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02/05/2015

De phrase... en phrases lues, relues, danser en esprit. CITATIONS

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« Vent tissé », seuils et pas... (C’était le titre de la note du 04-12-2010. Exergues...).

Trames... Vent tissé, fils brisés, parfois. Tisser, c’est faire pont, mais c’est aussi dénouer les nœuds mensongers, dénoncer l’injuste, par le murmure ou par le cri. Cependant, toujours, revenir au silence, au poème, au regard…  Voici mon manifeste aux mots empruntés. Goût de citer, d’extraire, qui n’est séparable, pour moi, ni de la lecture, ni de l’écriture… Seuils et pas.

Je reprends, ci-dessous, plusieurs des exergues posés en 2010, au moment de la création du blog sur hautetfort... et un peu après. Et, là, cette anthologie miniature, sorte de manifeste aux mots empruntés, s’enrichit encore de quelques citations... qui me sont essentielles. Exercice : bribes notées au fil des lectures, cristal des livres, essence nourricière. Anthologie, et autoportrait... Danser en esprit... Être.

Autoportrait, peut-être, aussi, ce fragment de l’intime sur deux étagères... Lire (trames... errance / écriture... / identités traversées... / être...).

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« La seconde métaphore est la trame. » 

  Jorge Luis Borges,

  Treize poèmes.

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« Notre vie est du vent tissé. »   

   Joseph Joubert,

   Pensées.   

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« Cela qui fait de nous l’humanité

Tissage et métissage »

Salah STETIE, Le Bleu de la question (ds A poèmes ouverts, Anthologie, choix de JP Siméon, éd. Points)

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 « Je suis seuil et je suis chemin.

 Je suis pierre qui dit l'horizon.

 Je suis l'enclos des pas nomades.

 Je suis paume où se lisent les lignes de l'ailleurs. »

  Jacques Lacarrière

    A l'Orée du pays fertile

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« Trame parmi les incidents / Peut lui être augure »

Ted Berrigan

Les sonnets 

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« Il est urgent de réveiller le nomade que chacun porte en soi. »

Jean Malaurie

Ultima Thulé

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« On n'est pas originaire d'un lieu mais de plusieurs. »

Eric Faye

Somnambule dans Istanbul

(cité par Florence Bouchy, Le Monde du 29-11-2013) ......

 « Salut aux passeurs, aux errants, aux exilés. »

Jean-Claude Xuereb, Ulysse ou l’ultime épreuve

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« ... l’habité, l’inhabité. / Voué à l’errance. »

Edmond Jabès

Récit

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 « Ils construisent des murs et ils détruisent le vent. »

Jean-Marie Kerwich, poète gitan, cité par Alexandre Romanès, poète et directeur de cirque.

Nomades, nous resterons : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/26/nomades-nous-resterons-par-alexandre-romanes_1485448_3232.html )     

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« Développez votre étrangeté légitime. »

René Char

Fureur et mystère

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« errance de qui ne se lasse pas / de traverser les frontières »

Abdelwahab Meddeb

Portrait du poète en soufi

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

Ahmed Azeggah

Arrêtez (Anthologie de la poésie algérienne, « Quand la nuit se brise », dirigée par Abdelmadjid Kaouah, Points)

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« La pensée avant d’être œuvre est trajet. »

Henri Michaux

Poteaux d’angle

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« La Nature est une Maison Hantée – mais l’Art – une Maison qui essaie de l’être. »

Emily Dickinson

Autoportrait au roitelet

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 « -- Et cela pourriez-vous le décrire? Et je répondis : -- Oui, je le peux. »

        Anna Akhmatova    

       Requiem

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« Dans de la colle durcie, Ce pas. Oh, que d'efforts Pour repousser pour rebrousser la route De l'opinion commune! » 

      Marina Tsvétaeva         Le Poème de l'air

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 « Qui dira l’intérieur d’une orange ? / Qui peut à cette clarté-là lire au-dedans des pierres précieuses ? »

Rainer Maria Rilke

Chant éloigné

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« De jour tu écris le poème / qui écrit / en toi / la nuit »

Henry Bauchau

Nous ne sommes pas séparés

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« Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre / Ce qu’à la fin j’ai su comment le faire entendre / Comment ce que je sais le dire de mon mieux »

Aragon

Le roman inachevé

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« Un livre ouvert c’est aussi la nuit. »

Marguerite Duras

Ecrire

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« Affirmer et garder par un poème, / ce qu’est la durée. »

Peter Handke

Poème à la durée

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« J’efface en écrivant. J’écris en effaçant. Je l’un ou l’autre, ou l’inverse. N’importe. Je cultive les passerelles. »

Lyonel Trouillot

Eloge de la contemplation/Poésie

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« Travaillant et retravaillant / les mêmes textes / jour après jour / perdant tout sens / de ‘production’ et de ‘publication’ / toute idée d’une ‘réputation’ à forger / engagé plutôt dans quelque chose / -- loin de toute littérature -- / que l’on pourrait pertinemment nommer / un yoga poétique. »

Kenneth White

La Résidence de la solitude et de la lumière / méditations pyrénéennes 1

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« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » (...) « C’était le nombre  issu stellaire » (...) « Rien n’aura eu lieu que le lieu » (...) « Toute Pensée émet un Coup de Dés »

Stéphane Mallarmé

Un coup de dés

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« Pour chercher le ‘duende’*, il n’existe ni carte ni ascèse. On sait seulement qu’il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... » (« Le ‘duende’ opère sur le corps de la danseuse comme le vent sur le sable. »

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

[* el duende : (intraduisible...). La flamme de l’art, qui rend possible l’art, la poésie. Le souffle du flamenco, le feu qui jaillit de l’élan du corps, hors de toute maîtrise technique. Une magie qui opère à la frontière de la souffrance et de la joie. De l’ordre de la transe mystique ou sensuelle. Transcende tout. C’est présent ou pas, et on le sait.]

Federico Garcia Lorca

Jeu et théorie du duende

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« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. » (...) « Enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

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« J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. »

Arthur Rimbaud

Les Illuminations

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« Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. »

Erri de Luca

La parole contraire

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 « Mon pays, / C'est toutes parts où des hommes. / Mon pays? / Toutes parts où des soleils. »

Gabriel Audisio, poème

Hommes au soleil, 1923

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« Sur cet îlot de l’univers / L’univers seule patrie »

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« Seul un esprit socratique d'indulgence envers les autres et de rigueur envers nous-mêmes peut constituer une réelle menace pour une civilisation fondée sur le meurtre. »       

Albert Camus      

Conférence, 1946, Columbia University, USA. NRF, janvier 1996, n° 516.

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« Si l'homme nouveau n'invente pas un vocabulaire à la mesure de sa conscience / Que s'écroule l'homme nouveau. » Jean Sénac Citoyens de beauté 

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« On se croit libre de vivre sa vie d’être humain et d’écrivain, ne se reconnaissant d’autres obligations que celles que vous dicte votre conscience d’être humain ordinaire, semblable — et singulier pourtant — à des milliards d’autres êtres humains.

Et on se retrouve face à une foultitude d’individus et d’institutions qui ne rêvent que de vous inclure de gré ou de force dans une division du monde en troupeaux ethniques, évidemment hiérarchisés les uns par rapport aux autres. » 

Anouar Benmalek

De la malédiction d’être arabe

et de quelques moyens, pour un écrivain arabe, d’y échapper

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 « Vivre ailleurs que là a changé pour moi le sens du mot vivre. »

Marie Cardinal

Au pays de mes racines

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 « Qu’avons-nous appris ? A vivre sans sombrer dans la haine. »

René-Jean Clot

Une Patrie de Sel

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« Les paysages sont comme les livres : ils nous ouvrent à la vie mais leur sens change selon l’âge et les circonstances. (…) Et, matrice de notre mémoire, ils nous constituent à jamais. C’est en eux que s’élaborent, jour après jour, notre sensibilité et notre métaphysique du monde. »

Jean Pélégri

Ma mère, l’Algérie

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« Un honnête homme, un homme de cœur, ne saurait se taire ni se boucher les oreilles. »

Mouloud Feraoun

Journal 1955-1962

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« Jamais l'Obscur en soi ne fut si parfait / car toutes les haines emmêlées / à la liasse des remords / ont saccagé les derniers relents de la lumière »

Umar Timol

(Source : africultures.com / Rubrique POESIE)

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« Oui, j’essaierai d’être. Car je crois que c’est orgueil de n’être pas. »

Antonio Porchia

Voix

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« Je suis l’analogue de ce qui est. »

Paul Valéry

Ego scriptor

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« As-tu déjà regardé l’ombre de tes larmes ? Ce n’est pas une ombre ordinaire, ça n’a rien à voir. C’est une ombre venue exprès pour nos cœurs d’un autre monde lointain. »

Haruki Murakami

Chroniques de l’oiseau à ressort

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« Prends et lis! Prends et lis! »

Augustin (de Thagaste, 654-430)

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« le monde est un tissu d’épiphanies / toute chose visible porte en elle / les traces de l’Invisible »

Abdelwahab Meddeb, Portrait du poète en soufi (Belin)

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« Indemne, qui le prétend ? / Mais d’où survient le lien, la ligature du moment ? »

 Jean-Marie Blas de Roblès, Hautes lassitudes (Dumerchez)

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« L’Orient n’a jamais commis l’erreur de verser dans la poésie individuelle ; tout ce qui a une valeur dans la poésie orientale traite de l’universel. »  Antonin Artaud, Préface (élogieuse) au recueil de Roger Gilbert-Lecomte, La Vie l’Amour la Mort le Vide et le Vent  (Poésie/Gallimard)

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« Je ne reconnaîtrai jamais le droit d’écrire ou de peindre qu’à des voyants » Roger Gilbert-Lecomte (à propos de Sima), Puisque peinture il y a... / Œuvres complètes (Gallimard)

