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15/11/2016

13-11..."Fluctuat nec mergitur". Ne pas sombrer, c'est aussi parler, témoigner...

BD Bataclan.jpg« La pluie de demain lavera les taches mais il restera toujours quelque chose dans nos âmes. »

Sting (Fragile)

« Nous sommes ceux qui restent, suivis par une ombre, tous unis par une même idée : ne pas nous laisser tuer deux fois. »

Antoine Leiris (auteur de « Vous n’aurez pas ma haine »)

...

PAS HAINE.jpgNe pas sombrer, c’est le défi des survivants des attentats. Et chacun trouve la manière de forger sa résistance, de remettre les pas dans la vie, de reconstruire son rapport aux autres, tant avec ceux qui sont directement concernés, victimes ou endeuillés, qu’avec ceux qui ne peuvent pas complètement comprendre, entendre la parole de douleur, le traumatisme gravissime. Choix entre se taire, ou parler. Parole de partage et parole thérapeutique. Solidarité.

Bien sûr, il y a des expériences différentes. Quand la colère domine, et quand la haine affleure, dont il faut réprimer les mots pour ne pas heurter - comme le dit de lui un survivant du Bataclan (dossier de Libération daté 12-13/11, riche de plusieurs témoignages différents) : père de famille qui s’est, de plus, heurté à des rigidités diverses (indemnisation problématique, incompréhensions de la situation scolaire de ses enfants par des acteurs de l’éducation nationale, dans la méconnaissance troublante de ce que sont les traumatismes graves et leurs effets). 

Beaucoup de témoignages sont le signe, le plus souvent, d’une force vitale renforcée : ne pas laisser les assassins gagner aussi contre l’esprit et le temps. 

Refus de la haine, comme l’a exprimé pour tous Antoine Leiris dans sa lettre spontanée, celle qui a jailli dans la proximité de la douleur la plus grande, et dans la conscience de tout ce qu’il fallait préserver pour son enfant… « Vous n’aurez pas ma haine »…  https://www.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849... 

Cette lettre est devenue un livre, pour aller au plus loin du message… http://www.fayard.fr/vous-naurez-pas-ma-haine-9782213701295 

Et un documentaire a été créé par Antoine Leiris, qui donne la parole à ceux qui ont vécu la même tragédie…   (Rediffusé le 3-12, France 5, minuit)… http://www.france5.fr/emission/vous-naurez-pas-ma-haine 

« Alice et Aristide » est un documentaire de Laetitia Krupa, qui raconte le parcours du rugbyman Aristide Barraud et de sa soeur, survivants tous les deux (il est passé très près de la mort, et en le sachant). Le corps, la douleur, le doute, la peur, le courage, et le désir de rejouer, donc de vaincre tous les obstacles physiques. Pour soi, et pour les autres : être pour autrui ce que d’autres ont été pour lui, des repères de courage, de ténacité devant l’adversité. Et revenir sur le terrain pour tous ceux qui sont morts. Alice, aussi, accepte d’attendre mais pas de ne plus faire ce qu’elle aime, artiste du corps. Et elle va revenir à la vie du cirque… Ne pas renoncer, jamais…. (« On n’a pas choisi ce qui nous arrive, mais on va choisir ce qu’on va en faire», a dit Aristide, pour sa soeur et lui). A voir… http://www.lequipe.fr/Medias/Actualites/-alice-et-aristid... 

« Mon Bataclan » est une bande dessinée de Fred Dewilde, qui fait le récit de son cauchemar de survivant. Le dessinateur se libère ainsi de l’obsession des images : il les transcrit et s’en délivre… http://www.lemieux-editeur.fr/Fred-Dewilde-sortir-du-Bata... 

Voir aussi des vignettes sur L’Express… http://www.lexpress.fr/actualite/societe/en-images-un-sur... 

Trouver la manière de dire c’est trouver (ou retrouver) la matière, sa matière : les pages pour des mots, les crayons pour dessiner, la voix et l’instrument pour le chant, le corps pour la danse ou le sport de compétition, ou les gestes du quotidien d’un travail retrouvé. Je pense à une agricultrice vue dans un reportage, et qui disait « Ils sèment la mort, moi je sème des graines ». 

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L’anniversaire commémoré m’a fait revoir les visages, photographies dans les journaux, souvenir du choc d’alors. Ainsi ceux de La Belle Équipe. Et lire ou écouter les entretiens. La Belle Équipe, le Bataclan, le Stade, les autres lieux. Penser au présent de ceux qui poursuivent, marqués mais là. Attentive aux mots de Noumouké Sidibé, le chef de sécurité du Bataclan, toujours en arrêt, blessé par les soupçons du chanteur du groupe Eagles of Death Metal, blessé par les méconnaissances, et préoccupé par le risque de bascule dans le terrorisme de jeunes qu’on pourrait sauver de cela.

Commémorations, donc (Nice, Paris…). Elles ont été critiquées par certains commentateurs, (trop ceci, pas assez cela) mais les victimes les désiraient et disent en avoir tiré un apaisement. Comme Ali Charrihi, dont la mère, Fatima, est morte à Nice le 14 juillet. L’hommage rendu est pour lui un signe fort : « La nation entière va honorer ma mère » (cité dans un article du Parisien du 15 octobre). Sa réaction à lui est de décider de s’engager auprès de Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime de Mohamed Merah. Lutter contre les radicalisations, tenter de prévenir.

Ondes de choc… Le temps des secousses dure plus qu’on ne peut croire. Ainsi Nicole Guiraud, victime d’un attentat, enfant, pendant la guerre d’Algérie (le Milk Bar, Alger) le dit dans une lettre ouverte à Zohra Drif.  (Zohra Drif avait posé la bombe visant des civils dans un bar recevant des enfants, d’où son nom, et a réagi récemment, agressivement, à la déclaration du père d’une victime du Bataclan qui parlait de terrorisme dans ce cas précis - puisque le terrorisme est défini par le fait d’attaquer des civils, dont des enfants). Nicole Guiraud la désigne comme son bourreau, car les séquelles de son amputation d’un bras demeurent (douleurs, soins). Plasticienne, elle est aussi privée d’une main pour créer. La mémoire du terrorisme elle la retrouve chaque matin. 

Comme doivent la retrouver des personnes en Algérie, victimes des attentats de la décennie noire. (Et le Milk Bar a encore, alors, été visé…). Nicole Guiraud, comme Danielle Chich, a refusé la haine (au contraire, elle a participé à des actions fraternelles de liens entre les rives). Mais elle a fait de la lutte contre le terrorisme son engagement principal, y compris par la création (comme dans son exposition « Survivre »), ou le partage avec des artistes algériennes (comme lors d’une exposition à trois en Allemagne, à Berlin.).

Ondes de choc… autour. Nous, individuellement, et nous, collectivement.

Le risque des fractures intensifiées, sur lesquelles les extrémistes tirent pour les accentuer. 

…Que ce soient les stratèges de l’islamisme, jouant sur la victimisation (inversant les rôles) et glissant petit à petit leurs codes rigides, qui veulent emprisonner les êtres corps et âmes, et les femmes d’abord. Manipulation et taqiya (avancer masqués). 

…Que ce soient les partis d’extrême droite, racistes, et leurs alliés, dédiabolisés ou pas, ou le fatras des complotistes et antisémites.. 

Une réponse est l’écran construit contre les haines diverses, les peurs, les ignorances. 

..Se méfier des obsédés qui pensent tout à travers le filtre de la peur de l’islam (confondant musulmans et islamistes). 

..Se méfier des idéologues complaisants qui se font complice des manipulateurs, par bêtise, conviction, intérêt. Les idiots utiles. A l'inverse de cela, Abdennour Bidar met l'accent sur la fraternité, sans négliger la lutte contre les intégrismes mensongers, et il développe un mouvement de citoyens... https://www.fraternite-generale.fr 

Résister.

Mais résister ne peut faire l’économie d’une vigilance concertée et totale pour débusquer les pièges des totalitarismes concurrents. 

..Soutenir IkhwanInfo (Mohamed Louizi, Soufiane Zitouni, Caroline Fourest, Antoine Sfeir, etc.…)… http://www.ikhwan.whoswho  

..Soutenir les messagers d’un islam du respect, de haute spiritualité humaniste, comme Planète soufie…http://www.aktab.ma/veille/  ou Fondation conscience soufie… http://conscience-soufie.com 

..Faire passer le message aux politiques, contre le clientélisme aveugle et la diplomatie de complaisance. 

..Soutenir les associations qui luttent contre le racisme et les confusions (liste Agir, marge gauche… ici).

08/11/2016

« O-Dieux ». Semblables et séparés, se penser avec le théâtre de Kheireddine Lardjam…

O-DIEUX.jpg« Je veux montrer la complexité du conflit israélo-palestien. J’ai eu l’idée de monter cette pièce à force de discuter avec des jeunes et de constater à quel point ils ne comprennent rien à ce conflit mais le mettent à toutes les sauces. Des enfants ici naissent avec l’intifada dans le sang. »  

Kheireddine Lardjam, metteur en scène, Compagnie El Ajouad. Sur ses choix de mise en scène, pour "O-Dieux", pièce de Stefano Massini...

 

Fiche... http://www.vitry94.fr/actualites/fiche/o-dieu-hors-les-mu...

SITE de la Compagnie El Ajouad... http://www.elajouad.com 

Refus du manichéisme. Une actrice, Marie-Cécile Ouakil, joue les trois rôles (admirable performance...) : une Israélienne pacifiste qui est bouleversée par un attentat, et déchirée entre des émotions et pensées contraires, une Palestinienne future kamikaze, qui est décidée à se sacrifier, mais est elle aussi traversée par des errements intérieurs, et une Américaine qui intervient avec des militaires israéliens, qui voit les deux peuples avec un certain recul un peu cynique. On voit la proximité possible des êtres et le contexte invivable par les tensions et la peur. La mort omniprésente, et finale, absurdement. Le choix de l'actrice seule en scène fait percevoir autrement l'humanité commune. Et l'installation mobile (mise en scène dépouillée) permet de figurer autant les barrages, la symbolique de l'emprisonnement dans les identités et la peur, le quotidien, les lieux des attentats, les autres suggérés et la solitude de chacun dans son destin. Juste la voix, le jeu des gestes pour représenter chaque personnage, à la fois assez différent pour qu’on comprenne et pas trop pour qu’on saisisse la force d’un questionnement qui dépasse le récit factuel mais devient question sur l’essence humaine. Qui sommes-nous? Ceux qu’une identité nationale définit? Une religion? Ou des êtres au-delà de cela qui se sont fait piéger dans des situations qui les emprisonnent dans des cadres identitaires en fait interchangeables?

A peine le bruit des sirènes (police, ambulances, secours, armée) un instant, après celui d'une musique de boîte (où des jeunes tentent de vivre une normalité apparente). Mourir, tuer, deux faces des destins... Pas de parti pris. Le conflit est vu en hauteur : pas de volonté de traduction politique (ou pire, partisane). Mais, comme l’a dit dit le metteur en scène, c’est un regard méditerranéen (donc en empathie avec ceux qui sont pris dans ce long conflit, empathie par commune matrice culturelle, celle de cette mer Méditerranée), celui de l'auteur italien et du créateur algérien, Kheireddine Lardjam, fidèle à son message d'humanisme, de fraternité. On ne nous donne pas à haïr, mais à comprendre.

