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30/11/2015

BRUNO HADJIH... METAPHORA, Le REGARD qui répare...

mms_img-329636550.jpgmms_img-1995844623.jpg"On a oublié de clôturer le visage. Offert à l’énigme. Regard errant dans le noir de ce visage, cherchant l’issue. L’autre issue. Prisonnier d’une opacité. Ne voyant pas que c’est même chose, même issue. Qu’il y a sans doute un tracé foudroyant l’espace. Ne heurtant plus rien. Plus rien "d’ici" où tout se ramène à un visage. Ton visage en toutes choses et elle en toi. Il faut donc aller plus loin, creuser la blessure, ouvrir plus encore la brèche."(Pierre-Albert Jourdan,  "Brèche" ,"L’espace de la perte")

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le visage me demande et m’ordonne. Sa signification est un ordre signifié."
(Emmanuel Lévinas, ‘Ethique et infini’)

"Tu as pensé aussi / qu’on te laisserait / rejoindre l’arbre, / les pierres… / Reprendre ta place / parmi eux" (Jean-Louis Giovannoni, ‘Au fond de l’air’)

"Nul arbre. Le désir. Et la mort / qui regarde / Une absence innommable des choses" (Roger Giroux, ‘L’autre temps’)

"Bruno Hadjih est un magnétiseur qui fait oeuvre de sismologue." (…) "A équidistance d’un désastre natif et d’une possible catastrophe terminale, Bruno Hadjih n’a pas d’autre visée alors, s’il veut transfigurer la nuit profonde de notre présent aveugle, que celle de la lucidité consistant, comme le souligne Walter Benjamin, à ‘organiser le pessimisme’." (Saad Chakali)... Superbe écriture, texte, exposé, qui fait une lecture de l’oeuvre en rapport avec l’origine du monde, y voyant éléments et signes qui viennent de très loin dans le passé, dans un questionnement inquiet, car lucide, de l’avenir de notre univers… et donc le nôtre.

En exergue à l’exposition, une citation de Walter Benjamin (sur le seul discours que tient une oeuvre, ‘…Celui qu’elle tient aux autres oeuvres, et qui ne se déploie pas dans le domaine du langage. Celui de l’engagement.’)

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METAPHORA, titre de l’exposition…

C’était le 14 novembre. L’artiste et la galerie avaient décidé de maintenir le vernissage (pour ne pas offrir un renoncement aux terroristes), et nous, nous avions décidé d’y aller.

Regarder des photographies, dans ces conditions, c’est entrer dans un espace du regard qui transcende toute approche ‘technique’, et même peut-être ‘esthétique’. Nous avions besoin de consolation et nous nous sommes mis sous les mains photographiées par l’artiste. Voir les reflets de nos corps sous la lumière de ces mains si humaines, à la peau presque palpable, grandes mains sombres aux doigts puissants, protecteurs, cela pouvait mettre les larmes aux yeux.

J’ai photographié ce reflet, et d’autres où deux espaces se mêlaient, nous ici à Paris, dans le cocon de la galerie, et plus loin d’autres lieux, d’autres êtres.

Nous sommes encore dans la sidération du 13 au soir, et là nous nous heurtons à une autre sidération, double.

La beauté. Le silence. La peau, les yeux. Et le bois, la matière. 

Nous entrons dans une expérience particulière, difficile à définir. Comme si la démarche était archéologique, pour une part. 

mms_img-1017221335.jpgmms_img-655907459.jpgFouiller dans la profondeur d’un visage, aux rides comme de la terre, et lui associer les signes du temps d’un arbre. Ces yeux nous regardent, et le cercle associé (la photographie accolée, installée dans le même cadre) fait venir ce regard de très loin, du fond du temps (tant passé que futur). Terre destinée à la terre, l’humain qui meurt. Visage seul, dont on ne sait rien de la vie. Être humain interrogeant le sens d’être là, sa destinée à lui, ses questions à lui. Peut-être son désespoir. Ou peut-être pas. Juste la question du rapport à cet univers du temps

mms_img-818883163.jpgLe bois, encore (je crois), mais vertical, pour accompagner un visage plus jeune.  Ascension, humanité. Et ce même regard qui interroge, qui semble interroger. Qui suis-je? Et, nous dit-il, qui es-tu? Toi qui regardes, qui?. Est-ce aussi la question du photographe? Quelles identités se rencontrent? 

Metaphora… Métaphore. Ne restez pas, nous dit le titre, à la surface d’une apparence. Allez plus loin. Percevez. Voyez votre propre métaphore, si vous voulez - votre représentation, humains. 

