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30/06/2019

"Inverser le sens des aubes crépusculaires"... 36 choses à faire, suite. CITATIONS...

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       Jean-Claude Tardif, « L’homme de peu ».
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Quelques fragments des 36 choses (voir, note précédente, la démarche... et un fragment).
Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires »
Marie-Claude San Juan, pré#carré éditeur (Hervé Bougel), décembre 2018. Collection «  36 choses à faire avant de mourir ».
 
CITATIONS :
 
. Relire Lao-Tseu, tatouer ma peau de fragments de sagesse, et garder ainsi une lumière venue de la même ombre lointaine, inverser le sens des aubes crépusculaires.
 
. Délivrer Ashraf Fayad, Mohamed Ould M’Kheïtir, Ali Mohammed Al-Nimr, Serge Atlaoui, calligraphier leurs noms sur les pages des droits humains, puis oublier les pays qui enferment ou tuent. Me délivrer, moi, du poids du monde. Mais, quand même, rêver d’une liberté sans danger pour Asia Bibi enfin arrachée aux murs mortels. Rêver.
 
. Imaginer une pluie qui lave des emprunts fictifs, des apparences, de l’être qu’on n’est pas. / Atteindre l’os. / Faire le vide, laisser les objets se détacher de moi, comme une poussière qu’un souffle projette. 
 
. Effacer les traces des mots encore inscrits sur le palimpseste mental aux cent surimpressions. Effacer le « moi ».
 
. Inventer un parfum mauve, subtil. L’offrir sans le dire à l’aura des êtres.
 
. Tendre l’oreille vers l’inaudible.
 
. Traverser des yeux l’invisible.
 
. Tutoyer des inconnus, car éphémères mortels. Donc intimes.
 
. Souffler sur les braises qui pourraient s’éteindre, pour ne jamais succomber à la tiédeur.
 
. Graver sur une pierre, en épitaphe, deux vers de Benjamin Fondane : « Croyez-vous qu’il suffise de naître pour chanter, et de mourir pour vivre ? » / Entourer la pierre des notes de Fauré, son Requiem.
 
MC San Juan

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Note précédente, le sens de cette proposition d'écriture... Mon interprétation... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2019/06/28/36-traversees-d-aubes-crepusculaires-ou-36-fragments-poetiq-6161020.html

LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

28/06/2019

"36 traversées d'aubes crépusculaires", ou 36 fragments poétiques miniaturisés...

36 choses tous... .jpgLa mort n’a rien d’illimité.
Le hasard est toujours pour nous — 
Ce sont toujours les autres qui meurent.
             Guy Lévis Mano
 
36 choses à faire avant de mourir, pré#carré éditeur (Hervé Bougel). Ou une collection de textes minuscules (mais pas tellement plus... que bien d’autres poèmes…).
Au départ, une idée oulipienne de Jacques Bens (50 choses…). Puis la reprise par Georges Perec, en 37 choses. Et enfin Hervé Bougel pour qui s’impose le chiffre de 36, sans qu’il sache, dit-il, pourquoi (même si le langage courant pense la multiplicité des tâches ainsi, 36…). Et voilà donc des plaquettes… Pour moi, deux fois, à dix ans d’intervalle. En 2008 j’ai presque pensé cela comme un grand poème ou comme une prosaïque liste de courses... En 2018, plutôt comme 36 petits poèmes denses et autonomes mais structurés ensemble.  
 
« Les poèmes sont », dit René Char, « des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité. » ('Sur la poésie', du recueil 'En trente-trois morceaux', de Poésie/Gallimard). Et Jean-Pierre Lemaire, lui, dans un entretien en 2016 (La Procure), pense qu’il a « écrit des poèmes un peu comme le Petit Poucet sème des cailloux ». Mais il ajoute qu’ensuite il a vu que ceux-ci traçaient un chemin vers la lumière. Des bouts d'existence (Char), des cailloux (Lemaire). Et l’unité, la lumière (ce qui est pareil finalement). Cela me convient. Parce que c’est un regard humble sur la démarche de créer, qui se situe encore dans un inachevé informulé (tant que ce n’est pas abouti en sens radical). Et que cela inscrit l'écriture dans un processus de devenir soi encore aveugle à soi, pas dans l’arrogance d’un savoir d’avance qui porterait l’oeuvre. Les trente-trois morceaux de Char me font penser aux trente-six choses, cette contrainte établie par Hervé Bougel pour nous demander de lancer nos « bouts d’existence » dans sa collection de fragments. Il en manque trois à Char, et il ne dit pas ce qui reste à faire avant la mort. Mais il parle là de mort, il y a une série lexicale qui désigne l’éphémère, les incurables, les ruines, l’errance, l’agonie, et la mort (répétée). C’est aussi bref que nos miniatures poétiques, parfois plus (une ligne, deux), mais ce n’est pas miniaturisé : un texte par page, dans le blanc. Preuve qu’écrire a un rapport avec la mort, c’est au hasard, presque, que je lis ces pages précises.
 
Répugnante, la mort ? Je ne sais pas. La douleur, oui, la détérioration des corps, oui, les plaies, l’agonie, oui. Mais le passage, la traversée ? Seuls ceux qui le vivent le savent. Mais un sujet de l’écriture, certainement, et, comme le dit aussi René Char, le poème nous fait saisir ce qui, aux frontières entre vie et mort, nous fait entrer dans le vivant. Et c’est pourquoi répondre à une invitation qui nous demande de penser ce qui « reste » à vivre, qu’il faudrait faire « avant » de n’être plus, au lieu d’attrister cela donne un sentiment d’excitation jubilatoire. Liste de faits à vivre, fantasmée ou réelle. Et occasion d’une méditation sur ce qui compte vraiment.    
Est-ce l’anecdotique des « riens » des jours? Ou les travaux d’Hercule pour « finir » de faire contenir à nos années ce qu’elles peuvent faire entrer de réalisations majeures ? Qu’est-ce qui compte vraiment ? Étrangement la première idée qui vient c’est de faire le vide, de se désencombrer des choses et des obligations, de l’inutile. Installer une pièce zen et en faire un lieu refuge, éloge du rien. Comme Alice, traverser les miroirs, changer de regard sur le monde. Se mettre dans la peau des sages et se faire initié secret. Ensuite écrire.    
 
Se penser animal mortel qui trace des signes pour dire sa vie et sa mort, et se veut aussi éternel dans son désir de tracer, de laisser, d’achever. Mais toute écriture qui compte est métaphysique, vise la mystique. Le reste est bavardage. Cela mène loin, une proposition poétique. Penser la perte de soi, la perte de l’autre (au sens large). Penser l’anéantissement et, quand même, y déposer des « choses à faire ». Ancrage dans du concret.
 
