alors avec la création proprement plastique. » (...) « Brossa baptise ses créations plastiques du nom de poésie visuelle. C’est un parler paradoxal dans la mesure où dans ses images le poète se tait tout en disant ceci est un poème. En quoi ces images sont-elles des poèmes ? La poésie naît ici des liens incessants que l’image entretient avec la lettre, mais aussi et surtout, des séries ordonnées d’images. » (...) « Les poèmes visuels s’inscrivent dans une syntaxe propre. » (...) « ... le hasard joue un rôle essentiel jusque dans la réflexion sur l’existence que Brossa a de plus en plus menée dans sa poésie littéraire. » (...) « La thèse comprend (...) une base de données comprenant plus de mille poèmes visuels. » (...) « ... utilité pour les archives de la Fundació Joan Brossa, qui viennent d’être transférées au Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA). » Page sur Joan Brossa (musée) : http://www.macba.cat/ca/brossa-joan

........................................................................................................................................

Documentation BNF : http://data.bnf.fr/11959250/poesie_visuelle/

......................

TEXTES :

Jacques Donguy, « Poésie visuelle internationale », parcours : http://www.costis.org/x/donguy/poesie-visuelle-fr.htm

Poésie visuelle (« ‘l’interlangue’ de mon siècle »), par Gaëlle Theval, revue littéraire Trans : http://trans.revues.org/157

« Penser l’image, voir le texte », par Bettina Thiers , La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Penser-l-image-voir-le-texte.html

« Le poème visuel », préface d’une anthologie, par Harry Polkinhorn, sur  le blog de Lucien Suel : http://academie23.blogspot.fr/2007/10/anthologie-posie-visuelle-harry.html

« La poésie visuelle », par Giovanni Pozzi , page Books google : http://bit.ly/1DIwI9b 

Artwiki. Poésie visuelle, texte : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=PoesieVisuelle

Jean-Jacques Thomas, « Essais sur la poésie française », éd. P.U. Lille, sur un livre de Pierre Garnier (« Spatialisme et poésie concrète », éd. Gallimard, 1960), page Books Google : http://bit.ly/1JGQwCd 

..........................

SITES dédiés, œuvres, poètes visuels :

Xavier Dandoy de Casabianca : http://xddc.org/index.html

Démosthène Agrafiotis : http://dagrafiotis.com/?cat=8&lang=fr

Hortense Gauthier : http://des-plis-et.com/tag/poesie-visuelle/

Ratures, SITE (collectif) d’expression poétique (Grenoble): http://ratures.over-blog.fr/album-1299672.html

Poésie cybernétique, scriptpoèmes, photographies  d’Antero De Alda, et ANTHOLOGIE de poésie visuelle : http://www.anterodealda.com/p_visuelle.htm

Collection de poésie visuelle et sonore, site de poésie Tapin : http://tapin2.org/

.........................

LIEUX, événements :

Galerie 13 (et liens): http://poesievisuelletreizegalerie.blogspot.fr/

Galerie nomade, librairie, livres d’artistes : http://artistesdulivre.com 

Association PAGES, promotion du livre d’artistes : http://www.pages-paris.com

Librairie Nicaise : http://www.nicaise.com

Biennale de poésie visuelle et Festival « Poètes pour la paix » (avec  trois ONG : ‘Poetas del mundo’, ‘100 thousand poets for change’ et ‘World poetry movement’ : http://www.lr2l.fr/acteur/biennale-de-poesie-visuelle-ille-sur-tet.html

...........................................................................................................................................................

LIVRES :

« Typoèmes », livre de Jérôme Peignot (typographie et poésie visuelle), éd. du Seuil : http://jeromepeignot.free.fr/2004-peignot-typoemes/2004-00.html

LIVRE, de Julien Blaine, « Cours minimal sur la poésie contemporaine » (quelques clés sur la poésie), éd. Al Dante : http://al-dante.org/poesie/blaine-julien-cours-minimal-sur-la-poesie-contemporaine/ 

Et citation (le « descriptif ») sur Cultura : http://bit.ly/1FDPXa0 

Plus... BIBLIOGRAPHIE, tag ‘poésie visuelle’ (dont plusieurs ouvrages de Julien Blaine), éd. Al Dante : http://al-dante.org/shop-4/product-tag/poesie-visuelle/

Bibliographie, Médiathèque de Paris : http://bit.ly/1dBKfKQ 

Ilse Garnier, « Jazz pour les yeux / Anthologie de poésie spatiale, éds. « L’herbe qui tremble » : http://www.lherbequitremble.fr/catalogue-Garnier.html

Pierre Garnier, « Manifeste pour une poésie nouvelle, visuelle et phonique », éd Silvaire (fonds cédé aux Eds du Rocher). / Texte sur Pierre Garnier (Célébration) , par  François Huglo, sur Sitaudis : http://www.sitaudis.fr/Celebrations/pierre-garnier-un-agitateur.php

« Visuelle poésie », éd. Reclam Phillip. Sur Decitre : http://bit.ly/1zl8czz 

BIBLIOGRAPHIE, BNF, le livre d’artiste, PDF : http://www.bnf.fr/documents/biblio_livre_artiste.pdf

............................................................................................................................................................

DOSSIER: « Avant-gardes poétiques et littérature numérique » : http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/5_basiquesLN.php

ETUDE  et  reproductions, « Des signes dans l’espace », sur Recours au poème : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/des-signes-dans-l%E2%80%99espace/lucien-wasselin

ENTRETIEN avec Philippe Castellin, par Alexandre Gherban, sur Poezibao. « La poésie est sans épithète » (ou les cloisons qui sont des leurres...) : http://bit.ly/1ECFf1o

PUZZLE d’écrits de 1 à 11 (au 29-04-15), par Camille de Toledo, « Manifeste d’un art potentiel » (pour situer la question de la poésie visuelle dans le contexte général de la création contemporaine, XXI è siècle), Remue-net : http://remue.net/spip.php?article7235   (en marge le sommaire de l’ensemble)

.....................

SOMMES...

« L’œil littéraire. La vision comme opérateur scriptural », collectif, P.U. Rennes. Etudes réunies par Paul Dirkx : http://artsetmondesocial.blogspot.fr/2015/03/lil-litteraire-la-vision-comme.html

« Anthologie du graphisme », éds Pyramid : http://pyramyd-editions.com/anthologie-du-graphisme/

............

Cédérom, Académie de Grenoble, « Créations poétiques au XXème siècle », site de Créteil : http://bit.ly/1ECGsFV 

Effets spéciaux et poésie visuelle, Jean-Marie Marbach. VIDEO  : http://www.jm-marbach.net/

FILM, documentaire de Claudio Francia, « De la poésie visuelle à l’Art total », Yadé films : http://www.lussasdoc.org/film-de_la_poesie_visuelle_a_l_a... 

......................

PORTAIL :

Répertoire de poésie (portail, nombreux sites) : http://repertoiredepoesie.free.fr/ecriture-online.htm#editeursonline

................................................................................................................................................................

IMAGES Google. Poésie visuelle : http://bit.ly/1GDr7Ty 

Poésie visuelle contemporaine. IMAGES Google (des images communes, et quelques images présentes sur une page et pas sur l’autre...)  : http://bit.ly/1zAwNku 

Images google, livres d'artistes : http://bit.ly/1Y2rK5u

.......................................................................................................................................................

PAGES wikipedia (pour certains liens, certaines références) :

Poésie visuelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_visuelle

Poésie graphique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_graphique

Calligramme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calligramme

Livre d'artiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d%27artiste 

30/04/2015

« Petit-fils d’Algérie », BD, avril 2015

BD Petit-fils d'Algérie.jpg

 

 

 

 

Album de Joël Alessandra (scénario, dessin, couleurs), éd. Casterman, coll. Univers d’auteurs.

 

 

 

 

 

 

 

Critique, par David Taugis, sur actuabd.com. Intéressante, parce qu’elle met l’accent, dans l’origine de cette famille, dont l’histoire est donc comptée par le « petit-fils », dessinateur bédéiste,  sur le premier exil de ces Italiens. Immigrés : Français... après.

