03/06/2026
Possibles n°40
En couverture une photographie d’Emmanuel Bourreau-Chopin : matière, traces, ombres, traits.
Le titre du numéro intrigue : Précis d’orientation.
Le texte de Pierre Perrin, en 4ème de couverture, précise l’intention. Importance culturelle majeure de la lecture, mais inquiétude sur le recul et ce qu’il interprète comme le signe que « notre civilisation se défait ».
Mais le premier texte (très riche), Précis d’orientation, apparaît comme introductif du questionnement.
KJ Djii interroge le sens du mot « civilisation » et de ses connotations idéologiques.
03:35 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, questionnements, lecture, culture, marcelle delpastre, albert camus
Possibles n°39
En couverture une peinture de Dominique Barrot. On peut voir un bouquet dans un vase, sur un coin de table.
Le titre du numéro, Poupe ou Proue, trouve son explication dans le texte de Pierre Perrin en 4ème de couverture. Rageur, inquiet, pessimiste, listant des catastrophes présentes ou annoncées : la langue, la dette, les écrans, les guerres... Mais son poème, en exergue, L’Éternité dure un clic , exprime le même désespoir. J’en cite deux vers :
L’électronique a remplacé le Sang, le Souffle.
[...]
Plus rien ne tient que par la boucle en chœur — des cris.
Les derniers mots : « une ombre, notre cendre ».
Écho, avec la pensée de la mort, deux vers de Jean Pérol :
La mémoire n’est plus qu’un vaste cimetière
[...]
mais qui viendra chercher leurs ombres dans le temps
(Sans importance)
Cependant, autre poème, il écrit aussi le goût de la beauté, de la vie qui ouvre des espoirs.
Vous aurez toujours tort de vouloir tout maudire
toujours repassera un cygne sur son lac
(Fermé)
03:16 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles, pierre perrin, poésie, écriture, pensée, livres, citations, regard, art
Possibles n°38
En couverture, dessin d’ Annie Christy (voir lien vers son site, fin de note).
On peut imaginer des voiliers sur des vagues ou une chevelure de flammes. On sent le geste qui trace des boucles.
En 4ème de couverture un texte de Valéry qui n’étonne pas quand on a lu Pierre Perrin (le revuiste et auteur), son aversion pour le moderne qui se veut moderne. Valéry y met en garde contre « les vertiges du jour ». Texte de 1945 (Style en France n°1).
En exergue un texte de Jean-François Mathé, du recueil La Vie atteinte, Rougerie, 2014. Avant d’en recopier les deux premiers vers et les trois derniers je renvoie à la page 88, pour un fragment de courriel adressé à Pierre Perrin, où il affirmait son indifférence à la « postérité », évoquant même le possible « effacement » ne sauvant alors de l’oubli que des « bribes ». C’est une question cependant que le destin des textes, dont tant disparaissent, sauvés parfois par le hasard. Mort des poètes et mort des textes ?
02:48 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : possibles 38, pierre perrin, poésie, livres, recensions, apulée, citations
08/02/2026
Albert Camus d’une rive à l’autre, collectif, éds. Unicité, janvier 2026
Camus… Il est le lieu de la guérison car il est le lieu du malaise
[…]. Ses cendres sont notre feu.
Kamel Daoud, Le Quotidien d’Oran, chronique, 11-11-2013,
Mes indépendances. Chroniques 2010-2016, Actes Sud, 2017.
Ouvrage collectif, Albert Camus d’une rive à l’autre, a réuni vingt-deux auteurs majoritairement natifs d’Algérie, vivant sur une rive ou l’autre, ayant, certains, vécu l’exil du pays natal, et tous profondément méditerranéens (dont les quelques auteurs voisins de frontières). Lecteurs de Camus ils ont choisi de poser leurs connaissances (fondées sur une fréquentation intense des textes) sur le terrain de leur expérience intime de Camus. Ils interrogent autant l’histoire que l’idéologie qui font le contexte de l’écriture, tant de Camus que de leurs contributions. Avant janvier 1960 et été 62, société et culture, bonheurs, souffrances, et violences (la terre, les êtres, la guerre, le terrorisme). Depuis 1962, et les années 90, autres vécus, joies et douleurs, exils divers et devenirs de résilience. À écrire ensemble et à se lire, ce qui se révèle ce sont aussi les ressemblances. Mouloud Feraoun avait raison quand il parlait à Camus de la transformation des Français d’Algérie (devenus plus tard des Pieds-Noirs) de plus en plus s’assimilant alors (habitudes, nourriture, gestes, langage) aux autochtones séculaires. Et cela est vécu, là, autour de Camus, dont l’idéal était cette fraternité. Le livre dépasse le témoignage, il veut être aussi un outil permettant d’approfondir la connaissance d’Albert Camus et la plurielle culture de son pays natal, du passé et du présent.
Albert Camus d’une rive à l’autre, éds Unicité
(commande sur site, prix port compris) :
http://www.editions-unicite.fr/auteurs/Marie-Claude-San-J...
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20:30 Publié dans Albert CAMUS, Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albert camus d’une rive à l’autre, éditions unicité, albert camus, livres, citations, algérie, culture, fraternité, karim abouche, hubert ripoll, ismahan ait messaoud, pascale amara, mona azzam, mohamed el habib bouchama, jean-claude bourdet, jibril daho, tarik djerroud, marie-paule farina, michel filippi, kamal guerroua, nicole guiraudmona guyot, mehdi hamdi, mhamed hassani, djilali kadid, kacem madani, hanen marouani, catherine may atlani, jean-pierre ryf, marie-claude san juan, paul souleyre, jean-claude xuereb
05/02/2026
Le Livre du Corps doux, de Catherine May Atlani

Merveilleux, cet ouvrage (éds. Ressouvenances, 2024), le bilan de toute une vie de recherche, de création, de danse et d’enseignement de la danse. Catherine May Atlani était une artiste multiple (danseuse, chorégraphe, musicienne, calligraphe). À travers sa pratique elle a rejoint les intuitions les plus profondes des grandes sagesses du corps, celles qui ne séparent pas la philosophie de la présence au corps, comme le font les disciplines chinoises inspirées du taoïsme. Rejoindre n’est pas emprunter car sa démarche est née de son expérience singulière, sans chercher autrement que dans la présence à soi, à son propre ancrage. Ses connaissances elle les a construites pas à pas, à l’écoute des vibrations subtiles du geste conscient et de la beauté du circulaire dont naît la douceur.
Page des éditions Ressouvenances (commande sur site, prix port compris) :
http://www.ressouvenances.fr/CM-Atlani-Le-Livre-du-Corps-...
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01:57 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : catherine may atlani, le livre du corps doux, éd. ressouvenances, danse, calligraphie, art vocal, gestes, cercles, spirales, douceur, valeurs, spiritualité, livres, citations, élise vigier, nancy huston, dominique boivin, gisèle gréau, isabelle maurel
03/02/2026
Éditions du 6 rue Gryphe, recueil En-tête, de Christian Rigault
Une étrange aventure, étonnante entreprise (au sens de créer) que cette édition lyonnaise non commerciale, qui produit des plaquettes de quelques pages en cent exemplaires, offertes au hasard des amitiés ou rencontres (ou demandes de lecteurs curieux). Juste le désir de faire exister des paroles particulières. Pas de site, mais un auteur-éditeur, Vincent Courtois, que j’ai découvert en revue, comme un de ses auteurs.
Ainsi Christian Rigault dont j’avais remarqué des textes auparavant. Plusieurs plaquettes de lui, qu’il titre toutes En-tête, ajoutant en page-titre intérieure un numéro : troisième, huitième (celles que j’ai lues).
Pourquoi « en-tête » ? Peut-être pour que ce terme seul en couverture soit une signature visuelle, presque recouverte de couleur (plaquette trois) ou cachée à moitié (la huit). La clé serait donnée par le premier fragment de la huitième, la bouteille vide lancée : « qu’elle flotte, apportera l’inconnu au connu, qu’elle se brise, l’invisible au visible. ». Le reste à recevoir comme une lettre, ce qui va avec l’esprit de l’édition.