Cependant, par hasard, je suis tombée sur deux recensions de livres qui ont ouvert un autre sens pour ce chiffre 36… Et les lisant je me disais qu’Hervé Bougel (qui aime particulièrement l’humour) nous avait fait, sans le savoir (ou le sachant inconsciemment, ou faisant semblant de ne pas le savoir...) une blague cosmique assez profonde… 
Dans Books (été 2010, retrouvé dans mes archives bien après, en fouinant) un article sur les « 36 Arguments for the Existence of God », roman philosophique, ésotérique, kabbalistique, de la philosophe américaine Rebecca Goldstein. 36 chapitres, et une analyse du chiffre 36, nombre « parfait entre les parfaits », « carré parfait et deux fois 18 », ce qui lui donne une signification particulière (et positive) dans la numérologie juive. Avec l’idée, aussi, que 36 sages tiennent le monde. Nos 36 fragments devaient ainsi nous faire entrer dans un autre ordre de pensée…  Dans un ouvrage de M.-H. Gobert, « Les nombres sacrés » (Stock, 1982), il est rappelé que le nombre 36 est dit le « Grand Quaternaire », ou Monde, par les Pythagoriciens, lui qui est « la somme des huit premiers nombres »...  
Et, en février 2019, dans Le Monde, autre recension, par Roger-Pol Droit (pas encore lu l’ouvrage, mais ça viendra), celle sur un essai d’une spécialiste de l’herméneutique juive, Betty Rojtman, « Une faim d’abîme » (je raccourcis le titre). Grâce à la tradition ésotérique juive, elle oppose, à l'angoisse contemporaine de la « fascination de la mort »,                         une « métaphysique de la fluidité », faisant se rejoindre - et se dépasser - peur de la mort et du néant, du vide, et désir de vivre. Comme si l’ombre produisait la lumière du vivant.
En fait, les 36 choses sont le rêve du chiffre de l’unité du sens. Et nos bouteilles à la mer, répondant à l’injonction de l’éditeur, ont cherché des indices, des tentatives de traduction de savoirs à effleurer avec le poème. Automatiquement, en abordant de tels sujets, on entre dans une autre rationalité, on échappe aux évidences de la raison normative, on est « agi » par le chiffre dont quelque chose en nous « sait » le lien avec une poétique des mathématiques. Et une brèche s’ouvre, on passe la porte.
 
Je note ici un fragment, le 7...

« Bribe par bribe arracher la peau des souvenirs, pour n’être plus qu’âme. »

MC San Juan

(Recueil miniaturisé : « 36 traversées d'aubes crépusculaires » (MC San Juan, pré#carré éditeur, décembre 2018).

 
LIEN, pré#carré éditeur... http://precarrediteur.fr

26/06/2019

"Égarer la lenteur".. Incipit, excipit, titres... Parcours de livres.

Voilà une autre manière de donner à lire… 
Beaucoup de livres en lecture programmée (Marché de la Poésie…), ou lus plus ou moins récemment. Envie de noter un parcours rapide. Cette fois, je fais un tour dans un catalogue (éds. Unicité)...
INCIPIT. Premières phrases, premiers vers… Les incipit (mot invariable, mais l’usage joue avec cela…) peuvent suffire à révéler un univers, donner envie de lire plus, ou pas. 
EXCIPIT, Les excipit disent comment l’auteur a voulu la fermeture de sa parole, et cela fait sens.
Pour chaque livre… deux citations. Incipit, d’abord, excipit ensuite, puis le titre, l’auteur. S’il y a une épigraphe, je passe (cette fois…). Et pour certains livres, je reviendrai citer les exergues… Entre parenthèses je note un commentaire...
 
AIR 5 DUC.jpg    veille du solstice
dans l’ajout du brouillard
     la clarté du seigle        
///  
     désordre du monde
 dans la boue une limace
     esquisse son épure    
Hélène Duc, « Égarer la lenteur », 2015
.
.
.
Arpenteur du silence
dire est l’écho oublié
///
Il y a toujours un regard attaché à un autre regard
s’il n’est pas brisé
Éric Dubois, « Chaque pas est une séquence », 2016
AIR 9 DUBOIS .jpg(Recension faite, ici, récente. Un recueil que j’ai beaucoup aimé, pour la profondeur méditative qui rejoint un parcours d’ordre philosophique, je trouve, avec une conscience aiguë de soi, nous, dans nos fragilités conscientes et inconscientes et nos parts de lumière… Ici, trois livres mentionnés. Car je le lis depuis longtemps, de recueil en recueil, d’édition en édition. Là, mention des trois livres publiés par Unicité.)
Ma note du 28 mai 19 sur ce livre… 
.
Il faudrait pouvoir dire le vent
aussi bien que l’écorce de l’arbre
///
Il arrive parfois / qu’un éclair dans la nuit
soudain / s’immobilise 
tel un désir inassouvi / d’éternité
Gérard Mottet, «  Dans les plis du silence », 2019 
AIR 1.jpg(Une oeuvre où le silence est un thème de méditation dans plusieurs livres. Un ensemble de huit recueils de poésie,de 2016 à 2018 - où l’on sent que les textes sont issus d’un long parcours de conscience poétique avant la décision de les mettre « dehors », les publier, et la volonté de ne pas superposer poèmes sur poèmes. Dans une lecture récente - et passionnante il parlait de son désir de poursuivre l’écriture « sur »  la poésie, commencée par des publications de textes plus théoriques dans des revues, comme Poésie / première, notamment. Entreprise de méta-poésie nécessaire pour un auteur qui a une exigence de transmission, pas seulement de création. Et une exigence théorique. Je l’avais découvert pour avoir partagé l’espace des pages d’une revue commune, Les Cahiers du Sens. Réseaux de proximité d’axes de recherches, d’intentions éthiques et esthétiques...). 
.
Les bruits du monde sont le paravent des habitudes
///
Situer le monde / dans son rétrécissement 
AIR 10 DUBOIS.jpgÉric Dubois, « Langage(s) », 2017 (évoqué aussi dans la recension)
.
Depuis quelque temps la vallée /des toits gris souci se refermait 
et les hiéroglyphes de pouvoir / proliféraient sans gouverneur 
///
la porte de l’ouest s’ouvre au nomade / ancrage moiré point cardinal 
tempo primo
Pascal Hermouet, « Sillage », 2019 