Voici un photographe qui est aussi un reporter, avide d’humanité ‘juste’. Il montre donc des beautés (visages, mains, corps, couleurs, lieux) et des réalités douloureuses, pour dénoncer des scandales. Ainsi certaines photographies (et un documentaire) nous font tomber, choc sur choc, sur un double secret d’Etat. Secret car tout n’est pas su, et beaucoup est tu. Les bombes, le nucléaire, espaces sacrifiés, le vivant sacrifié, Sahara… Visages du grand sud brûlé… Brûlé, ce sud, au sens plus fort que celui de l’impact du soleil, puisque Bruno Hadjih photographie aussi des êtres irradiés, et leurs descendants (un diaporama reprend des séries qui correspondent à un travail systématique de défrichement. Sahara : l’ordinateur est là, pour voir les êtres et le bleu de leurs vêtements, et celui du ciel, comme le voit Bruno Hadjih, un bleu intense).mms_img1535058292.jpgmms_img880101725.jpg

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Ce regard répare. L’art répare. La conscience ici  trouve sa densité. Présence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien de doucereux dans cette ‘réparation’. Gifle, plutôt. Justement, c’est cela qui répare : nous avons besoin de lucidité. Kafka le dit pour les livres, c’est vrai pour les photographies aussi : la hache qui brise la glace… et le 14, le froid émotionnel nous faisait trembler et trembler ne suffisait pas à défaire le gel figé… Les visages sur les murs, oui, ils pouvaient. Et le cercle, et le bois, et l’ombre.

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SITE de la GALERIE Mamia Bretesché, 77 rue Notre Dame de Nazareth, 75003, Métro Réaumur Sébastopol (on peut aussi arriver par la 5 à République et marcher un peu en suivant cette rue.  L’expo continue jusqu’au 18-12-15. Quelques PHOTOGRAPHIES visibles sur le site   http://www.mamiabreteschegallery.com/?p=1361 

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BRUNO HADJIH. Éléments complémentaires

PAGE (riche et à jour) sur ses travaux, picturetank (sur ‘les mutations des sociétés musulmanes et particulièrement sur les failles historiques de ces dernières’, ‘travail sur le soufisme durant 15 années’,travail sur ‘les espaces sahariens’) : http://www.picturetank.com/creative.php?id=830

BIO, et travaux, dont la dernière exposition, Algériades : http://www.algeriades.com/bruno-hadjih/article/bruno-hadjih 

BIO, Africultures (pas mise à jour… mais des éléments complémentaires)  http://www.africultures.com/php/index.php?nav=personne&am...

Page sur des expos de groupe (2005 à 2015), artfacts.net  http://www.artfacts.net/fr/artiste/bruno-hadjih-75262/ligne-directrice.html

LIVRE. « Avoir 20 ans à Alger », avec Aziz Chouaki, éd. Gallimard : https://www.librairiedialogues.fr/personne/bruno-hadjih/7... 

PORTFOLIO, Le Monde (« Être algérien aujourd’hui ») : http://www.lemonde.fr/le-monde-2/portfolio/2009/03/27/etr... 

Article de La Dépêche sur le documentaire d'Élisabeth Leuvrey , d’après les photographies de Bruno Hadjih, sur les essais nucléaires français de 61 à 66, Sahara), At-h-ome : http://www.ladepeche.fr/article/2015/06/03/2117283-cinema-jeudi-at-h-ome-en-presence-de-bruno-hadjih.htmlmms_img-1110822157.jpgmms_img2066377143.jpg

17/06/2015

Carnival/Intact Project/Tweeter Module, par Sara Malinarich. Exposition chez Mamia Bretesché, Paris, juin 2015

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Comme de longs échos qui de loin se confondent / Dans une ténébreuse et profonde unité, / Vaste comme la nuit et comme la clarté, / Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Charles Baudelaire, Correspondances/Les Fleurs du mal

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes

Arthur Rimbaud, Voyelles/Poésies

« Somos  los terminales nerviosos de la retina colectiva» (Nous sommes les terminaux nerveux de la rétine collective)

 José Val del Omar

(Sur José Val del Omar voir la note précédente, introductive – ce cinéaste-poète-inventeur-penseur du regard, théoricien et artiste espagnol né à Grenade, étant une source majeure de la démarche présentée ici).

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Carnival/Intact Project/Tweeter Module…« Le virtuel devient réalité ». Démonstration, performance, exposition d’une héritière, donc, de José Val del Omar, Sara Malinarich. Ce projet étonnant met en place une présence qui n’en est pas une, une réalité non réelle. Virtuelle, oui, autrement présente, réelle concrètement vivante, non. Interférence de la machine et de la conscience humaine, et éclatement de la conscience en espace multiple. Une conscience qui n’est plus seulement celle de l’individu, mais un arrière-plan collectif, une conscience globale. « Rétine collective », dit José Val del Omar. Cela peut rejoindre, pour moi, la théorie jungienne, un inconscient plus large que la fantasmagorie personnelle, mémorielle en partie, et imaginaire en partie : un univers de signes souterrainement communs. « Terminaux nerveux », nous, indépendamment de la technique. Par la force du biologique. Mais la technique renforce l’impact. Cela peut rejoindre aussi la pensée du Tao. Nous, reliés, connectés les uns aux autres, bons ou mauvais, contenus dans l’univers mais le contenant. Cosmos intérieur autant qu’extérieur, un monde d’étoiles en nous. Pour lire à travers ce champ multiple, les correspondances baudelairiennes donnaient déjà des clés. Tout se parle, se traduit : « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent », car la dispersion est illusoire : « ténébreuse et profonde unité » (ténébreuse, car indéchiffrable, mystérieuse, incompréhensible au regard du petit « je » qui se croit séparé du tout). Cela c’est conforme à ce que j’ai intégré de la pensée de José Val del Omar. Une vision où la technique sert comme révélateur d’un savoir perceptif déjà là. L’œil collectif voit à travers nous quand on prend une photographie et qu’à la fois on sait et on ne sait pas ce qu’on saisit. Importance de cet artiste (et auteur) comme penseur du regard.