23:50 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éditions du 6 rue gryphe, vincent courtois, christian rigault, en-tête, poésie, fragments, citations
30/01/2026
Mes incendies, poésie, recueil de Luc-André Sagne, éditions Unicité
Feu, flamme, brûlure, le titre du recueil de Luc-André Sagne, Mes incendies, suggère passion qui peut être joie ou douleur. Le déterminant possessif, « mes », annonce un parcours intérieur, mais questionne aussi la source de ces feux, allumés par soi-même, ou acceptés par soi. Trois parties structurent le recueil : Colère, Désir, Mémoire.
En exergue, Federico Garcia Lorca, fragment se terminant par « la montre de cendres », ainsi le temps devient un sujet, et ce qui se détruit, défait, délie, tombe en cendres...
02:26 Publié dans DISSIDENCE, ISLAMISME.idéologie.radicalité., Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : luc-andré sagne, mes incendies, poésie, éditions unicité
13/12/2025
Jardins de riens, de Françoise Favretto, Atelier de l’agneau, 2020

Jardins de riens. Trois parties structurent la série de poèmes brefs, pour ce livre de Françoise Favretto, qui en suit un autre, Jardins.
On est invité à visiter un jardin de ville, puis à passer dans le matin d’un verger (« Déplacement »), et enfin à contempler la nature vers un soir d’éclipse, en lisant « 19 petits textes »...
Avant même de lire tous les textes, des éléments révèlent une intention, un état d’esprit, pour cet ouvrage qui est aussi un objet d’artiste, avec ses feuilles, fins voiles verts transparents posés entre des pages, dans mon exemplaire (voir le lien en bas de note, explication, « livre unique multiple »). Car ces Jardins offerts sont « de riens » (faits du peu, du petit, de bricoles, des riens, donc...). Et tracés, entrés en écriture, comme faits de riens, poèmes brefs en miroir modeste de ce qui est regardé, pour ne pas peser sur ce réel-là. Les textes sont qualifiés de « petits », ce qui ne renvoie pas seulement à la taille (peu de lignes, touches légères) mais au refus du grandiloquent. Pas de posture d’orgueil créateur humain à opposer à la nature, comme elle est : présence silencieuse un peu en retrait, à hauteur d’herbe et arbre, dans l’écoute des sons. Et ces poèmes sont dits « hésitant », écrits en hésitant, l’hésitation étant la mesure du respect rendu aux oiseaux, aux fleurs, aux insectes... même nuisibles (ou considérés tels). Volonté d’insister sur un désir de peindre le peu des choses du jardin, le vivant minuscule, les brindilles du végétal, et de le faire juste en dessinant des pourtours d’existence, sans conceptualiser ce qui est. Une démarche volontairement humble pour tracer ce qui est vu. Et comment être sûre de capter et transmettre l’insaisissable, ce que les sens perçoivent, qui n’est pas idée mais corps ?
J’essaie de dire d’écrire
ce bruit
dans les feuillages
08:49 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jardins de riens, jardins, nature, regard, françoise favretto, livre unique multiple, atelier de l’agneau, daniel giraud, fa jung, oubli de soi, gravé à l’esprit, poèmes, citations
12/12/2025
Obscura, de Carole Naggar, Atelier de l’agneau, 2025

Un seul mot, lettres blanches sur le fond noir d’un ciel d’éclipse.
Le cercle de lumière baigne dans la nuit de la photographie de Kikuji Kawada, La dernière éclipse du Japon avec un anneau doré. Dès la couverture, visuellement, la nuit rencontre la lumière, ce qui émerge de clarté naît dans l’obscur.
Obscura, ce mot je peux l’entendre en espagnol, mais ici c’est plutôt le latin. Connotations riches, dans les deux cas. Le noir, le sombre, ce qu’on ne saisit pas, ou difficilement, échappe au déchiffrement. Mais celle qui écrit, Carole Naggar, photographie aussi, et regarde les photographies d’un album de famille. Alors ce mot peut renvoyer à la camera obscura, la chambre noire, symboliquement signifiante car c’est le lieu du travail de révélation, l’espace secret où s’élabore la mise à jour de ce qui ne se voyait pas encore, une alchimie.
En exergue, Pierre Corneille, « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles ». Le choix de cet oxymore donne une clé supplémentaire, renforçant l’alliance entre le sombre et la lumière. Étoiles, encore la dimension cosmique de la photographie en couverture. Perspective ascensionnelle, comme s’il fallait, pour la mémoire qui interroge lieux et ancrages, prendre mesure d’un espace plus vaste, permettant de tenter une distance émotionnelle.
09:22 Publié dans ALGERIE/Algériens.hist.mémo.culture, Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : obscura, carole naggar, mémoire, exil, égypte, regard, photographie, empathie, atelier de l’agneau, françoise favretto
Paul Celan, Sauver la clarté, de Marie-Hélène Prouteau, Unicité, 2024. Lecture...

Paul Celan, Sauver la clarté : Le titre est très beau, et réussit à transmettre l’essentiel de la démarche de Paul Celan, écrivant contre le gouffre nocturne de l’impensable nazi à déconstruire dans la langue du bourreau, et langue maternelle...
Monique Gansel titre sa préface « Calligraphie de lumière », abordant l’entreprise de l’essayiste lectrice de Paul Celan, en introduisant sa réflexion avec une citation de Marie-Hélène Prouteau sur un geste d’elle, à sa table d’écriture, associant la sculpture qui creuse et l’écriture. La « calligraphie de lumière » c’est ce qui se dessine dans l’univers commun de Nelly Sachs et Paul Celan, nourris culturellement par la profondeur lumineuse du Zohar, au-delà d’une dimension religieuse.
00:12 Publié dans Recensions.LIVRES.poésie.citations©MC.San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul celan, poésie, aphorismes, shoah, celan, paul celan sauver la clarté, gisèle celan-lestrange, lumière, langue, art, marie-hélène prouteau, monique gansel, éditions unicité, unicité, françois mocaër
08/12/2025
Concerto pour marées et silence, revue, n°18, 2025

La réflexion de Colette Klein qui ouvre la revue a pour exergue une citation de Romain Rolland sur la musique (« la parole la plus profonde de l’âme »), texte qu’elle aime rappeler, et qui convient à ces numéros structurés en mouvements musicaux par les poèmes de Pierre Esperbé, dont un recueil donne son titre à la revue. Textes de lui, « né dans l’infini des êtres », qu’on aime relire.
Colette Klein (revuiste, écrivaine et artiste) dit avoir renoncé à écrire de la poésie au moment de l’invasion de l’Ukraine, ayant le sentiment de la vanité du combat contre la guerre, lassitude qui n’a pas amoindri cependant son engagement pour soutenir les auteurs réprimés par des dictatures et l’expression de son désir de paix. Ce désespoir, qui ne l’empêche pas d’écrire autrement, est apaisé par la poésie qu’elle publie des autres, la trace d’espoirs, l’expression d’un idéal. Elle a relevé plusieurs fois, dans des textes reçus, publiés dans ce numéro, le mot paix, et en copie des fragments pour clore son texte.
Écrire de la poésie malgré les grandes douleurs dans le monde ? C’est une question qui est souvent posée, et qui le fut après Auschwitz (Adorno). Comme si les mots du poème ne pouvaient plus porter du sens contre l’absence de sens. Cependant des auteurs ont relevé le défi. Ainsi Charlotte Delbo, Primo Levi (poème liminaire « Si c’est un homme ») ou Paul Celan, qui subvertit la langue du bourreau (et langue maternelle) en la déconstruisant de l’intérieur et en l’habitant souterrainement de mots autres, jusqu’à des traces étymologiques de l’hébreu, créant du texte caché sous le texte, inscrivant du contraire.
Cette douleur de Colette Klein devant la présence envahissante de la guerre et de la violence, je l’ai trouvée, échos qui se croisent, dans une chronique de Raphaëlle Milone (La Règle du jeu, décembre 2025), analyse se référant à Franz Werfel, Einstein, Wells, pour questionner l’utopie d’un monde sans guerre : « Et si les visionnaires que l’histoire a relégués au rang de doux rêveurs étaient, en réalité, les seuls à avoir vu juste ? ». Elle les oppose à « nos temps de haut cynisme, de toisant nihilisme ». Elle leur emprunte l’idée d’une sorte d’association d’esprits éclairés, et précisément le projet de Franz Werfel, qui, en 1937, « hanté par le processus totalitaire qui menaçait » proposa de « fonder une Académie mondiale des poètes et des penseurs », utopie dont elle regrette le scepticisme qu’elle provoqua.