AIR 1.jpg(En exergue, Claude Esteban, citation du livre « Le nom et la demeure ». Et cela est important. Auteur phare, je crois, pour Pascal Hermouet, et peut-être notamment celui du Partage des mots, de la réflexion sur le rapport au langage. Claude Esteban entre français et espagnol, et déchiré par ce partage comme construit par lui tout autant. Pascal Hermouet, lui, traducteur de textes de l’espagnol au français, trait qui m’intéresse, évidemment. Le recueil n’est pas un essai sur le langage, non. Poésie terrienne (entre terre et mer), voyageuse. Mais chantant les « vertus de l’errance ». Une âme nomade passe là. Et s’il ne parle pas du langage, d’autre langue, il glisse des mots d’espagnol, « sol y sombra »… Comme je le fais moi-même dans des poèmes, et, comme moi, sans les traduire - avec raison. Mais s’il ne théorise pas dans un recueil de « Partance, Traversée, Ancrage », les trois parties, il  dit quand même ceci : «  reprendre langue / c’est refaire surface ».)
.
AIR 2 ERIC.jpgLa vie n’a pas de plan préétabli, de schéma directeur. La vie se charge de nous mener là où elle veut, sans qu’on y décide quelque chose. Tout est question de voix, et ça, les voix, je vais connaître, d’appels, ça aussi, de commandements internes (ou externes ?). Le fleuve cru emporte nos pessimismes, nos beautés retranchées et nos rêves essorés par un quotidien terne et sans événements majeurs ou si peu.
///
Il manque à ce récit de vrais dialogues, mais désolé, je n’ai pas pu vraiment les transcrire à partir de ma mémoire, car j’ai oublié beaucoup de choses. Il m’est arrivé bien des péripéties, dans ces années-là, que je n’ai pas évoquées, peut-être, un jour, sait-on jamais… j’en parlerai aussi… 
Éric Dubois, « L’homme qui entendait des voix », 2019 
Livre préfacé par Laurence Bouvet : « récit personnel mais pudique… qui relate ce temps des brisures de l’âme… ».
(Oui. Prose d’un souffle qui tient du début à la fin. Livre nécessaire. Une autre parole que celle de ses recueils, mais qui nous touche, me touche, car elle traite de douleurs humaines plus partagées qu’on ne le dit. Et c’est écrit avec la force de l’écriture du poète. Portée universelle.)
.
Comment vivre le monde quand je ne connais que 
Toi pour réalité 
///
J’invoque toute blessure
Qui semble vouloir te livrer à la nuit
Watson Charles, « Le chant des marées », 2018 
AIR 7 Charles.jpg(Lisant ce livre j’ai remarqué plusieurs choses particulières dans la structure de l’ensemble de cet univers d’eau, île, mer. C’est une lettre, en quelque sorte, avec un mystère, entre rêve et colères. Parle-t-il à la femme aimée ? Ou à la terre aimée ? Aux deux, mêlées en lui ? Parfois lui-même se dit rivière - comme hanté par l’eau qui sépare les continents. Le corps est présent, mais aussi les étoiles, le cosmos. Et la gradation, cette figure de style qu’on repère dans des textes, c’est dans le recueil entier qu’elle joue un rôle. Des éléments vont, du petit à l’immense (eau ou autre), et de l’immense au minuscule. Et l’a-t-il décidé dans l’écriture ou simplement laissé venir d’instinct, peu importe, c’est. Donc ce que le titre annonce, ce chant des marées, c’est présent dans la structure de l’ensemble. Gradation ascendante et descendante, flux et reflux, cette marée qui est chant - mais chant parfois de deuil, chant entre lumière et nuit. Il veut dire les souffrances de son île, Haïti, et ses mémoires. Même si, comme il l’écrit, «  Nos mémoires ne sont que des leurres / Livrés à la dérive des continents » Ou justement parce que c’est ainsi, et qu’il faut déconstruire les leurres.  Et s’il faut écrire « Mille pages de délires et de guerres » il le fera, c’est l’engagement du poète que de dire les vérités du réel avec ses mots : beautés et laideurs, luxuriances et misère.) 
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été indien / les reflets de la douceur / des premiers rayons 
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au bout du chemin / là où les rêves s’arrêtent / commence l’aventure… 
Patrick Fetu, « Un bout de chemin » (avec ses photographies), 2019
AIR 4 FETU.jpg(Les haïkus correspondent précisément aux photographies. Un message simple. On appelle ces créations des haïshas, quand il y a association d’une photographie et d’un haïku, et c’est un haïga quand c’est une peinture qui s’associe au texte bref. Les textes ne décrivent pas la photo, ils en esquissent une lecture, un voisinage. Les photographies n’illustrent pas les textes. (Heureusement : il n’y a rien que je déteste autant que les photographies réduites à « illustrer ».) Ici on voit du concret quotidien, la nature, surtout, mais aussi du social, la réalité de la rue. J’étais intriguée et voulais découvrir, connaissant peu l’univers des haïkus, très différent de celui des aphorismes. Une des photographies que je préfère est son autoportrait d’ombre, son « ombre frigorifiée », parce qu’elle est plus proche de mon univers photographique et de mes autres repères visuels. Et j’en retiens d’autres, minimales et géométriques, ou de nuit, pour le graphisme suggéré. Aux fleurs je préfère aussi la dure série de rue.)
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rien ne vient. / le son sec des branches mortes / sous mes pieds
///
loin, si loin / du feu d’artifice / l’étoile filante
Vincent Hoarau, «  Silences », 2016 
AIR 6. Hoarau.jpg(Le titre dit bien un pluriel du silence. Celui qu’on désire - pour plus de présence à soi, et celui qui s’impose, dans la non-communication, ou quand les mots manquent pour savoir dire ou écrire. Celui de la nature, de ses murmures, et celui qu’on remarque pour entendre de légers bruits du quotidien.) 
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Arôme d’herbes / je cache sous le mimosa / lait de végétaux
C’est par là que va / mon enfance / mon vieillissement / fumé parfumé / entre cahiers endormis 
Voyageurs / moi / je marche seul dans la maison / du rêve… (poème 1969) 
///
il est dangereux de ne pas regarder l’humour qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inhabituée qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inachevé qui regarde
il est dangereux de ne pas regarder l’inexistant qui regarde (poème 2019), p.529.
/// 
Tu es libre. Je suis venu avec ma Psychopoésie / pour te psycho-libérer à l’instant. / Maintenant tu peux t’envoler sans peur ni danger . / Nous sommes un.
(2019… p. 781). Plus une déclaration finale, ouvrant à la lecture plutôt que fermant le livre, pas donnée comme poème, mais écriture de poète, avec son sérieux… humour (« qui regarde »).
Pablo Poblète, « Psychopoésie » / Anthologie Totale 1969-2019, 50 ans de poésie, 2019
AIR 8 POBLETE.jpg(Livre d’un natif du Chili devenu un grand francophone « planétaire », comme le dit le titre de la collection d'Unicité.
Le fragment que j’ai posé, en premier faux et vrai excipit, est page 529 d’une somme qui compte près de 800 pages. C’est le dernier poème, noté 2019, quand les textes qui suivent sont des études, des articles, des entretiens, des réflexions, des analyses : textes essentiels mais autres. Donc ici, incipit et excipit ne le sont pas d’un recueil mais d’une vie de poésie. Et quand on sait que c’est le bilan de tant d’années d’écriture ce n’est pas du tout une lourde accumulation. (Cela je l’apprécie, car j’y vois le signe d’une exigence : l’écriture de quelqu’un qui a suivi - par choix personnel - l’injonction du poète Emmanuel Hocquard, qui disait qu’écrire c’est aussi savoir s’arrêter). J’ai été écouter Pablo Poblète lire (ou plutôt dire) ses textes, entre lecture théâtrale et improvisation. Un don pour le spectacle qui fait entendre (parfois jusqu’au cri) le sens du message. Poète que je connaissais par certains textes et par ses interventions solidaires (pour une cause ou une autre). En humaniste - comme il le dit, lui, de son éditeur François Mocaër, dans sa dédicace à ses proches, amis, soutiens).
 
MC San Juan
 
LIENS… 
SITE des éditions Unicité (poésie, haïkus, photographie, spiritualité...). Y retrouver ces livres et ces auteurs...
Et, parenthèse voyageuse sur Toile… 
INCIPIT. Une liste… 
EXCIPIT. Une liste

25/06/2019

"Autopsier un mirage". Dossier Michel Mourot, poète et photographe (À L'Index N° 38)

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photographique un en-deçà de la langue
où la nuit se sente progresser
     Michel Mourot, 'Dans le coeur de la distance', éds. de La Différence, 2005
 

michel mourot,poésie,photographie,À l’index,À l’index 38,autopsier un mirage,jean-claude tardif,hervé carn,michel cosem,michel lamart,patrick mouze,béatrice pailler,christian travaux,james sacré,denis rocheAu centre du paysage, un œil.
et la lumière comme on sculpterait 
le tonnerre d’une caresse
   Michel Mourot, 'Façons du feu, Façons du froid' (31 poèmes hors recueils). À L’Index 38, 2019
 
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comme d’un objet fractal.
chaque vers, la réduction
exacte du poème entier
    Michel Mourot, 'Approches du poème par le désespoir de l’air'
(Textes du tapuscrit hors recueil, À L’Index 38, 2019. Ce titre est dans le recueil 'Intimités du chaos', éds de La Différence, 2007)
                                       Michel Mourot (poète et photographe, 1948-2009)
 
Je n’avais jamais rien lu de Michel Mourot, dont je ne savais rien, et donc pas du tout ce qui m’a tout de suite interpellée et intéressée : qu’il soit poète « et » photographe. C’est ce « et » qui m’a donné envie de lire attentivement ce dossier au beau titre, « Autopsier un mirage » (titre qu’on retrouve en entrée du texte de Michel Lamart, qui étudie, notamment, la création photographique et le visible dans la poésie de l’auteur. Ce titre traduit bien le projet du dossier complet, qui veut nous faire pénétrer dans le mystère d’un destin d’écriture et de regard (interrompu par un accident de voiture). Mais dit aussi à quel point il ne se donne pas d’emblée. Et « autopsier », le poète cherche cela dans son écriture et pour l’écriture. Il y a une acuité de recherche qui se veut en quelque sorte une effraction du langage. Dans certains textes il déchire tout : lignes, mots, syllabes, lettres, signes. Même la ponctuation est détournée de ses effets (un point suivi d’une minuscule, par exemple, prend un autre sens que celui d’une fin de phrase, il marque son espace dans la phrase même). Parfois c’est cela et parfois pas du tout. Deux directions, deux manières de faire trace.
 
Jean-Claude Tardif, l'éditeur, nous dit, en un bref avant-propos, les conditions de l’existence de cette publication. Rencontres, fidélités. Les sept contributeurs nous font entrer dans l’intimité complexe d’un artiste, et dans une oeuvre qui est beaucoup, me semble-t-il, déchirure. 
 
Ainsi, on lit…
Hervé Carn (qui se souvient de ses rencontres avec le poète, autour du cinéma et de la poésie).
Michel Cosem (poète et éditeur, qui le publia, à « Encres vives »).
Michel Lamart (à l’initiative du dossier ).
Patrick Mouze (qui présente des inédits).
Béatrice Pailler (qui écrit des poèmes en marge des photographies de sol et d’eau).
Christian Travaux (qui étudie les paradoxes du travail de « désécriture »  du poète, sa « rage » à casser, biffer, griffer, abréger, pour, dit-il, « écrire l’écrire »).
Et le poète James Sacré (qui le connut par le hasard d’une recension que fit Michel Mourot sur un de ses livres, ce qui le fit vouloir le rencontrer). Et qui, rappelant le méchant propos d’un poète d’alors au sujet des textes de Michel Mourot qu’il qualifiait de « galimatias », dit que l’auteur, lui, ne prenait pas cela péjorativement, car il y retrouvait la qualité (donc au contraire de l’intention négative) de sa démarche de déconstruction. James Sacré, montre justement, à partir de cela
 (rejoignant la lecture de Christian Travaux) la force littéraire de ces biffures et cassures - car elles sont conscientes, et nommées dans les poèmes (« gestes foudroyés », « séisme »). Oui, il y a toujours des gens qui veulent avec arrogance juger les autres sans les comprendre… Et, à l’inverse, des écrivains se faisant lecteurs pour révéler ce qu’ils reconnaissent dans une œuvre, comme ceux-ci dans ce numéro.
 
Michel Mourot affirme une volonté formelle de la destruction des normes du poème, tout en cherchant avec obstination à construire, à structurer le poème et le recueil (on voit des plans divers et des variantes), en défaisant et reprenant autrement l’ordre et les titres. Il bouscule, crée des scansions, des heurts, met des signes, des chiffres, des parenthèses…
Parenthèses. J’aime ce mode de pensée, car c’en est un, où on inscrit ainsi l’in-fini (le non fini) d’une interrogation sur le sens. Façon de dire que rien n’est figé, qu’il y a encore autre chose à dire. Et même s’il n’y a rien de noté, juste le signe, la parenthèse est l’inscription d’une digression intérieure, la pause dans la pensée pour plus de pensée (ou au contraire la méfiance de ce qui serait un « trop » de pensée). Et simplement l’espace suggéré du regard non transcrit. Le photographe en lui sait qu’il ne peut tout dire de la vue, que la poésie est visuelle mais échappe cependant à une totalité illusoire de la captation des images. Entre la poésie et la photographie Denis Roche mettait un « parce que » liant les deux créations, l’une imposant l’autre. J’ai l’impression que, quoi que puisse être une possible concordance entre eux (puisque Michel Mourot connut et apprécia l’oeuvre de Denis Roche) c’est différent. Je crois que ce serait, là, un « malgré ». La poésie malgré la photographie, et inversement. Tension : « Cerner le lieu, qu’y puis-je ? ». Mais de toute façon l’œil est omniprésent. Écrivant c’est parfois comme s’il frottait les mots pour les user et en faire sortir le visible, rien que le visible, à force d’effacer le reste : « Les abréviations sont des mots foudroyés ». (Poète foudroyé ?).
 
J’aime, dans les trois photographies proposées, que ce soit matière d’eau, présence du sol, « matière-fantôme » : « Je photographie la pluie » écrit-il. Et : « la voix nous vient des pierres. / on n’échappe pas au sol. » Il va loin, dans ce sens : « l’écriture me vient des pieds ». Peut-être car ainsi il poursuit l’auscultation du réel et de soi, mais pas devant une table. Saisir la topographie des lieux comme il trace une typographie heurtée. Démultiplier les cadres du réel en marchant, car les regards successifs impriment des images en surimpression, et cela dérange l’immobilité, les certitudes sur ce qui est. Alors que l’immobilité peut faire mentir la perception. Ainsi il déchiffre les « cicatrices de la terre » et choisit «  Plutôt l’incertitude ».
 
Pour moi c’est une rencontre majeure que cette lecture. Émue devant des proximités étonnantes (en ce qui concerne la photographie et ce qu’on peut dire de la photographie). Moi avec ma série de flaques, fascinée par ces surfaces d’eau, ce qu’elles révèlent. Mes ombres sur le sol, et ma réflexion sur ce rapport au sol, à la surface. Mais j’aimerais que des photos de lui soient regroupées dans un livre (avec ce qu’il a pu écrire sur la photographie et le regard, dont les citations lues dans À L’index, à ce sujet). 
 
J’aurais aimé le citer beaucoup plus, tant j’ai apprécié de passages des textes. Mais il y a la revue pour les lire… 
 
MC San Juan
 
Réponse au commentaire (transmise aussi directement).
Merci, Michel, pour ce retour. C'est précieux, quand on écrit sur le travail des autres, que savoir comment ils reçoivent cette lecture. Ces recensions sont l'autre face de mon écriture, qui compte, car la lecture est au sommet des pratiques préalables à la création, pour moi. J'ai aimé ce dossier, beaucoup, car il traite de questions qui me sont intimes, et l'art double de Michel Mourot est celui d'un frère en regard. Les auteurs qui ont ouvert, avec art, le sens profond de sa démarche ont fait oeuvre juste.
Et, oui, il manque un paragraphe sur le CD, la voix. Je le ferai, plus tard (date incertaine, car serai longtemps loin du CD...).
 
LIENS... 
Sur une conférence (à Reims) autour de ce numéro d’À L’Index…Texte introductif.
Bio-bibliographie, liste des livres (dont plusieurs à rééditer…).
À L’Index N° 38
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le dossier, et le CD associé (voix de l’auteur) 17€

24/06/2019

"Simplement... Presque blanc...". Lire la poésie de Jean-Claude Tardif

simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelJ’écris / pour oublier la parole

              Je parle 
pour écrire simplement
      plus haut dans l’air
        Jean-Claude Tardif
 Simplement… Presque blanc… (Éditinter éds. 2018). 
 
Le titre du recueil est l’affirmation d’une exigence, qu’on peut comprendre, première lecture, comme une poétique humble. 
Que signifie « simplement » ? Est-ce une manière de dire « Ce n’est que cela » ? Ou de dire « Il n’y a rien à ajouter  sur ce qui est offert ici en lecture : c’est juste posé, donné, sans volonté de complexification artificielle » ? J’y lis une éthique inverse de l’arrogance. Par un auteur qui a une très vaste culture poétique et une conscience aiguë de ce qu’est écrire.
Et « Presque » ? C’est le mot de l’intervalle entre ce qui est là et pas tout à fait là. Le mot de la marge, justement pour qualifier le « blanc », terme polysémique en poésie, mais aussi blanc des marges, quand le poème est dense, volontairement fragmentaire. « Presque » est l’adverbe du poétique, où le sens doit être évocation ouverte plus qu’affirmation fermée. Pour que le lecteur assume la part de co-création du texte.
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelLe « blanc » est-il ici en rapport avec le « neutre » de Maurice Blanchot ? L’écriture neutre. Je trouve qu’il y a des points communs. Car le recueil expose effectivement cet écart entre les mots et les choses, les mots et soi, et cette idée du « rien » radical qu’oppose le monde, la vie, le corps, et la mort au désir du poète de saisir le réel avec les mots. Comme si écrire se voulait conscience d’impossible, savoir d’un échec joué d’avance. On n’arrivera jamais au plein du sens avec nos mots. Et personne ne le peut. Ce qui fait la valeur d’une écriture est précisément ce savoir, donc la capacité d’écrire dans les marges entre le vide et le plein du sens et des choses. Distance, ce blanc, prise avec les émotions, avec les concepts trop proches des certitudes, et métaphore du silence, dont il est dit, en entrée (épigraphe d'une ligne, seule sur la page) qu’il est aussi dans les mots (pas seulement entre les mots). Puisque les mots ne portent pas tout le sens. (Et c’est pourquoi il faut la poésie, qui est cette entreprise qui sait l’impossible et l’affronte en inventant un autre rapport avec le langage.)  
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelParce que l’être humain est coupé, ontologiquement, de la parole fondatrice (« Au commencement / était le verbe dit-on / / / mais juste après… »)… 
Mais aussi parce que sont problématiques les réalités de notre modernité dans le rapport au « dire vrai « , en général. Cela c’est le contexte de toute expression consciente. Mais plus encore pour la poésie, car elle va plus loin que toute parole, que toute écriture, dans son rapport avec les ombres et les lumières tapies dans notre inconscient. 
 
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelLa triple dédicace du recueil donne aussi une orientation. Eugène Guiilevic, d’abord. Ou hommage à un art poétique qui porte une réflexion sur le rapport au réel, la capacité (et la nécessité) de douter des repères que sont
le temps, l’espace, les choses (« Art poétique »,  rééd., Poésie/Gallimard simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudel2001). (Donc un positionnement dans cet intervalle du « presque »). Volonté de lucidité. Puis Jean-Louis Giovanonni (qui a, en plus, dirigé un travail collectif sur Guillevic…), ou un maître de l’écriture fragmentaire, aphoristique. Et dont les questionnements rejoignent cette lucidité de Guillevic, l’interrogation sur la difficulté de nommer au risque de perdre ce qu’on nomme. Et
simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelenfin Werner Lambersy, immense poète dont l’avant-propos à son anthologie poétique (publiée chez Actes sud en 2004, «  L’éternité est un battement de cils », superbe titre ) est un magnifique manifeste d’art poétique où la lucidité, là encore, est première. Mais j’en retiens une injonction : « laisser faire  le poème »,        « ne pas s’interposer ». Peut-être est-ce là aussi le sens de ce « simplement » : une pratique de l’écriture dans un lâcher-prise, l’acceptation de ce qui vient, puis la distance. Je crois que la pensée de Krishnamurti que Werner Lambersy cite dans cet avant-propos pourrait être co-signée aussi par Jean-Claude Tardif : « Si on ne peut pas donner rendez-vous au vent, on peut toujours laisser la fenêtre ouverte. ». Oui, les dédicaces sont éclairantes. Et, pour mieux saisir ces parentés profondes entre des univers d’écrivains, lire d’eux ces livres. Et de Jean-Louis Giovanonni ce peut être aussi le récent «  L’air cicatrise vite » (éd. Unes, 2019), car il rejoint complètement les thématiques en question, en suivant d’un an à peu près le livre de Jean-Claude Tardif). Des mondes frères.  
 
Premier poème du recueil, le temps, mais celui, infime, entre une seconde et une autre, ce « rien ». Puis, page suivante, poème bref de trois vers, une question devant le miroir. Et la réponse qui suit, autre page, c’est encore le « rien ». Moi, en lectrice des taoïstes et bouddhistes, j’y vois une parenté philosophique (peu importe si lui la voit ou pas, le questionnement est là). Conscience du vide et volonté de le dire. Un constat, mais dans les sagesses évoquées c’est aussi un objectif, pour être capable de se déprendre du « moi » qui nous encombre, alors que nous pouvons savoir que peut-être dans le miroir il n’y a rien, le réel ultime étant autre, même nous. D’ailleurs il le dit : «  En soi / se retirer / de soi / et plus encore /// comme  / si le néant voulait dire / quelque chose ». 
 
Le mot « silence » revient souvent dans ces pages, ce « trou blanc ». Et la méfiance devant les mots qui induisent en erreur et deviennent « cendres » / « sur la peau », mémoires paradoxales de douceurs heureuses. Notre vie a un rapport avec la mort et l’écriture en est la dépositaire. Si le mot juste échappe, alors il faut exiger plus, dit-il, en parlant de hauteur, et aller chercher à extirper le silence du corps même, celui qui s’insinue.. Exercice lucide de regard sur le rapport avec soi et le langage, la parole qui pout mentir. Cela passe par la peau, le corps. Il faut déchiffrer les traces dehors et dedans. Se taire peut être parfois proche du cri. Dire proche du masque. 
 
Le blanc n’est pas que la marge ou le neutre, il est la non-couleur (la couleur, ce « mythe »), et le non-savoir reconnu. Écrire un poème est une entreprise de lutte avec le silence, aussi, et avec les mots qui pénètrent et bousculent notre être intime. Car les saisir c’est être traversé par eux, donc changé. Écrire « un » poème. En sous-titre c’est noté « poème(s) », car les poèmes brefs tissent « un » poème, une méditation suivie.
 
À l’inverse du blanc, dernier poème, autre non-couleur, le noir du point, d’une mouche sur un drap, d’une tache sur la peau. Ce reste qui emplit le vide en dehors du blanc, et qui est aussi l’espace de la mort. Ce dernier poème renvoie au premier, faisant penser au temps : « rien / si peu /// et pourtant ». Et pourtant toutes nos vies… La boucle du temps, structure circulaire du recueil. 
 
Impossible, pour moi, de ne pas rapprocher ce livre de deux autres de Jean-Claude Tardif. Les titres trahissent la proximité des thèmes, en tout cas de certains, car chaque livre a sa logique, sa nécessité. D’abord «  La vie blanchit » , éd. La Dragonne, 2014. Thématique du silence, aussi. Mais présence de gens, de lieux revisités, simplement presque blanc,jean-claude tardif,poésie,maurice blanchot,eugène guiilevic,jean-louis giovanonni,werner lambersy,philippe claudelréflexion sur la vie, la mort, la mémoire et l’oubli. (Un recueil où on entre facilement, car il fait le récit de moments du quotidien, des émotions du quotidien). Qu’est-ce qui blanchit ? Peut-être le temps. Peut-être quelque chose en nous qui se glace parfois devant les séparations, les pertes, ce qui disparaît, n’est plus. Ensuite « Nuitamment », Cadex Éds., 2001. La nuit n’est pas le noir du recueil actuel, mais le temps de l’intime, de l’amour (belle préface, une page, de Marcel Moreau). Donc le sombre peut avoir une autre signification, et le noir, dans ce livre, n’est pas non-couleur. En exergue au recueil, Baudelaire : «  Ceux qui savent, me devinent ». 
Je garde une tendresse particulière pour le recueil dont j’ai fait une recension antérieurement, « L’homme de peu ». Je mets ci-dessous le lien vers la note. C’est de ce livre que Philippe Claudel a pris une citation pour l’exergue de son roman «  Les Âmes grises »… 
 
MC San Juan
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Livres de Jean-Claude Tardif chez Éditinter, dont celui-ci (tout en bas, car 2018), disponible pour 8 €. Résumés, présentations, sur la page de l’édition… .
Ma NOTE du 17-07-2018 sur « L’homme de peu »…

23/06/2019

"Pour un éloge de l'impossible". Miguel Casado traduit et présenté par Roberto San Geroteo

CASADO.jpgEl día escinde la percepción / al colorear la tierra.

     Le jour scinde la perception
     en coloriant la terre.
.
                     (…) este extraño
elogio de lo imposible
que acompaña al que no supo detenerse.
                     (…) cet étrange
éloge de l’impossible
qui accompagne celui qui n’a pas su s’arrêter. 
      Miguel Casado (traduit par Roberto San Geroteo)
.            
 
Ce livre, bilingue, publié en 2017 par À L’Index (Jean-Claude Tardif éditeur, Le livre à dire) dans la collection Le Tire-langue (traductions) est un choix de poèmes de Miguel Casado, allant de 1985 à 2015. Le choix des textes, la traduction, et l’introduction sont de Roberto San Geroteo, poète et traducteur (Valdès, Gamoneda… etc.).
Miguel Casado est poète, essayiste, critique, et traducteur (de Verlaine, Rimbaud, Ponge, Noël, San Geroteo… etc.). 
L’introduction permet de découvrir l’itinéraire de l’auteur. L’accent est mis sur l’ancrage du poète dans une conscience historique et donne des clés de lecture, qui m’intéressent particulièrement, dont une qui a un rapport avec le regard. Le cinéma est très présent dans les références de Miguel Casado, inspiré par des films, dont Faux mouvement de Win Wenders. Ce lien avec Wenders rejoint la question de l’ancrage dans le réel, car celui-ci, dans son livre Emotion pictures, fait le procès des images qui mentent (truquées, fabriquées), travestissant le réel. Cette référence n’est pas anodine, elle dit une parenté intellectuelle et esthétique, une exigence éthique. Je note aussi la mention de Kandinsky, dans les oeuvres qui inspirent aussi l’écrivain. Ceci interroge autrement (tout en confirmant l’importance du regard pour le poète). Car, si Roberto San Geroteo insiste sur le rapport au réel et à l’Histoire, en ajoutant que cette écriture ne cherche « aucune sorte de transcendance », Wassily Kandinsky, lui, est l’auteur du livre « Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier ». Le mot spirituel est polysémique, certes, mais mène cependant à la prise en compte d’une dimension de l’humain qui transcende, en quelque sorte, le rapport au quotidien, le rapport aux choses. Cette proximité signe une complexité, un possible paradoxe, et c’est intéressant aussi. 
L’essentiel reste l’importance du regard. Or ce poète a un regard de peintre : les couleurs sont partout dans ses textes, partout une « matière » visuelle, aussi. D’ailleurs une de ses publications est titrée « Pour une théorie de la couleur ».
Enfin, autre référence, L’Étranger d’Albert Camus. Clé, cette fois, pour saisir le questionnement de l’auteur sur ce réel qu’il interroge et peint avec ses mots, et sur la conscience d’être soi et autre en même temps. Rencontre camusienne pas étonnante, et pas seulement en rapport avec le thème de l’étrangeté à soi-même. Pour un poète espagnol, l’hispanité assumée de Camus est une porte d’entrée dans son oeuvre. Un titre de Miguel Casado, parmi les essais sur la poésie, est « L’expérience de l’étranger ». Ne l’ayant pas lu je ne peux que supposer comment la question du rapport à l’autre, étranger à soi, et à l’autre en soi, peut intervenir dans la théorie de la poésie. Mais il est vrai que l’enjeu de la poésie est de scruter les failles du sens : c’est donc complètement lié. (Il ne reste plus qu’à lire l’essai…). 
Autre essai, je note, dans la bibliographie, un titre qui est un programme théorique et pratique, « La poésie en tant que pensée ». Penser à partir du fait d’écrire, le poème comme matrice conceptuelle. 
 
En ouvrant le livre, dès les premières pages des notations de couleur.
« (…) des franges de bleu entre les nuages », ou l’eau verte, mais « à peine ». Couleurs esquissées, légères, subtiles (souvent) ou franches, nettes, fortes (plus rarement), tout le livre est peinture. Ce qui est vu est aussi ce qui s’entend. Comme si les « sons végétaux », venant de l’eau, entraient dans le paysage. Et « quelque chose », dit-il, « suggère la fiction du mouvement » (« Faux mouvement » de Wenders ?). Comme si le poète-peintre était en même temps celui qui se méfie du narratif de ce qui est regardé, pour ne pas être piégé par les apparences. Il regarde, il peint, et il pense, en décalage immédiat de lucidité. C’est passionnant de constater cette rigueur de la distance prise avec son propre regard. Page qui suit je remarque le mot « simulacre » (au sens pluriel, tout étant, là, dans ce moment, simulacre). C’est venu de l’absence de couleur sur « certains versants », la nudité du « rien ». Ce n’est pas du silence, dit-il, et pourtant c’est un monde « muet ». Retrait intérieur par rapport à la nature qui ne donne pas, ou semble ne pas donner, dans cet instant en tout cas, sa place au vivant qui regarde, à l’humain. 
Couleurs, encore. Le noir loin de la lampe, métaphore d’une angoisse cependant. Puis le bleu de la plaine, le gris de la mer. Même fumer est l’occasion de parler de couleur, de créer un tableau. Cigarettes d’autrefois, et cigarettes actuelles. Le papier, le filtre. Ou, ailleurs, couleur brune de la terre, et verte d’une source, ou sombre des nuages et de la pluie. Et la fumée bleue qui semble être la brume sur le paysage, puis l’orange des arbres (feuilles d’automne peut-être, ou reflet d’un soleil couchant). Même le vent semble avoir une couleur ou créer de la couleur. Et enfin l’écriture elle-même est vue, graphie noire et traces d’encre. 
La couleur est aussi matière qui peut se toucher. Terre, sable, poussière, pierres, bois, feuilles… L’eau, le végétal. Comme dans les livres d’artistes où des éléments concrets sont posés, collés.
Je tourne les pages, je reviens en arrière, au tout début. L’étranger est là, l’autre en soi. Il parle de se « reconnaître », et de l’étrangeté de ce ressenti, soi présent qui ne ressemble pas à soi du passé. La distance avec lui-même est aussi dans « l’opacité des images ». Dehors et dedans se rejoignent, le monde visible et la conscience de soi. Il oppose, ensuite, et mêle, « authenticité » et « imposture » des actes et des rêves de la vie. Exercice de lucidité au fil des poèmes. Réflexion sur la mémoire et ses « silences ». Plus loin il parle à ce sujet d’un « exil » (par rapport à soi). Se souvenir est lié à cet exil de soi, des choses du passé qui ne sont plus. Expérience personnelle d’un vide de sens dont il n’attend rien, dans les moments de tristesse devant la dégradation des lieux, des choses et des corps (le sien compris).
Regard. Sans regard pas d’identité, de conscience de soi. Perte des choses et perte de la conscience de soi si le concret n'est plus un repère. (Cela évoque Ponge qu’il a traduit : poser le réel par les objets à saisir, voir, décrire, et ainsi exister).
Regard. 
Car « Ce qui est consistant et ne ment pas » c’est cela, « l’émotion du regard » associée au « contact ambigu des pierres » dans la marche.
Dans le dernier texte de cette anthologie, « Autoportrait au miroir », il exprime un regret, un paradoxe. D’un côté « toute la vie à regarder ». De l’autre la myopie, « ces yeux creux et voilés », « ces yeux qui ne voient pas ». Or peut-être est-ce justement cette myopie qui lui a fait regarder le monde en peintre, et écrire en peintre. Car la myopie c’est le flou. Gilbert Lascault, lui, myope aussi, en a fait une force pour penser autrement l’esthétique (celle du peu, de l’impur, du dispersé : lire l’introduction de ses « Écrits timides sur le visible » ). Et dans une thèse sur le flou, « Un 'éloge du flou' dans et par la photographie »  (titre que certains traduisent en éloge de la myopie) Julia Elchinger montre en quoi le regard flou est plus juste, finalement. Citation : «  Dans la nature, les choses ne sont pas fixes. Et le flou en traduit les vibrations. Le flou frotte les choses entre elles, qui se confondent alors avec tout leur environnement. De ce fait le flou harmonise la vision, bien plus que la netteté ne le fait, puisqu’au contraire elle sépare tout. Donc nous voyons plus selon la vision floue, impressionniste, que selon la vision nette de l’art classique. » 
 
Pour conclure, très beau recueil anthologique, fine traduction de poète à poète. La bonne manière pour entrer dans l’oeuvre de Miguel Casado et avoir envie d’aller plus loin dans la lecture…
 
MC San Juan
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Note éditeur sur le recueil et l’auteur… 
Commande : Le livre à dire, Jean-Claude Tardif, 11 rue du Stade, 76133 Épouville. Le recueil bilingue, 17€

22/06/2019

"Avec le vide j’ai parlé / plusieurs dans ma voix" (Alain Borne). Ou ce qui se tait et pourtant se dit...