...Rappel important du fait migratoire dans la constitution de ce « peuple » de Pieds-Noirs, communauté majoritairement issue de l’immigration méditerranéenne. (Et qu’on a tendance à transformer en  « colons » venus de France, à les assimiler à eux, ou aux descendants des soldats colonisateurs... Non. Ils n’étaient même pas des Français, alors, eux. Ensuite, ils ont eu le tort de se laisser piéger par un mélange entre l’ancrage algérien - l’amour de cette terre - et la construction mensongère - élaborée par le pouvoir français, sa propagande - d’une identité qui devait se confondre avec l’acceptation d’un statut et d’une citoyenneté inégalitaires. Tous n’étaient pas dupes, mais beaucoup, car un système dans lequel on baigne nous imprègne. Et que la population, en France métropolitaine, globalement, l’appuyait). Citations : « Découverte poignante de Constantine par ce fils de Pieds-noirs italiens qu’est Joël Alessandra. Où il reconstruit son passé autant que des morceaux d’histoire d’Algérie. » (...) « Il se penche non seulement sur l’histoire de tous les Pieds-noirs, mais aussi sur l’évolution de l’Algérie, sa mémoire, ses blessures dues aux années terribles des attentats durant les années 1990. » / « Dans ’Petit-fils d’Algérie’, le sentiment de réconciliation et d’apaisement nous ramène au ‘Portugal’de Pedrosa. Une porte à nouveau ouverte vers le passé, et un chemin de mémoire éclairé pour les générations suivantes. ».

....Oui, il fallait insister aussi sur cet aspect : « réconciliation et apaisement ». Les générations qui suivent les temps des conflits et des violences peuvent avoir, réciproquement, un regard qui se défait des ombres et des peurs, mais garde les proximités. Dans la guerre d’Algérie (guerre d’indépendance), il y avait, d’une part, un peuple qui voulait ne plus dépendre d’une identité captive et se libérer de ce joug, et, d’autre part, un pouvoir colonisateur, avec son armée et ses fantasmes de puissance, en France métropolitaine. Au milieu, les Pieds-Noirs qui n’étaient ni l’un ni l’autre (mais dont certains choisirent d’être acteurs de cette libération nationale, et d’autres de tout faire pour ne pas perdre ce qu’ils considéraient comme leur patrie, mais française, notamment en se faisant manipuler par des stratèges suicidaires, cf. oas métro – comme on dit). Il est temps de mettre de côté les jugements (sur les uns et les autres) et de prendre en compte, surtout, ce sentiment, non-dit, pour des Pieds-Noirs, de se retrouver dans l’horreur d’une sorte de guerre civile. On voit mourir les uns et les autres, voisins et lointains (au sens littéral et au sens métaphorique). Exil sur exil : il y a de quoi perdre le sens des racines, et de quoi, chez ceux qui suivent, de tenter de le retrouver. ...Quand on lit cet album, on sait qu’on peut remplacer « Italiens » par « Espagnols », « Maltais », « Gitans », « Arméniens », etc. et repérer les mêmes schémas. Ainsi les BD des fils et petit-fils de Pieds-Noirs tiendront le rôle d’une salle de Musée de l’immigration... ! (Inexistante... elle). Migrations, errances... exils. Est-ce drame ou chance ? Un sens est à déchiffrer, à mon avis. Le résultat, aussi : métissage d’âme, qui peut ouvrir - et ouvre - les lignées à une acceptation de l’Autre, au goût des langues, au refus du racisme. Terrien, n’est-ce pas suffisant ? (Remarque récente d’un Pieds- Noirs arrivé en France très jeune adolescent – je mets PN avec ‘s’ car on a deux pieds, même si on est ‘un’). Lire l’article intégral de David Taugis, actuabd.com: http://www.actuabd.com/Petit-fils-d-Algerie-Par-Joel 

...........................