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« Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire. » Roger Gilbert-Lecomte, Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu (Poésie/Gallimard et Oeuvres complètes, Gallimard) 

06/04/2015

Ecriture... A L’INDEX N° 28, revue littéraire

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Puissante œuvre poétique que celle d’Anne Sexton

 

 

 

 

 

(née en 1928 dans le Massachusetts, morte en 1974, suicidée), fascinante même dans cette obsession suicidaire (qu’elle partage avec Sylvia Plath, poète immense aussi, née en 1932, morte en 1963, par un suicide que toute son œuvre  semble annoncer). Amitié qui constitue le dossier d’ouverture de la revue. Ce qu’Anne Sexton écrit sur (et à) Sylvia Plath est bouleversant, intime, riche autant pour ce partage fraternel d’émotion que pour tout ce qui est dit du processus d’écriture, entrelacé dans le même partage. Puissante écriture, tant pour les textes d’analyse de soi (par quelqu’un qui a vécu la démarche analytique) que pour les poèmes. On la connaît peu, d’où la nécessité d’un tel dossier. Je ne sais pas pourquoi elle a été plus négligée, en France, que Sylvia Plath. J’ai aimé le portrait que Jacques Basse fait des deux auteurs (non, moi je ne mets pas le « e » d’un féminin formel, qui, à mon avis, est un contresens linguistique). Jacques Basse, je l’avais découvert par hasard, avant de lire A L’Index, en cherchant un texte de René-Jean Clot, et le nom m’avait mené à son site, et au portrait du peintre-écrivain (qui m’est cher, très cher), et depuis c’est lui que je cherche aussi, pour ce regard sur des visages marqués par l’écriture. Traits noirs, mais pas tristes, ici. C’est la vitalité qu’il a voulu montrer, pas le désespoir sourd. Dépressives, Anne Sexton et Sylvia Plath, le sont donc au point d’en mourir, de « vouloir mourir » (comme l’affirme en titre le poème de la page 11, d’Anne Sexton, ou page 17 celui sur « La Mort de Sylvia »). Mais leur lecture donne de la joie, par la profondeur du cri intérieur, par la maîtrise lucide, malgré tout, du langage pour saisir ce qui est en jeu,  même quand, comme moi, on se sent complètement étranger à ce genre de triste déchirement intérieur. Mais sans doute en nous tous y a-t-il un écho de tels questionnements. Camus l’a dit, la question du suicide est le sujet philosophique central, et moral, c’est pourquoi ces poètes parlent de nos vies. Et la différence avec elles, avec elle, c’est qu’elles savent, elle sait, quel est le gouffre qui  attire. Nous, consciemment, non, mais qui sait ce qui est mortifère dans nos rapports aux émotions, au corps, au monde. Parfois nous frôlons la mise en danger de soi, par une fuite apparente des parts sombres, et l’inconscient est là.

Magnifique texte, que celui de Frédéric Miquel, dès le début : « Un verre à la main, une bouteille de vodka dans l’autre, elle se mit à exhumer amoureusement les souvenirs enfouis au plus profond de la terre séchée de sa mémoire... ». Il parle d’un « corps solaire » mais c’est l’être entier qui est solaire dans ce portrait d’un « physique éblouissant de beauté ». Texte amoureux. C’est la juste approche, pour lire et relire : que ce soit amoureux. Voilà un critère pour apprécier une œuvre : produit-elle en nous un tel élan (comment, peu importe, mais d'une impulsion violente, de manière inconditionnelle et dans la distance de la gratuité) vers l’être qui a tracé ces mots-là? Anne Sexton y réussit. (Tous ceux qui ont écrit ou dessiné pour ce dossier l’expriment diversement).

Echo des ombres, êtres perdus dans l’immense et dans l’angoisse, le beau poème de Guy Girard (2011). Je retiens ici un fragment, particulièrement : « dansante évidence de la lumière éclairant de son ombre / ce grain de poussière  dans le jeu de quilles du présent. »

Rabiaa Marhouch dit son admiration pour les poèmes d’Anne Sexton, comme dans une sorte de terreur : « Ta poésie me terrasse ». « Ma page blanche » : je le vois, ce texte,  comme un poème en prose. Elle y parle de la lecture de cette œuvre accomplie, achevée, d’Anne Sexton, qui peut être contemplée dans un ciel de splendeur et qui écrase par sa magnificence, quand on admire. Un début, une fin, finalité qui peut paraître trop loin, inatteignable. Je peux comprendre, et l’angoisse et l’élan que le texte sait traduire avec force : « Ma poésie est à délivrer de ta Poésie. »... Au début, cependant, elle écrivait : « Je suis une immensité qui se méconnaît. ». Oui... C'est une phrase qui restera longtemps dans la mémoire, après l'avoir lue. On aura donc envie de relire ce texte, et de suivre cette écriture...

Mais aucune de mes grandes admirations ne m’a jamais fait ressentir ces peurs, même adolescente. Très jeune je savais (et je l’avais décidé, je m’en souviens, à douze ans exactement : j’ai même le souvenir d’un instant précis, à l’ombre d’une entrée de patio, cristallisation des pensées de beaucoup de moments et de jours...). Je savais que le temps serait mon espace d’écriture, des décennies de travail devant moi quand d’autres avaient des décennies de travail derrière eux. De plus, Rimbaud démontrait que l’inverse est possible, l’intense concentre le temps et tout peut être transcendé. La preuve... Enfin, pourquoi craindre le temps si l’on ne rêve pas d’une accumulation de livres remplissant une bibliothèque, mais plutôt de l’ouvrage essentiel, qui serait le produit de la déchirure d’infinis brouillons,  alchimie de soi autant que des mots tracés. L’importance de la création ce n’est pas le poids. Je n’ai pas un rapport quantitatif avec la mesure d’une œuvre. Et ne m’intéresse, pour moi et les autres (écriture, ici, lecture, là), que ce que signifie (et crée) cette lente métamorphose que l’écriture ne fait pas que traduire mais bien plus produit. Les mots comme un feu qui brûle l’inessentiel et fait sourdre de notre ombre des scories qui ne sont pas des déchets mais gardent en eux une densité volcanique faite de son contraire, et, en eux, aussi, ces vacuoles d’espace cosmique. Le creux de soi, centre libre, n’est pas que racines. Ce que je veux dire par cosmique, c’est justement ce qui empêche l’admiration de se muer en peur de ne pouvoir atteindre cela qui est écrit par quelqu’un d’autre.  Tous peuvent être sculpteurs d’eux-mêmes, donc de leur œuvre. A condition de... Affaire de travail, de lecture, et de conscience. De perception de cet espace immense autant interne qu’externe. Et de ce sens présent partout, qu’il faut juste déchiffrer. Est-ce orgueil ? Non. L’humilité, je la mets plutôt dans un goût pour la longue patience, très longue patience... Et pourquoi pas ? Regards et regard...

Donc, poèmes d’Anne Sexton, dans ce numéro. Citations. « Vouloir mourir » (texte pp.11-12) :

« Puisque vous demandez, la plupart du temps je ne me souviens pas. / Je marche dans mes vêtements sans porter la marque de ce voyage. / Puis ce désir viscéral presque innommable revient. »

Et

« La Mort de Sylvia » (pp.17-19)

« Sylvia, Sylvia, / où es-tu allée / après m’avoir écrit / du Devonshire (...) ? » (...) « à quoi as-tu été fidèle, / comment, au juste, t’es-tu allongée dedans ? »

(...)

« cette mort que nous disions avoir toutes deux dépassée, / celle que nous portions sur nos poitrines maigres »

Cette mort l’attriste, mais lui donne le désir « d’y goûter, comme à du sel. »... Elle le fera, plus tard. Ses textes disent qu’elle ne sait toujours pas de quelle plaie vient encore ce désir de mourir qu’elle croyait avoir vaincu. « Innommable » désir, sans mémoire pour pouvoir le cerner. Innommable, car il est le désastre du défi lancé à l’écriture. Si les mots d’Anne Sexton avaient pu saisir totalement l’attrait de la mort, cet attrait aurait-il été englouti dans le travail de mise à la conscience par l’écriture ? Ou, au contraire, si l’enjeu avait juste un peu déplacé le regard ? L’influence de Robert Lowell n’a-t-elle pas été un frein, malgré ce qu’elle en dit, admirative et reconnaissante ? Dans un texte elle écrit « Après tout, le suicide est le contraire du poème » (« Le pilier de bar devait chanter », pp.7-11, citation, p.10). Et elle ajoute qu’avec Sylvia elles discutaient « souvent de contraires ». C’est comme si, là, on était au bord d’une frontière qui aurait pu être traversée dans un sens ou tout à fait dans l’autre sens. Même si, bien sûr, on ne peut rien dire sur le mystère des bascules dans la dépression, ni, dans le fond, pas beaucoup plus sur ce que l’écriture arrive à vaincre chez autrui...

Ce dossier seul justifie la parution du numéro, qu’il emplit déjà, jusqu’à la page 26 (seulement ?) : qu’il emplit de sens.

Mais d’autres textes suivent...

Poèmes de la « Petite anthologie portative ». Plusieurs auteurs. Je relève un nom, pour les textes que je préfère : Nora Thermes, d’évidence. Découverte d’une écriture, où je sens un souffle, une pensée qui sous-tend la poésie (pp. 36-38). Une démarche qui engage tout l’être. C’est une écriture...  On reste à hauteur du dossier...  Citer, c’est parfois trahir un peu, quand tout est lié (comme pour le texte de Rabiaa  Marhouch...). Mais commenter sans citer, non.