Mais qu’ont-ils donc fait, à Intact Project, avec Medialab à Madrid et le Lieu multiple de Poitiers ? Qu’ont-ils fait dans ce laboratoire d’art, maître en innovation, dirigé par Sara Malinarich? La galerie parisienne, le temps de l'exposition (et plus, grâce aux outils informatiques) se trouvant reliée à Madrid et Poitiers (et Madrid étant en réseau avec d’autres lieux ailleurs en Espagne  - surtout – mais aussi avec quelques centres similaires, en France, au Québec, et ailleurs). Interactions et interférences, connexions infinies. Ils (et donc elle...) ont introduit un module dans le système informatique (comment, je n’en sais rien : laissons aux techniciens la maîtrise du dispositif électronique). Ce qui compte c’est l’introduction de cette téléprésence distancée qui, par ce « Rachael Runner », twitter apparemment être fantomatique mais réalité virtuelle, reçoit des messages et les renvoie transformés en créations graphiques. On voit sur l’écran la phrase exploser (en quelque sorte), les lettres se disperser et des couleurs, des formes apparaître, qui se mêlent aux lettres, les intègrent, les métamorphosent. Là on a sous les yeux une démonstration de l’affirmation de Rimbaud : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, / Je dirai quelque jour vos naissances latentes ». Son intuition visionnaire est confirmée par la technique... C’est mouvant, comme un film. Mais si on stoppe le flux, un tableau se crée, qui peut être figé par la caméra qui capture l’image d’un instant unique, avec des fragments des lettres du message originel, ou pas. (Peut être reçu n’importe quel  texte de n’importe qui, à condition qu’il contienne le mot clé #telepresence). En réponse le module renvoie le tableau capturé, avec, en légende, une citation de José Val del  Omar. (C’est, en plus, une judicieuse manière de faire lire un poète...). La vidéo, elle, bruisse du son des formes (c’est l’impression que j’ai eue).

Des photographies représentent des instants capturés alors que les images défilaient (je voulais saisir au passage les lettres des mots éclatés). Les créations mises en forme sont dans des cadres, et la citation de José Val del Omar y est lisible. (L’autre nom est celui de l’expéditeur du premier message, destinataire de celui-ci). Est à part un autoportrait fantôme (l’image avec les trois ovales blancs sur du noir et un fond bleu) : sur le verre du cadre se reflète ma main qui tient l’appareil, mon ombre et on voit, à peine, reflétés aussi, trois petits cadres des vidéastes, accrochés sur le mur, en face. Je suis entrée dans l’écriture de José Val del Omar, imprégnée, traversée. Après tout, c’était un des buts...

L’artiste (chilienne) qui proposait cette démonstration, Sara Malinarich, est une spécialiste de ce concept de la téléprésence et des performances et réalisations que cela permet de penser. Elle a posé diverses installations dont le support était fondé sur la création connectée, l’inventivité formelle technique, les nouveaux moyens de communication, un langage d’avant-garde, une mise en scène à plusieurs dimensions. 

Quand on lit (sur divers sites, et sur le sien) la présentation de son parcours, on mesure la part de recherche, artistique et théorique, qui sous-tend la création.  (Beaux-Arts au Chili et en Espagne, doctorat, recherches innovantes dans le domaine de la culture visuelle et des avancées technologiques. Spécialisation en arts numériques et dans la création d’interfaces technologiques. Direction d'Intact Project, réseau de téléprésence produisant des interfaces pour interactions artistiques). Place, dans cette démarche, il me semble, pour des interrogations sociales : son exposition (une fois resituée dans le contexte de son itinéraire intellectuel et créatif) fait écho au thème du Printemps des Poètes (dont il y avait encore des traces au Marché de la Poésie, par certaines publications) : l’insurrection poétique. Car la technique peut être un outil pour emprisonner et manipuler, ou, au contraire, pour créer plus de conscience, une intelligence collective capable d’interagir de manière subversive (ce qui ne veut pas dire violente mais agissante pour une liberté en fraternité).  

Site d’Intact project : http://www.intact01.net/

Page du module Rachael Runner sur twitter (où regarder et lire...). Pour faire fonctionner la réponse virtuelle (transformation du message en image où les mots dispersent leurs lettres et se traduisent en formes et couleurs) il faut envoyer un tweet contenant le mot clé "telepresence", pour activer le déclenchement du logiciel) : https://twitter.com/rachael_runner

Le module dans le cadre de l’exposition et sa poursuite, Rachael Runner : https://twitter.com/Rachael_Runner/status/606462558401396736

Site personnel de Sara Malinarich (biographie, réalisations, publications dont une analyse de l’impact des réseaux sur notre réalité personnelle et collective, questionnement sur la nouvelle réalité de l’identité, et la question des alternatives dans le monde en devenir) : http://www.saramalinarich.net/

