Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/11/2022

Un recueil de Mohamed Kertach...

Herbe bleue.jpgVoici un livre arrivé du Maroc. Recueil de poèmes. 
L'herbe bleue, de Mohamed Kertach, éd. FCLM, Maroc, mars 2022.
En exergue, un poème de Sylvie Méheut, Et tout disparaîtra, dont je cite les trois derniers vers...
Et tout disparaîtra
La mort aux lèvres fines
Et le casaquin d'or aux fièvres abyssines 
Elle est aussi l'auteur de la préface, mission, dit-elle, pour traduire ce qui fait l'ancrage du poète dans sa tradition, en tenant compte des questionnements.


Comme enseignant de français (qui avait surtout produit des dossiers universitaires et des monographies), l'auteur a participé à des initiatives de promotion de la lecture et de la création (ateliers d'écriture), dont un échange avec la région du sud de la France (voir un lien en bas de note). Sa conception de la littérature lui fait utiliser le concept de bibliothérapie, pour exprimer la foi dans le pouvoir des textes. Je suis l'être de mes lectures, dit-il de lui. Il est aussi celui de plusieurs langues (arabe, français, tamazight et anglais), et on sait comment cela peut interférer sur la manière de penser l'écriture, et d'entendre les sons de la langue. Mais une autre dimension compte, le visuel dans l'écriture (et c'est cela sans doute qui l'a fait s'intéresser notamment à Marguerite Duras, elle qui fut entre écriture et création cinématographique). Dans le recueil un poème sur les yeux, et, en phrase de bas de page le mot aveugle associé à la perception visuelle. Aveugle par excès de perception, ou pour savoir une autre dimension du regard... Parmi ses références, Claude Simon et René Barjavel (l'imaginaire...).

L'avant-dire du poète consacre deux pages denses et profondes au sens du titre du recueil et à ses prolongements. Car il nous renvoie à un conte (que je connaissais pour l'avoir souvent rencontré dans des ouvrages sur le soufisme). Un récit de sagesse dont l'auteur laisse la morale, pour le dépasser autrement, esthétiquement, musicalement. Mais je fais ce rappel cependant. 

L'herbe est-elle verte ou bleue ? Dispute entre l'âne (elle est bleue) et le tigre (non, verte). Arbitrage du roi lion, qui punit finalement le tigre, pour avoir perdu du temps dans une discussion stérile avec celui qui refuse la réalité.
Le poète, lui, voit et rêve, comme Éluard (La terre est bleue comme une orange...), sans qu'il s'y réfère. (Plutôt qu'Éluard ses références sont le poète libanais Jabrane Khalil, pour son ciel bleu, et Barthes, pour dire la fonction de relais de son image). L'herbe reste une perception rationnelle, car c'est la mer, le vrai bleu de la mer, et c'est une image qui fait regarder autrement la mer. Mais ce qui l'intéresse surtout dans ces mots, ce sont les sons, l'allitération inversée lb et bl. Et la note de couleur qui sert de tremplin au déploiement de tout un arc-en-ciel dans les pages qui suivent. 
 
Couleurs, et éléments. Car la poésie est vision et contemplation. La terre et la galaxie, les étoiles et un au-delà lointain dans l'espace.
Poésie qui questionne, aussi. La mémoire, les racines de soi, le temps, les liens, la perte.
Il y a de la joie dans ces pages, dans l'éloge de la beauté, dans la force des tendresses, de l'amour (la femme, l'enfant). Et de la douleur. Tristesse des nostalgies d'enfance, lieu et univers perdus (jusqu'aux mots du tamazight dans ces lieux). Souffrance de la perte.
 
L'auteur aime citer. Plutôt que des exergues il met des phrases en bas des textes, en gras. J'aime cela. Ses poèmes habités par la fréquentation des poèmes des autres. On va de Dalal Brakez à Chakib Tazi Massanou. En passant notamment par Lamartine, Baudelaire et Rimbaud. Ou Hachem Lamrani (qu'il traduit de l'arabe) et Yamina Mansour. Et d'autres...
En gras aussi il met en valeur des vers de lui, comme des synthèses (goût de l'excipit qui prolonge le son et la pensée). 
Ainsi, sur la pierre.
La pierre est la mémoire de l'univers.
Contempler une pierre, comme le fait le philosophe Michel Eltchaninoff, qui, dans un entretien de PhiloMag, explique garder précieusement sur son bureau une pierre qu'il contemple, part de ce qui est, comme le vivant, mais dans l'immobilité...
 
En annexe, une lettre de Bruno Goloubieff, commentant le poème À une absente. Celui de l'amour au-delà du deuil. Présence dans l'absence.
Excipit, encore (structure du recueil porteuse de sens...), un poème de Thierry Demercastel, Dans les steppes mortifères (sur les émotions contraires, dans la vie, rires et chagrins...).
Et pour finir, une lettre de transmission de l'auteur à son fils Mouad (ode à la liberté). Comme si les poèmes devaient aboutir à produire du sens pour ce qui peut être donné...
 
Dans la postface, Abderrahim Kamal insiste sur la profondeur méditative de cet ensemble de textes, où il voit aussi un long poème lyrique, une riche intériorité.
 
LIEN...
Trace d'une initiative culturelle de l'auteur-enseignant... 
 
Recension © MC San Juan
.
Merci à Mohamed Kertach pour son message en commentaire.
 

Commentaires

Voici une présentation qui me fait honneur, je remercie la poétesse, auteur de Le Réel est un poème métaphysique, Marie- Claude San Juan d'avoir consacré cette analyse à mon recueil L'herbe bleue, d'avoir saisi et relevé l'essentiel de sa composition et de son contenu et de l'avoir donc rendu plus proche du lecteur intéressé et ouvert la voie à d'autres lectures critiques bienvenues. Merci poétesse et amie.

Écrit par : Kertach | 20/11/2022

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire