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28/01/2017

Anne Perrier, poète, nomade de l’essentiel. Nomade enfuie…

 VOIE nomade.jpg« Ce n’est pas 

    Au moment de mourir tous les cris

    Déchirants de la terre que j’emporterai

    Toutes les larmes non

    Mais ce rire d’enfant comme un chevreuil

    Qui traverse la foudre »

             Anne Perrier, La voie nomade 

Elle meurt, mais les textes sont là. J’aurais aimé la connaître, elle qui demandait  « où est ma demeure » et rêvait de possession qui soit dépossession, en cherchant à la frontière du silence. Demeure? Celle des mots, mais justement lesquels pour dire l’essentiel? Et celle du sens intérieur, d’un rapport juste au monde et à la mort, donc à la vie. Perte d’une inconnue non rencontrée, mais si connue, si proche, rencontrée autrement, intimement. 

Poèmes… « La voie nomade » et autres titres… http://www.wikipoemes.com/poemes/anne-perrier/la-voie-nom... 

Chronique, dans Recours au poème…  http://www.recoursaupoeme.fr/chroniques/chronique-du-veil... 

Article du Temps… https://www.letemps.ch/culture/2017/01/22/poete-vaudoise-... 

Chronique du Monde. Disparitions… http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2017/01/25/mor... 

Fiche wikipedia… https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Perrier

Note de 2013 : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/12/04/la... 

 

21/01/2017

« Ne plus rien dire que l’essentiel… », A L’Index numéro 32…

INDEX 32.jpg« Ne plus rien dire / que l’essentiel

   Ne plus rien faire / que l’éphémère »

              Jean-Pierre Chérès, Silex (A L’Index 32)

De nouveau, relisez le texte de Jean-Pierre Chérès en quatrième de couverture. Autre fragment que j’en retire... «  Se perdre dans les gens pour se retrouver dans le sens… ».

De nouveau, regardez la vignette de couverture : c’est aussi cela la poésie, cette répétition du regard sur l’essentiel du sens.

Ce numéro 32 est essentiellement constitué de poèmes. L’introduction de Jean-Claude Tardif met l’accent sur la liberté, dans le refus de toute compromission, pour une poésie qui se veut être toujours ce qu’elle fut, « le parler premier des hommes ». Il met aussi l’accent sur le rapport « singulier » du lecteur au livre. Singulier, donc, aussi, hors des règles commerciales des circuits soumis à des normes.

De Jean-Pierre Chérès on retrouve trois poèmes inédits, denses et forts : Silex, Strates, Rages. Le silex, pour un retrait dans le silence froid de la pierre, pour « Ne plus rien dire / que l’essentiel »… Les « strates de la mémoire » pour une archéologie intime. Et les rages, pour une mémoire de perte. Peut-être. 

Suit un texte de Luis Porquet, que j’ai apprécié particulièrement, au point de symboliquement pourvoir le co-signer. Un « essai » qui me semble correspondre à une conception très haute de la poésie. Ses premières références, dans « L’Éclat fuyant du météore » répondent à cette exigence : Héraclite, René Char, Daniel Pons, Suzuki, Octavio Paz… Et les fragments qu’il cite ensuite, pour « L’Offrande céleste du jasmin », sont là pour soutenir un ancrage de cette sorte d’écriture : l’Espagne est pour lui le pays où s’écrit le mieux une poésie essentielle : « L’écrivain ibérique s’inscrit dans la chair palpitante du monde. Son langage est l’ennemi des pirouettes abstraites et de l’esbroufe intellectuelle. » (…) « Le poète hispanique est vêtu de son âme ». Poésie essentielle au sens fort : nécessaire et traitant de l’essence de l’être, une poésie où la mystique s’écrit, en lien avec une conscience cosmique. « Hispanique », c’est l’Espagne, mais aussi la langue, avec la poésie de Luis Mizon et le chant de Paco Ibañez. Mais citer Lorca, Alberti, Jimenez, Hernandez, Bergamin, Gamoneda, n’empêche pas de puiser des références clés chez Novalis, ou d’avoir Jean Grenier comme maître à penser (un des…). Universalisme de celui pour qui le zen paraît être un centre repère, et le yoga de l’art, une clé de la création. Parce que le « duende » de Lorca, qui ici serait figuré par le jasmin et l’ancrage charnel du poète espagnol (sans être nommé), le duende est connexion cosmique.  Comme Bergamin, Luis Porquet refuse « le procédé, le truc », ces « falsifications », pour chercher ce qui transmet la part de « lumière » (ou plus que la part). 