Catalogue (Sara Malinarich), pdf (œuvres graphiques et citations du poète, José Val del Omar) : http://www.intact01.net/wp-content/uploads/2015/05/catalogo_expo_mamia.pdf

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Echo singulier à ces recherches, le travail du collectif Reify (New York), qui utilise l’impression 3 D pour donner forme aux sons. Une chanson devient un objet visuel palpable. Sur leur site (« Turn Songs into 3D-Printed Sculptures You Can ‘Listen To’ with Reify ») on peut voir des photographies d’objets-sculptures obtenus ainsi : http://www.thisiscolossal.com/2015/04/turn-songs-into-3d-printed-sculptures-you-can-listen-to-with-reify/ 

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Sara Malinarich était accompagnée, dans cette exposition, par un couple d’artistes  vidéastes, White Black Fungus (Reinhard Hampel et Véronique Cartier-Hampel). Leurs créations mêlent photographies, vidéos en plans fixes ou trajectoires lentes, dessins, peintures. Un montage fait aller de l’image réelle à la photographie modifiée, de la photographie à la peinture, en passant par des surimpressions qui font voir autre chose, imaginer, projeter.  La création ovale (avec du rose-mauve) représente un moment d’une vidéo, le demi-cercle un autre instant fugace. Voir leur  site : http://www.whiteblackfungus.com/

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Le site de la galerie Mamia Bretesché : http://www.mamiabreteschegallery.com/ 

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Je reprends ici certaines des citations du poète José Val del Omar, et en fais une traduction personnelle, très libre (comme pour d’autres, dans la note précédente) :

« El circuito eléctrico nos introduce en el simultáneo. Todo se convierte en directo camino » (Par le circuit électrique nous pénétrons dans le simultané. Tout se transforme en voie directe.)

« Existe en la sustancia una Conciencia Colectiva que alumbra y taladra nuestras miserias. »(Il existe dans la matrice matérielle une Conscience collective qui illumine et transperce nos misères.)

« El mirar sólo desde una parte nos amodorra. » (Le regard qui ne viendrait que d’une source partielle nous transformerait en dormeurs.)

« El propio hombre es una insólita unita contradictoria a la que llamamos individuo. » (En soi l’être humain est une insolite unité en contradiction avec ce que nous appelons individu ou individuation.)

« El hombre está en camino hacia la Unidad; ese camino es pálpito entre diferencias. » (L’être humain est en chemin vers l’Unité, vers le Un; ce chemin palpite entre les réalités divergentes.)

«Sobre el diario parpadeo, todo marchitándose y todo naciendo. » (Sur le cillement léger du jour, tout s’étiolant et tout venant au monde.)EXPO  VIDEO 14.jpg

«Lo más opuesto se conjuga y armoniza.» (Du plus lointain opposé tout se rejoint et crée l’harmonie.)

Voir la page... multiple (autres citations et productions graphiques...) : https://twitter.com/rachael_runner Ou le catalogue en ligne (lien ci-dessus : productions visuelles disponibles, art numérique).

16/06/2015

Découvrir José Val del Omar. Note introductive à l’exposition d’une héritière du cinéaste-poète, Sara Malinarich

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Note introductive, car pour comprendre la démarche de Sara Malinarich (note qui va suivre) il faut, je crois, se situer dans le sillage du cinéaste, inventeur et chercheur, poète, présent dans l’exposition que j’ai vue il y a quelques jours, et qui est toujours visible, galerie Mamia Bretesché. Doublement présent. D’abord par la continuité d’une inventivité technique (et de la réflexion qu’elle induit sur ce qu’est regarder, sur le rapport entre la vue et les autres sens, sur les interférences tant visuelles que sonores). Ensuite par ses textes, citations transférées par des tweets, eux-mêmes envoyés au logiciel inventé pour métamorphose éclatée en graphisme et couleurs. Je ne connaissais pas José Val del Omar cinéaste et inventeur, découvert grâce à cette exposition. (J’ai du mal à comprendre comment c’est possible : le Jeu de Paume avait pourtant créé un événement pour faire connaître le cinéma expérimental dont il fut - et reste après sa mort - un maître, mais, autrement, apparemment, grand silence réducteur.) On est enfoui dans une masse d’informations où surnage beaucoup de vide et on rate des clés essentielles, pour comprendre l’art, le réel, et soi. Je ne le connaissais pas plus comme poète, et les fragments que j’ai découverts m’ont paru de la plus haute poésie (voir ci-dessous, citations, et  note suivante, exergues et textes saisis dans mes photographies : j’ai tenté de les rendre bien lisibles...). Il suffit de trois vers, trois phrases, pour découvrir un auteur et savoir s’il devient essentiel ou ne le sera jamais. Lui sera essentiel. Pour compenser le manque antérieur j’ai cherché (sur la Toile) ses films, ses écrits, et des présentations de son œuvre, tout regardé, tout écouté, tout lu (en français, en espagnol). Enthousiasme total. Quelqu’un dit de lui (vidéo sur son cinéma) qu’il fait une sorte d’alchimie. Et c’est exactement cela. Hypnotique, fascinant. Mais pas hypnotique d’une manière qui nous endormirait : au contraire, plutôt de l’ordre de l’effet méditatif, qui fait accéder à d’autres dimensions du réel intérieur et extérieur, en secouant pour réveiller, éveiller.