Donc... Nora Thermes :  « S’enorgueillir alors de n’être jamais qu’à soi / Et ne se dicter comme quête relationnelle / (Pour ne point effleurer l’affect, / Et sanctifier l’angoisse) / Que la triomphante obtention / Des ombres des corps les moins lumineux » (...) ///   « Et tisser sans transparence des liens furtifs / Fugaces, pour ne point plonger / Ne point goûter la douce douleur salée / Des abîmes d’impudiques » 

Pages 49 à 64, jeu entre écriture et dessins, Jean Chatard et Claudine Goux. Humour et poésie. C’est original (« Visages, Nuages, Mirages »).

Pages 65 à 69, mon texte, poème, vers libres et prose. « Une et toutes douleurs ». Exergues (bien sûr...) : Anna Akhmatova, Monique Rosenberg, Lyonel Trouillot, Geneviève Clancy. Je ne peux que tisser lecture et écriture. Je ne citerai qu’un fragment, tout au début. Il donne une des clés, en posant une question : « Le lieu est-il l’exil de la pensée ? ». Exils, conscience : méditation... La traversée des frontières est au centre de mon identité, de tous mes questionnements. Pluriel interne, valises « arrachées », et chiffre de l'éthique nomade. Regard autre. Je signe d'un S, mémoire du soleil-signature de Jean Sénac, et de l'initiale en commun, S solaire, oui, et S des pluriels, qui ouvre le multiple en soi et dehors (MC San Juan...).

Page 77, poème, « Marelle », de Jean-Claude Tardif. Evidemment le jeu n’est qu’un prétexte, pour cartographier bien plus que les pas sautillants d’enfants... J’aime beaucoup. On entre plus facilement dans un univers quand on a lu des recueils, des pages diverses de l’auteur. Dans un poème on ouvre alors un monde. On peut se tromper et inventer un sens qui n’est pas celui que l’auteur voulait nous faire lire. Mais le lecteur crée aussi le texte qui inscrit plus que le poète croyait dire (et il le sait).

Donc... « Sur le chemin de la marelle / L’éclat calcaire / Limite au bonheur » Pourquoi limite ? Parce que cela casse la symétrie plane ? Parce que cela alourdit et ramène au sol vers l’éclat (trop poudreux ?) « L’enfant solaire » ? Ferme son espace ?  Mais quand même l’élan qui élève. « Agir »... « Lancer la pierre / Contraindre l’espace ». Non, décidément, ce n’est plus seulement le jeu d’enfance, le rêve dans la lumière. J’y vois le symbole de nos vies, tous au départ « enfants solaires », à sauter « Sur la nuit et les jours », « Blancs et noirs » du jeu,  à devoir trouver la route entre les « droites » quand un instant peut faire dévier, et arriver, au bout du compte, à être capable de dévier exprès des chemins fixés, sans angoisse. Le but, la fin, dans le texte, c’est aller  « Jusqu’à l’asymétrie ». Parce que l’espace libre échappera aux traits normatifs, que la vie fera entrer du désordre dans nos jours et nos années, et nous forcera à sortir des repères anxieux, obsessionnels, des normes et des cadres. Mais il y a un mot, « lutte », qui marque l’effort de l’enfant dans son jeu (pour suivre ce qui est droit), et, peut-être, la lutte de l’adulte, au contraire (pour fuir ce qui est trop droit...). Asymétrie vivante, l’art... 

Les pages qui suivent sont de Claire Dumay. Feuilletant la revue sans regarder le sommaire pour trouver les pages, au départ, j’ai lu la dernière phrase d’un de ses deux textes (pp.78 à 85), et j’ai immédiatement reconnu le style, signe qu’il est très personnel. Un style...« Essai d’autobiographie », voilà qui soutient ma lecture du poème de Jean-Claude Tardif... La même chose est dite (sans le savoir, en voulant dire le contraire, en regrettant ce contraire...). Elle explique son impossibilité à inscrire un quelconque projet autobiographique qui ressemblerait à ce qu’elle lit ailleurs. Elle croit devoir s’en désoler... Parce qu’elle perd les repères, ne sait plus où elle va, en est « ébranlée, bousculée ». Justement, c’est bien. C’est signe que l’écriture ne se ment pas, que le désordre de la vie est bien là (qui fait arriver où on ne va pas, et fort heureusement car autrement on n’aurait pas su le décider...). Bien sûr les visages du passé ne seront pas les visages du passé. Les bribes captées deviendront autre chose. Et « tourner autour » c’est cela qui est intéressant, car autour on prend le juste recul, alors que dedans on serait enfoui dans les identifications faussaires. « Tourner autour » obligerait-il vraiment au « recyclage d’une gestation unique » que même cela serait une perspective d’écriture. Une page qui devient cent, car elle a autant de significations que de tentatives d’écriture du même instant d’un être. « Impasse » ? « Inutile de dévider l’impasse », écrit-elle. Moi, justement, j’entre dans ce texte qui se dit impasse avec un plaisir de lecture où je trouve matière à comprendre, à interroger. Les histoires tranquillement déroulées ne m’intéressent pas, mais cette hésitation de l’écriture, oui. Car le basculement est en train de se jouer. On approche l’asymétrie que visait le poème Marelle... Parce que le doute l’installe. Aux orties le moment où Pascal « marchait solitaire sur la grève » : c’est juste une clé, le saut de la marelle, avant ce trou du silence où autre chose émerge. Et que ces doutes sont bien écrits... !

Claire Dumay, encore, « Ecrire le matin ». Là aussi j’aime beaucoup. Amusée, aussi. Je remplacerais matin par nuit et je reconnaîtrais  la plupart des signes. Le matin, pour moi, serait celui des nuits blanches (alors je peux voir l’aube). Très beau texte sur l’écriture, celle qui vient sans qu’on la cherche, comme d’une étrangère. Lieux et rythme d’un monde très féminin. Solitude de l’écriture dans les moments où l’espace se libère. Rangements... ou ménage qui va marquer des pauses cérébrales, gestes dont on ne sait s’ils produisent, causent, ce qui s’écrit, ou viennent de ce qui s’écrit. Boisson chaude qui donne de la douceur au corps. Toilette décalée pour ne pas stopper l’élan du flux qui passe par les doigts. Citations : « Je quitte le mémorial, les eaux sacrificielles, la crypte funéraire » (...) « L’exode des mots supplante la stagnation, le règne de l’immobilité. Moi qui suis un être d’attache, fidèle à mes demeures, m’affranchis malgré moi de ces contrées souterraines, de la claustration du confessionnal. » (...) «  J’entre en migration. Les lettres qui sont frappées sur le clavier ne sont plus traces, ni empreintes. »   

Poème... Anne-Marie Marcelli, pp. 90-95. « Prémonitoires ». Le silence, l’écriture, le corps, la peur (ou les peurs). Toujours, l’écriture est interrogée, questions entrelacées aux thèmes courants de la vie (le corps, les liens, les lieux, la matière). Je lis, et des fragments retiennent l’œil. Ainsi :

« Je vis / Que les pierres / Même les pierres / Se froisseraient comme du papier / ... / Et nous sommes / Moins que pierre » (...) « Ecoutons / Les murmures étouffés / De la source du verbe / Qui tremblent dans nos os » (...) « Faisons la paix / Avec le temps / Silence / Prière ». Belle méditation sur la genèse de nos écritures... et ce qui s’installe quand on fait taire les mots. Une sagesse du silence ?

Des poèmes en prose de Marie-Anne Bruch je préfère « Toussaint », « Sable et cendre », « Cercles ». 

A noter, une étude (dense, riche) d’Alexandre Zotos, sur la poésie d’ Ali Podrimja.

Et des recensions.

MC San Juan

A L’Index N°28, Table des matières (et, sur ce blog éditeur, numéros précédents et projets) : http://lelivreadire.blogspot.fr/2015/02/a-lindex-n28-en-cours.html

Autres numéros de la revue, ici : notes, blog Trames nomades, tags...

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Anne Sexton, site dédié : http://anne-sexton.blogspot.fr/

30/03/2015

« Parole contraire ». Présence contre l’absence, l’évitement, la fuite, le renoncement... Mots autres...

PAROLE CONTRAIRE.png

Page éditeur, « La parole contraire », janvier 2015, Gallimard : http://bit.ly/1z8suFE

 On reproche à Erri De Luca une « incitation » à la violence, pour avoir utilisé le mot « saboter », en répondant à une question de journaliste au sujet de la ligne Lyon Turin que la région concernée  refuse et qui présente de grands dangers environnementaux et de santé publique. Il soutient le refus et prête ses mots d’écrivain à ce refus. Reprenant une injonction biblique il dit devoir « ouvrir la bouche pour les muets », parler pour les « sans-voix », pour défendre ce droit à la parole des autres. De ce projet contestable du Val de Suse (« réaliser un lieu qui n’existe pas ») il dit : « Une utopie, et des pires qui soient, est l’asservissement d’un territoire à une spéculation déclarée stratégique pour de plus grands abus. » (p.19). Il rappelle que cela passe par « Le percement et la pulvérisation des gisements d’amiante » (pp. 19 et 39). Et il évoque de même les gisements de pechblende (radioactif) qui doivent aussi être percés (p.40). Mais son propos principal est la revendication de son droit de parole d’écrivain et le refus de la distorsion du sens des mots qui est à la base de l’accusation. « Saboter », ce n’est pas pour lui faire violence, c’est « entraver », rendre impossible ce qu’on refuse, et entraver les mensonges et la désinformation.

Cet écrivain est un autodidacte qui fut d’abord un ouvrier, dont la révolte explique les engagements passés. L’érudit qu’il est devenu par grande patience de lecteur intense, et pour avoir fait des choix éthiques qui signifiaient engagement autre dans le travail des langues, notamment. L’holocauste, et précisément la Shoah qui en est l’ombre immense, ont été pour lui devoir de langage : apprendre le yiddish parce que les êtres qui le parlaient avaient été tués en masse et que la langue risquait de disparaître, apprendre l’hébreu ancien et faire de la Bible une lecture quotidienne...

Lecteur, il l’a été de livres fondateurs, pour lui. « En tant que lecteur, je n’ai pas eu de préférence pour la littérature sociale et politique. Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. » (p.11). Il évoque Orwell dans la genèse de son anarchisme. Libertaire il est, et reste. Par-dessus tout il est écrivain, et il se bat pour le sens donné aux mots. Et pour ce droit à la « parole contraire », celle qui ne se soumet ni aux ordres, ni aux modes, ni  au groupe. Celle qui est portée par une conscience autonome et donc libre. Responsable. Et qui se doit de résister. « J’ai été formé à l’école du XXème siècle où les écrivains, les poètes, ont payé le prix fort pour leurs paroles. » (p. 37). Son livre est une sorte de manifeste éthique, qui pousse le lecteur à l’examen de sa propre parole. Que fait-il du langage devant les abus et oppressions dont il est témoin, même de loin... ?

LIRE...

Tribune sur le contexte du procès fait en Italie à Erri de Luca, sur plainte d’une société française (LTF, Lyon Turin Ferroviaire) et recension du livre rédigé par lui pour faire connaître sa position. Libération, 02-02-2015, par Eliane Patriarca (lisible en ligne intégralement) : http://bit.ly/1IIpsz1  (Citations : « Erri de Luca fut, dans les années 70, militant de Lotta Continua » (...)  « avant de faire des mots son seul outil, d’apprendre l’hébreu ancien et le yiddish, de devenir cet érudit qui lit chaque matin l'Ancien Testament, ce mystique sans religion qui puise dans la Bible une concentration unique de sens et de poésie. »  (...) « Comment en est-on arrivé en Italie à inculper un écrivain pour des mots ? »

Chronique de François Xavier, Salon littéraire : http://bit.ly/1OO42ow

Entretien, JDD, 8 mars 2015, propos recueillis par Cécile Amar. Le titre papier était « Je donne ma voix à ceux qui n’en ont pas » : http://bit.ly/1Ajx4CP (Citations : Sur le sens du mot ‘saboter’ : « Dans toutes les langues du monde, ce verbe a des sens multiples. Saboter, en plus de produire des dommages matériels, embrasse le sens d'entraver, empêcher, faire obstruction, s'opposer. » (...) Sur le rôle de l’écrivain « Il y a un verset des proverbes dans l'Ancien Testament qui stipule :"Ouvre ta bouche pour le muet." Écrire, c'est la possibilité pour quelqu'un qui a un écho public d'offrir son audience, sa parole à ceux qui n'ont pas ce droit. " » (...) « Apprendre le yiddish était la seule chose que pouvait faire quelqu'un né après 1945. Je voulais remuer les lèvres d'une langue assassinée. » / Sur l’hébreu (il lit la Bible en hébreu): « Cela n'a rien à voir avec le monde juif. Dans la Bible, la parole fait advenir les choses.» (...) « Il y a un mot hébreu qui tient ensemble le mot et la chose accomplie, c'est davar. En tant que lecteur et écrivain, je suis fasciné par cet emploi de la parole, qui lie le dire et le faire. Je suis comme un alpiniste dans l'Himalaya qui veut visiter les montagnes les plus hautes de la planète. Dans l'ancien hébreu, les montagnes les plus hautes sont rejointes par la parole. »)

Rencontre avec Erri De Luca, EHSS/Rencontres littéraires : http://bit.ly/1He97RF  

SOUTIEN : http://soutienaerrideluca.net/

Pétition : http://www.petitions24.net/soutien_a_erri_de_luca

..............  Paroles contraires... aussi :

Cette conviction (nécessité et force de l'optimisme) chez Thierry Saussez : «En ces temps où la barbarie et l'extrémisme exercent une telle menace, nous affirmons qu'il faut dépasser l'indignation proclamatoire pour faire de l'engagement un axe fondamental de notre action. » (Car l’indignation proclamatoire n’est pas « parole contraire » : elle n’est que justification de son retrait, elle est l’inverse de la parole contraire)...Tribune de Thierry SaussezJDD, 22-03-15 : http://bit.ly/1He94Fq

Parole contraire... En soi, débat intérieur, et, dans la société (démocratique), place pour les contradictions, pour les « contraires ». Je lis un entretien dans lequel Eugène Green parle de l’oxymore, car « Le dogmatisme est un refus de l’oxymore »... EntretienLe Monde, 24-03-15, propos recueillis par Aureliano Tonet : http://bit.ly/1OO4bZb

De même, ce que dit Roger-Pol Droit sur François Jullienà propos de son "Lexique euro-chinois de la penséerencontre la même problématique. Parole contraire, pensée contraire, philosophie réelle tout simplement. Cette pensée qui met du "jeu" dans les évidences, les dérangeant donc. Un mot : "dynamique". Ce qui parle dans le contraire, c'est l'écart, le pas de côté qui questionne les certitudes... Chronique de Roger-Pol Droit, sur la pensée de François Jullien, Le Monde, 26-03-15 : http://bit.ly/1HVYgPZ 

25/02/2015

ECRIVAINS. Quatre voix tues... Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

Des écrivains meurent, des œuvres s’arrêtent, mais pas la lecture infinie de ces livres. Parfois, même, paradoxalement, les hommages déclenchent l’intérêt de gens qui ne connaissaient pas les auteurs. Poètes et romanciers. Algérie, Afrique du Sud, France... Paroles engagées, comme celles d’André Brink contre le système de l’apartheid et celles d’Assia Djebar contre l’asservissement des femmes et pour une parole historique qui affronte les pages sombres. Exigence de l’écriture poétique, chez Claude Michel Cluny et Malek Alloula, de deux manières différentes, et plus discrètement chez Malek Alloula, pas connu autant qu’il le faudrait...

Exergues... Puis lectures proposées, par ordre alphabétique...

Malek Alloula, André Brink, Claude Michel Cluny, Assia Djebar

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« et maintenant / quel héritage de bois mort / sous la canicule »

(Extrait de la Lettre du Cisia, Anthologie « Quand la nuit se brise »)

 « Il est un terme où j’arrive toujours / A la tombée de la nuit / Un aveuglement ancestral / Dont je retrouvais le sens circulaire / D’où partaient ces voix / Pour parler si calmement de la mort / Comme d’une lampe éteinte avant la débâcle. »

 (choix de Tahar Ben Jelloun)

Malek Alloula

« On avance le long de strates analogues aux fibres du bois, butant, maladroits, sur des nids, des nœuds, des failles. La terre suppure une espèce de sève où ce qui s’aventure s’englue et se fait digérer vivant. Le ciel a des couleurs violentes, fiel, fièvre pourpre. Les fleuves n’existent pas. »

Vénus  (« D’autres planètes »)

Claude Michel Cluny

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Malek Alloula... En exergue, le début d’un poème publié dans l’anthologie « Quand la nuit se brise », Poésie algérienne, Points (choix d’Abdelmadjid Kaouah), et un  poème, cité par Tahar Ben Jelloun dans son article d’hommage au poète mort à Berlin pendant une résidence d’écriture, mi février  (Le Point,  20-02-15). Texte où  Tahar Ben Jelloun dit les souffrances et les forces de l’auteur, son parcours. Et ceci, qui, pour un poète, est signe d’exigence, de sagesse : « Il écrivait peu, mais chacun de ses textes est ciselé comme un diamant. » (...) « Malek Alloula fréquentait les poètes soufis comme Ibn Arabî et Al-Hallaj tout en lisant Hölderlin et Paul Celan. Son regard sur le monde était juste, c'est-à-dire totalement désespéré. Que ce soit dans Villes et autres lieux, dans Rêves/Sépultures ou dans Mesures du vent, l'écriture est d'une forte rigueur, avec une belle exigence. C'est un grand poète qui s'en est allé. On peut regretter que sa poésie, publiée principalement aux éditions Sindbad, n'ait pas eu le succès qu'elle mérite. Mais les poètes, les vrais, sont souvent de cette sorte, non seulement ils ne s'occupent pas du "marché", mais se contentent de quelques lecteurs fidèles. » : http://www.lepoint.fr/invites-du-point/tahar-ben-jelloun/ben-jelloun-le-poete-algerien-malek-alloula-est-mort-20-02-2015-1906668_1921.php

Rencontre, en 2010, «... à l’occasion de la réédition de l’intégralité de l’œuvre de ce poète oranais par les éditions Barzakh, à Alger. Ont donc pris part à cette rencontre, en plus du principal intéressé, à savoir Malek Alloula, le directeur de l’IDRH, Mohamed Bahloul, ainsi le directeur des éditions Barzakh, Sofiane Benhadjaj. »  : https://milianihadj.wordpress.com/2010/11/22/malek-alloula-a-lidrh-quand-un-ecrivain-revendique-sa-%C2%ABpaysannerie%C2%BB/

Huffingtonpost/maghreb, 18-02-15. « Il a publié "Les festins de l'exil" en 2003. Sa dernière œuvre a été un roman-photo intitulé "Paysage d'un retour" publié en France en collaboration avec le photographe Pierre Clauss en 2010. » : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/18/malek-alloula_n_6705024.html

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André Brink, pour nous, c’est le témoin, l’engagé courageux qui aida à nous révéler, par ses livres, ce qu’était le système de son pays, contre lequel il luttait. Emouvant de savoir le rôle d’auteurs français dans son cheminement intellectuel et militant. Rôle de Camus, notamment.

Hommage de l’éditeur Actes Sud à André Brink, décédé le 6 février 2015 : http://www.actes-sud.fr/hommage-andre-brink  (« Je sais maintenant, plus que jamais auparavant, ce que Nelson Mandela a voulu dire quand il m'a déclaré, le dernier matin que j'ai passé avec lui : Tu es un Africain. ». Mes Bifurcations. Mémoires (2010)

« André Brink n'a jamais cessé le combat », JDD, 08-02-15. Entretien avec l’éditeur du romancier sud-africain, Bernard Magnier, Actes Sud. Par Marie-Laure Delorme : http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Andre-Brink-n-a-jamais-cesse-le-combat-717118  (Citations : « Avec ce livre (Une Saison blanche et sèche)’, André Brink a fait découvrir à toute une génération l'apartheid dont il dénonçait les exactions et les abjections. Né dans une famille afrikaner, il était blanc et aurait dû être du côté de l'oppresseur. Il en était d'autant plus crédible dans sa dénonciation. Je me souviens notamment de lui, à Apostrophes, répondant, en français, aux questions de Bernard Pivot. Il nous donnait à voir le monde sud-africain dans toute sa complexité et son horreur. Mais au-delà de ce livre, il est l'auteur d'une œuvre considérable. Il n'a jamais cessé d'écrire, même après la fin de l'apartheid. » (...) « (En 2013) il nous disait ses attentes et son immense tristesse des espoirs déçus. »)

André Brink, écrivain engagé contre l’apartheid,  est mort début février 2015, JDD, 07-02-15 :http://www.lejdd.fr/Culture/Mort-d-Andre-Brink-l-auteur-de-Une-saison-blanche-et-seche-716832 (Citation : « En 1973, il fut le premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud pour son roman Au plus noir de la nuit. »)

Mort d’André Brink, l’article du Monde/Afrique, 07-02-15 : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/02/07/l-ecrivain-sud-africain-andre-brink-est-mort_4571955_3212.html (Citations : « Sa prise de conscience des abominations de l'apartheid coïncide avec une ‘’histoire d'amour’’pour la France, où la littérature – Hugo, Zola, Anouilh, Colette, Simenon et surtout Camus, dont il était le traducteur en afrikaans – jouera un rôle décisif. » (...) « ‘’Je dois m'efforcer d'être digne des exigences et des complexités de l'univers sociopolitique auquel j'appartiens, répétait-il. Et en même temps, je dois m'efforcer d'être digne des exigences de la création littéraire. Seule la qualité détermine l'efficacité.’’ Une conception très haute de la liberté d'expression. »)

Commentaire intéressant d’un lecteur, Henri Chamussy , qui note la proximité des dates de disparition d’auteurs et le sens que dit du monde notre lien de lecteurs avec ces auteurs. « Apprendre d'un même coup les disparitions d'André Brink et de Assia Djebar, c'est douloureux, mais en même temps... » (... l’interculturalité du monde relié par le pouvoir des mots, des lectures communes...) .

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Claude Michel Cluny, auteur et éditeur, mort le 11 janvier 2015... Indépendance dans la manière de penser l’écriture, le rôle de l’écrivain,  les idées sur les liens entre création et société, les conditions de la création.  Echapper aux modes (en le choisissant consciemment, en élaborant cette liberté personnelle - si difficile tant l’influence du climat idéologique d’un moment est prégnante - par le choix de la réflexion solitaire). Questionnement aux sources de son écriture, mais qui va bien au-delà d’une élucidation de son art propre, et pense la création – en général – aussi à partir de l’examen de la logique sociale dont il fait le constat. Contexte (notre période contemporaine) qui serait celui d’une sorte d’idéologie du renoncement éthique, d’une esthétique et d’une théorie littéraire de l’imposture. Contre cela, l’exigence...

Très bel hommage sur le site de l’éditeur. La Lettre de Colette Lambrichs, qui, évidemment, remarque l’étrange, ou belle, coïncidence (le poète est mort le jour de la grande manifestation du 11 janvier ) :  (Citations : « Est-ce l’ultime trait d’humour de Claude Michel Cluny d’être passé de vie à trépas le jour de la grande manifestation nationale ? Partir comme un chat sans déranger personne était bien dans ses manières. » (...) « La plus grande partie de son œuvre littéraire a été publiée à La Différence, poésie, essais, fictions et son Journal littéraire, « L’Invention du temps » dont dix volumes sont d’ores et déjà parus. Un cercle de lecteurs inconditionnels la salue comme une des œuvres majeures de la seconde moitié du XXe siècle. Je pense qu’ils ont raison mais la littérature survivra-t-elle à la barbarie qui vient ? Son immense culture a permis qu’existe la collection ‘’Orphée’’ qui compte aujourd’hui 256 titres de poètes du monde entier ») : http://www.ladifference.fr/Lettre-fevrier-2015-Ou-sont-les.html#lettre3480

Hommage de Jalel El Gharbi, qui a publié sur l’œuvre deClaude Michel Cluny : http://jalelelgharbipoesie.blogspot.fr/2015/01/claude-michel-cluny.html

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Assia Djebar... Déjà des travaux supplémentaires sur cette oeuvre... Annonce d’un colloque international préparé à Oran sur l’œuvre d’Assia Djebar (morte le 6 février, le même jour qu’André Brink), Le Huffingtonpost/Maghreb, 23-02-15. Diaporama sur ses livres : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/02/23/assia-djebar-colloque-oran_n_6735102.html

Hommage d’El Watan repris par Courrier international.Parcours d’Assia Djebar. « Un esprit libre contre la régression et la mysoginie » http://www.courrierinternational.com/article/2015/02/09/assia-djebar-un-esprit-libre-contre-la-regression-et-la-misogynie (Citations :  Au sujet du livre ‘Nulle part dans la maison de mon père’ : « Le titre de ce roman magnifique, que nous avions qualifié de "livre où elle se livre", de même que plusieurs de ses passages, était assurément un message d’une grande délicatesse mais d’une force terrible. » (...) ///  Et sur son expérience d’académicienne : « Elle va plus loin dans son discours, lâchant dans ce cénacle des mots qui, sans doute, n’y avaient jamais été prononcés, sinon du bout des lèvres, revendiquant pleinement ses origines, dénonçant le colonialisme et son entreprise de négation de la culture algérienne, évoquant les langues amazighe et arabe, de même que le Coran, griffant au passage la tentative de positiver une occupation et une ségrégation violente (on est alors en plein débat sur la "colonisation positive"). »)

Assia Djebar. BioBibliographie, et filmographie. Fiche auteur, Africultures : http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=3798

« La femme sans sépulture », livre lu par Sophie Perrin, 28-01-2003, Africultures. Livre de mémoire, qui place les femmes au centre de l’histoire algérienne : http://www.africultures.com/php/?nav=article&no=2765  (Citation : « Assia Djebar confiait, lors de sa dernière intervention publique, qu'écrire en français lui permettait une ouverture d'une part sur les autres langues – en faisant entendre en écho l'arabe et le berbère - et d'autre part sur sa culture et les femmes. Effectivement, par cette " langue de la transparence ", elle donne la parole à ceux qui restent dans l'ombre. »)

« Nulle part dans la maison de mon père », 2007, fiche livre, Africultures. La place des femmes, à travers l’expérience personnelle sensible, la difficulté à trouver cette place : http://www.africultures.com/php/index.php?nav=livre&no=7374 (Citation : « Après plusieurs fresques historiques évoquant l'Algérie, Assia Djebar, s'abandonnant à un flux de mémoire intimiste, nous donne son livre le plus personnel. Elle ressuscite avec émotion, lucidité et pudeur la trace d'une histoire individuelle dont l'ombre projetée n'est autre que celle de son peuple. ») 

23/12/2014

« A L’INDEX » N° 27, revue, « espace d’écrits » (poésie, fiction, écritures de soi, voix d’ailleurs, notes de lecture...)

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« Ce matin j’ai écrit deux poèmes. / Je ne me demande pas pour l’instant quel sens / possède ou non ce travail obscur. / Simplement c’est une autre façon, possible, d’être vivant. » («... No me pregunto ya por el sentido / que tiene o no tiene este oficio oscuro...”) 

Luis Benitez, poète argentin (A L’Index n° 27, traduction de Françoise Laly), pp. 114 à 123.

 Ce choix en exergue : hommage, pour des textes (il y en a plusieurs dans la revue 27) que j’apprécie particulièrement...  

En quatrième de couverture je remarque une définition de la poésie (ou plutôt une conception de la poésie...) qui me convient assez, moi qui ai le goût du monde ouvert, du regard sur les pays proches ou lointains, intérieurs-extérieurs. D’ailleurs ce fragment pourrait sans doute atterrir dans la liste de mes exergues de blog (mon manifeste, ici)... C’est un paragraphe de Jean-Pierre Chérès, dont je relève ce passage: « Etre poète, c’est se donner corps et esprit à la présence du monde, c’est être possédé par le monde, c’est ouvrir en permanence ses antennes sensibles à l’univers... ». Mais si ce texte se trouve en « quatrième », mis ainsi en évidence, c’est bien aussi parce qu’il correspond à l’esprit de la revue, tel que veut l’impulser Jean-Claude Tardif, l’écrivain-éditeur. Les gens qui se retrouvent à publier là des textes (poèmes – vers ou prose – ou récits) semblent avoir en commun un sens d’âme nomade. Certains parce qu’ils ont traversé des frontières, d’autres parce que les frontières traversées sont plutôt des origines et des langues tissées en eux, d’autres encore parce que leur regard est hanté par l’horizon d’un ailleurs réel ou imaginaire.