Et justement, dans les textes qui suivent, ne cherchez pas de procédés artificiels. Ni dans « Ardoises » de Michaël Glück - un de mes auteurs lu et relu depuis longtemps, lui qui disperse ses textes dans des micro-éditions, créatrices de poèmes sculptés parfois (j’ai ainsi de lui une pierre gravée, un bois cachant un texte, un parchemin long… et des petits carrés de « pré#carré », etc.). Poème, « Ardoises », où l’on sent une sourde colère, pour affirmer que les mots convoquent le réel et que le réel, même d’horreur, doit être dit dans « un poème sans fin », qui est en lui, avant même l’écriture… 

Proximité de mémoire entre Michaël Glück et Laurent Nuchy, je le sais et je le lis : « Hillel et Myriam répondirent… / Suis-je allé jadis à ma rencontre? » (Le Golem,).

Entre eux (merci pour ce choix), mon long poème « Fugue de lieu ». Mémoire(s), aussi, et démarche posée sous forme de questionnement, pour relier deux axes : « Faire silence, en mystique sans dieu ni dieux, ou se faire bruyant prophète de paix? Être le démiurge caché d’un monde miroir, changer l’eau sombre? ».

Et, juste après, une nouvelle de Luc Demarchi, « Castiglione », où (décidément, c’est un thème récurrent dans ce numéro, mémoire…) l’auteur raconte un souvenir d’enfance, vacances dans une étrange maison sans eau ni électricité, devant une plage et une mer où serait enfouie une ville d’autrefois. Comme le sont, dans la mer de la mémoire, les souvenirs qu’on déchiffre et un réel disparu. 

Échos, encore, d’un texte à un autre. Au « Silex » de Jean-Pierre Chérès répond « Archéologie d’une pierre » de Raymond Farina : métamorphoses de la pierre, arme ou galet de douceur, ou sculpture créatrice de beauté… Autres échos, les pierres de Roland Nadaus… 

A la maison enfuie (dans le passé) de Luc Demarchi répond celle que quitte le personnage de Jean-Claude Tardif dans « L’accident », en laissant une feuille vierge, sans message, pour aller (accident ou suicide?) se détruire (mourir?) en voiture. Etrange récit, dont l’étrangeté même fait la profondeur du personnage au sujet duquel on se demande ce qu’il fut et ce qui l’a mené à cet instant. On tente une interprétation, et elle se détache, comme la première poupée russe qui en cache une autre et une autre, la dernière se brisant en éclats de sens possibles. A-t-on compris? Pas sûr, et tant mieux. 

Antoine Houlon-Garcia, lui, cherche dans un bref essai fouillé sur La Jeune Parque, « de quelle Ariane Valéry nous fait le récit »… Ariane mythologique ou femme ouvrant un pan autobiographique… 

Beaucoup de traductions, dans ce numéro. Textes, poèmes, issus de plusieurs langues… Ne pouvant tout relever je choisis de citer des vers de Luis Benitez. Pour déclencher l’envie de lecture de ses poèmes, et des autres… 

« Permets à ton ombre ou à la nuit d’humecter tes paupières , / Ainsi n’entrera pas en toi / le feu et l’avenir ne t’effleurera point. »

(…)

« Les spectres que je fus épient derrière les mots / le mouvement de la vie, plus torrentielle que le temps, / car je fus spectre et spectres sont les choses / et les hommes. »

(…)

« Il est inutile que je dédie / à ceux qui m’écoutent / une vérité : ils en feront des miettes. / De leurs miettes naîtra Lao-Tseu. »

(…)

« Ce soir et une partie de la nuit / je suis retourné m’immerger dans la mer épaisse / où nous flottons, êtres et choses. » (…) « Je n’ai pas vu de berge. Tout est mer. / Ceux qui craignent la berge / ne savent pas qu’ils cheminent dans la mer. »

(…)

«… le brillant de l’humble couleur a réuni en mots / le visage de ce qui a été vu »

(…)

« Pour moi, la certitude est le brillant chemin de son jamais. »

………………..

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/11/blog-post.html 

Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr 

17/01/2017

Jean-Louis Giovannoni, dans la revue A L'Index 31...

INDEX 31.jpgJe reviens à ce numéro 31, en retard d’écriture puisque le numéro 32 vient de paraître… 

D’abord, relisez la quatrième de couverture, avec le manifeste poétique de Jean-Pierre Chérès. J’en picore un fragment : «  Être poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers… ». Manifeste de Jean-Pierre Chérès, et programme collectif pour la revue, d’écriture et d’engagement, pour le sens et autrui. 

Ensuite regardez de nouveau la vignette d’Yves Barbier en couverture, car c’est exactement la même chose : le personnage esquissé fait tourner un cercle du temps et du non-temps, en rapport avec le cosmos. (Voir, numéro suivant, 32, l’essai de Luis Porquet sur la poésie, essai que je pourrais co-signer, tant j’y adhère…).

Parcourez enfin les pages, pour les textes, où domine la poésie, et, cette fois, le dossier double, fils tissés, sur « Tarn en poésie 2016 » et Jean-Louis Giovannoni, auteur que je lis depuis longtemps et dont j’aime particulièrement les aphorismes, les fulgurances brèves. On nous fait entrer dans l’ambiance de plusieurs jours d’échange, pour la rencontre qui a fait se déplacer la revue, comme le dit Jean-Claude Tardif, « des falaises de craie du pays de Caux » à la région d’Albi.

En exergue à la présentation de l’auteur principal de ce numéro, par Georges Cathalo, une définition apparemment paradoxale de l’écriture par jean-Louis Giovannoni, « source » et « soif ». Apparemment. Car cela traduit bien la tension qui le fait écrire. Si on devait résumer en quelques mots ce qui est retenu de lui à travers ce parcours des textes et des livres, que pourrait-on choisir de garder? De celui qui se dit « né entre les pages d’un Don Quichotte » (mais d’une édition « abrasée » au point d’être illisible) on dirait : mort et deuil révélateur (initiatique), énigme des voix d’autrui (des voix de la folie d’autrui, croisée par le travail, respectée : porte vers l’humain universel, la force de l’écoute plurielle, oreille tendue vers les murmures de l’autre, et finalement de soi), doute et présence du sens, amour (à condition qu’il ne se dise pas en poème). On le qualiifie de « métaphysicien », de « poète du sens », rappelle Georges Cathalo... 

En conclusion, deux chroniques, les lectures, précieuses, de Bernard Noël et James Sacré, déchiffrant le parcours du poète. Hommage. Et un poème de Jean-Claude Tardif, dédié en « clin d’oeil », « Je n’écris plus de poème les jours de pluie ». Le « je » serait celui qui écrit et (ou?) celui sur qui on écrit. Complicité qui mêle les mots et fait entrer l’un dans la conscience de l’autre pour dévoiler ce qui se refuse, déplacer la pudeur. C’est ainsi que je le sens. Est-ce su? Voulu? (Peu importe, c’est lu…). Echo, dans un texte introductif du numéro qui suit, de nouveau la pluie évoquée par Jean-Claude Tardif, mais qui provoque un mimétisme de forme, symboliquement.

A L’Index aujourd’hui : http://lelivreadire.blogspot.fr/2016/10/blog-post.html 

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Pour lecture…

MC San Juan

Revue déposée librairie Compagnie, Paris… http://www.librairie-compagnie.fr