Poète, José Val del Omar l’est aussi dans les titres et sous-titres. Comme pour « Fuego en Castilla », sous-titre : «  Ensayo sómnambulo de visión táctil en noche de un mundo palpable. » (Essai somnambule de vision tactile dans la nuit d’un monde palpable). L’essai c’est aussi à comprendre au sens philosophique, des concepts sont pensés avec des formes, du mouvement, des instants photographiques. Création formelle et création de pensée. Poète, dans le choix des exergues. Pour « Fuego en Castilla », c’est Federico Garcia Lorca : « En España, / todas las primaveras viene la muerte / y levanta las cortinas. » (En Espagne, la mort vient pour tous les printemps, et soulève les rideaux). Poète, aussi, et penseur, dans le choix de mettre « Sin fin » au lieu de Fin pour clore ses films. Sans fin, lente poursuite du sens dans la perception, la recherche technique. Sans fin dans la durée et sans fin dans l’espace. Parce que les interférences visuelles et sonores (diaphonie...) se prolongent hors du film.

Poète, Val del Omar, autant que cinéaste, et cinéaste en poète.  Diego Quemada-Díez, réalisateur, en parle dans un entretien au sujet d’un film sur les migrants (Guatemala et Mexique vers les USA), « Rêves d’or », propos recueillis en 2012 par Carine Trenteun sur  CinéMatraque (Citation qui éclaire la démarche de José Val del Omar – la poésie par les mots et la poésie comme éthique cinématographique) : http://www.cinematraque.com/2013/12/rencontre-avec-diego-quemada-diez-realisateur-de-reves-dor-la-jaula-de-oro/# :  « Mon poète préféré, José Val del Omar, qui est aussi réalisateur, dit que le cinéma relève d’un acte de manipulation extrême, car les gens entrent dans une pièce sombre où on ne leur montre juste qu’une partie de la réalité. Les spectateurs viennent pour que nous déposions nos rêves. Toute cette manipulation ne se justifie que s’il y a un but poétique. Nous avons donc une grande responsabilité. Cette poésie doit être générée par de l’empathie et de l’amour. Toute la construction d’un univers de fiction est reliée à tous ces éléments pris de la réalité, tous ces témoignages. » Diego Quemada-Diez en parle aussi là, insistant sur cette référence première, intensément présente : http://www.festival-cannes.fr/fr/theDailyArticle/60190.html

Poète. Les fragments donnés à lire en légende des créations graphiques proposées par Sara Malinarich  (renvoi de citations du poète aux expéditeurs de messages adressés au logiciel, voir l'explication de la démarche dans la note à venir) sont révélateurs de la manière dont José Val del Omar pense la place de la conscience individuelle dans la conscience globale : lui, nous, le monde-cosmos...

Citations : « Lo que llamamos contranos u opuestos son trozos de la Unidad. » (Ce que nous appelons présences contraires ou réalités adverses sont des fragments  de l’Un).

... « Todo desea ser Todo, y para ser Todo hay que no ser nada. Comenzar por quedar vacio. » (En tout il y a désir d’être le Tout, et pour être Tout il faut n’être rien. Commencer par rester vide.)

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A lire (en français, en espagnol...).

J’ai trouvé des notes en français : d’Olivier Arezki (article, 2003, et page de liens), d’Olivier Hadouchi (chronique, 2007 puis 2010), du Jeu de Paume (deux pages de présentation d’un événement sur le cinéma expérimental espagnol, 2011), un dossier de créations sur des vidéos en espagnol.

L’article d’Olivier Arezki, paru en 2003, sur le court-métrage « Fuego en Castilla » : http://www.cineastes.net/textes/arezki-fuego.html Citation : « José Val del Omar est un cinéaste alchimiste convoquant divers éléments, tels le feu, la terre, et l’eau. Un poète qui passe d’une incursion dans le monde contemporain où le temps file à toute vitesse (horloge, montage rapide et saccadé), avec des voitures filant, phares allumés, à un ciel traversé de sombres nuages. Sa caméra effectue souvent des envolées verticales, et sait abolir la perspective pour lui substituer des images anamorphosées, répandre des formes allongées (on pense au Greco), évanescentes, animer des statues, par des jeux de montage et de lumières, violents et très sophistiqués qui utilisent à merveille les richesses et les subtilités du noir et blanc (contrastes, palettes de gris, jeu sur les tonalités…). »

Page de liens, créée par Olivier Arezki : http://www.cineastes.net/c/omar.html

La longue chronique d’Olivier Hadouchi, en deux parties, enrichie de notes : excellente analyse, très grande maîtrise du sujet. Et en plus il met en exergue une citation de Maria Zambrano, philosophe que j’apprécie particulièrement, et qui, effectivement, rejoint ce qu'on découvre de José Val del Omar, êtres en affinité : « Pur oubli dans la nuit/ puisqu’il fait toujours nuit / pour celui qui vit à moitié.». Mars 2010 (trace antérieure, moins ample, 2007), CinéFabrika, « l’autre revue du cinéma et des arts visuels », « Notes autour de Val del Omar et d’un cinéma de la métamorphose et du crépitement », première partie : http://cinefabrika.blogspot.fr/2010/03/notes-autour-du-cinema-de-val-del-omar.html