Nous sommes en face de nos doubles contradictoires, enfermés dans la peur qui sépare, et pourtant si semblables. Même si le « feu » final vient d’une riposte israélienne pour éviter un attentat programmé, on ne doit pas comprendre cela comme une invitation à porter la culpabilité sur Israël seul, je pense. Le croire serait trahir le message d’humanisme. Deux des personnages meurent quand le troisième est un des soldats qui tirent, l’Américaine venue en renfort (et pour la protection de son ambassade, dit-elle à un moment). Un voile posé sur la tête pour éviter la pluie crée une confusion entre la terroriste  palestinienne (kamikaze), décrite par les renseignements, et la jeune femme israélienne. Car les identités sont brouillées, en réalité. Et donc les rôles dont on se vêt. « Feu ». Et c’est la nuit totale, d’un coup, celle de la mort qui hante toute la pièce. Mort choisie pour l’une, mais qui rate sa fin, puisqu’elle est abattue. Mort par le hasard du « mauvais endroit au mauvais moment », pour l’autre, absurdement car ce n’est pas ce dont elle a peur qui la tue, mais une peur plus large, un climat qui fait de n’importe quel autre un ennemi possible. 

Cela parle d’un conflit, mais dans la réalité du monde actuel cela parle de bien des lieux et de beaucoup de sociétés, dont la nôtre. En fait la peur est porteuse de mort. Mais comment lui échapper quand on est devant des menaces? En refusant de s’y perdre…

Volonté de ne pas accepter l’instrumentalisation du conflit israélo-palstinien, ici notamment, piège rendu possible par l’ignorance et qui produit de la haine. Contrairement à l’analyse que j’ai lue dans un article de L’Humanité qui disait que la jeune femme israélienne s’enfonce dans la haine, après le traumatisme d’un attentat, alors qu’elle était une pacifiste engagée, j’ai vu plutôt quelqu’un qui était de plus en plus habitée par la peur, la peur produisant la méfiance, la séparation. Cela peut ressembler à la haine, mais la haine c’est plus violent, viscéral, alors qu’elle continue à s’interroger, déchirée. De même la jeune palestinienne est obsédée par ce qu’elle pense sa mission, être une kamikaze quand elle aura franchi les étapes initiatiques à l’intérieur d’un cheminement de mort, mais elle aussi on la sent déchirée, même hésitante à un moment. Et elles ont les mêmes mots pour se demander si l’autre peuple envahit leur espace, cherchant (d’une certaine manière) ce qu’elles sont. Et on sent la question de l’absurdité des guerres des humains, quand d’autres solutions pourraient tout changer. Absurdité des conflits qui font se heurter des semblables, si proches, mais qui ne le savent plus, et donc si lointains. Tellement semblables que la mort leur prêtera la même identité… L’Américaine, elle, est étrangère aux deux réalités, et cela accentue la proximité, paradoxale en apparence, des deux autres.

………………………

Voir la page du théâtre de l’Aquarium sur O-Dieux, avec des précisions sur le contenu du texte de Stefano Massini.  ... http://www.theatredelaquarium.net/O-DIEU 

Texte posé lors des représentations programmées là, associées à celle d’une autre pièce, Page en construction.

………………………

Page en construction, justement…  Le texte est de Fabrice Melquiot, qui a pris comme sujet la personne même du metteur en scène, qui doit donc jouer son rôle, en maniant humour et émotion, recul et regard intérieur, pudeur et mise à nu. Page en construction (éd. L’Arche, 2015) est une oeuvre passionnante, qui traite de la mémoire personnelle et historique, de l’identité héritée, complexe, et de celle qui se construit, que nous construisons nous-mêmes. Comment on tente à la fois de se défaire des normes imposées, de la subjectivité qui peut trahir le réel, mais en même temps comment on maintient ses repères culturels car ils nous font tenir debout, et comment on respecte sa subjectivité libre, car elle est l’axe de notre individualité. La création a été le résultat d’un dialogue fécond, d’un regard de l’auteur sur son « personnage » qui n’en est pas un. Comme si l’auteur entrait dans les pensées secrètes du metteur en scène comédien, le révélant à lui-même, et éclairant plus que lui. Car les thèmes traités, les questions posées, sont des sujets qui nous concernent tous, et particulièrement dans cette période d’interrogations sur nos appartenances, de risques de fractures entre des pans entiers de la population. Les traces de la guerre d’Algérie (blessures et liens, mémoire familiale), la religion (entre spiritualité et culture) et les projections causées par l’ignorance. La double identité, le métissage, la transmission : ce que l’on a reçu des générations précédentes, et surtout, du père et de la mère, proches ou pas, présents ou pas, et ce qu’on va faire passer de soi à l’enfant. Appartenance à deux rives et imprégnation double des codes parfois contradictoires. Difficultés, et immense richesse. Agacements (quand on croise la bêtise ou l’agressivité). Partage et fraternité. La page qui  se construit c’est à la fois la personne et le pays qui s’invente (en tout cas dont on espère qu’il sache le faire). Espoir possible, inquiétudes. On ne cesse de naître, en fait, car l’identité n’est  pas figée, elle est un processus. Et cela concerne l’aspect psychologique et culturel, mais aussi le corps, qui est une carte à déchiffrer. Pièce d’une forte actualité : comment nous situons-nous? Nous acceptons-nous multiples et nomades, ou nous figeons-nous dans des peurs? Quel rapport entre les rives algériennes et françaises? Et quelles perspectives pour ces pays où nous vivons, ces « ici » mobiles? 

Il faut espérer que cette pièce puisse être découverte par ceux qui ne l’ont pas encore vue. Car elle nous concerne tous. Ce « je » n’est pas un étranger : il nous tend un miroir…

…...

Ces deux pièces qui font partie de la programmation 2016-2017 (voir sur le site de la compagnie) ont en commun des interrogations qui sont en fait celles, fondamentales, d’une possible bascule de conscience de l’humanité (si elle entend les questions, voit l’absurdité créée par les passions, les manipulations, et l’illusion identitaire) ou au contraire d’un risque d’embrasement, si un réveil ne se produit pas, si l’aveuglement général perdure…

26/10/2016

Silence, on danse… Silence, on médite… et tisse.

DANSE.jpg

 

« La danse est une forme de foi, une espérance, disait-elle. C’est une aspiration, le besoin d’atteindre un univers, une atmosphère, un état qui vous fait progresser, la recherche d’une vérité. »

Yvette Chauviré, danseuse étoile (citée par Rosita Boisseau, Le Monde, ample article du 20-10-16 qui lui rend hommage après sa mort, le 19 octobre) http://www.lemonde.fr/culture/article/2016/10/19/mort-de-... 

Avant le 19 octobre, je voulais, depuis quelques jours, faire une note brève sur Masatake Ito, danseuse qui laisse son corps bouger en fluidité totale, osmose étrange entre elle et le vent, l’herbe. Contemplant cet instant magique de beauté absolue (ode à la vie) j’avais associé cette fusion avec les éléments à la pratique du chi qong spontané : rien de formel mais un laisser faire de l’énergie qui décide du geste. On est, regardant sa danse, devant une prière cosmique. Les mains envoient leurs spirales en ondes immenses qui rejoignent le ciel lointain, et plus, mais l’ancrage est total, pieds arrimés à la terre, plongeant leurs racines invisibles. Quand j’ai lu cette citation d’Yvette Chauviré j’ai trouvé qu’elle correspondait aussi (en partie au moins) à ce qui émane de Masatake Ito (lien vers une vidéo, en fin de note : magie d’un instant). Autre association naturelle, celle qui concerne un livre, « La danse des femmes » de Rosina-Fawzia Al-Rawi (née en Irak), où la danse (orientale) est présentée, étudiée, comparée, dans la même perspective que ce lien que je fais entre danse et pratique du chi qong avancé. Danse avec ses rituels d’initié(e)s, son mystère, voie pour faire émerger ce qui peut sourdre au-delà des blocages physiques, émotionnels, ou mentaux, et mystère de l’accès à soi. Tout un savoir est là, transmis de génération en génération. (Éd. Almora, 2011). Présentation détaillée sur une page d’Amazon (citation : « Elle détaille précisément des exercices qui ouvrent les centres d’énergies et nous permettent aussi de retrouver une harmonie intérieure. La danse concerne tout le corps et Fawzia nous montre comment ressentir chaque partie du corps pour nous ouvrir à notre espace intérieur de vie et de vibration. En reliant également la danse orientale à la mystique soufie et notamment à la danse des derviches tourneurs, Fawzia explique la dimension mystique et ésotérique de cette danse. »). Lien vers cette page (et d’autres, dont l’édition) sur cette note du blog, de 2011 « Conscience sans objet ». (J'ai remarqué aussi qu’au 25-10-16 on trouve un entretien avec Abdennour Bidar au sujet de son dernier livre, « Les Tisserands, réparer ensemble le tissu déchiré du monde » : http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2011/11/rosina-faw... 

Le titre de cette note s’est imposé, par l’association qui s’est faite naturellement entre danse, méditation, et silence (même si la danse est souvent soutenue par la musique). Silence, aussi, de la mort. L’étoile disait que les rôles mouraient et renaissaient, recréés par une danseuse après une autre qui cessait ou disparaissait. Silence, quand on fait des pauses, comme l’explique très bien Alain Gourhant dans sa note de blog, « Pause, silence et poésie ». Silence comme espace de devenir, de ce devenir non obsédé par le futur personnel du petit « moi » mais ouvert au tissage du monde (qui a, oui, besoin d’être réparé par tous les tisserands de liens et d’art) : http://blog.psychotherapie-integrative.com/pause-silence-...

Un documentaire a été consacré à Yvette Chauviré par Dominique Delouche, « Yvette Chauviré pour l’exemple ». Extrait sur cette page : http://www.filmsdocumentaires.com/films/1184-yvette-chauv... 

Sur la page de FranceInfo l’article sur la danseuse étoile disparue est complété par deux vidéos, deux moments forts (Giselle, Le Cygne) de cette « étoile étincelante » : http://culturebox.francetvinfo.fr/scenes/la-mort-d-yvette... 