Écrire de la poésie pour résister ? Mais quelle poésie ? Pas, comme l’écrit Kenneth White dans Le mouvement géopoétique (Poesis), si ce n’est « que l’art de faire des vers sur des banalités, l’expression d’états d’âme à fleur de peau, associé à tout ce qui est vaguement imaginaire, fantastique, sentimental ou mièvre ».
Autre écho au texte introductif de Colette Klein, la recension, par Murielle Compère-Demarcy (Rebelle(s) Mag), d’un livre où ses peintures accompagnent les textes de Gérard Gaillaguet. Les Obstinés est le titre, et « Dans ce livre, l’Obstination devient une manière d’habiter le monde : obstination de l’écriture comme obstination du geste pictural. ». Il faut lire intégralement cette recension qui montre comment ce livre est une des réponses de Colette Klein aux inquiétudes de son questionnement posé en tête de la revue.
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Parcours, non exhaustif... dans l’ordre des pages
POÈMES, quelques citations
Richard Roos-Weil
« La tristesse du roi »
J’aurais voulu dire
Des mots si peu emplis de moi
...
Isabelle Lévesque et Pierre Dhainaut
« L’arbre rouge », poème à deux voix, strophes qui alternent
Pierre Dhainaut
À présent que sont partis les oiseaux
qui tournoyaient jusqu’à toucher les flammes,
ils se font entendre en hiver par silence
par trous d’ombre, la couleur ne s’affaiblit pas.
Isabelle Lévesque
La couleur faite arbre coule dans nos veines,
sacre parfait d’une institution fragile.
Le chiffre est seul dans cette forêt
- décision d’un peintre aveugle.
...
Béatrice Pailler
« Vert Fleuve »
Foyer du temps
heure intense
sur la langue
la vie des mots.
...
Jean-Pierre Otte
« Le temps des femmes bouleversées »
... Il n’y a plus personne dans le réel du monde
mais des foules mortes-vivantes
dans les miroirs d’un présent en trompe-l’œil
...
Pierre Rosin
Lorsque je les regarde se faufiler
entre les lames de la terrasse
je me demande
s’il arrive aux lézards
de regretter leur ancienne peau
[...]
Ou s’ils considèrent
sans se préoccuper du temps qui passe
s’être dépouillés d’un vieil habit [...]
qui les aurait empêchés de devenir ce qu’ils sont
...
Frédéric Tison
« Poèmes inédits »
Parfois la folie est une barque, Ô Amie, la folie est une barque.
[...]
Être maintenant au sein du déséquilibre
Ô funambule !
[...]
Même les anges perdent leurs ailes.
...
Michel Diaz
« Entre l’énigme et l’évidence »
Se tenir là. Muscles rompus par trop d’errances. Un souffle, à peine. Au tracé souterrain. En bordure d’oubli.
[...]
Il n’y a rien à dire comme il n’y a plus rien à faire d’un alphabet de cendres, l’ombre nous touche au front, s’installe à la fenêtre qui ne reflète aucune image
...
Léon Bralda
« De lait chaud et de pierres taillées »
Sur les vitres du monde : les embâcles traînant leurs amas de silence aux crues de la mémoire.
...
Michel Capmal
« Hors saison »
La plage archaïque. [...] Des organismes sans organes, erratiques, obstinés. Qui veulent nous confier les ultimes rudiments d’une langue sacrée, perdue, dévastée.
...
Guénane
« Les Idées sont des tiges folles »
Tant de douleurs de colères
faudrait-il que la terre entière
s’habille de noir
porte le deuil d’elle-même ?
...
Murielle Compère-Demarcy
Oiseaux migrateurs
creusant le miroir ailé
aux miroitements multipliés
de nous-mêmes
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NOTES de lecture, plusieurs (sélection)
L’Écorce du silence, d’Isabelle Poncet-Rimaud (Unicité). Lecture de Jean Bellardy :
« chaque poème est un pur diamant » [...] « à la lisière du mystère » [...] « douce puissance dans les images » .
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Traverser l’obscur (Musimot), de Michel Diaz, lu par Marie-Christine Guidon : « ce dire si particulier dont il a le secret, les mots fécondés par un souffle ». [...] « Traverser l’obscur, n’est-ce pas, malgré tout, s’exposer à l’éblouissement ? »
...