Citations (le texte d'Olivier Hadouchi) : « Cinéaste espagnol né à Grenade en 1904, il est notamment l’auteur d’un des plus grands accomplissements filmiques tous genres, supports et catégories confondus, un « triptyque élémentaire d’Espagne » réunissant trois films réalisés à plusieurs années voire décennies d’intervalle » (...) « ...mettant la technique au service de la libération, pour réunir Jean de la Croix et Prométhée, l’albumine et l’aluminium, l’incarnation métaphysique et le fil à haute tension. Espoir de participer à l’émergence d’une autre voie, et que nous appelons « cinéma expérimental » par commodité, car il s’agit en premier lieu d’un cinéma d’avant-garde, à partir d’une appréhension originale de cette notion. Soit d’un cinéma élargi qui ouvre intensément les portes de la perception, travaille sur ses matières mêmes (penchant pour l’anamorphose, le décentrement, le reflet...) » (...) « ... inventeur de néologismes (‘mécamystique’ est le plus révélateur)... »

Deuxième partie : http://cinefabrika.blogspot.fr/2010/03/notes-autour-de-val-del-omar-2eme-p.html   Citations : « Topographie(s) plurielle(s) d’une Espagne palimpseste. » (...)  « En Andalousie, Grenade tournée vers le sud et l’est : l’Orient » (...) « Val del Omar juxtapose : une étoile de David en mosaïque, des inscriptions calligraphiées en arabe, des chants et des danses gitans andalous. »

Page de présentation, site, Jeu de Paume. « La sélection s’ouvre avec un artiste essentiel, José Val del Omar» : http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1446

Jeu de Paume. 50 ans de cinéma expérimental en Espagne (mars-avril 2011). Document pdf : http://www.jeudepaume.org/pdf/DelExtasisAlArrebato.pdf

Dossier, créations de José Val del Omar, sur Point to Point, blog : http://pointopoint.blogg.org/jose-val-del-omar-un-fantastico-fantastic-a116322996

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Vidéos, en espagnol  (en espagnol, mais fragments de l’œuvre à regarder – et écouter) :

Le cinéma de José Val del  Omar. Présentation, vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=F_emTQaMFPY

Film. "Aguaespejo granadino" - 1955 José Val del Omar (« Miroir d’eau grenadin ». L’eau-miroir de Grenade, l’eau comme miroir. Sur la pierre et l’eau dans la réalité et la culture andalouse)

Val del Omar, entre cinéaste, génial technicien,  et alchimiste (mot employé par celui qui introduit la vidéo). En espagnol : https://www.youtube.com/watch?v=Nk7t8hRyFRE

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Textes en espagnol. Pour lire, et traduire approximativement : http://tr.voila.fr/ 

Site dédié (très riche et très beau, complet : le cinéma, les collages, les textes) : http://www.valdelomar.com

Page Facebook dédiée: https://www.facebook.com/pages/Val-del-Omar/46660711337

Fiche Wikipedia (filmographie et  bibliographie : livres « de », livres « sur » Val del Omar) : http://es.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Val_del_Omar

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Exposition de Sara Malinarich et d’un couple de vidéastes (groupe White Black Fungus), galerie Mamia Bretesché...

Le destin des textes du cinéaste poète est un rêve, dans l'aventure ainsi proposée par Sara Malinarich. Magie. Voilà ce que la poésie peut être, aussi, hors des revues et livres, pour circuler. Là, on peut le lire démultiplié, associé aux graphismes créés par le module, citations qui circulent, et demeurent, disponibles, sur la page du twitter machine (qui emprunte un visage...). Regarder, et LIRE José Val del Omar. Lire et relire. Fragments qui donneront envie de plonger dans un livre. Et, car c'est aussi- ou surtout - une aventure du regard, guidée par la pensée de Val del Omar, regarder, regarder...! Sans négliger d'entrer dans les interrogations du penseur inventeur sur ce qu'est le regard, la conscience, créer. Se demander, avec lui, quel est le rapport entre le regard conscient, ce regard décalé à la fois par la volonté de ce pas de côté, métaphysique en quelque sorte, et décalé par ce que la technique propose comme métamorphoses, anamorphoses... Qui regarde en nous, le seul "je" ou cet espace immense où le "je" devient autre? (Et qui crée?). C'est peut-être cela que Rimbaud voulait dire, encore Rimbaud... Plus de citations de José Val del Omar. Voir, note suivante, quelques phrases, en espagnol, et ma traduction, très libre. 