Regarder Masatake Ito. Vidéo. Le son est un peu brouillé, mais ce qui importe est la danse du corps : on peut mettre sur silence si cela gêne… (Je n’ai rien trouvé d’autre sur elle, ni article ni lien quelconque.) : https://www.youtube.com/watch?v=bgGIUQr5uTU 

03/10/2016

Ni avancer, ni reculer. Avancer et reculer…

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceJ’ai lu (diffusée par Etre Présence, sur Facebook) une page de BD. Tsai Chih Chung, reprend une sorte de koan zen d’un maître nommé ici Fayun… qui dit qu’il  ne faut ni avancer ni reculer, mais avancer ET reculer. Avancer, est-il écrit, c’est perdre le Tao, reculer perdre la manifestation, la vie, ne rien faire c’est être comme la pierre… 

poesis,être présence,zen,tsai chih chung,tao,sagesses,spiritualité,alep,syrie,b.d.,bande dessinée,vipassana,goenka,joie,douleur,violenceCe paradoxal enseignement de sagesse en bande dessinée (non dénué d'humour...) correspond à mon état d'esprit, en ce moment en tout cas. En fin d'après-midi, alors, je lisais (pause café en terrasse, comme j'aime). Et, sur ma table, les journaux avec un fatras d'horreurs et, quand même, des faits plus souriants. Mais la pensée de la Syrie, Alep, en arrière-plan de toutes les phrases. Après les journaux, plongée dans deux livres (relecture). Dans l'anthologie de Poesis, "Habiter poétiquement le monde", un texte d'Hölderlin, pages 23-24, et dans ce texte une phrase, dont je note la première partie : "C'est par la joie que tu t'efforceras de comprendre le pur en général, les hommes et tous les êtres...". La joie. Le message de toutes les sagesses. Et si loin des émotions liées à l'actualité. L'autre livre, de Goenka sur la méditation Vipassana (qui ne demande qu'être là, respirer, et, surtout, observer ce qui est ressenti : je résume...). page 129 (poche, Points Sagesses), il est écrit ceci, à propos des pensées qui viennent, interrogations, doutes, etc. : "Tout cela est le travail de la surface de l'esprit, mais la partie la plus profonde de l'esprit n'a rien à voir avec tout cela". (Et il relie la profondeur aux sensations perçues puis dissoutes, car la souffrance est notre propre création...). Et, dans cette BD, ce message : ni avancer, ni reculer, avancer ET reculer. La joie à l'horizon, dans ces trois lectures. A l'horizon de la poésie, si elle échappe aux rumeurs médiocres ressassées par l'esprit (et ce n'est malheureusement pas toujours le cas...). A l'horizon de la méditation. A l'horizon des espoirs de paix, du regard solidaire, contre la haine. Sauf que, rappelle la science (cf. article du Monde daté 30-09, signé par Nathaniel Herzberg) "La violence humaine s'enracine dans l'arbre de l'évolution". (Bien sûr, mais nous avons aussi en nous un autre centre, qui refuse de se limiter à cet enracinement...). Donc, malgré tout, croire en la joie. Et tenter l'harmonie... (J'hésite entre point d'interrogation et points de suspension...). Donc : ...???  Comment traduire cela pour penser l'actualité sans se perdre, c'est cela qui importe, et il y a matière...

Les bandes dessinées de Tsai Chih Chung qu'on peut trouver à la FNAC (par exemple) : http://recherche.fnac.com/ia312443/Tsai-Chih-Chung

Poesis éditions : http://www.poesis-editions.fr

28/09/2016

ALEP… Prendre le temps de lire et de regarder…

SYRIE.jpgD’abord, le récit bouleversant de Karam Al-Masri, jeune photographe, correspondant syrien de l’AFP, sur le blog de l’AFP… https://making-of.afp.com/couvrir-alep-la-peur-au-ventre-... 

 

 

 En complément utile, l’éditorial, très juste, de Laurent Joffrin : « Cyniques »… La barbarie cynique du couple Assad-Poutine, l’impuissance ou le cynisme complice des témoins… http://www.liberation.fr/planete/2016/09/26/cyniques_1511... 

J’ai écrit, hier ou avant-hier, ailleurs, ceci, que je reprends ici : « Si on ne se sent pas concerné par cela, tout le reste est inutile : écrire, peindre, photographier, danser, chercher, ou... méditer... Tout le reste est alors contemplation vaine et vide de son ego… » 

J’ai aimé une oeuvre de Jean-Marc Musial, titrée « Sortir de l’enfer », que j’ai associée (mon regard intérieur) aux photographies d’Alep, parents dévastés devant le corps de leur enfant, enfants fuyant (tentant de fuir). J’y voyais la même douleur, le sang, les pierres, le désastre. Heureusement, l’art peut dire le réel, en sortant des médiocres  remuements sentimentaux. Ses oeuvres sont visibles sur sa page Facebook (« Un dessin par nuit »). Une autre création m’a retenue, très sombre, très nocturne, j’y ai vu des yeux effarés (où je les ai inventés : peu importe, c’est fait pour cela, pour qu’on invente aussi, qu’on projette rêves et angoisses, et tristesse de l’impuissance contre la violence et la guerre…). Page : https://www.facebook.com/undessinparnuit 

« Éloge de la haine », couverture paradoxale comme icône symbolique de cette note contre la violence, la guerre, et la haine. Justement. Pour la référence nécessaire (connaître par les Syriens les problématiques réelles, leurs racines, et tenter de comprendre la réalité dramatique pour laquelle, simples citoyens, nous nous sentons si impuissants). 

Donc, des livres… Écrivains syriens, L’Orient littéraire : http://lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=16&a... 

Déjà, en 2012, Khaled Khalifa le disait, Nouvel Obs. Complicité internationale… http://rue89.nouvelobs.com/rue89-culture/2012/02/08/lecri... 

et... Le Monde... https://www.actualitte.com/article/monde-edition/l-ecriva... 

Entretien avec Khaled Khalifa, 2011, au sujet de son livre « L’Éloge de la haine »... http://www.jeuneafrique.com/191163/culture/khaled-khalifa... 

Page sur le livre, Actes Sud... http://www.actes-sud.fr/catalogue/sciences-politiques-et-... 

Pour s’informer régulièrement sur la Syrie, « Un oeil sur la Syrie », blog Le Monde... http://syrie.blog.lemonde.fr

20/09/2016

« En quête de L’Étranger », essai critique d'Alice Kaplan

CAMUS.jpgVoilà enfin une étude d’Alice Kaplan qui reprend la question de l’appellation de « l’Arabe » dans L’Étranger d’Albert Camus en tenant compte de faits littéraires qui rendent compte du sens  de ce choix, totalement inverse aux interprétations malveillantes de certains lecteurs (parfois essayistes ou « critiques ») qui (contrairement à ce qu’on enseigne pourtant même aux lycéens) confondent l’auteur et le personnage, et projettent des significations qui confortent leurs présupposés idéologiques, et ne tiennent pas compte de ce qui fonde l’éthique de l’écrivain (et donc contredit des pensées qui la nieraient). Alice Kaplan rappelle l’influence reconnue par Camus du « Facteur sonne toujours deux fois » de James M Cain (qui désigne son personnage par « le Grec », « au lieu d’un véritable nom propre »). Et, dit-elle, « Camus comprend que lui-même peut produire un effet similaire en appelant son propre personnage de victime « l’Arabe ». Réduire un homme à un simple qualificatif ethnique lui permet de signifier le racisme sans avoir à l’expliquer. » Car le romancier, pour Camus « doit être toujours un peu en deçà de l’expression ». Et, ajoute Macha Séry, « D’où l’insondable densité de L’Étranger. ». Le Monde des livres, 16-09-16. J’ai toujours lu ainsi l’intention d’Albert Camus, assez atterrée par « l’insondable » bêtise arrogante et malveillante de certains « lecteurs »… 

L'article du Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/09/15/l-etrange... 

Page de l’édition Gallimard... http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Hors-serie-Co... 

14/09/2016

Le Dalaï Lama en France. Manque de courage…

TIBET.jpgManque de courage des uns, engagement des autres, par des signes…

Plus qu’au rôle spirituel je m’intéresse là au symbole politique (même si le Dalaï Lama est moins engagé dans ce sens). 

Sans idéaliser le Tibet historique (société très hiérarchisée dont l’évolution était apparemment bloquée) on ne peut être insensible aux réalités de l’occupation chinoise : persécutions, violence, et volonté de détruire la culture originelle dans tous ses aspects.

Mais la Chine faisant pression, pas de rencontre officielle… 

Huffington Post. pas de rencontre officielle, mais le Dalaï Lama a « croisé » Emmanuel Macron… http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/09/dalai-lama-visite... 

Une évolution dans la perception… La Croix… http://www.la-croix.com/Religion/France/Pourquoi-le-dalai... 

Protection, mais pas d’honneurs officiels. Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/13/le-dalai-lama-... 

« Politiquement encombrant… ». Libération… http://www.liberation.fr/france/2016/09/12/le-dalai-lama-... 

Mais des sénateurs (groupe d’information pour le Tibet) des députés, et donc Emmanuel Macron, ont rencontré le Dalaï Lama. JDD…  http://www.lejdd.fr/Politique/Apres-s-etre-fait-raser-Mac...  (« "J'ai vu le visage de la bienveillance." C'est par ces termes, accompagnés d'une photo, postés sur son compte Twitter qu'Emmanuel Macron a indiqué avoir rencontré le dalaï-lama lundi. Ce dernier lui remet une "khata", une écharpe traditionnelle de bienvenue.

L'entrevue, qui s'est déroulée dans un grand hôtel parisien, a permis à l'ancien ministre et au chef spirituel tibétain d'échanger "sur le fait religieux, la liberté religieuse, le rôle des religions dans la société", selon l'entourage d'Emmanuel Macron. "Des gens qui se connaissent dans les entourages [des deux hommes] ont organisé" cette rencontre. »)

10/09/2016

Terrorisme, un autre regard…

MORT PEUR.jpgEn cherchant des infos sur le festival O+O, programmé Butte aux Cailles, à côté de chez moi, j’ai trouvé ce message « Terrorisme - Le festival O+O est annulé. La mort dans l'âme, nous avons dû annuler le festival O+O de Paris 2016. » 

Source, blog, « Les armes secrètes de la poésie » : http://armesecretepoesie-axodom.blogspot.fr 

Et site : https://sites.google.com/site/axolotletdominiqueguillerm/... 

Mais sur le blog, à côté de l’information, en évidence, un lien vers un autre site, pour le texte de Thich Nhat Hanh, « Des clés pour faire face au terrorisme », 2001 : http://maisondelinspir.over-blog.com/2015/01/des-cles-pou... 

MAINS.jpgLe hasard crée un lien entre des notes et des réflexions. Ce texte de méditant au 3è oeil ouvert est à lire en prenant le temps de sortir des rails habituels de la pensée et des émotions associées au terrorisme. On peut au moins garder en arrière-plan la perspective d’un autre regard sur la réalité… tout en pensant que l’annulation ne pouvait guère être évitée, dans le contexte… 

Et voilà comment une journée mène de la poésie au terrorisme et du terrorisme à des paroles de sagesse… Faire prendre conscience d’une violence présente dans le monde, co-créée par tous, dont le terrorisme serait une des conséquences, symptôme d’une maladie générale. Même si l’obstacle est cependant cette fascination perverse qu’exercent des idéologies fanatiques qui n’ont besoin de nulle raison pour créer une emprise totalitaire. Instinct de mort et ignorance mêlés donnant, suivant l’époque, nazisme ou islamisme. La réponse serait alors une transmutation totale de l’esprit humain, transformation collective vers une sorte d’éveil global. En commençant par le refus de réagir en miroir à la violence.

Sur Thich Nhat Hanh, un article du Monde « L’Éveillé du Village des Pruniers », repris par le site meditationfrance.comhttp://www.meditationfrance.com/enseigne/hanh.htm 

Mise à jour… J’ai entendu (radio, France-Info) un chef d’entreprise français, qui travaillait dans les tours lors du 11 septembre, et avait réussi à être évacué avec ses employés, mais avait vécu, évidemment, des moments très traumatisants (notamment quand il était dehors et qu’une tour s’était écroulée, mettant le quartier dans la nuit, « une nuit plus noire que la nuit » dit-il). Sa réflexion porte surtout, actuellement, sur le vide de sens du monde actuel, qui mène les gens vers des solutions terrifiantes. Répondre au terrorisme c’est aussi redonner du sens au monde.

J’ai suivi, aussi, une partie d’une émission sur la 5, où Dounia Bouzar insistait sur le fait que chercher des causes nationales aux attentats était un leurre, le terrorisme « impactant le monde » et l’Ei s’adaptant aux situations locales pour trouver un langage qui touche les failles, la causalité principale étant idéologique, à la source.

Complexité des regards. Au centre, le sens à donner au réel…

28/07/2016

Le sabre et l'esprit...

PENSEE EXTREME.jpg« Il n’y a que deux puissances au monde, le sabre et l’esprit. A la longue le sabre est toujours battu par l’esprit. » Napoléon à Las Cases. Cité dans la chronique de Marie-Laure Delorme sur le livre de Jean-Paul Kauffmann, « Outre-Terre » (la bataille d’Eylau, Napoléon..).

La mort, les crimes atroces, comment penser cela, comment penser les assassinats violents et comment penser les assassins, pour lutter contre ce qui les détermine? Parce que cette réalité n’est pas la même que celle du nazisme, avec un pouvoir repérable, un pays, la guerre. La dimension insidieuse est en plus, le travail souterrain d’ennemis masqués qui tissent leur toile maléfique, avec leur propagande qui fanatise. Pour penser il faut lire, écouter, échanger, et encore lire, au-delà de la presse, livres qui approfondissent (et au minimum chroniques qui en tirent le questionnement essentiel, car on ne pourra tout lire…). Ainsi, cet ouvrage de 2009, réédité : « La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques », de Gérald Bronner

« Ne pas rester sur l’image d’une désespérance qui, actuellement, alimente les démagogies d’extrême droite. » dit Jean-Louis Laville, cité par Julie Clarini, dans Le Monde du 25 mars 2016. Le sujet était la crise intellectuelle dans la pensée de gauche (« Nombreux sont les intellectuels tétanisés. Ils ont l’impression qu’un monde se défait. », disait-il aussi). Mais on peut adapter cela à cette période longue d’attentats qui se succèdent, ici et ailleurs, et qui mettent les survivants et les témoins en état de sidération (nous le sommes tous, à divers titres, témoins, même de loin : par les informations, les images, les témoignages, l’émotion). Et ce qui va nous être nécessaire c’est de lutter contre l’impression que notre univers se défait, qu’il ne reste que le désespoir, ce grand piège compréhensible…  

Même si un certain pessimisme est une des formes de la lucidité, parfois. Comme celui qui advient quand on découvre les faces sombres de pouvoirs qui manoeuvrent en coulisses obscures, parce qu’on maîtrise une langue qui permet d’entendre des voix masquées en traduction… Ainsi l’explique Kamel Daoud dans une chronique du Point (5 mai 2016) sur le bilinguisme cause de souffrance : « Le bilinguisme est aussi un pessimisme ». Car il peut lire et entendre les discours de haine soutenus par de faux « alliés » de pays occidentaux, qui auront un autre langage (celui du  masque) quand il s’agira de manipuler (ou d’acheter des armes…).

« Pour éradiquer le terrorisme islamiste, les mesures sécuritaires ne suffiront pas. Il faudra aussi lui opposer la force de l’esprit. » Sébastien Le Fol, Le Point, 11-02-16. D’un côté, le sabre des armes de mort (quelles qu’elles soient) et le sabre de l’idéologie totalitaire, d’une sorte de fascisme qui impose sa vision religieuse comme un outil de domination (l’islamisme, le pétrole irriguant la Mecque qui prend les croyants en otage et participe au formatage wahhabite en uniformisant un islam qui est en réalité pluriel), et d’un autre l’esprit, la pensée, la création, l’humour, la libre conscience. Sébastien Le Fol dit qu’il « faut disséquer cette idéologie apocalyptique » qu’est l’islamisme et opposer (notamment sur les réseaux sociaux) la dérision et l’humour : « Pour terrasser l’hydre djihadiste, nous devrons aussi la tourner en ridicule. »

C’est ce qu’ont compris les Marseillais, dans leur réponse aux menaces de Daech. Par tweets moqueurs, posts divers et même vidéo à visage découvert (l’ironie et le courage). C’est un régal. Sur MétroNews : http://www.metronews.fr/info/quand-les-marseillais-se-moq...  Et sur Libération (pour sourire deux fois, avec des variantes) : http://www.liberation.fr/societe/2016/07/22/sur-les-resea... 

Mais je repense aussi au témoignage du luthiste irakien Naseer Shamma, qui, avec la musique, par l’enseignement de la maîtrise de l’oud, a sauvé un jeune Irakien désespéré par la mort de ses soeurs à cause d’une bavure militaire. Il l’a sauvé de la haine qui allait le faire basculer dans des choix extrêmes. En lui disant que la musique exprimerait les absentes et serait son langage. (J’avais fait une note sur lui au début de l’année). Ce jeune a trouvé devant lui une personne au moment exact où il le fallait et la personne qu’il fallait. Naseer Shamma n’a pu faire passer un tel message que pour avoir été loin dans sa propre démarche intérieure. Malgré son pays ravagé, malgré son engagement, c’est de musique dont il a parlé en ouvrant un horizon d’espoir. Bien sûr tout le monde n’a pas un luth à mettre sous les yeux de quelqu’un qui serait habité par une colère personnelle ou d’emprunt. Mais tout le monde peut être une présence (écoute et parole) parmi les autres.  

.......... MISE à jour, 29-07-16. Deux réflexions au sujet du terrorisme et de la manière de le penser... Amin Zaoui, dans Liberté.dz. Réaction au dernier attentat, 28-07-16... http://www.liberte-algerie.com/chronique/flaubert-et-les-... 

Et Kamel Daoud, La Cause littéraire. Chronique de mai 2015, toujours valable... http://www.lacauselitteraire.fr/un-mort-est-la-somme-de-s...

Plus... le texte essentiel d'Abdennour Bidar, envoyé comme communiqué à l'AFP, et publié sur son site (Édito de juillet 2016, lisible alors en accueil). Réaction aux attentats et pistes pour agir : http://abdennourbidar.fr

25/07/2016

Contempler la terreur en soi... ou être (tenter d'être?) et agir.

mms_img1004210911.jpgTerrorisme, terreur, nuit qui obscurcit aussi le regard qu’on porte sur le réel. Il y a des faits et il y a la course aux informations, ou plutôt aux hypothèses qui précèdent les informations. Hâte de beaucoup à interpréter avant même de pouvoir nommer (réseaux sociaux, chaînes en continu). Théâtre vain des certitudes et des projections. Fascination pour la peur, la sienne et celle des autres. Au point qu’on sent parfois dans des mots et des phrases une malsaine jubilation à voir conforter par un fait dramatique une opinion qui le précédait. Il n’y a plus alors de place en l’être pour l’empathie authentique. A cela opposer la lenteur. Légitimes sont les émotions et la tristesse devant l’horreur et la souffrance, mais pas que s’y glisse une sorte de complaisance à se regarder être bouleversé, ni une satisfaction de l’ego à se reconnaître dans des miroirs conformes aux croyances communes, y compris quand elles s’affirment dans d’apparents schémas « d’incroyance ». Comment penser, quand on a lu les analyses contradictoires des uns et des autres, observé les postures, vu les polémiques, risqué la contagion des passions, pris distance en refusant l’obsession guerrière? Par la lenteur et le retour aux questionnements essentiels. Avec l’aide de quelques textes qui sont passés par le filtre de la méditation ou du recul silencieux… Comment agir? En pensant lentement, en dénonçant intégrisme(s) et fascisme(s), et idéologies de haine, d'où qu'elles viennent. Porter une autre parole...

….

CITATIONS…  

 « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ». Christophe Claro, écrivain, tweet posé après le 14-07-16. (signé Claro).

« La vraie vie est multiple, complexe, impure : tous les bons romans sont là pour nous le dire. » Tarun Tejpal, cité par Florence Noiville, Le Monde, 02-11-12

« C’est notre propre humanité qui est comme attaquée et niée… Notre première réaction est sans doute de vouloir réagir immédiatement, mais en un sens très profond, dans une telle situation, il est bon de commencer par ne rien dire et garder le silence. Même si cela n’est plus très audible aujourd’hui, le silence, en son sens fort, n’est pas la négation ou la privation de parole, mais une manière très profonde et très digne de dire et de se tenir. Une manière profondément éthique d’être. » Fabrice Midal (enseignant de méditation, auteur, éditeur, co-rédacteur de la revue Ultreïa pour des chroniques diverses, sur la poésie notamment), post, page Facebook,  fragment d’un message posé après le 13 novembre 15 (page Facebook publique), et reposé après Nice. Site : http://www.fabricemidal.com/a-propos-de-fabrice-midal/liv... 

13 NOVEMBRE, 14 JUILLET… « Les temps actuels, par leur intensité, nous obligent à réaliser de profondes prises de conscience. La principale doit nous conduire à mesurer notre responsabilité dans le déroulement et le contenu du spectacle du monde. » (…) « Les temps ne sont plus à commenter avec effroi, stupeur, colère, indignation, résignation ou sentiment d'impuissance ce qui se joue devant nous, comme si cela était séparé ou indépendant de nous, comme complètement coupé de nos scénarios intérieurs. Car, que nous l'assumions ou non, ce qui se joue devant nos yeux est le fruit de nos entrailles. » (…) « Tout ce contre quoi nous luttons se renforce. Mettre toute notre énergie dans la riposte revient à focaliser nos efforts vers la haine et la peur. » (…) Nous sommes responsables de la façon dont nous regardons le monde. » (…) « Combien de temps allons-nous perdurer dans ces archaïsmes qui ont mené l'Humanité dans sa posture actuelle ? En vérité, la décision nous revient. Elle est intérieure. Elle est notre responsabilité collective et individuelle d'êtres humains dotés de conscience. » Gregory Mutumbo (ancien militaire que la guerre a transformé)… http://www.lasymphoniedesames.com/13_novembre.html 

« Ah, nous avons tout cela en nous : Dieu, le ciel, l’enfer, la terre, la vie, la mort et les siècles, tant de siècles. Les circonstances extérieures forment un décor et une action changeants. Mais nous portons tout en nous et les circonstances ne jouent jamais un rôle déterminant. Etty Hillesum, « Une vie bouleversée », Journal, 3 juillet 42.

Terrorisme, terreur, réactions. Par Yuval Harari, historien, université de Jérusalem. Auteur de « Sapiens. Une brève histoire de l’humanité », Albin Michel. Une réflexion qui fait des détours et sort des chemins balisés par la fascination de la peur… A rebours des commentaires et analyses  les plus courants… http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160331.OBS7480/la-s...

( Photo. © MCSJ. Affiche déchirée, symbole des fractures…)

03/07/2016

"Sous la cendre"... la lumière du regard. Un itinéraire d'écriture...

CENDRE.jpg« Elle avait tant désiré vouloir être haute et intelligible. Autre que sous-entendue, en suspens, voire insoupçonnable. »

Roland Chopard, La voix du silence / Sous la cendre (incipit)

« Je porte le temps brûlé dans mes yeux et je voyage vers vous »

Nizar Kabbani, Femmes (Arfuyen)

« Après le feu, le bois devient cendre; le bois ne peut contempler les cendres, et les cendres ne peuvent voir le bois. »

Tozan (Hokyo Zan Mai), cité par Taisen Deshimaru, La Pratique du zen (Albin Michel)

« Les êtres sont en attente, ils l’étaient avant l’incendie, ils l’étaient sous la cendre, ils le sont, plus que jamais, en ce livre né du feu et en réponse au désastre. »

Claude Louis-Combet, postface / Sous la cendre

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« Le temps brûlé », c’est exactement cela : « dans » les yeux. Car ce sont les écrits accumulés dans un temps antérieur qui ont disparu, détruits par un incendie, et avec eux le temps linéaire. Mais pas le regard. Au contraire. Dans ce livre qui cherche la mémoire de ses textes brûlés (et ne les cherche plus, car la « voix » a changé de registre en opérant une transmutation hors temps et hors « je » : elle n’a plus besoin de cette mémoire vraiment), dans ce livre un écrivain vient vers nous, depuis longtemps, d’avant le feu.

Pourquoi ai-je choisi de mettre Tozan en exergue? Rien dans cet ouvrage ne parle de zen. Mais quelque chose en lui rejoint un détachement proche de cette sagesse a-religieuse dépouillée. Une raison sobre capable d’élargir son espace à l’ouvert rilkéen, à cette hauteur. C’est né de l’alchimie du feu. Pas celui de l’incendie, celui des mots de l’écrivain, celui de l’imaginaire né des feuilles en forêt, celui de l’oeil qui peint à partir d’un centre de l’être.

On entre dans ce livre comme dans un fleuve, un flux de mots et de cendre qui draine une lumière. C’est une ample méditation sur l’écriture et la trace, sur le deuil de son oeuvre, quand les manuscrits ont été détruits et qu’il n’en demeure que de vagues réminiscences en soi. Ce presque rien est cependant fait de bribes qui seront matière inconsciente pour le cheminement d’une interrogation qui dépasse l’histoire personnelle de la perte. L’écriture, là, affronte le silence et le risque du silence, car devant la béance de l’absence des pages créées il pourrait y avoir le choix du renoncement. Recommencer, c’est impossible. Ne plus écrire, en voyant dans l’incendie un signe du destin, c’est ce qu’un certain vertige pourrait produire. Mais au contraire, écrire l’essentiel, créer « le » livre du rêve mallarméen, cela est l’autre choix, qui ne se fera pas consciemment ou pas complètement consciemment. 

Car les mots vont se mettre à sourdre d’un centre de soi qui n’est ni cérébral ni émotionnel. Ce qui se met en mouvement transcende le biographique. Je pense à ce que dit Alain Borer préfaçant Zéno Bianu : racontant une anecdote, un échec vécu à deux (moins dramatique), il dit qu’ils ont compris longtemps après que c’était un koan zen, en quelque sorte. Et j’ai associé, lisant, l’incendie à un koan magistral, qui, intuitivement perçu et intégré par l’auteur, l’a propulsé plus loin, semble-t-il, que ce qu’il croyait pouvoir attendre de son écriture jusque-là (par excès d’effacement aux raisons multiples).

On a sous les yeux, non seulement une réflexion sur un itinéraire particulier, mais, à partir d’une plongée singulière dans le questionnement sur le processus de création, un texte qui se meut en art poétique à portée bien plus large. Les citations que Roland Chopard a choisies comme exergues annoncent une thématique qui englobe son expérience et rejoint les démarches de méditants de l’écriture : Maurice Blanchot et Pascal Quignard. C’est « la voix du silence » qui s’exprime, sans que que le « je » intervienne. Cette voix qui perdure car elle puise dans tout ce qui échappe à l’anecdotique. Et c’est cela, écrire. Refuser les mièvreries subjectives et se mettre en face du miroir que le feu a créé, même s’il fait advenir des remontées de vécus, de deuils. Plonger dans ce que le silence recouvre, lui résister tout en l’acceptant (mais autrement), et le révéler en trouvant les mots. Cette voix… « n’est pas soutenue par l’addiction à un égocentrisme pourtant si nécessaire à la plupart des accapareurs de paroles. » (p. 22). 

La poésie vers laquelle tendre se dilue dans le langage, écrit-il (p. 26-27). Doute et peur, sont les freins du passé. Mais ces obstacles intérieurs sont aussi les signes d’un immense refus de ce qui n’est que mirages formels, conformité à des codes plus sociaux que littéraires ou artistiques (lire p. 25). Ce refus est l’expression d’une exigence radicale. C’est à Gilbert Lascault que je pense en relisant certaines pages que je perçois comme des textes rebelles (p. 25, notamment). Dans « Écrits timides sur le visible », Gilbert Lascault inscrit sa démarche « loin des certitudes, hors des polémiques », et, pour la défense de son « esthétique dispersée », il fait l’éloge d’un pluriel qui ne néglige ni l’errance nomade ni le goût du « peu » (comme la poussière prisée par léonard de Vinci). Mais aussi il fait le procès de ceux qui construisent des schémas et des normes pour « établir des ordres et des hiérarchies », interdire le « territoire » de l’art « à ceux qui ne seraient pas dignes d’y entrer ». C’est vrai aussi pour ce qu’on nomme poésie, littérature. Au point que, indépendamment de drames tels que des incendies qui détruisent (ou des sauvegardes qui se perdent) le plus grand obstacle à l’existence d’une oeuvre peut être le long évitement qui maintient indéfiniment les textes dans le tiroir de la maturation hésitante. Cet évitement qui a précédé le feu, l’auteur en parle. Mais il a deux faces. Dont une est la résistance qu’il faudrait savoir déjouer (et qui peut faire que jamais l’oeuvre n’existe, le temps passant, ou qu’elle soit tragiquement posthume). Et l’autre c’est ce retour à Mallarmé, l’attente de l’achèvement, de l’intense dont on sait qu’il est en train d’advenir. 

Ici le feu a été le déclencheur pour dire stop, et accepter l’achèvement. Alors se tisse cette méditation lente qui est poésie autrement. Et le gris que le feu a créé en recourant les couleurs de cendre il le choisit ou se laisse le choisir. Ce gris dont Gilbert Lascault dit (même ouvrage) qu’il est du côté des béances et du mouvant, éduquant l’oeil. 

De la « Suite » sur le silence on passe à « Écripeindre » (p.39), entre regard et forêt, lieu « mythique » et lieu réel qui semble avoir été le maître en fugue et leçon d’oeil. Derrière le poète (car ce long texte ample est poème) se cache l’oeil du peintre. Est riche de sensualité la parole tracée pour dire cette fascination pour la forêt, l’imaginaire et les feuilles. Une des clés est donnée par les citations de William Blake et Léonard de Vinci (p.47) : le « grain de sable » de l’un, où tout peut être vu, si on contemple suffisamment, et le « vieux mur » de l’autre, où se créent nos fantasmagories, si on accepte de regarder librement et assez longtemps. Tentation de la peinture : « Partir d’un signe, d’une trace et tourner autour, le traverser, le masquer, le mettre en évidence ou l’effacer au prix d’un travail qui se contenterait d’obéir à des injonctions. » Autre clé, la citation de Pessoa (p. 55), qui affirme la force de la littérature pour échapper à l’incommunicable… Mais les clés sont plurielles, références de lecteur avide, et qui relit : Pound (pp. 79-80), Giroux (p. 80), Ponge (p. 82), pour ne citer que quelques noms (voir citations, exergues, évocations…). Relire, nous aussi : c’est posé pour qu’on déchiffre… Clés dans une clé dans une clé. Tableaux dans un tableau dans un tableau. Mot dans un mot (« écripeindre »), texte dans texte. Construction en abyme, affirme-t-il, comme méthode « qui permet le retour » (p.74). La voix singulière s’ouvre à une « polyphonie » (p. 78), car des bribes multiples affleurent. 

Roland Chopard a réussi à éviter d’abandonner la voix au piège du « perpétuel chantier » (p. 87), en acceptant la fin de cette écriture-là, en décidant de donner à lire ce qui est advenu. 

Et du poème en prose il a fait un réel art poétique, valable au-delà de lui, car toute écriture se fonde sur des cendres écartées (de tout autres cendres), sur la pénétration dans un labyrinthe à déchiffrer. Toute écriture authentique affronte le vide et le doute et cherche le « comment » en raturant un infini palimpseste, en prenant le risque de tout effacer ou de ne jamais donner à lire. Tout poète est lecteur d’oeil. (Ou n’est pas). L’auteur le sait qui écrit-peint et cite Edmond Jabès : « c’est l’oeil qui déclenche le vrai questionnement » (p. 103). L’écrivain écoute Bach en recouvrant de mots ses pages. Bach « comme un baume » (p. 112). 

Le drame du feu devient une métaphore universelle pour dire la création et la mort, le doute, le vide, et la force d’une alchimie transformatrice. Où l’auteur naît à lui-même. Où le poète non seulement crée mais enseigne, par cette longue lettre-poème avec ses banderoles de fumée grise, porteuses de sens. Théorie littéraire (en refus de l’égocentrisme), humble (par rejet du théorique brut).  Pur poème, enfoui dans sa prose, pierres gravées, en quelque sorte. Comme Bach ce livre peut être un baume. Pour moi, oui...  

Pour clore, j’ai envie de citer un texte de Claude Louis-Combet, car c’est une phrase qui convient à cet ouvrage (ce n’est pas étonnant qu’il ait su saisir à ce point l’enjeu vital du livre dont il a écrit la postface). C’est l’excipit d’un livre de fragments paru en 1992 : « Mais c'est la langue qui est l’organe majeur de la création verbale. Elle a le goût du désir et le goût de l’infini et c’est un seul et même goût. » (« Le Don de Langue », Lettres vives).

« Sous la cendre ». La page sur le site de l’édition Lettres vives (parution mai 2016) : http://www.editions-lettresvives.com/2016/05/parutions-pr... 

28/06/2016

ECRITURES interférentes, qui respirent le monde, font rhizome, et disent l’oeil. PAGES TISSÉES…

HABITER-LE-MONDE-POETIQUEMENT-COUV-300dpi2-668x1024.gif« Pour l’abandon

ne fais confiance à personne

il te faut te déserter toi-même. »

Francis Coffinet, 

« Ni le moi, ni le mot, mais le monde. »

Kenneth White 

Les sites et blogs "tissés" par moi (dont je viens de vérifier la liste, « Pages tissées », et dont je pose des liens vers des pages précises, notes) sont eux-mêmes (pour la majorité) des tissages complexes qui mêlent dans leurs pages des poèmes, commentaires, regards, et… analyses. Blogs, sites, revues (suivant les cas). L’écriture (poésie, principalement) est le plus souvent l’axe (avec la lecture qui s’y greffe : car celui qui écrit lit - si vraiment il écrit). Mais le poème (ou le fragment) peut être suivi par une note-chronique, quand l’actualité impose une réflexion, quand l’urgence du réel demande une autre parole, dans l’instant. La création littéraire, étant, elle, dans le temps d’une lenteur qui nécessite une mise à distance. Donc tous sont dans un écart de tension intérieure qui obéit à une exigence éthique. Du poème à l’article ou à la note de blog, rupture de modalité. Mais l’un nourrit l’autre, et réciproquement, par cette tension de présence maintenue, en même temps, à son intériorité, et, au-dehors, à l’espace autour de soi, concret et social : d’où la conscience du lointain devenu prochain. 

Comme les îles du monde de Christian Tortel, sur son blog Papalagi. Éveilleur de proximité, il nous fait traverser les mers pour lire Haïti, par exemple, ou, en éveilleur de mémoire du Tout-Monde, déchiffrer nos pluralités. Son blog est une oeuvre, un livre-somme. On feuillette (c’est une image, mais pas si fausse…) et on passe d’une réflexion à une lecture, d’un haïku à un poème plus ample. Et c’est bien que son écriture s’inscrive ainsi entre les pages qu’il consacre à tant d’autres. On y voit un écrivain.