Et pourtant (Arfuyen), de Pierre Dhainaut, lu par Jean-Louis Bernard : « Pierre Dhainaut réconcilie en son ouvrage l’éclat et l’obscur [...], le seuil et le passage [...], le visible et l’invisible, abolissant ainsi le soupçon qui plane sur les limites de la langue. »
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Recension, Marie-Claude San Juan
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LIENS :
Sommaire du numéro 18, 2025 :
https://www.coletteklein.fr/concerto-pour-marees-et-silen...
Concerto pour marées et silence, revue annuelle, présentation :
https://www.coletteklein.fr/concerto-pour-marees-et-silen...
Notes antérieures, 2024 etc. Tag Concerto pour marées et silence, ou simplement « Concerto »
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02/12/2025
Diérèse n°94

Parcours non exhaustif...
L’éditorial de Daniel Martinez, « Vies de la poésie » (pp. 7-8), s’inscrit entre affirmation et interrogation, comme posé dans les interstices d’une pensée qui (comme il l’apprécie dans une citation de Bernard Noël à la fin de son texte) s’écrirait au conditionnel. Opposant la poésie, dans son rapport avec la langue, à ce qui, dans la culture acculturée du social, se situe « dans un siècle où la communication forcenée a dévalué la parole ». La poésie, elle, « renoue avec l’irremplaçable d’une langue qui vise à se défaire des faux-semblants ». Pour lui, aborder « la genèse du poème » est penser « perspective », considérant autant l’espace du geste externe d’écrire que le geste intérieur de déchiffrement des géométries intimes, des superpositions mentales à décrypter en soi (« le proche, le lointain »). J’aime la métaphore qu’il utilise pour traduire l’opération créative en poésie : frotter « les cailloux d’un réel polymorphe » [...] « afin que le feu prenne ».
Un autre questionnement intervient, qui n’est pas sans importance : la question de l’ego, dans une « tension » où se joue « la crainte d’être à un moment ou à un autre dépossédé du fruit de son labeur », mais aussi le processus d’une démarche intérieure vers un détachement permettant d’accéder à plus de « transparence ». Métamorphose de conscience qu’Henri Bergson, qu’il cite, formule en parlant du regard des poètes posé sur « une chose », vue « pour elle, et non plus pour eux ».
La poésie ? Elle « échappe à toute tentative de subordination » et « déborde le langage conçu comme simple outil de communication ». Le poète se faisant transfuge de soi-même, accédant à l’autre en lui dont Bernard Noël « suggère, lui, que cet autre pourrait ‘être une figure que nous ne touchons qu’en nous’ ». La poésie, libre « parole déplacée », dévoile, écrit Daniel Martinez, « la singularité de chacun », rendant possible un autre rapport au monde réel, pour une « respiration », « côté lumière ».
...
00:10 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diérèse 94, daniel martinez, poésie, citations, livres
30/11/2025
Diérèse n°93
Parcours non exhaustif et un peu en désordre... jusqu’aux notes de lecture.
En exergue, page titre, une citation de Claude Michel Cluny :
« Tout est rencontre ». Pensée que le texte qui suit ne fait que soutenir...
L’éditorial, titré « L’adresse du poème » (pp.7-8), est d’Alain Fabre-Catalan. Lisant le titre une question s’est imposée : adresse, quel sens ? L’adresse du lieu du poème (et lieu à mille significations), destination à définir... ? Où est-il, dans quel lieu du langage et de la pensée ? de quel lieu vient-il : territoire, langue, corps, temps, inconscient ? Où va-t-il ? Mais adresse ce pourrait être aussi l’habileté, la maîtrise du langage, un pouvoir du savoir (et non-savoir). Ce que peut le poème (prose ou vers) que nulle autre écriture ne saurait signifier ? Justement le premier paragraphe évoque la polyphonie des mots, et j’y trouve la question du lieu : le poème « dans son hésitation entre une langue et une autre, animé du désir de rejoindre d’autres rives ». Parce que, est-il écrit, le poème ausculte « ignorance » et « silence » ; il ne se crée, peut-on comprendre, que dans un dépassement vers « l’inconnu » d’au-delà de tout territoire intérieur. Errance entre les moments et entre différents espaces du réel, le visible de nos vies, le caché que peut révéler le poème. L’expérience que dévoile ce texte, cernant des contours, est une tentative de « saisir le temps », et en même temps le choix d’écarter cette « illusion » pour mener une autre entreprise de pensée et d’écriture : « traduire ce qu’on ne sait pas encore ». L’écriture est « transgression », doublement, car elle doit franchir des frontières, celles du langage et de sa traversée, celle de la conscience de qui écrit, « mémoire et oubli ». Car l’écriture « donne à penser l’autre versant de la parole, à savoir ce qu’un corps est à même de faire au langage [...] ». Le poète est un passeur « de passage ».
