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24/07/2015

Lecture… Au sud de l’Occident, de Laurent Doucet

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Effacement, écrit Christian Viguié en introduction, effacement pour laisser parler autre chose que soi.

Oui, dans ce livre, un silence d’écoute semble être une sorte de programmation intérieure pour un voyage particulier. Laurent Doucet l’écrit dès la première page : « voir sans être vu ». Espaces entre les lignes, marge blanche qui signifie ce silence pour rendre le regard possible. Juste des notations sur des fragments de paysages, choses vues, la nature et les signes du lieu. Le végétal (« peuplier / cèdre / roseau » (…) coquelicot  (…) blé … palmeraies… Le minéral : sable…).

Mais les portes, le khôl, des «fils d’or », réels ou métaphoriques : l’humain, par les objets, les corps, les yeux.

Et, aussi, au-delà du lieu d’un désert marocain (« dunes », « sable ») la remontée des « cours d’eau caillouteux » semble souterrainement accompagner le parcours pour un itinéraire qui engage l’antériorité de questions personnelles. Il y a le silence pour l’innocence du regard : que seul le lieu existe, avec les êtres qui y vivent, pour une rencontre vierge, qui voit cependant autant la beauté que la violence et les souffrances, et sait le sel des larmes, pas seulement la beauté des arbres (« figuiers », « grenadiers »), pas seulement le son de l’oud.

Un motif intérieur, ou motivation (c’est un peu pareil), révèle des cercles et nœuds de questions à dénouer : « Quoi que tu fasses désormais / la vie / sera toujours un jardin que tu quittes ». Peut-être les caillouteux parcours et ce sable fascinent-ils au point de retenir (c’est douleur de s’arracher au lieu), hypnose volontaire qui fait pénétrer profondément dans la perception des pierres, du miel et des épices. Car la connaissance de l’autre lieu passe par l’intimité du corps qui goûte. Mais… « Plus ta langue réclamera d’épices / plus ta vie quittera de jardins ». On peut le comprendre aussi autrement. Ce qui est fort, trop fort, le piquant des épices, ce serait le piège de trop de présence de l'ego dans le plaisir du réel matériel, risque de fuite en avant, et de perte de soi pour le mirage du toujours plus (plus de sens, plus de beauté) : la phrase serait un frein de conscience, mise en garde, vœu de sagesse... 

Magie de « l’obsidienne semée par le vent », son que seuls entendent ceux qui ouvrent une oreille intérieure, et font écran au bruit des touristes ou des fausses apparences. Car ainsi la vraie rencontre est possible, mais c’est une soie fragile, comme celle que lavent des femmes. « Le réel est plus fort que le roseau », car « la poésie ne peint pas le paysage ». Non, il y a tout le reste dont elle est débitrice, le réel des êtres : « ils trônent au fond de tes yeux ». Cependant, luth ou souffle, c’est une possible métamorphose : « l’or du secret ». Rien n’est donné sauf le chemin. Et l’or se révèle à la relecture…

MC San Juan

Page éditeur, La Passe du Vent (le livre est bilingue français-anglais) : http://www.lapasseduvent.com/Au-sud-de-l-occident.html

28/03/2015

Lire Jiddu Krishnamurti. Le Livre de la Méditation et de la Vie... Ecouter...

KRISHNAMURTI LE LIVRE DE LA MEDITATION ET DE LA VIE.jpg

Lire, relire, mais par fragments... Car c’est dense, et qu’on se retrouve devant un espace de questions, de paradoxes, d’apparentes contradictions. De retour à faire sur soi, mais un soi en construction et déconstruction permanente, qui est censé chercher sa liberté intérieure, une bascule de conscience. 

Je reprends donc juste quelques pages, pour commencer cette relecture. L’écoute. Quand le bruit des discours nous recherche, dans la politique et les débats...

Ecouter... pages 21 à 26. Jiddu Krishnamurti parle à un public qui l’écoute... Et il parle de l’écoute, interrogeant cet acte même. Mais qu’est-ce qu’écouter ? Est-ce simplement être là, intéressé ou captivé, s’oubliant soi pour recevoir la parole de l’autre ? Ou au contraire est-ce d’abord faire place à une sorte de silence, à l’écoute de soi (et par quel silence ?). Est-ce faire un effort d’attention soutenu, difficile, pour tenter de comprendre ce qui nous est dit. Ou est-ce lâcher cet effort qui est une barrière de plus à l’écoute réelle ? Doit-on se fixer sur les mots de l'autre, des autres? Mais quels sont les mots qu'on entend : ceux de celui qui parle, ou ceux qu'on invente, chargés de nos peurs, de nos idées, de nos fantasmes peut-être? Et justement, pendant cette période, en France, avec les questions posées et les évidences fausses qui se croisent, convictions et stratégies, croyances et mauvaise foi, que faire, nous, avec les mots des uns et des autres, quand même les mots sont matière à débat ou instrumentalisation. C'est là que le retour à la pensée de Jiddu Krishnamurti est bienfaisant. Cela donne envie de prendre du recul, de refuser les injonctions idéologiques diverses, d'en trouver la force intérieure. Marcher sur la ligne raide du fil dressé entre les abîmes. Solitude comme éthique. Mais que dit-il dans ces passages sur l'écoute, ce penseur unique, hors appartenances? Il parle des écrans à défaire pour écouter vraiment, ces projections diverses... "Nous est-il possible d'écarter tous ces écrans à travers lesquels nous écoutons - et d'écouter vraiment?" Il propose une sage méfiance. Attention au "bruit des mots". Pour se défaire des pièges de ce bruit-là... "écouter avec une passivité vigilante". Paradoxe bien représentatif des exigences du penseur méditant. Trouver en soi autant la vigilance extrême, lucidité et pensée intense, et en même temps se mettre en état de passivité. Fil du rasoir...   

L’ouvrage, Livre de Poche : http://www.livredepoche.com/le-livre-de-la-meditation-et-de-la-vie-jiddu-krishnamurti-9782253147527

« Sa conviction était qu'un tel changement devait passer par une transformation de ce qu'il appelait le ‘vieux cerveau conditionné de l'homme’ (‘mutation de la psyché’) afin d'accéder à une liberté que ni les religions, ni l’athéisme, ni les idéologies politiques ne seraient capables de produire, puisque, selon lui, elles ne font que perpétuer les conditionnements. ». C'est ce qui est dit de lui dans la fiche wikipedia, quia raison de mettre l'accent sur cette liberté qui refuse l'enfermement dans des systèmes de croyance. Spiritualité sans religion, transcendance sans le Dieu des croyances traditionnelles, mystique d'un maître qui ne se veut surtout pas maître : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jiddu_Krishnamurti

Site dédié (Association culturelle Krishnamurti). En exergue, une citation « La vérité est un pays sans chemin » : http://www.krishnamurti-france.org/  

J. Krishnamurti online : http://www.jkrishnamurti.org/fr/

Le journal des chercheurs, René Barbier. Textes sur Krishnamurti : http://barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?page=recherche&recherche=Krishnamurti

Page sur meditationfrance : http://www.meditationfrance.com/enseigne/krishnamurti.htm

Sur psychologies.com, « Le philosophe insoumis » : http://www.psychologies.com/Culture/Maitres-de-vie/Krishnamurti

Blog dédié : http://lapenseedekrishnamurti.midiblogs.com/ 

René Barbier sur Krishnamurti : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1112