Rachael Runner (Le procédé est d'envoyer un tweet au logiciel Rachael Runner, en intégrant ce qui activera la réponse et la transformation (#telepresence). La création visuelle viendra en réponse avec une citation de José Val del Omar  : https://twitter.com/rachael_runner

De même, dans le catalogue de l'exposition, les créations graphiques sont associées aux phrases du poète, puisque ce sont les phrases qui sont renvoyées avec la production visuelle. Document pdf (regarder... lire...) : http://www.intact01.net/wp-content/uploads/2015/05/catalogo_expo_mamia.pdf 

.............  et NOTE du 23-07-2015... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/07/23/lire-jose-val-del-omar-citations-espagnol-et-traduction-et-l-5661245.html

17/05/2015

Regards d’artistes, regard sur des œuvres d’artistes : une exposition, galerie Mamia Bretesché...

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Je viens à peine de voir cette exposition, qui se terminait deux jours après...

De revoir, plutôt, car j’étais passée très vite une première fois, et je voulais retrouver ce qui m’avait accrochée dans l’instant. Car les dessins, les peintures, les créations plastiques, c’est tout de suite qu’on aime, ou pas, que le regard saisit ce qui va nous traverser, ou rester en surface, ne parler en rien, ou, au contraire, se faire langage intérieur, questions. La première œuvre que j’avais remarquée, d’abord, c’était une tête graphique, œuvre de Sofia Hijat. Cela faisait écho à des recherches que j’avais voulu mener (en enseignant la poésie visuelle, persuadée du fait que le graphisme est une voie de liberté : par les doigts passent des signes issus du corps, de l’inconscient du corps, et ce chemin fait accéder à un savoir secret, sa propre liberté). C’est là un langage si proche que j’y ai reconnu d’instinct d’où venait ce besoin de tracer de mots un visage, d’en emplir le cerveau...  Mais la force qu’elle y met, et le sens, cela est très particulier, s’intègre ici à un art personnel très maîtrisé. Poésie visuelle, peut-être (dans ma perception), si j’ai le goût d’y retrouver cela, et vision d’une corporéité qui m’enchante, car c’est le corps et la tête qui revendique une autonomie de pensée et de création. Et quelle force...  Cependant, se rapprochant, on déchiffre des lettres et des bribes de mots, lettres et syllabes arrachées au français et à l’arabe, questionnement sur la double culture, qui est, vue ainsi, bien plus qu’un croisement de savoirs. Cela devient une peau tissée de racines duelles, multiples quand on pense aux étymologies plurielles des langues. La peau c’est bien plus que l’intellect brut. Cela signifie (et je ne peux qu’adhérer à cela) que nos langues mêlées nous créent, sensuellement tout autant qu’intellectuellement (qu’on les maîtrise tout à fait ou qu’on en soit imprégné sans savoir les utiliser également dans tous les contextes). Langues désirantes. Mais aussi que nous portons en nous, physiquement et esthétiquement, les traces et souffrances héritées des mémoires séculaires d’où nous venons. Pour nous délivrer de ces douleurs ancrées dans le corps, et au contraire en saisir les messages de vitalité créative, de joie, il faut les tracer ensemble dans notre conscience et les œuvres, dire ce que ces corps d’identités multiples savent, et de quels messages riches ils sont porteurs. Ode au métissage, cette œuvre concerne tout le monde, car qui oserait se croire autre que métis ? (J’ai photographié aussi un fragment de près, de ce visage de mots, pour en montrer le tissage). De l’artiste il y avait d’autres œuvres, dont un autre visage, avec des surimpressions différentes, images entre rêve (ou cauchemar, suivant lecture) et réel projeté. Evidence d’une démarche qui appartient à une œuvre construite en lucidité.

Mais dans cette exposition j’ai aimé tout autant les deux autres artistes. Ils avaient tous en commun cette présence des lettres ou chiffres mêlés aux dessins ou peintures, dans des styles très différents.

Très émue par les œuvres de Mounir Gouri, qui demandent de rester longtemps à les « lire ». D’abord pour repérer les différents outils plastiques qu’il utilise : crayon du dessin, beaucoup, encre, gouache ou aquarelle, pour de minuscules taches d’orange-rouge (ou de pointes de rose sur une des créations, et un peu de bleu sur une autre). Une sorte de signature s’impose : fil de fer barbelé qui court, fin, soit pour emprisonner très légèrement un corps d’homme assis (un méditant ?), soit pour menacer des êtres qui sont là, au-dessous, soit pour suspendre des objets. Symboles nombreux, mais, aussi, discrets. Tout est d’une très grande finesse, subtil. Et c’est poignant. Car ce fil de petites pointes dures, posé là, et là, qui semble risquer de tout déchirer, marque un enfermement qui est une souffrance et qui est refusé. Chacun peut l’interpréter comme il le sent : questionnement métaphysique ou douleur sociale, réflexion idéologique, philosophique, ou interrogation intime. Je vois dans cette œuvre l’expression d’une connaissance du corps, de la conscience, de l’énergie (ce corps-conscience du tao chinois, ou ce corps mystique du soufi – ce qui revient d’ailleurs au même). J’ignore, n’ayant pas eu l’occasion de parler avec l’artiste, si lui-même sait ce qu’il montre, ou s’il le fait par prescience, s’il a, malgré lui, un savoir intuitif qui est antérieur à la prise de conscience. Mais c’est comme s’il dessinait les centres énergétiques du corps (le chakra de l’Inde, le  tan tien de la Chine...). Tourbillons crayonnés qui sortent du sommet de la tête, spirales ascendantes, ou du ventre, en avant. Des êtres sont là, parfois plusieurs, à côté les uns des autres, mais comme silencieux, parfois seuls, et entravés par ces fers à peine marqués mais si présents. Le fil de fer peut relier des corps solitaires, comme si la communication était atteinte par ce qui emprisonne. Et il peut suspendre, ou frôler de sa présence esquissée, des symboles, nombreux (posés là comme le seraient les mots d’un poème) : valises, sacs, clés, cœurs, ballons, minotaures... et fleur moucharabieh multipliée, rosée. La fleur apaise, dessine comme un bijou, adoucit la présence dure des minuscules pointes de fer : un peu d’espoir. (Est-ce hommage aux femmes, de la part de l’homme artiste, que faire de la fleur moucharabieh la messagère de cet espoir? J’aurais tendance à le croire. Ou un appel à ce qui, dans la culture, agit dans le quotidien pour donner de la douceur à la vie, refuge rassurant des objets traditionnels de la maison familiale?). Mon désir, sortant de là, aurait été de pouvoir partir avec un livre empli des reproductions de ces fines ciselures signifiantes, ces poèmes visuels en suspension... (Un éditeur, un jour, peut-être ?).