Critique sur 9èmeart.fr. Par Alfro ... Moins bonne  critique, car partiale, et peu cohérente. Bizarrement, déjà, le site (dédié à la BD...) reproche à l’auteur son expression par la... BD (car, dit l’auteur de la page, c’est ainsi moins convaincant qu’un reportage... !). Ce qui est ignorer tout le courant de la BD qui crée en ayant comme supports des autobiographies, biographies, enquêtes, reportages,  voyages, récits historiques. Ensuite, le parti pris est flagrant. Alfro (pseudo…) sur 9emart.fr, donc, continue en exprimant son malaise. Comme le retour de ce petit-fils de Pieds-Noirs se fait dans l’harmonie, que ce qu’il apprend de la vie de sa famille en Algérie ne peut être que créateur de lien (au singulier, sens fort) avec les Algériens qu’il rencontre, la ville, la mémoire familiale, un ancrage dans cette part de son identité hérité. Comment... ???!!! Des Pieds-Noirs qui ne correspondent pas aux clichés construits par la métropole, une parole paisible avec les Algériens, du dialogue ??? Non, Alfro ne supporte pas ça. Donc il déclare que c’est « bâtard » comme point de vue. Il soupçonne de « l’angélisation », trouve que la violence de l’OAS et du FLN n’est pas assez présente... Sauf que l’auteur n’est pas venu pour ressasser la guerre et se vautrer dans les émotions négatives : il est venu (par accident au départ, une invitation qui se transforme) avec l’intention de profiter de ce voyage pour faire un pont entre lui et ceux dont il descend, un pont entre celui qui méconnaissait sa part algérienne et cette part enfouie, un pont entre lui et les êtres de l’Algérie vivante actuelle. Pour comprendre d’où il vient en partie. C’est juste... ce qu’il fallait faire. Et tant mieux si c’est de la BD. Cela complète une « collection » d’œuvres qui finissent par réaliser un portrait nuancé d’une communauté. (Les Pieds-Noirs et leur « algérianité » complexe, triste et joyeuse à la fois : triste par l’exil, joyeuse par la conscience d’une culture qui ne peut se perdre complètement, car elle se glisse dans les interstices de la mémoire transmise, même insuffisamment.  Et que, si la métropole a tendance à la jeter aux orties, cette mémoire, il y a aussi, justement, des consciences qui portent un autre regard, comme des éditeurs de BD...  Et il y a, c’est essentiel, une proximité avec les natifs de l’autre rive, par cette algérianité commune que même les descendants retrouvent quand ils franchissent la mer, ou sans la franchir encore, dans leurs rencontres d’autres exilés, sur cette rive.).   Ce texte critique décevant, par ces deux faiblesses importantes, donc, est à lire ici (il a quand même le mérite d’en parler, ce qui est déjà beaucoup). LIEN, 9emeart.fr : http://www.9emeart.fr/post/critique/franco-belge/petit-fils-d-algerie-la-critique-3882

Autres BD,  même thématique 

Jacques Ferrandez (particulièrement « Fils du Sud » dans « Carnets d’Orient ») et « L’Hôte » puis « L’Etranger » de Camus (voir TAGS à son nom, pour notes) : http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques... 

« L’Algérie c’est beau comme l’Amérique », d’Olivia Burton et Mahi Grand http://steinkis.com/l-alg-eacute-rie-c-est-beau-comme-l-a... 

« Là-bas », de Tronchet-Sibran, éd Dupuis  http://www.dupuis.com/la-bas/bd/la-bas-la-bas/2870 

« Le chat du rabbin », de Joann Sfar https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chat_du_rabbin

« Pierrot de Bab El Oued », éd Limage, Alger, de Sid Ali Melouah. Bio sur ActuaBD http://www.actuabd.com/Deces-du-dessinateur-algerien-Sid-... 

Hommage sur Femmes en action (forum). Sid Ali Melouah : http://femmesenaction.forumactif.fr/t644-deces-du-dessina...

Zoom sur la BD algérienne, sur ToutenBD, 2004 : http://www.toutenbd.com/dossiers/article/zoom-sur-la-bd-a...  

La BD algérienne à travers une expo (avril 2016) : http://www.lecourrierdelatlas.com/1115006042016-Caractere... 

...... BIBLIOGRAPHIE thématique, ALGÉRIE, guerre d’Algérie. Sélection de BD... http://www.bdfugue.com/bd/selections/independance-algerie

...... Voir aussi… Algérie, guerre d’Algérie, mémoire, livres Jeunesse… note. Un livre, et une bibliographie : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/02/29/un...

29/04/2015

Jean-Paul Gaultier, exposition au Grand Palais, Paris, du 1er avril au 3 août 2015.

Gaultier affiche.jpgGaultier  performance installation.jpg

Gaultier ourson.jpg

 

 Une exposition qui donne de la joie. Malgré les drames de l'actualité, la vie nous rattrape, forte.  

Quand on arrive dans les salles de l'exposition, la surprise est vite présente. On ne savait pas à quoi s'attendre vraiment, même en ayant lu des articles, vu des pages sur la Toile. Des visages mobiles qui se mettent à parler... mystère de la technique : on est retenu, comme hypnotisé... Impression de percevoir l'amour que l'artiste exprime pour les gens à travers ce qu'il crée. Se déploie un théâtre des corps heureux (divers mais heureux). D'une nudité naturelle, légère, esquissée, pudique à force d'être si évidente. On comprend mieux le rôle des vêtements, vus dans des clips musicaux qu'on reconnaît. Ces défilés si lointains, si étrangers à mon univers, d'habitude, je me rends compte, en fait, qu'ils ont glissé dans ma culture du quotidien, que Jean-Paul Gautier a fait déborder la mode hors de la mode, comme il a fait entrer sa culture du quotidien dans un art qui le transcende, le métamorphose. Même les flacons de parfum, qui me paraissaient si bizarres, prennent sens. La clé en est donnée par le petit ourson du premier geste créatif, l'objet d'enfance qui fut et reste le témoin d'une vocation, d'un appel. C'est émouvant de voir la trace d'une naissance à la création. C'est cela déjà qui procure de la joie, cette entrée sans effraction dans cette genèse : l'élaboration d'un monde intérieur, où on voit comment il se construit en découvrant sa voie. Ensuite on ne peut qu'éprouver de l'enthousiasme devant tant d'inventivité, de liberté.

J'ai pris quatre photographies, dont les trois posées là, et une que je garde pour une autre lecture...

............................................................................................................................................. 

Présentation, site du Grand Palais : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/jean-paul-gaultier :   [ Citations (description) : « L’exposition présente des pièces inédites du créateur (haute couture et prêt-à-porter), créées entre 1970 et 2013. Elles sont accompagnées de croquis, archives, costumes de scène, extraits de films, de défilés, de concerts, de vidéoclips, de spectacles de danse et d’émissions télévisées » (...) « Cette exposition est réalisée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, et la collaboration de la Maison Jean Paul Gaultier, Paris. »]...

Exponaute : http://www.exponaute.com/expositions/8894-la-planete-mode...

Diaporama, sur timeout.fr (visible quand la souris passe sur la photographie...) : http://www.timeout.fr/paris/art/exposition-jean-paul-gaul...  

14/04/2015

Hasard, vent, création... et relecture d’ August Strindberg...

PHOTO MUR.jpgL'Echoppe.png

Je marche, et je deviens street-artiste imaginaire... Puisque je ne le suis pas vraiment, ou seulement si on peut parler de street-art des captations, non de ce qui est peint sur les murs, mais de ce que les murs peignent... Je me contente paresseusement de regarder, et de photographier. Les yeux errent au hasard des pas, et justement, là, je vois une image créée par l’agacement de passeurs (peut-être) qui ont déchiré les affiches, et, sans s’en rendre compte, sans doute, ont participé à une construction mentale collective. Moi j’y vois un ciel, l’image d’un mur aussi, et le symbole de l’écriture qui n’est que cet amoncellement-destruction des phrases venues, effacées, reprises ou jetées, déchirées aussi, puis recréées par l’effarement du temps. J’y vois le vent, des voiles ou des feuilles. Quelqu’un a tracé un chiffre, que je préfèrerais à l’envers (donc que je mettrai à l’envers : il suffira d’un geste du doigt pour que cela s’inverse). Et il reste un fragment du mot cinéma, seule trace minuscule d’un texte, mot (aussi) que je préfère lire à l’envers, ou ne plus pouvoir lire, qu’il n’y ait que les lettres, comme pour un graphe miniaturisé.  

Hasard, vent, création...  En rentrant je regarde l’image jouée aux dés de l’incertain, je note ce qu’elle me dit. Et je repense à August Strindberg, parce que ces trois mots font écho... Recherche d’un petit livre de quelques pages, perdu sur les rayons : « Du hasard dans la production artistique » (publié en 1894, « Revue des Revues »), éd. L’Echoppe, 1990. Relecture... Il raconte comment des Malais utilisent des bambous « végétant aux bois » (son expression), en faisant des trous dans les troncs, et comment « couchés sur terre » ils écoutent « des symphonies exécutées par ces harpes éoliennes gigantesques »... « mélodie et harmonie selon le hasard du coup de vent. » Mais il évoque aussi les tisserands se servant du kaléidoscope, et c’est « l’occurrence aveugle » qui réunit les « morceaux de verre peints ». A partir de cela il explique sa conception de la création, comment il allie recherche et hasard, tant en musique qu’en peinture, pensant qu’il faut « imiter la manière de créer de la nature ». (Oui, ici, en ville, ce sera la nature qui se mêle aux murs et aux sols...).