Ce sont des pages glanées sur les sites et blogs de cette liste « Pages tissées ». Pour cette troisième note, des auteurs soucieux d’inscrire la trace de leur démarche à la fois dans l’espace réel du monde (sa matérialité vivante, ancrage et questionnements) et dans l’espace virtuel de la parole à autrui, textes offerts à l’inconnu, en plus des éventuelles publications, éphémères ou pérennes. Mais, aussi, poètes blogueurs désireux de faire rhizome : notes pour des recensions, exergues et citations, démarche de réseau, liens posés, abondants. Enfin, écrivains qui dialoguent avec l’image, le regard étant central, non pour chercher des « illustrations » complices, mais pour créer avec l’oeil, soit seul soit en partage (livres d’artistes). Poètes qui sont en même temps photographes ou peintres, comme prolongement de l’acte d’écrire. La trace est toujours la trace, mais plurielle.

J'intègre à cette note des liens vers des revues où la réflexion théorique donne une place essentielle à la création, et où la pensée "par" le poème n'est pas sacrifiée à la pensée "du" poème objet d'étude. Où l'intelligence du monde passe par sa perception poétique, même dans une rubrique hors poésie. Mais les revues de poésie sont, elles, à découvrir dans la liste adéquate... en marge.

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Donc... PAPALAGI. BLOG Le Monde, de Christian Tortel ("littératures éparses et ultrapériphériques"). Poème : « Des papillons, les ailes du désir » : http://papalagi.blog.lemonde.fr/2015/01/01/des-papillons-... 

...Note, même blog, sur la discussion de mauvaise foi autour de l’enseignement de l’arabe, « Enseigner l’arabe, ou pas?… » : http://papalagi.blog.lemonde.fr/2016/06/05/enseigner-lara... 

... Discrète, une catégorie « Haïku »… pour des perles posées, regards, notes du réel lu poétiquement (ce qui peut être cependant douloureusement). Ainsi, la rue : http://papalagi.blog.lemonde.fr/2016/06/17/haiku-169/ 

... Ailleurs, un blog cité par lui, « J’apprends l’arabe », et cette note choisie : « Il faut savoir payer l’impôt de son savoir » http://djehaarabe.blogspot.fr/2011/08/il-faut-savoir-paye... 

... Sur ce blog, djehaarabe, je relève la citation (trilingue) de Pablo Neruda (espagnol, arabe, français), « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas le printemps de revenir… »  http://djehaarabe.blogspot.fr/2015/09/ils-pourront-couper... 

...Comme j’ai découvert ce blog de citations en langues, dans ses liens (et dans un renvoi de note), on peut découvrir pas mal de pages, les listes de liens étant amples, sur Papalagi…  

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BLOG de Jalel El Gharbi, POÉSIE. Lire, ainsi, un article sur l’écriture de Toussaint Médine Shangô (posé là par l’auteur blogueur après avoir appris le décès de l’écrivain) : http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2016/06/toussaint-... 

... Ou « En relisant Primo Levi » http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2014/10/en-relisan... 

... Sur Jehat.com  « Littératures inouïes »  http://www.jehat.com/Jehaat/Fr/Poets/JalelEl-Gharbi.htm 

... Traducteur et critique Jalel El Gharbi est aussi poète. LIVRE : « Prière du vieux maître soufi au lendemain de la fête »  http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-priere-v... 

... Voir aussi un poème de Jalel El Gharbi sur le blog d’ Emmila Gitana (« Poème de l’exil, du monde qui rétrécit et des égorgeurs ») : http://emmila.canalblog.com/archives/2013/08/30/27924668.... 

... Et je retiens cette page évoquant Paul Badin...  http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2016/03/paul-badin...

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Florence Trocmé, créatrice inspirée du site de poésie Poezibao (ressources, recensions, anthologie…), et du précieux site de Veille « Qui si je criais? », tient un blog attaché à Poezibao, Le « Flotoir ». Nom qui évoque l’impermanence, les notations respectant le flou de la pensée des instants, le flux de notations guidées par le hasard des lectures et des informations. Captation des moments, c’est le blog d’une lectrice attentive, non conforme. Bribes de flotoir, où un passage (fragments du 26 juin) insiste sur l’intérêt qu’il peut y avoir à ne pas comprendre un passage qu’on lit, car alors on devra affronter réellement le sens à saisir. Moment d’arrêt où une autre intelligence peut advenir. Ce qui est dit là pourrait être le manifeste d’une humilité patiente proposée comme méthode de lecture et de vie. Fragments de prose qui coulent : une pensée. Réflexion sur la contemplation du réel et la photographie. A lire, là, ces « bribes » du 26 juin, en deux notes distinctes, sous le même titre, « J’ai un jour tendu l’oreille »... http://poezibao.typepad.com/flotoir/2016/06/jai-un-jour-t... et « J’ai un jour tendu l’oreille (2) »... http://poezibao.typepad.com/flotoir/2016/06/jai-un-jour-t...  

… Voir, note du 19 juin, « Écrire de la main gauche », les fragments sur le visage, la lecture, la poésie, etc. les fragments à l’intérieur des notes ont des titres clairs qui permettent de sélectionner ses lectures, si on ne peut tout lire.

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Le SITE de Jean-Michel Maulpoix présente des notes de lecture, des articles publiés d’abord en revues, des pages bibliographiques pour des présentations rapides de ses livres, avec des liens vers des recensions. Des textes récents, au 27 juin, je choisis les notes sur « La poésie a mauvais genre » (José Corti) et « Le voyageur à son retour » (Le Passeur), et les études amples sur Paul Valéry, « le contemporain capital » (conférence) et Yves Bonnefoy (sur la difficulté de lecture « Du mouvement et de l’immobilité de Douve », méditation sur ce que Bonnefoy appelle « la cérémonie de l’obscurité », et dévoilement  de renversements opérés dans et par l’écriture, image annulée ou gardée mais dépouillée de ses attributs « d’image ». Et je garde aussi, là, le passage sur le carnet de voyage, manuscrit pour rêver. Liens : Le carnet de voyage : http://www.maulpoix.net/poetiquecarnet.html  / Sur Valéry : http://www.maulpoix.net/contemporaincapital.html  / Sur Bonnefoy : http://www.maulpoix.net/Theatrebonnefoy.html   

… Il faut chercher des pages diverses en utilisant le sommaire, comme le renvoi, avec « Manuscrits « , vers des carnets de voyage, des notes entre départ et retour… A « Pages critiques sur la poésie » on trouvera un sommaire (réflexions et entretiens sur la poésie).  Lien (accueil) : http://www.maulpoix.net 

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Lire Francis Coffinet, guidé par son SITE et des pages dispersées (il faut fouiner sur la Toile). Je le lis depuis des années (même si je suis très loin de tout connaître). La meilleure présentation de ce qui peut se lire en ligne serait peut-être ces fragments, poème(s), que je trouve (je cherche les mots, très beaux, oui, superbes, mais ce n’est pas suffisant pour traduire). Intenses, c’est déjà mieux. Il est de ces textes qui sont captés immédiatement, et demandent cependant à être relus. On les saisira sans doute plus profondément ainsi, mais ce n’est pas la raison principale de la relecture. C’est pour retrouver la musique qui continue en soi après avoir lâché la page… Ou pour respirer l’essence de ce qui parle là de l’être (au double sens du terme, parfum et centre axial). Magnifique titre de la page (qui reprend un fragment de vers : « Je t’ai construit dans la promesse / toi / qui porte ta couronne au centre de ton oeil. ». « La Revue des Ressources », 2008 : http://www.larevuedesressources.org/je-t-ai-construit-dan... 

… « Les Ambassades du vide », éds L’Oreille du loup (voir à Catalogue) : http://loreilleduloup.blogspot.fr 

… « Je suis allé au soufre natif », Les Cahiers bleus : http://www.les-cahiers-bleus.com/shop/Je-suis-alle-au-sou... 

… Le site officiel présente le prisme de ses expressions créatrices (triple art, au moins). J’aime particulièrement le dialogue entre poésie et regard, car il est plasticien, et cela est perceptible dans ce qu’il écrit. Ce qui explique aussi le goût qu’il a pour les livres d’artistes où il associe ses poèmes aux créations graphiques, aux peintures ou gravures d’autres plasticiens, en affinité d’évidence. Par exemple ce qui a été créé pour l’édition Transignum (Wanda Mihuelac), comme « Un requiem pour le viseur » : http://www.transignum.com . Ou les livres-oeuvres pensés avec la plasticienne Thérèse Boucraut…  Mais voir aussi la page sur le Trio Sinistra (théâtre/musique/performance) : http://francis.coffinet.free.fr 

... Livres chez divers éditeurs (dont Dumerchez). Plusieurs ouvrages publiés par Alidades... http://alidades.librairie.pagespro-orange.fr/coffinet.html 

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Thierry Guinhut, sur son BLOG, Littératures, fait alterner notes sur la littérature, textes traitant de  photographie, et fragments de travaux en chantier… Ainsi, la page sur Anna Akhmatova, entre recension et réflexion sur la traduction : http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/2015/03/requi... 

... Et, autre sujet, on parcourt un itinéraire photographique, pratique et théorique, à travers lequel l’auteur interroge directement le sien. La question du « beau » en photographie (du beau, et donc du laid) : http://www.thierry-guinhut-litteratures.com/article-rober...

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Photographie aussi, Cartier-Bresson, expo de 2014, sur le blog Un café littéraire :   https://uncafelitteraire.wordpress.com/2014/02/18/henri-c...    (Et des fragments autobiographiques, des notations diverses)

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BLOG que je découvre, poésie, en découvrant l’auteur : Les tribulations d’Éric Dubois. On y trouve des poèmes, des fragments, des notes de lecture (voir les catégories), et son « work in progress » (quand les blogs sont nos ateliers d’écriture…). A lire aussi, des notes très très brèves (Journal de l’esprit). Ce peut être une phrase courte, quelques mots, pas une ligne entière… Un début de poème possible, ou un aphorisme. Et, même, un seul mot (qui peut être une question). 

… J’ai remarqué un lien vers un blog qui est aussi présent dans ma liste de… pages tissées (Pierre-Louis Reynaldo). Volonté de faire connaître. Le poète blogueur indique d’ailleurs cet objectif de promotion de la poésie (concrétisé par l’association et le site « Le Capital des Mots », revue en ligne). Lire : http://www.le-capital-des-mots.fr

… Parmi ses poèmes en ligne (de ce « work in progress »), voici celui-ci, du 11 juin : http://www.ericdubois.net/2016/06/poeme.html 

… Ailleurs, il signale, sur une page, la recension de son livre (« Chaque pas est une séquence », éd. Unicité) dans la revue « Décharge » http://www.ericdubois.net/2016/05/dans-la-revue-decharge.... 

…Ou, autre page, la lecture faite d’un autre ouvrage de lui, un ensemble (la réédition de textes parus ailleurs), chronique sur Terre à ciel : http://www.ericdubois.net/2016/04/dans-terre-a-ciel.html

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J’apprécie l’alternance, entre poèmes et réflexions denses, actuelles, sur le SITE de René Barbier, Le Journal des chercheurs. Poème (Le mitraillage), rêve, liens : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1966 

Et, poème (Détachement)   http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article2184

Analyse (essentielle) sur Daech, la pulsion de mort, le pétrole, la peur, l’imaginaire social. En exergue, René Char, et, pour référence, la pensée d’Hannah Arendt sur le totalitarisme. Citation : « Daech n’a que faire de l’écologie démocratique. C’est un totalitarisme comme en parle Hannah Arendt. Il veut enfermer l’ensemble du monde dans son univers lié à la pulsion de mort. / Les acteurs des multinationales agro-alimentaires et pétrolières fonctionnent également à la pulsion de mort. Sur ce point ils se rejoignent. / Avoir la lucidité de comprendre l’imaginaire social qui se joue à travers leurs jeux destructeurs est une nécessité à l’époque actuelle pour tous les citoyens libres du monde. » A lire : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article2092

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Sur le site de La Revue des Ressources, recension d’un ouvrage publié par leurs éditions (ERR), collection Carnets de la grande ERRance. Livre d’entretiens de Kenneth White avec Régis Poulet, « Panorama géopoétique ». Pages introductives, en quelque sorte, pour un projet éditorial destiné à promouvoir une pensée autre du rapport à la terre, à la biosphère.

... Ce premier livre (six en tout, à cette date, dont ceux de Régis Poulet et Laurent Margantin) : http://www.larevuedesressources.org/parution-de-panorama-... 

… Le texte inaugural de l’Institut de géopoétique, 1989, écrit par Kenneth White pour l’Institut. Référence, notamment, à Holderlin, comme pour l’anthologie de l’édition Poesis (« Habiter poétiquement le monde »). Texte http://www.institut-geopoetique.org/fr/presentation-de-l-... 

… Proximité (ERR…). Ce site d’écritures disséminées (mais connectées, autour d’une association, pensée en rhizome…). Interactions, créations, et fil de blogs d’auteurs (nombreux liens), WEBasso :  http://www.webasso-auteurs.net 

… De l’espace d’ Oeuvres ouvertes (Laurent Margantin et ses blogsbooks), je choisis cette note sur Kenneth White (pour la « cristallisation » du sens, quand la boucle est bouclée…) : http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3412 

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Dans Trilogies, une réflexion sur l’art, pas récente, mais toujours valable, ouvre des perspectives passionnantes sur la création actuelle. Vers une transmodernité métisse  : http://trilogies.ch/articles/khan-cherkaoui-vers 

... Autre rubrique, un dossier en cinq parties sur Etty Hillesum (1/5)  http://trilogies.ch/articles/etty-hillesum-rencontre  Voir aussi les citations (Paroles), et les notes sur le cinéma.

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Revue Vacarme.  Ma sélection du moment… Entretien (janvier 15) Bricolages contre un désastre annoncé », Yves Citton : http://www.vacarme.org/article2729.html 

... Et page sur l'islam, l'islamophobie : « Lignes de fond en Méditerranée », entretien  avec Jocelyne Dakhlia   http://www.vacarme.org/article2747.html 

... Orlando et suites. « (Re)politiser nos identités minoritaires », par Valentin Chémery   http://www.vacarme.org/article2904.html 

... Sur « De l’écoute et de l’inécoute » (et la poésie), texte de Pierre Zaoui : http://www.vacarme.org/article2797.html

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Les Influences, site-revue. « Etre sans idée » : un texte à méditer, de Philippe Chriqui http://www.lesinfluences.fr/Etre-sans-idee.html 

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Sur The dissident.eu  une lettre d’Hermann Hesse à un jeune artiste (1949) : http://the-dissident.eu/10850/lettre-dhermann-hesse-a-jeu... 

... Et un manifeste inédit de Camus sur la liberté de la presse (Camus et Arendt sont les deux références clés) : http://the-dissident.eu/manifeste-de-camus/ 

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ANTHOLOGIE MANIFESTE. « Habiter poétiquement le monde », éd. Poesis : http://www.poesis-editions.fr/habiter-poetiquement-le-mon... 

. Tout à fait à part... (et sans doute vers l'ébauche d'une note, d'automne peut-être, pour tisser des regards), voici les créations de Khadija El Abyad... De la beauté, et beaucoup de pensée donnée à... voir... L'oeil écrit, autrement. Et elle, d'ailleurs, glisse des titres, parfois, qui sont des bribes de poèmes... http://khadijaelabyad.tumblr.com

VOIR aussi les LISTES en marge des notes : Pages tissées (marge gauche), et (marge droite) : Poésie, Editions de poésie, Revues de poésie, Poètes et poèmes, Citations, et… Blogs... L'ensemble est mon PORTAIL portatif POÉSIE, complété par les notes de la catégorie "Poésie".

Pages tissées, trois notes posées à la suite (les 26, 27, et 28 juin), et une catégorie, même nom (ces pages et une note antérieure).

27/06/2016

Notes voyageuses, Méditerranée et lointains… PAGES TISSEES.

mms_img-652806128.jpgVoyageuses, ces pages, car métisses. Ancrées ici, héritières, parfois, de divers ailleurs. Ou ancrées ailleurs, et lançant des fils de mots vers nous. Ou, aussi, ayant simplement le goût du lointain, de la traversée nécessaire des frontières, réelles ou imaginaires. Proximité, par ces écritures sur la Toile, immédiateté du partage. Mais la lecture patiente des livres peut suivre l’approche instantanée. On sort de notre quartier mental, et ces mots modifient notre identité, pour l’enrichir de conscience.

Goût du lointain. Recherche de ce qui pourrait nous échapper. Regard porté sur les marges au-delà des terres et des océans, puisque, dans une perception de l’humain universel, nous sommes tous traversés par nos marges. Et nous-mêmes sommes marges d’autres centres apparents. Apparents, car il n’y a pas de centre, en fait. Il n’y a qu’un tissu d’interférences croisées. 

Goût des îles, de périphéries (« ultrapériphéries », même, chez Christian Tortel). Essentiel… d’associer ce blog à cette note, au moins en le mentionnant (mais sa présentation plus ample interviendra dans la note suivante…). C’est « Papalagi », blog Le Monde ("littératures éparses et ultrapériphériques"). Passionnantes lectures (et poésie) http://papalagi.blog.lemonde.fr 

Anouar Benmalek. Entretien, « Écrire ici ou là-bas, le plus important reste d’écrire ! » : https://www.facebook.com/notes/anouar-benmalek/vous-qui-a... 

... Et, autre entretien, à propos de son livre où il traite de la Shoah (et d’un génocide antérieur en Afrique), août 2015 : http://geopolis.francetvinfo.fr/anouar-benmalek-la-shoah-... 

... Complément, biographie (partielle) sur un site d’éditeur, Calmann-Levy, qui mentionne notamment qu’il est l’un des fondateurs du Comité algérien contre la torture : http://calmann-levy.fr/auteurs/anouar-benmalek/  A compléter par la fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anouar_Benmalek 

... Et par la lecture du site officiel de l'écrivain (livres et articles) : http://anouarbenmalek.free.fr 

Joha, blog d’Abdelmadjid Kaouah. Latinité ou universalisme aux racines méditerranéennes et africaines. Pensée de Camus, lecture de JC Xuereb. Lire, réflexion d’Abd. Kaouah, "Un rêve méditerranéen" : http://wwwjohablogspotcom-kaouah.blogspot.fr/2015/05/un-r... 

BabelMéd, site : culture, littérature. Comme cette note sur François Cheng (livre d’entretiens) http://www.babelmed.net/letteratura/241-francia/13855-201...

Sur un livre de Mohammed Assaoui, critique et auteur, la recension de Laurent David Samama, sur son blog. « Comment dit-on humour en arabe? » : http://laregledujeu.org/2015/12/08/26696/de-lhumour-arabe...

Ibn Arabi ou l’Unité de l’existence, par Mohammed Taleb, avril 2015, blog Le Monde des Religions http://www.lemondedesreligions.fr/sso/blogs/post.php?id_b... 

...Et sa note sur l’écologie (racines, le passé et le futur), "Quelle mémoire pour le futur?" http://www.lemondedesreligions.fr/sso/blogs/post.php?id_b... 

Vision d’encre, blog de Raynaldo Pierre-Louis. "Un crime d’être insulaire?"...  http://raynaldopierrelouis.over-blog.com/2014/04/quand-il... 

Sur Passion gitane, un hommage à Martin Gray...  http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.fr/2016/05/1-l... 

...Mise en ligne, sur le même blog, d’une vidéo (Youtube), « Vertiges, du flamenco à la transe », spectacle musical de Tony Gatlif (cinéaste, gitan, natif d’Algérie). Magnifique (et sur youtube, plusieurs autres titres en marge, flamenco) : https://www.youtube.com/watch?v=M3pQiwrYNyg  Pour lire son commentaire, voir la note intégrale - avec un texte double, et deux vidéos, après les voeux de janvier 2016, sur la musique, dimension mystique et cosmique, et sur le lien avec la nature, par une citation d’un responsable de l’association Four Winds, Christian Larqué. (On arrive en bas de la page : glisser pour remonter au début)  : http://fleurdecorailpassiongitane.blogspot.fr/2016/01/1-b... 

Sur Epistrophe, "Les Confins", poème de Cléanthe : http://epistrop.blogspot.fr/2015/03/les-confins-1.html 

... Et « Aux Seuils d’absence » http://epistrop.blogspot.fr/2016/06/aux-seuils-dabsence-9... 

Regards croisés, par Charlotte. Journal de création. Ainsi, Rêveries chamanes, avril 2016, sur une oeuvre en chantier, sa matérialité : http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2016/04/02/reve... 

... Et, note ancienne, de 2009, la philosophie et la générosité, plus un rituel potlach : http://regardscroises.blog.tdg.ch/archive/2009/06/20/ces-...  

Mbougar Sarr, sur son blog Choses revues (sous-titre : La littérature au lieu de la Vie) pose textes et réflexions sur l’écriture, la littérature. Ainsi, page de 2013, texte sur la lecture. « Relire ». Elle ne pouvait que m’intéresser, moi qui ai pour devise (pour pratique, et, même, méthode) que « lire, c’est relire » : http://chosesrevues.over-blog.com/tag/solipsismes/

Blog de Patricia Grange, Papillons de mots. « L’arbre et la pirogue », métaphore du métissage, de l’hésitation entre ancrage et errance nomade. Poésie :  http://www.papillonsdemots.fr/2015/03/30/larbre-et-la-pir... 

Entre deux rives, blog littéraire (Pages de Jearthwood, pseudo). Paris plage… http://lespagesdejearthwood.blogs.courrierinternational.c...   

Sur le blog de Léon Mazzella, Sally Vasco (entre littérature et connaissances vinicoles et autres), une recension qui pose des questions théoriques sur la manière de concevoir l’écriture, relayant la réflexion un peu désabusée d’un auteur. (La poésie n’est pas le sujet, cependant…) : http://leonmazzella.hautetfort.com/archive/2016/06/22/la-... 

Guérir à Oran, texte de Paul Souleyre (site Mémoblog, voir liste Pages tissées) https://www.facebook.com/notes/paul-souleyre/guérir-à-ora... 

Vivre à Belcourt. Luc Demarchi. La terrasse...  http://belcourtois.com/index.php/projet/la-terrasse/  

Marie Mint Derwich. Le blog, Mille et un Je (poèmes, fragments) : http://milleetunje.blogspot.fr 

... Un portrait d'elle: http://www.noorinfo.com/Mariem-Mint-Derwich-chroniqueuse-... 