Et cela s’inscrit dans les mots. Pas seulement pour les « Voix d’ailleurs », comme les pages bilingues de Luis Benitez, poète argentin, ou l’étude de Claire Lajus sur la poésie turque contemporaine (« poésie méconnue », note-t-elle avec raison en sous-titre). Non, pas seulement. Claire Sicard-Dumay, elle, interroge ses voyages intimes, « morceau d’Espagne » ou « bout de la jetée à Zurich ». En écho, malgré la différence de démarche et d’écriture, la « mémoire lavée au vitriol » de Jacques Nunes-Teodoro, dans « Saudade », poème qui interroge un « siècle furieux » et « l’ambition de nos ombres » (ambition perdue ?). Un autre de ses textes rend un hommage croisé à Primo Levi et Giacometti, un autre encore à son père, immigré et ouvrier. Et ses pages vont vers un océan qui n’est pas de rêve mais de réel, dur...  Gérard Lemaire, lui, cherche en creusant le centre d’un or solaire : « or de l’esprit », « lueur », « incendie » éventuel, possible, pas sûr : souffle, en humilité.

Je n’ai pas encore lu le dossier sur l’œuvre d’Yves Martin (à plusieurs mains). Je le ferai plus tard...  D’ailleurs je n’ai pas tout lu. Mais comment est-ce que je lis une telle revue ? Comme je lis toujours n’importe quel regroupement de textes (et même les recueils d’auteurs), exactement comme je commence à lire debout en librairie ou bibliothèque (pour voir si cela vaut le coup soit d’acheter soit d’emprunter). Cela ferait peut-être hurler des puristes (ou des hypocrites qui ne mesurent pas le temps de leurs lectures et font semblant de tout vouloir..) ou ceux qui pensent qu’il faut chercher la valeur d’un écrit avec lente attention. Pas moi... La lenteur je la garde pour les relectures (et je relis beaucoup, une fois que le test premier a fait garder l’ouvrage). Ma méthode est la lecture transversale (en bibliothèque, debout, pages tournant à toute vitesse : cela accroche ou pas – et si ce n’est pas le cas aucune lenteur ne me fera aimer ce que l’œil rapide n’a pas capté. Après tout, pour moi (en ce même domaine : la poésie) la méthode est le ciseau d’exigence : pourquoi n’aurais-je pas la même rigueur pour autrui ?

Eh bien, là, beaucoup de textes ont déjà passé le cap du rayon transversal... et donc mérité la relecture lente. Les pages ne s’ouvrent pas par hasard, elles viennent chercher l’œil. Si je n’aime pas tout de suite je n’aimerai pas plus tard. Et si j’aime vite des vers, j’aimerai en lenteur. (Je cherche d’abord la poésie, vers ou prose).

La préface (de Jean-Claude Tardif) interroge la discrétion qu’on reproche parfois à la revue. C’est vrai qu’une telle qualité mériterait plus d’envergure... avec ces pages qui font vivre du  contemporain.

J’ai parcouru aussi des notes de lecture. Ces regards qui vont donner l’envie d’aller vers un ouvrage, un auteur. Et j’ai lu avec attention, particulièrement, les deux textes qui parlent d’auteurs que je connais (pour ce que je ne connais pas je reviendrai...). Etonnée de voir Omar Khayyâm, comme si souvent (malgré l’intérêt qu’il suscite, et l’hommage authentique qui est rendu à son art), victime d’un malentendu répétitif : le vin, l’ivresse : portrait d’un épicurien qui deviendrait presque une sorte de matérialiste, athée militant (j’exagère...). Or Khayyâm doit, je pense, être lu à la lumière du contexte de son temps (codes d’écriture et de vie comme portes de liberté, provocations aussi, pour sauver sa solitude intérieure). Mais surtout à l’aide des clés que la symbolique soufie donne pour entrer autrement dans cette œuvre, et la déchiffrer....   Mais ce lecteur aime l’auteur qu’il évoque et le fréquente, preuve que les œuvres riches se donnent diversement à qui veut faire le pas vers elles. Ma lecture sera différente, avec ce vin où les soufis, qui savent une autre dimension du poète, voient la traduction d’une saveur (important cette notion de saveur dans cette voie) qui révèle une aventure, une expérience difficilement traduisible autrement. Le portrait de Shams de Tabriz que fait Elif Shafak dans le roman « Soufi, mon amour » (10/18) croise la figure de Khayyâm, d’une certaine manière. Personnages qui échappent à tous les cadres. Vin réel et vin symbolique ont droit de cité, et rôle... pour eux. Lire, ainsi, une autre introduction à l’œuvre, pourra prolonger la découverte qui est proposée dans la revue « A L’Index » (par quelqu’un qui fréquente son œuvre depuis longtemps). Autre lecture : http://kulturica.com/k/litterature/les-quatrains-d-omar-khayyam/ (Citation : « De ce fait, pendant des siècles, Omar Khayyam est passé pour un païen qui s’adonnait à la boisson et à d’autres jouissances diverses, un "libre penseur" proche de l’hérétisme aux yeux des religieux, des occidentaux et… du reste du monde. Il a échappé aux yeux des profanes que les termes de "vin", "taverne" ou "ivresse" pouvaient avoir un sens mystique très éloigné du sens premier. Mais, pour les esprits sensibilisés à la mystique soufie, Khayyam a toujours été un maître. »)

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Une autre note de lecture concerne Jean Sénac, œuvre de mon panthéon personnel (et bien plus, œuvre d’ancrage, d’identité). Poète frère (« frère(s) de terre » comme la page d’un site algérien nomme les natifs du pays de toutes communautés – de terre et d’esprit). Native hispanité algérienne...  (Dans mon poème « 36 choses à faire avant de mourir », chez pré#carré, je choisissais de terminer ainsi : « 36. Envoyer un télégramme à Jean Sénac, pour qu’il me tende la main, juste à la fin. »). J’apprécie qu’on le propose aux lecteurs : c’est un immense auteur (lui qui « signe d’un  soleil »). Mais, non, Sénac n’était pas « amoureux des » Algériens : il était, il est, un Algérien majeur. La formule en fait un étranger et cela me déconcerte, me blesse. Sans carte nationale, oui, ce du fait des règles ethniques et religieuses, choix d’un régime politique à vision univoque, et de la démarche qu'il aurait dû faire de demande de la nationalité algérienne pour l'obtenir. Or il considérait qu'il n'avait pas à la "demander", que c'était un droit de naissance et d'engagement. Sur l'assassinat de Sénac, il faut lire "Assassinat d'un poète" de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz... et on apprend alors beaucoup sur la fin de la vie de Sénac, en éclairant la vie entière. Et sur toute la souffrance de l’indépendantiste voyant son pays se perdre... 

Mais l’essentiel est de donner à lire (ou envie de relire encore) et Khayyâm et Sénac, ce qui fut le but des contributeurs... et qu’ils ont, dans le fond, réussi, je crois...

MC San Juan

Pour en savoir plus, A L’INDEX : http://lelivreadire.blogspot.fr/

06/12/2012

Un poème ouvre un monde et des mondes… Lire Messaour Boulanouar , « semeur de conscience ». Lire l’anthologie « Quand la nuit se brise ». Lire Abdelmajid Kaouah, éveilleur… Lire Ahmed Azeggah, cri en alerte...

ECRIS DE SOUR.pngPOESIE.pngANTHO 2004.png

Voici un  texte qui introduit un livre, devient la clé pour un autre (l’anthologie), et pourrait être le manifeste de ceux qui signent d’autres pages du même ensemble, pages vers des pages...  

« J’écris pour que la vie soit respectée par tous / je donne ma lumière à ceux que l’ombre étouffe / ceux qui vaincront la honte et la vermine //

j’écris pour l’homme en peine l’homme aveugl e /  l’homme fermé par la tristesse /  l’homme fermé à la splendeur du jour //

(…)

j’écris pour tous ceux qui ont pu sauver / de l’ombre et du commun naufrage /  un coin secret pour leur étoile / un clair hublot dans leurs nuages / j’écris pour la lumière qui s’impose / pour le bonheur qui se révèle / j’écris pour accomplir / pour m’accomplir au cœur de mes semblables / pour que fleurisse en nous le désert froid du mal //

 (…)

j’écris pour apaiser mon sang / mon sang violent et dur et lourd de siècles tristes /j’écris pour partager ma joie /  avec ceux qui m’écoutent //

j’écris pour être heureux pour être libre / pour tous les hommes vrais  / qui comprennent mes cris ma peine et mon espoir / J’écris pour éveiller l’azur / au fond  des yeux malades / au fond des vieux étangs de honte //

j’écris pour qu’on défende / pour qu’on respecte /  l’arbre qui monte /  le blé qui pousse / l’herbe au désert  / l’espoir des hommes »

Messaour Boulanouar ,  La meilleure force   

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Que ce poème donne déjà envie de lire l’anthologie, et le poète, puis petit à petit les œuvres disponibles des auteurs cités… Un texte, un livre, et des livres dans un autre livre (extraits et titres qui vont s’ouvrir : des pages vers des pages…).

Il peut suffire d’un texte pour entrer dans une œuvre, en saisir la force, la nécessité, l’évidence. Par ce texte lu, on entre dans l'univers poétique de Messaoud Boulanouar, et le poète entre dans le monde intérieur de ceux qui le découvrent, alchimie transformatrice.

Donc ce texte est la clé d’un livre, celui de son auteur, mais aussi de tout un ouvrage, cette "Anthologie de la poésie algérienne" dirigée par Abdelmajid Kaouah. Ensemble au titre d'espoir au titre d’espoir et désespoir en même temps, superbe titre, « Quand la nuit se brise », POINTS, 2012.