Et... une fois le poème écrit reste le hasard de la rencontre qui fera d’un lecteur celui qui saura « déchiffrer » et reconnaître le sens, ce co-créateur, « tel l’interlocuteur inconnu si cher à Mandelstam ».
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02:22 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : diérèse 93, daniel martinez, poésie, citations, recensions, livres
26/11/2025
L'Intranquille n°29

https://atelierdelagneau.com/de/accueil/305-l-intranquill...
Entretien... pp. 5-10. L’écrivain Jean Daive répond aux questions de Françoise Favretto, qui dit être « impressionnée » par son « érudition ».
Première question, comment « articuler » les « cordes » de son « arc », radio et poésie ? Plutôt qu’articuler il note laisser en quelque sorte s’établir le rapport entre la pensée et la parole, à partir de la « faculté naturelle de [se] questionner devant l’inconnu ». Il parle des lettres, le rond des a, c, d... et des sons écoutés enfant, la genèse d’une attention aux « empreintes sonores ». Et il mentionne sa faim, à 17 ans, d’une culture encyclopédique : tout lire, tout voir.
Comme Françoise Favretto s’intéresse aux pratiques plurielles d’auteurs-artistes, elle lui demande ce qu’il fait de ses « passages » entre écriture et art. Écrivain, non, il ne reprend pas ce terme pour identité, préfère interroger sa mémoire de « l’équivoque » de la vie perçue très jeune et se souvenir des difficultés de l’enfant qu’il fut, de « l’intolérable » à les vivre, du choix de résister, en étant « être imperceptible ». Il mentionne rencontres, découvertes, et passion pour Kafka, s’étant identifié à l’Arpenteur, celui qui, donc, arpente et enquête (Auschwitz, Assise, Cnossos, Birkenau...). Mais, ajoute-t-il, « C’est aussi ma propre vie que j’arpente, car le corps des autres c’est aussi le mien ».
Est-il critique d’art ? Il répond en évoquant les mots, une « immersion » dans l’étymologie, et la « contemplation des étoiles ». L’essentiel est ce pouvoir, contemplation et « distanciation ». Il se souvient, œuvres nombreuses...
Question 4, la parole... Dans sa manière de faire de la radio il pose ceci : « une équation simple : micro + oreille = sens ». Mais, poursuit-il, « quel sens à donner au sens ? ». Revenant sur un sujet traité en émission, l’égarement, il donne alors peut-être une clé, s’égarer, lâcher, libère une autre attention, un espace de sens dans une autre écoute.
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23:52 Publié dans Recensions.REVUES.poésie.citations.©MC San Juan | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l’intranquille 29, atelier de l’agneau, françoise favretto, capsule temporelle, temps, poésie, livres, citations
21/11/2025
L'Intranquille n°28

https://atelierdelagneau.com/fr/accueil/300-l-intranquill...
Un entretien, pour commencer... Catherine Belkhodja, « jongleuse en arts divers », comme la définit Françoise Favretto dans son titre, avant de la questionner. Effectivement son itinéraire créatif est pluriel. Conservatoire à Alger puis à Paris. (Diplômée en philosophie et architecture, ce qui lui a donné des métiers à exercer, la rendant libre pour ses choix de rôles au cinéma.) Première expérience cinématographique dans Zone interdite de Lallem à Alger. En 1973 rencontre de Chris Marker, retrouvé des années après, pour une collaboration cinématographique importante (Silent movie, 1995, Level five, 1996). Autres de ses arts, la peinture et l’écriture (haïkus et nouvelles). Un riche itinéraire à découvrir dans ce numéro pp. 3-9).
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