Page à part… Saïd el-Mahroug, dit Sifaw, hommage sur L’Orient littéraire, presse (Liban) : http://www.lorientlitteraire.com/article_details.php?cid=...

Les songes d’une nuit. Texte, "Euphonie et conscience"... http://lessongesdunenuit.hautetfort.com/archive/2015/04/0...

26/06/2016

PAGES TISSÉES. Des cris, des voix, soutiens contre ce qui menace...

mms_img1048177987.jpgJe reprends ce parcours de blogs et sites, pour y picorer des pages parmi d’autres. Ces sites, ces blogs (surtout) sont, en général, inscrits dans ma liste « Pages tissées » (marge gauche), mais on y entre alors en page d’accueil. Là, je fouine… Cela fait longtemps que je n’avais pas fait cela, donc ce sera trois notes, et j’essaie de regrouper les liens autour d’une thématique large… Blogs et sites, domaine de lecture, de découverte, mais aussi d’engagement. Dissidence d’esprit, résistance. Qui parfois coûte cher à des blogueurs qui sont soumis à la répression de dictatures ou subissent la haine d’extrémistes. 

Retour sur des thèmes déjà évoqués. Notamment, Kamel Daoud, les chroniques, les polémiques, les attaques, et le soutien… Et, ainsi, reprise d’une réflexion indispensable sur des questions qui demeurent essentielles : laïcité, liberté de conscience, obscurantisme, islamisme, terrorisme. 

Sur son blog Choses revues, Mbougar Sarr, écrivain, a consacré une note, « Contre l’arrogance scientiste », à la défense de Kamel Daoud , en février 2016 : http://chosesrevues.over-blog.com/2016/02/contre-l-arroga... 

Blog de Brahim Senouci, mars 2016. « Le sens de la complexité, le goût de l’autre ». Citation : « L’heure est aux apprentis sorciers qui livrent à une opinion désemparée un schéma simple, de cette simplicité qui a conduit naguère aux massacres de masse… Lutter contre cette dérive, c’est d’abord faire litière des mensonges de l’Histoire et apurer les mécomptes du passé. C’est retrouver le sens de la complexité et le goût de l’Autre, celui que nous portons sans le savoir au creux de nos consciences… »… http://brahim-senouci.over-blog.com/2016/03/le-sens-de-la... 

... Et, même blog, novembre 2015, une réflexion sur la question de la radicalité : « Radicalisation de l’islam ou islamisation de la radicalité? ». Citation : « ils partent en quête d’un sens absent dans le fol espoir de le débusquer dans le fracas d’une horreur apocalyptique. Il est vain de leur opposer la "douceur" d’un mode de vie que figure en raccourci une bière fraîche sur une terrasse un soir d’été. A l’hédonisme morose, dépouillé de toute spiritualité, que leur propose la société, ils opposent un autre oxymore, celui des fascistes espagnols : viva la muerte ! » : http://brahim-senouci.over-blog.com/2015/11/radicalisatio... 

Retour sur l’histoire de Cologne. Article de Chahla Chafiq paru dans Le Monde, et présent sur son site d’auteur (où on peut voir en accueil la liste de ses livres sur l’islamisme, et principalement sur le sujet de la femme soumise par l’islamisme). Alors que certains ont pu reprocher à Kamel Daoud d’aborder la question culturelle, Chahla Chafiq la prend de front, en tant que femme, et en montrant comment c’est justement en dénonçant ce qui sous-tend ces faits qu’on luttera contre les dérives racistes et les récupérations.  Loin d’essentialiser, elle propose (comme Kamel Daoud) de penser la réalité, en refusant le déni. (Ses livres, essais et récits, peuvent nous donner envie d’aller plus loin dans la réflexion : la présentation qui en est faite sur le site est déjà une approche intéressante) : http://www.chahlachafiq.com/index.php?option=com_content&... 

... Voir aussi, d’elle, un texte sur le voile : http://www.chahlachafiq.com/index.php?option=com_content&... 

... Et un poème, Rivière : http://www.chahlachafiq.com/index.php?option=com_content&... 

De Salima Aït-Mohamed. Anathème (une méditation sur la barbarie, interrogation des gouffres) : http://salima.ait-mohamed.over-blog.com/2014/07/l-anathem... 

Page à part (non blog)... De LAZARE. Tribune-poème (enlacer les voix, articuler parole et colère) : http://www.telerama.fr/scenes/comment-articuler-une-parol... 

BLOG Médiapart de Vincent Bonnet. « Trois vignettes sur l’amour » : https://blogs.mediapart.fr/vincent-bonnet/blog/121014/tro....

... Et note de blog (pensée libre), mars 2016. « A propos de la tribune condamanant Kamel Daoud ». (Intro : « C'est le ressentiment anti-occidental qui s'allie à la mauvaise conscience des ex-colonisateurs pour produire la tribune contre Kamel Daoud. ») :  https://blogs.mediapart.fr/vincent-bonnet/blog/100316/pro...

Blog au titre provocateur (Journal d’une Bougnoule éclairée : son pseudo est un manifeste… En profil, elle précise : Française, Musulmane, Africaine, Arabe). Lire une note de soutien à Kamel Daoud (et un questionnement), février 2016  https://journaldunebougnouleeclairee.wordpress.com/2016/0... 

Dernière note de Mohamed Louizi sur son blog Médiapart (« Écrire sans censure »), mars 2016. Désabonnement (réaction à l’évolution problématique concernant la réaction à l’islamisme sur Médiapart : trop de complaisance, il ne veut pas cautionner - il ne se sent plus à l'aise dans cet espace) : https://blogs.mediapart.fr/mohamed-louizi/blog 

Blog Médiapart de Germinal Pinalie. « Face à Edwy Plenel je suis Charlie » https://blogs.mediapart.fr/germinal-pinalie/blog/240115/f... 

Dans l’axe de ces pensées, le blog La pensée laïqueHebib Khalil, y pose ses notes personnelles (réflexions et billets d'humeur) et ses articles, publiés dans Le Matin.dz. Engagé, percutant. Lire, par exemple, une réflexion sur les paradoxes du mois de ramadan en Algérie : http://khalilhebib.over-blog.com/2016/06/ramadan-en-alger...

... Hebib Khalil, ses chroniques sur HuffPost Maghreb/Algériehttp://www.huffpostmaghreb.com/hebib-khalil/  

Soutenir, c'est aussi publier, republier... Ainsi, La Revue des Ressources... Trois chroniques de Kamel Daoud, site de la revue, septembre 2014, dont « Daech local en dix minutes et tout un siècle » : http://www.larevuedesressources.org/trois-chroniques-de-k...

Impossible de ne pas évoquer Raif Badawi, blogueur saoudien condamné, pour sa libre expression, à la prison et aux coups de fouet (voir à son nom, tags). Le soutien, considérable, ne suffit pas. Extraits de son blog sur le site du  Guardian : https://www.theguardian.com/world/2015/jan/14/-sp-saudi-b... 

En Mauritanie, un jeune blogueur de 33 ans, Mohamed Cheikh Ould M’Kheitir, a vu la peine de mort confirmée en avril 2016, malgré pétitions et appels. Des actions continuent. Voir le texte de la poète (et blogueuse) mauritanienne Mariem Mint Derwich : http://www.mondafrique.com/blogueur-mauritanien-condamne-... 

Ce sont deux exemples parmi d’autres. 

Au Bangladesh des blogueurs ont été assassinés. Dont, en avril 2016, un jeune militant de la laïcité. « Des hommes armés de machettes ont assassiné, mercredi 6 avril, Nazimuddin Samad, 28 ans, un étudiant en droit qui défendait la laïcité et critiquait les islamistes radicaux au Bangladesh. », Le Monde : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/04/07/n... 

18/06/2016

Super Oum. Quelque chose de l’ordre de la danse…

VOILE.jpgOui, quelque chose de l’ordre de la danse… Pourtant rien ne danse, dans cette exposition de Fatima Mazmouz. Sauf dans l’immobilité d’avant le geste. Visages voilés sous des couleurs et le blanc de la gaze (pas celle des fils légers, mais celle de blessures recouvertes). On « voit » le geste de l’arrachage de ces tissus qui cachent la peau et les yeux des visages. Arrachés par celles qui les portent et par celle qui les représente. Car l’excès de ce qui emmitoufle ces regards enfouis, masqués, ne peut être suivi que par un arrachement brutal, un dévoilement qui vienne répondre à l’interrogation identitaire. Qui existe sans pouvoir être vu(e)? Et quel regard paradoxal commande de masquer? 

mms_img900244544.jpgJ’imagine ce qu’aurait fait Pina Bausch de cette scène inaugurale, présente dans plusieurs cadres. Les femmes seraient entrées sur scène et des personnages seraient venus lentement les provoquer (certains), les délivrer (d’autres ou les mêmes). Des hommes. 

« Chaque femme effrayée, je lui ai donné une patrie » écrivait Nizar Kabbani dans son poème « Tribunal » (Femmes, éd. Arfuyen). Et c’est cela aussi que l’artiste ici veut inscrire, non la patrie mais le questionnement de la patrie, racines et charges, paradoxes de l’ancrage culturel, riche, de l’appartenance, interrogée, de la pluralité identitaire par les migrations et par la conscience de l’universalité. Au bout du compte, le crâne dessiné porte bien des traces de lieux et des drapeaux, mais il est crâne de mort. Des identités en partie illusoires ne restera que la part commune : mourir. Alors on se détourne du crâne et on regarde de nouveau les têtes sous leurs voiles. Les pansements qui cachent les visages recouvrent aussi les os, et s’ils consolent peut-être les femmes de la douleur visible, ils ne soignent rien de l’invisible, et ne protègent pas du mensonge et de l’hypocrisie. (Quand au Maroc une actrice est diffamée et brutalisée pour avoir joué le rôle d’une prostituée, on sait que la violence vient du refoulé).

Ailleurs, c’est une joueuse de catch très dénudée, et enceinte. Comme toutes les femmes dont on voit les corps aux ventres énormes, et sur lesquelles des signes identitaires sont présents, questions obsessionnelles. Mais toutes ont aussi une étoile à la place du coeur, point commun, parcelle cosmique. Qu’est-ce qui est « mère »? La femme ou la terre? Qu’est-ce qui fait l’humain? Le ventre originel de l’espèce incarnée, ou l’ancrage terrestre d’une « poussière d’étoiles »? La joueuse de catch, elle, n’est ni belle (plutôt laide) ni fragile : au contraire, lutteuse à la façon des héroïnes de bandes dessinées, contre les clichés.

Des calligraphies font, elles, des chorégraphies de signes autour de femmes, pour une représentation de l’espace culturel qui hante l’inconscient corporel, richesse complexe à interroger. 

Une des plus grandes oeuvres est une photographie retravaillée où l’inscription des lettres fait à la fois écran et miroir, avec des couleurs chaudes qui rejoignent un peu celles des masques, mais dans une musicalité autre. Car on pourrait y voir un chant, comme une partition qui serait un autoportrait en gestation… Dont l’autre part serait la Marianne sous un drapeau métis (oeuvre visible sur le site de la galerie).

Exposition à voir jusqu’au 25 juin, Galerie Mamia Bretesché : http://www.mamiabreteschegallery.com

A Lire, sur Afrique in visu, un entretien avec Fatima Mermouz, en 2007, au moment d'une exposition dans la même galerie... http://www.afriqueinvisu.org/les-detournements,021.html