Sur l’auteur de l’anthologie, qui est aussi poète, voir la fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdelmadjid_Kaouah  (Avec une biographie, une bibliographie, et une citation de Tahar Djaout  (Les Mots migrateurs, anthologie, Alger, 1984). Extrait : « L'écriture d'Abdelmadjid Kaouah possède un souffle indéniablement épique, quelque chose comme le rythme d'une marche vers une destination où l'homme demeure la préoccupation essentielle. ». Consulter aussi l'article de LIMAG : http://www.limag.refer.org/Volumes/Kaouah.htm

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Autre page que je retiendrai, une note sur le site Texture (Michel Baglin), qui cite Serge Pey faisant l’éloge de l’écrivain (« Abdelmajid Kaouah, du journalisme à la poésie »), et donne à lire quelques textes du poète, dont je reprends un fragment : http://baglinmichel.over-blog.com/article-30951492.html ( Serge Pey : « La poésie d'Abdelmadjid Kaouah se fait avec les os et le sang de l'air, les yeux de l'eau, les mains du feu. Partout où il y a de l'amour et de la lutte pour l'amour. La poésie de Kaouah est un chemin vers la liberté. Elle nous rappelle qu'il faut arriver au plus profond de soi, dans son lointain territoire intime pour soudain trouver l'autre et sa langue. » // Abdelmajid Kaouah  : « oui il faut se lever chaque matin / à une heure humaine / mais à quelle halante horloge / expier les pétales calcinés  »)

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BLOG de l’auteur de l’anthologie, johablogspotcom-kaouah : http://wwwjohablogspotcom-kaouah.blogspot.fr

Sur ce blog, une très belle page d’Abdelmajid KAOUAH analyse la poésie de Messaour BOULANOUAR. L’auteur en cite quelques fragments, rappelant une publication trop ancienne, 1963, aux Editions du Scorpion, et la nécessité d’une lecture intégrale (à rendre de nouveau possible…), pour que les citations brèves ne nous fassent pas comprendre cette œuvre de manière réductrice, ne nous amènent pas à la trahir, quand sa dimension transcende toute lecture : http://wwwjohablogspotcom-kaouah.blogspot.fr/search?q=Messaour+Boulanouar  (« Dans les poèmes gorgés de réel circule aussi un flot spirituel charriant foi et sueur humaines. Un lieu fertile (où l’épi lourd et plein à la tête pesante / remplace l’épi vide et triste). / Mais comment résumer un poème de deux cents pages fournies, une prise de parole agitée par une famine de silence séculaire ? » (…) « Il n’y d’autre issue, d’autre justice que de l’entendre intégralement. L’ironie, si un jour l’édition se piquait au jeu, voudrait que l’on remonte à La meilleure force, enfantée avant Serkadji. Si justice se pouvait pour le poète. / Entre l’oued et les remparts El Kheïr demeure.» )

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Fiche wikipedia sur le poète MESSAOUR Boulanouar. (Avec des avis de poètes : citations de Jean Sénac, Tahar Djaout, Arezki Metref ; des citations du poète, sur sa conception de l’écriture, de la poésie ; des références bibliographiques – dont le rappel de titres d’anthologies, mais un seul lien externe) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Messaour_Boulanouar  (« Messaour Boulanouar, né le 11 février 1933 à Sour El-Ghozlane (Bouira), est un poète algérien de langue française, compagnon d'écriture de ses amis Kateb Yacine et Jean Sénac. Dans la littérature algérienne, il appartient à la génération qui a vécu sous le colonialisme et accompagné la guerre de libération menant à l'indépendance de l'Algérie. Comme Kateb Yacine, il signe ses recueils de son nom, Messaour, puis de son prénom, Boulanouar. ») CITATION : « Je n'écris pas pour me distraire ni pour distraire les autres. je reste semeur de conscience. ». ENTRETIEN avec Tahar Djaout, Algérie-Actualité.

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EVEILLEURS.  Danielle CATALA et Abdelmajid KAOUAH lisent le très beau poème « Arrêtez », d’Ahmed AZEGGAH, et d’autres textes (R.Boudjedra,  A. Djebar...) :  http://l.apres.over-blog.com/article-danielle-catala-et-abdelmadjid-kaouah-du-coeur-et-de-l-ame-106461251.html 

05/12/2011

Alain Finkielkraut, trois phrases, et des questions… Plus une citation de Gilbert Lascault (ou la question du territoire...)

« Apprendre à lire, c’est apprendre à faire attention aux livres et, grâce aux livres, aux autres et au monde. On s’oublie pour se retrouver. Lire, c’est se lire ».

Alain Finkielkraut, dans une page du JDD de septembre 2011.

Une gaieté grave. Article de Marie-Laure Delorme, le JDD, 25-09-2011, sur le livre d’Alain Finkielkraut, « Et si l’amour durait » : http://www.lejdd.fr/Culture/Livres/Actualite/Alain-Finkielkraut-une-gaiete-grave-395299/

Je retrouve cet article, sur un livre que, pour l’instant, je n’ai pas encore lu : d’autres attendent (et je ne sais pas si j’aurai, finalement, envie de le lire : peut-être, peut-être pas...). J’avais repéré des phrases de Finkielkraut, citées dans la critique. J’en ai retenues trois, là. D’abord, cette  idée avec laquelle on ne peut qu’être d’accord (« Lire, c’est se lire ») mais qui n’a rien de très original. (D’autres ont dit des choses très proches de cette conception de la lecture : la lecture qui aide au déchiffrement de soi, avant même d’aider au déchiffrement du monde. Oui, bien sûr…). Mais aussi deux passages qui me gênent (comme peuvent le faire parfois les affirmations de Finkielkraut, parfois profondes, parfois agaçantes).

Car, écrit-il, « Nous avons trop de créateurs et pas assez de lecteurs. La littérature sera morte le jour où tout le monde sera écrivain. »

Pourquoi donc tout le monde voudrait-il être écrivain ? N’y a-t-il pas des tas d’autres manières de créer et de se réaliser ? (Et nous aurions, d’ici là, du travail à faire, pour vaincre l’analphabétisme, par exemple…). Mais,  aussi, pourquoi craindre que beaucoup écrivent? (Tout ce qui s’écrit n’est pas de la littérature, ceci dit). Pourquoi ? N’est-ce pas, là, l’expression de ce que Gilbert Lascault dénonce dans le texte « Apologie du pluriel » (« Ecrits timides sur le visible », coll. 10/18, page 13) : « Comment interdire son territoire à ceux qui ne seraient pas dignes d’y entrer, comment y établir des ordres et des hiérarchies. ». (Je citerai totalement ce passage demain...). Et pourquoi penser que la lecture aurait comme ennemis les gens qui écrivent? C'est tout le contraire... L'écriture se nourrit de lecture. Plus les gens écrivent, plus ils lisent (ils écrivent parce qu'ils ont été lecteurs et le demeurent...). Et, encore, pourquoi penser que certains puissent être écrivains ET lecteurs, et d'autres incapables de cela? (Territoires?).

Et ceci, aussi, m’agace : « On enseigne aux enfants l’expression mais pas l’attention. » Qui ? Quoi ? Comment ? Toujours cette opposition fausse entre expression et attention. Alors qu’il n’y a pas enfants plus attentifs que ceux qui créent (ce qui ne les empêche pas, à d’autres moments - une pédagogie étant un tout – d’être attentifs pour apprendre des règles de grammaire, par exemple). Toujours vouloir donner des leçons à ceux qui enseignent. (Qu’ils aient des difficultés à le faire, dans certaines conditions, oui : c’est un autre problème). Mais cela rejoint encore la question du territoire (cohérence idéologique?) : enfants (futurs lecteurs passifs?) voués à recevoir, pas à produire. Les uns apprennent et lisent, les autres créent ce qu'on donne à lire...

03/12/2011

Célia Houdart (Carrare), citée par Claire Devarrieux, Libération

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« Les sensations que j’ai parfois en écrivant, la concentration, le polissage, me rappelaient la sculpture. »

Célia Houdart

Rencontre avec l’auteur de Carrare, Libération, 24-11-2011. Par Claire Devarrieux. Cette phrase de l'entretien est reprise en tête de l'article...  http://www.liberation.fr/livres/01012373345-les-sensations-que-j-ai-parfois-en-ecrivant-la-concentration-le-polissage-me-rappelaient-la-sculpture

Autres passages intéressants, aussi, dans l’article (questions, et réponses) : sur l’emploi du passé simple ( pour… « être au plus près des moments un peu coupants »), les propositions relatives (qui, est-il dit dans la question, « offrent des dégagements inattendus, sans rapport avec l’histoire »), et la précision des descriptions (« J’ai une mémoire encombrante » et « qu’est que c’est que ces images qui restent longtemps en moi ? »). Ecriture…

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Carrare, fiche éditeur (P.O.L.) : http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-1439-4

17/11/2011

Arturo Pérez-Reverte (Cadix, ou la diagonale du fou) cité par Xavier Houssin, Le Monde des Livres, et Aurora Intxausti, El Pais Cultura

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Méditerranée. « Ma vraie patrie de mémoire et d'étoiles. »

Arturo Pérez-Reverte, écrivain espagnol

Cité par Xavier Houssin, dans son article consacré à la critique du roman « El Asedio », traduit par François Maspero et publié au Seuil (2011), avec le titre français  « Cadix, la diagonale du fou ».

« Dans sa Cadix bouleversée, tout se lit à ciel ouvert. Fantastique roman à tiroirs, semé d'embûches, de filets, de traquenards, où les rues, les quartiers se déplient en un gigantesque échiquier, où les événements, les intrigues sont autant de parties à jouer. », écrit le chroniqueur dans cet article.