Ce texte aide à comprendre sa démarche d’écrivain, auteur dramatique. Voir cette page, Encyclopédie de L’Agora : http://agora.qc.ca/dossiers/August_Strindberg  

Jean-Pierre Sarrazac, universitaire et auteur dramatique, lit le texte concernant la peinture et le commente, parlant de « méthode de création transversale », de l’inconscient, d’une « dramaturgie de l’autoportrait » où on cherche à capter la part inconnue en soi, individuelle et commune (le transpersonnel), par la libre association, sorte d’écriture automatique (conception, 1894, qui précède le Manifeste du surréalisme) . Lien : http://www.dailymotion.com/video/xaf46a_jean-pierre-sarrazac-strindberg-pei_creation

Auguste STRINDBERG, encyclopédie Larousse en ligne : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/August_Strindberg/145332

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/August_Strindberg

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographie

04/04/2015

La RUE... Fin de la trêve hivernale... Regards.

DVD AU BORD DU MONDE.jpg300 hommes.jpg

 

Solitude, et pierres. Magnificence des lumières de la ville et terrible froideur. Corps épuisés, êtres dans l’errance. Pas celle de la recherche de soi vers le projet d’autre lieu extérieur et intérieur. L’errance dans la perte et le vide. Des yeux qui appellent au secours, ou qui n’appellent plus. C’est la rue, ici, partout, en France. Nuit : quelqu’un de très âgé étend une sorte de matelas et du plastique au-dessus de lui pour se protéger de l’humidité. Jour : deux enfants sourient aux passants, assis sur une toile avec leur mère, bout de trottoir froid. Scènes de tous les jours. Quai de métro : odeurs d’alcool et de cigarettes, hommes groupés, d’un côté, homme seul, ailleurs, qui lit : il ne veut rien des aides qui le feraient cohabiter avec ces voisins si différents. L’un d’eux, pourtant, cherche à parler aux inconnus : un peu de parole et de regard. Couloir de métro : quelqu’un aborde les gens en dansant, élégant, presque, rire des yeux, c’est l’autre solitude d’un être qu’on voit partout à des heures différentes. La rue est cet espace où se croisent ceux qui n’ont qu’elle comme lieu, et ceux qui n’ont qu’elle comme rencontre. Cela c’est le réel que tous peuvent faire entrer dans l'espace de leur conscience. On regarde ou on ne regarde pas, chacun dans son monde. Mais des créateurs choisissent de faire du regard une action, et  forcer celui des autres pour que peut-être une solidarité vienne (et ce n’est pas vain). Des associations font des paris, en croyant à la culture, la création, qui peut sauver. Documentaires dont la fonction principale est le témoignage (c’est ridicule d’exiger, comme le fait quelqu’un dans un commentaire sous une bande-annonce, de conditionner le fait de voir le film au pourcentage destiné aux gens de la rue). Et, autre expérience, regard de soi sur soi, photographies qui sont celles de ces hors lieux : témoignage, aussi, mais en plus opération d’alchimie, l’appareil photographique devient pour certains l’outil d’une résurrection, preuve que des initiatives particulières sont à inventer. Film, puis DVD, « Au bord du monde » : quel titre juste... l’idée de cet abîme qui fait frontière, sépare de tout. « 300 hommes » : hommes, d’abord humains, parlant de notre humanité. « Prises de rues », exposition. Photographies pour une « deuxième chance »...

 « Au bord du monde », documentaire de Claus Drexel. Bande-annonce (et commentaires sur le film) : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540665&cfilm=220999.html

Critiques presse, allocine.fr : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-220999/critiques/presse/#pressreview40009004

Citations (presse) : Le Figaroscope : « Un film remarquable de noblesse et d'humanité. » / Marianne, par Alain Dreyfus : « Claus Drexel n'est pas le premier à traiter de la grande exclusion, mais il est le seul à le faire avec un tel parti pris esthétique. Non par afféterie, mais parce que le Cinémascope permet à l'oeil de discerner avec netteté tant les corps défaits que la splendide dureté du monde de pierre qui les abrite et les repousse. » / critikat.com, Marianne Fernandez : « un regard, un regard profondément humain »

Soutien de nombreuses associations (liste sur le site officiel, ainsi que les prix multiples qui récompensent cette œuvre) : « Nous soutenons le film ‘’Au bord du monde’’, pour la dignité et la parole qu'il donne aux sans-abri. Ce film ose le plus bel écrin de beauté pour ces âmes éprouvées et pose un regard sur une société qui ne parvient pas à les protéger. ». SITE (et DVD, Arte éditions, avril 2015) : http://www.auborddumonde.fr/index.php?chemin=null&langue=fr

...............................

« 300 hommes », long-métrage documentaire d’Aline Dalbis et Emmanuel Gras (sortie fin mars 2015). Fiche allocine.fr : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=228337.html

Une démarche, dit Clément Ghys dans Libération (24-03-15), qui refuse de voir ces êtres dans un ensemble confus les abandonnant à l’anonymat : « respect absolu des réalisateurs pour leurs sujets ». Ils « donnent à voir des êtres au milieu d’un inframonde. ». Le lieu où se réfugient ces hommes est à Marseille : http://next.liberation.fr/cinema/2015/03/24/marges-a-l-ombre_1227602  

Diaporama, vidéo, informations et liens, sur le site Les films de l’air : http://www.lesfilmsdelair.com/film/300-hommes

.............................

« Prises de rues », exposition. Treize photographes d’eux-mêmes... Les photographies ont été exposées sur les grilles de l’Hôtel de Ville du IVème arrondissement de Paris jusqu’au 23 mars 2015. Elles sont visibles sur le site Deuxième marche, et des tirages peuvent être achetés. Poésie, humour, tristesse de ce qui est signifié, mais traces d’espoir, regard qui dit très fort la réalité des paradoxes (ou les paradoxes de la réalité).  Les titres sont très révélateurs.

« Ascenseur social », de Stéphane Baratay. Un escalier envahi de feuilles mortes ou de papiers, sans personne, pour sortir, semble-t-il, d’un passage souterrain entre deux rues, ou venant d’un jardin (Les Tuileries peut-être).

« Au bout la lumière », de Lorenzo Barranco. Tunnel, comme ceux où se réfugient des gens qui dorment dehors, courbes qui font temple, flaques, et cercle de lumière du jour donnant sur des arbres aux troncs épais. Espoir ? Mais c’est... au bout.

Clic-claque photographie un ciel d’arbres, avec un lampadaire : « Bientôt la nuit, douce chaleur ». Ainsi, c’est un oxymore. Seule une lumière, mais tout en haut, seule douceur, dans la menace de la nuit froide.

« Bleu blanc rouge »... Elise Juville a trouvé un sens interdit rouge à côté d’une flèche bleue, dans l’autre sens mais quand même symbole contradictoire. Il y a les trois couleurs du drapeau français : le symbole est ici celui d’une trahison des valeurs. Quelle égalité ? Quelle fraternité ?

Le « Brouillard » de Michèle est celui d’une sorte de parc d’automne. Feuilles mortes. Est-ce un lieu de refuge ? De solitude ? D’évasion ?

« Clair obscur » de Ramen semble une photographie qui serait un fragment d’un film japonais. Quelqu’un est assis là, on ne sait où. L’échappée est barrée de planches, comme les marques d’un enfermement dans une situation insupportable.

« Hitchcok », photographie signée ‘Bossu de Notre-Dame’. Echo des oiseaux du cinéaste de l’effroi... Quelqu’un qui vit dans la rue, est en train de nourrir les pigeons, cherchant ce qu’il donne dans une sorte de voiture d’enfant chargée d’effets : lui partage... et ils viennent en masse à lui. Ce doit être sa joie.

« L’abandon », de Cerf-volant. Dans les mêmes tons un peu rosés : voiture d’enfant (vide), sol, feuilles mortes, un désert. La rue commence parfois pour certains par un abandon, enfant, mais l’abandon est aussi  ce non-geste collectif de la société. Solitudes.

Humour et poésie, chez Franck et Michel, Clic-claque (Le pseudo n’est pas clic-clac, mais bien clic-claque : gifle, froidure du vent qui claque dans les nuits dehors, mort risquée ou trouvée. Claques de la souffrance. Gifle que les images renvoient, pour secouer l'inertie sociale. On nous laisse interpréter. C’est aussi fort que les photographies, ce choix). Poésie et humour aussi chez Régis, Jean-Marc, et  les autres... Tout est très réussi...

SITE : http://deuxiememarche.org/exposition-prises-de-rue/

Page (et diaporama), toutelaculture.com : http://bit.ly/1Hu66gn

Article, Le Parisien, 20-02-15, par Philippe Baverel, « Des sans-abri derrière l'objectif » : http://bit.ly/1NHPW4G

23/03/2015

Martine BLIGNY, peintre. ART en Arles... Exposition collective

Martine BLIGNY au travail....jpgMARTINE BLIGNY.jpg

 

 

 

 

« dans le favorable, le considérable / j’avance. »

Monique Rosenberg, La Splendeur déjà / Poèmes, éd. L’Harmattan (p.23)

Espace Van Gogh, Arles, 15-25 mars 2015.  « Vénus éternelle » : http://www.souchaudartproject.com/venus-eternelle/  

Méditation sur le corps féminin proposée à plusieurs artistes, dont Martine Bligny.

Précisions sur le projet collectif, et liens, dans la note-vignette (voir ci-dessous).

........................................................................................................................ 

Je ne parlerai que de l’artiste dont je connais l’œuvre, que j’apprécie particulièrement. 

Martine BLIGNY, donc... 

Il semble qu’elle puise dans une mémoire souterraine, ancestrale, et c’est d’une puissante modernité...

En regardant les peintures de Martine Bligny on entre dans un mystère qui nous fait traverser le temps, alors que les visages peints, eux, semblent le traverser pour sourdre des murs et advenir. Comme si l’artiste, peignant, n’avait fait qu’aller chercher dans la mémoire des pierres la trace de traits dont elle porterait le souvenir en elle, profondément. Des bleus, des ombres, couleurs qui diffusent intérieurement une lumière sourde, qui peut-être émane des yeux de ces êtres si loin si proches, ou de l’énergie des corps. Antiquité ? Moyen-Âge ? Errants d’ailleurs mais de notre siècle ? Visages de danseurs méditants, immobiles, qui nous regardent. Et nous, si on regarde en même temps tous les visages de la page google, par exemple (justement parce qu’ils sont sur deux rangs, tous) il y a inversion du regard. Comme pour une seule peinture mais c’est plus évident. Ils nous contemplent d’au-delà des siècles, comme pour interroger notre humanité. Beauté de traits dont l’étrangeté vient de la pureté silencieuse de l’expression. Silence de l’âme, calme du sens. Qu’avez-vous fait de votre silence ? disent les portraits...  Qu’avez-vous fait de votre visage ? Des visages du monde ?

Pour la photographie de l’artiste au travail, on peut aller, aussi,  sur l’ancien site, abandonné. La force signifiante du geste, la peinture étant ce geste de tracer, qu’il soit inscrit là comme  un instant volé à la solitude de la création, c’est une symbolique entrée dans l’univers des visages et des corps peints par Martine Bligny,  d’autant plus qu’on y voit la peinture qui est élaborée.

Ancien site :  http://martine.bligny.free.fr/    

Très beau texte de Christian Noorbergen, lisible intégralement sur le nouveau site Odexpo de l’artiste. CITATION : « Noyé de haute mémoire, un visage s'abîme dans la mer des visages. Tous les dehors du monde ont disparu. Martine Bligny efface les excès de la réalité, les blessures du dedans, et les effets provisoires du monde. » :  http://www.martine-bligny.odexpo.com/       

Quelques œuvres de Martine Bligny à voir sur google images : http://bit.ly/1HtiOPA

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

TRACES DIVERSES, expos antérieures, sites...  Liens, note-vignette. Clic/lire : http://tramesnomades.hautetfort.com/list/martine-bligny-p...