Et il y avait les tableaux d’Abdelkrim Tajiouti. Des œuvres au fond noir (pour des questions nécessaires et sombres...). Sur ce noir, des chiffres blancs, nombreux, parfois isolés, un 7 (un 2 ?),  parfois créant des nombres restreints ou infinis. Et, sur chaque tableau, un objet symbole de ce que la peinture dénonce. Chauve-souris (menace, dévoration, nuit, drone, peur ?), grenade porteuse de mort, signe de guerre, et arme. Les chiffres représenteraient autant les soldats ou terroristes que les victimes. Enfants soldats, aussi ? Chiffres infinis tant les morts s’accumulent depuis des siècles, et tant ils tombent, dans notre siècle à peine achevé, dans notre siècle à peine commencé... Chiffres ? J’y vois aussi l’argent des marchands d’armes, trafiquants d’un côté, vendeurs « légaux » de l’autre, pays, comme le nôtre qui est dans les premiers à faire voyager les instruments de mort... Comme les chiffres n’ont pas de signe distinctif (tueurs ou morts,  humains ou sommes) on peut y voir un sens : peu importent les morts pour les marchands, peu importent les droits humains pour le marché, légal ou mafieux. Ce sont des œuvres de colère, juste colère. On sent une obsession (plus que légitime pour qui refuse que la violence et la haine mènent les actions des hommes et régissent l’ambiance de nos vies). Refus intense de cette violence, décision de mettre en face toute la force de l’art, un art engagé s’il en est. On m’a dit (car je ne l’avais pas vu) qu’en décembre l’artiste avait exposé là - et cela était resté en janvier (œuvre tristement visionnaire pour Paris) un Kalachnikov, ce fusil d’assaut des bandits et des terroristes, mais le sien était en savon de Marseille. Idée géniale. Si les armes devenaient de simples statues à faire fondre dans l’eau, la mort s’éloignerait (celle qui vient du meurtre). L’arme en savon se transformerait en objet de purification, ou en jouet ridicule, car ridicule est ce goût de la mort et de la violence, ridicule à force de bêtise et de cruauté ignorante. C’est ce que ces œuvres  nous disent.

Le hasard m’a fait découvrir sur la Toile (croisement de rencontres) une artiste qui est présente aussi sur le site et dont les créations m’intéressent (quelque chose à voir avec l’art chorégraphique...) : Annabel Aoun Blanco. Raison de plus pour suggérer de chercher, sur le site de la galerie, au-delà de la page d’accueil (déjà ample) la rubrique où des pages sont consacrées à divers créateurs (il n’y a pas que ces quatre noms).  Ainsi j’ai repéré d’autres œuvres qui me touchent : le Don Quijote de Nasr-Eddine Bennacer et son cœur sur la main, cela ne peut que me parler... Comme ce que je revois de Samta Benyahia, qui a exposé aussi ici, et dont je connais bien l’œuvre. J’aime les photographies issues des vidéos de Yun Aiyoung, forme d’art aux possibilités troublantes, pour traduire un monde de fantasmagories, entrer dans le rêve. Yamou... On croit voir d’abord  une photographie... d’un univers étrange et beau, mais non : huile sur toile ! Et les fenêtres de Luis Moragon, dans la nuit, je ne peux qu’apprécier : cela rejoint chez moi une thématique obsessionnelle (mais heureuse), peut-être à cause de Baudelaire...  Et ceux qui iront fouiner dans ces pages en ligne feront d’autres découvertes, vers d’autres artistes, suivant leur univers intérieur (là c’est ce qui coïncide avec le mien...).

Donc... pour ce voyage (et en savoir plus sur les artistes dont je parle ci-dessus, ayant vu les œuvres, ou que j’évoque ensuite, ayant deviné ces œuvres, ainsi que la Toile les transmet), visiter le site, Galerie Mamia Bretesché  : http://www.mamiabreteschegallery.com/