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Autres citations de l’auteur, dans le même article :

« Je suis un lecteur qui écrit des romans. »

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 « Je porte ma littérature dans mon expérience. J'ai quitté ma famille à 18 ans avec un sac au dos et j'ai passé mon temps, comme reporter, dans des pays en guerre. Dieu, le respect, la foi en l'homme, tout a été balayé. J'écris avec l'innocence que la vie m'a enlevée. »

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 « Il y a des romanciers qui écrivent avec leur imagination, moi, j'écris avec mes souvenirs. Je n'ai besoin de rien d'autre pour  décrire la violence. Lorsque j'étais à Beyrouth ou à Sarajevo, j'ai vu des choses épouvantables. Mais ce sont les livres qui m'ont permis de supporter. Sans eux, cela aurait été impossible. Et toujours aujourd'hui, lorsque j'ai des doutes, des angoisses, je vais vers Montaigne, je vais vers Homère. C'est une compagnie dont je ne peux me passer. »

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L’ARTICLE : « Cadix, la diagonale du fou », d'Arturo Pérez-Reverte : Cadix dans tous ses états, Le Monde des Livres, daté 21-10-2011 (papier), par Xavier Houssin : http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/10/20/cadix-la-diagonale-du-fou-d-arturo-perez-reverte_1590692_3260.html  (LECTURE INTEGRALE sur le SITE)

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Le LIVRE « Cadix, la diagonale du fou », sur le site de l’éditeur : http://www.seuil.com/livre-9782021029482.htm « Cadix 1811. Joseph Bonaparte est sur le trône d’Espagne et le pays lutte contre l’occupation des armées napoléoniennes. Mais… « (…) « Cadix, ou la Diagonale du fou », narre la fin d’une époque dans une ville énigmatique et ténébreuse sous l’apparente blancheur de ses murs et de sa lumière océane. »

Sur le BLOG La Ruelle bleue : http://www.laruellebleue.com/7328/cadix-ou-la-diagonale-du-fou-arturo-perez-reverte-seuil/  « … Il revient en Andalousie en 1811 et pose son décor à Cadix, ville blanche ouverte grâce à son port sur le vaste monde, vainement assiégée et bombardée par les Français, ultime bastion de résistance de la péninsule ibérique avec sa voisine dans la baie, l’île de Léon. / Quatre trames sont tissées sur ce fond de guerre.»

REVUE de PRESSE et court extrait sur le site Le choix des libraires : http://lechoixdeslibraires.com/livre-110203-cadix-ou-la-diagonale-du-fou.htm

FICHE decitre.fr : http://www.decitre.fr/livres/Cadix-ou-la-diagonale-du-fou.aspx/9782021029482 (résumé, auteur, autres titres)

Et 2ème fiche decitre.fr pour le livre originel en espagnol, « El Asedio » (et autres titres dans la langue de l’auteur) : http://www.decitre.fr/livres/El-asedio.aspx/9788420405551

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SITE officiel de l’écrivain (en espagnol) : http://www.perezreverte.com/

L’auteur cité par Aurora Intxausti, El Pais Cultura, Espagne (Article et LIENS vers d’autres pages) :

http://www.elpais.com/articulo/cultura/Arturo/Perez-Reverte/muestra/lugares/gaditanos/desarrolla/asedio/elpepucul/20100304elpepucul_5/Tes :  « La historia transcurre hace dos siglos en una ciudad en la que se conocía todo el mundo. Es una novela muy poco políticamente correcta. Muy incorrecta. Plantea temas como la tortura, el castigo y el premio y la impunidad. Todo está diluido bajo un trama en la que hay aventuras, peripecias, lances, amoríos y enigmas. »

DIAPORAMA (sur ELPAIS.COM), Cadix : http://www.elpais.com/fotogaleria/Perez/elpgal/20100221elpepucul_1/Zes/1

08/11/2011

Empreintes, documentaire, France 5 : "Erik Orsenna, éloge de la curiosité", et mention d'autres films de Joël Calmettes

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Présentation, France 5 : « Joël Calmettes embrasse toutes les facettes de cette personnalité érudite dans un portrait au long cours, de son port d’attache breton à Jaipur, en Inde, en passant par l’Antarctique et l’Afrique. Ce film rend compte de sa quête insatiable de la connaissance, sous toutes les latitudes et sous toutes ses formes. »

Empreintes, France 5 : http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-progra...

Sélection des EXTRAITS choisis par France 5 (autres CITATIONS complètes sur la page de France 5). Paroles d’Erik Orsenna : « Naviguer, c’est inventer sa route, puisqu’il n’y a pas de route ; comme dans les livres, il n’y a pas de route. » (…) « Le monde aujourd’hui est un monde relié. Si on veut le comprendre, il faut être au courant de tous ces liens, donc il faut camper dans toutes sortes de territoires.  » (…) «  J’aime le sérieux, mais j’adore me marrer. J’aime la solitude, mais j’adore les assistances, les publics. […] Si je suis écrivain, c’est parce que je ne supporte pas d’avoir une seule vie. » (…) « Je ne supporte pas la grandiloquence. » (…) « On écrit au moins autant avec les blancs qu’avec les mots. »

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Le DVD, « Erik Orsenna, éloge de la curiosité ». Présentation de l’éditeur : « Erik Orsenna est toujours « ailleurs », là où personne ne l'attend / tour à tour écrivain, économiste, académicien, navigateur, etc. Le film se devait de rendre compte des différentes facettes d’une vie où la curiosité tient une place si centrale qu’elle la structure. Tourné au fil du temps pendant plus d’un an, construit comme une chronique, le film témoigne au plus près de son quotidien de la pluralité des activités d’Erik Orsenna. » (…) « La vie d’Erik Orsenna est aussi faite de rencontres. Dans le film, il croise Jean Audouze (astrophysicien), Abdou Diouf (ancien président de la République du Sénégal), un historien indien à Jaipur, un ouvrier dans une mine d’or au Mali, etc. Eric Orsenna est pudique. Ici pourtant il lève avec délicatesse et profondeur un voile sur les douleurs qui l’ont poussé à écrire. » (…) « Un homme en perpétuel mouvement qui trouve son équilibre, chaque jour (ou plutôt chaque nuit), dans la solitude de l’écriture. »

Chiloé Productions :  http://www.chiloe.fr/1/dvd_erik_orsenna_255066.html

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J’ai suivi cette émission passionnante. J’avais lu un bon article dans le journal La Croix du 4-11-11, mais je n’ai pas retrouvé la page sur le site. Jeanne Ferney, titrait sa chronique télé, pour cette émission, « Le ‘’Tintin’’ de la littérature » (en référence à ce qui est dit dans le film de ce surnom donné amicalement à Erik Orsenna en raison de son goût du monde et des autres, de son enthousiasme). Elle relevait le rappel de l’émission de Bernard Pivot, Apostrophes, qui, en 1988, saluait Erik Orsenna pour (note la journaliste) «… le savoir inouï et la soif de connaissance dont débordent ses écrits », en disant, elle le cite, de l’œuvre d’Orsenna « C’est un éloge de la culture générale et presque de la culture inutile. » Culture inutile, répondait Erik Orsenna, oui : car les détails comptent, tout prend sens.  

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J’ai effectivement pu constater que le message que faisait passer Orsenna était, totalement, un très bel éloge de la curiosité. Celle qui nourrit une sorte de fringale insatiable de la rencontre des êtres et des lieux du monde. Celle d’un immense élan dans sa passion pour l’Afrique : car, dit-il « L’Afrique tisse des liens. En Europe je meurs du manque de liens. ». De la curiosité il dit « Celui qui est curieux soigne le monde », en s’appuyant, parlant dans une classe à de jeunes enfants, sur l’étymologie. (Quelle bonne idée ! Bien sûr… ! En latin  ‘’curiosus’’ signifie ‘’qui a soin de’’). Aux enfants il fait chercher des mots qui commencent par ‘’cur’’, les laisse trouver ‘’cure’’, ‘’curatif’’… et, alors, pouvoir entendre - et comprendre - sa conception du regard curieux, de l’être curieux.  La curiosité, pour lui (il le dit ailleurs dans un des moments du documentaire) débouche forcément dans la nécessaire transversalité, dont il fait donc l’éloge aussi. Car comment être vraiment curieux et ouvert si on reste enfermé dans une seule spécialité, un seul rôle, une seule vie ? Ecrivain, parce que… «… je ne supporte pas d’avoir une seule vie ». Publier des livres, dit-il, lui donne aussi (ils se vendent) la liberté matérielle de faire des enquêtes, en prenant tout le temps nécessaire à la « rencontre » de l’autre et d’ailleurs, et de publier ensuite librement les résultats de ses recherches. « Etre écrivain pour cette liberté »

Bel hommage mérité, et très réussi, que ce documentaire…

Mots clés, donc : curiosité, soin, LIENS, monde relié, TISSER, rencontre,culture, connaissance, TRANSVERSALITE, sérieux, rire, solitude, publics, écriture, écrivain, vies (plusieurs en une !), publics, liberté. Clés, oui, pour une éthique du rapport aux autres et au monde.

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Autres documentaires de Joël Calmettes en DVD :

Albert Camus, la tragédie du bonheur : http://video.fnac.com/a2771535/Albert-Camus-DVD-Zone-2

Mandela, au nom de la liberté : http://video.fnac.com/a2800054/Mandela-au-nom-de-la-liberte-DVD-Zone-2

Autres titres : http://recherche.fnac.com/ia605406/Joel-Calmettes?SID=983798b8-d4d5-f39f-ead0-ae966bf399e6&UID=096F611F0-4A0A-2595-6C23-F0E13E02485E&Origin=fnac_google&OrderInSession=1&TTL=060520122324

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Plus un documentaire qui fut diffusé sur France 5 (et le DVD édité), différents auteurs :

Musulmans de France, série de films, France 5 : http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Mini-sites/Bonus/Musulmans-de-France/p-9331-La-serie-documentaire.htm

DVD. Présentation de l’éditeur : « Un double DVD de Musulmans de France... Edité par France Télévisions Distribution, ce coffret regroupe les trois épisodes de la série documentaire et propose, en bonus, une interview du réalisateur Karim Miské, un making of de la musique originale et des sous-titres pour sourds et malentendants. »

01/10/2011

Litanie pour juillet plusieurs fois… (Pages données au vent)

Texte modifié...

Voir : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2015/12/18/po...

© MC San Juan