SILENCE.jpgPour écrire, écrire vraiment, porter du sens, il faut... parler "avec le vide" (Alain Borne). Aller affronter le silence en soi et dans l'essentiel du langage. C'est aussi le message de Fabienne Verdier, authentique calligraphe passée par la voie des taoïstes dans les lieux des maîtres de cet art de la trace. Et si nous écoutons ce qui se tait en nous et dans les textes il sera possible d'être ces "passagers du silence" déchiffreurs du réel et d'eux-mêmes.

Voyage dans le silence... sur le silence. CITATIONS... (Ordre chronologique).

« Le maître dont l’oracle est celui de Delphes ne dit ni ne cache mais donne des signes. »  Héraclite d’Éphèse (vers 540-480 av. J.-C.). Fragments (traduction de Marcel Conche, PUF, 1986, coll. Épiméthée)

« Quand je suis au tréfonds de ma cellule obscure, / Dans mon coeur se taisent les cris et clameurs. » Hanshan (VIIè siècle). Poèmes Chan, Philippe Picquier, 2005 (2016, coll. de poche) 

« Le silence qui amollit la nuit frappe un coup de gong sur tous les points noirs qui sont les souffrances du monde ». Guy Lévis ManoCrâne sans lois, GLM, 1939, et 1974, Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui.

« En moi un immense silence, qui ne cesse de croître. » (…) « De fait, ma vie n’est qu’une perpétuelle écoute ‘au-dedans’ de moi-même, des autres, de Dieu. » Etty HillesumUne vie bouleversée, Journal 1941-1943, Seuil, 1985

« Avec le vide j’ai parlé

   plusieurs dans ma voix

   et le silence parmi tous. » Alain BorneRegardez mes mains vides. Les Bibliophiles arlésiens, 1945, et Voix d’encre (recueil Seuils), 2016

« Ce qui est passé sous silence n’en existe pas moins. Dualisme vigoureux. Sincérité du masque. » René CharRecherche de la base et du sommet, Gallimard 1955 (et Poésie/Gallimard, 1971).

« Le silence. — Délices de silence. — Il faut que les pensées laissent de l’âme et les paroles du silence. — Un silence attentif. ». Joseph Joubert (1754-1824) Pensées, UGE 10/18, 1966.

« La fin d’une âme est légère, très légère, presque silence. ».  Antonio Porchia (Voces,1975, Buenos Aires), Voix, Fayard, 1979

« Ceci ne montre que le silence. ». Victor SegalenDu silence, in Peintures /Cinq poèmes inédits,. Thierry Bouchard éd., 1981.

« Silence. Veille en silence.  Pourquoi t’obstiner / À discourir sans rien savoir sur la mort ? ». Louis-René Des Forêts, Poèmes de Samuel Wood, Fata Morgana, 1988 (et Poésie/Gallimard 2008)

« Voir le monde de l’obscure transparence, l’espace des mots silencieux, la lucidité du lieu entre le dire et l’être. ». António Ramos RosaLe Dieu nu (L), Lettres vives, 1990.

« La parole poétique commence au point, à la limite extrême où le dire devient impossible. ». José Ángel ValenteLecture à Tenerife, Unes, 1995.

« Un cri les mots s’écrasent et le regard / Sur l’écorce terrible du monde (…) La prière se noue dans le silence le plus seul ». Guy Allix, Solitudes, Rougerie, 1999, Le Nouvel Athanor (Anthologie), 2008

« Le silence est une forme ». Claude Royet-JournoudLa poésie entière est préposition, Éric Pesty, 2007

 « ‘ L’expérience mystique’. Toujours : ici et maintenant — dans la liberté qui se confond avec l’éloignement, dans un silence qui naît du calme. » . Dag HammarskjöldJalons, Éds. du Félin, 2010. (Cité par Carlo OssolaLe Continent intérieur, Éds du Félin, 2013)   

« Plus de rêve ni d’image / Et même le silence la nuit l’étoile la rage des nuages / Sont au-delà de moi ainsi que des regrets ». Jean-Luc MaxenceSoleils au poing, Le Castor Astral, 2011

« Cette nuit j’ai largué le monde / et pour quelques heures / lui ai demandé le silence ». Danny-MarcUn grand vent s’est levé, Pippa, 2013

« Arpenteur du silence / Dire est l’écho oublié ». Éric DuboisChaque pas est une séquence, Unicité, 2016

« Nuages qui venez de loin / Ce que vous avez vu / Était-il si innommable  / Que vous êtes vêtus / De deuil / Et gardez le silence ? » . Jean-Louis MassotNuages de saison, Bleu d’encre, 2017

« L’arbre disperse ses silences et la parole délivre l’écho ». Rio Di MariaÉnigmes du seuil, L’Arbre à paroles, 2018

« Quand tu arrives à te plonger dans le silence, tout commence à parler : les nuages, les vagues de la mer, la nature toute entière. Tout parle, tout te parle. »  Ireneo, moine contemplatif (Toscane). (Propos recueillis par Martino Nicoletti ) in Le silence porte vers l’infiniInexploré (Inrees), été 2018

 « Ne m’en voulez pas de mon silence. Il dit que j’écris, que je rêve ou que je   meurs — c’est tout un. ». Christian BobinLa Muraille de Chine, Lettres vives, 2019

« Surtout du silence, pas de musique. » . Hervé ClercLe Un (dossier sur la méditation), 7 mai 2019

« Je suis à la chartreuse de mon silence. ». Marc-Henri Arfeux, Exercices du Seul, Alcyone, 2019

« Le fil de la conscience est scandé par tout ce qui choit, s’omet, se soustrait.    Boîte de silence, de clarté, accordée à l’expiration. Socle taciturne, affranchi de l’élocution, de la révélation. ». Claire DumayAu bout de la jetée ou les arcanes du corps. Atelier de l’agneau, 2019

« silence    étouffe      silence  / dort      plein de silence  / silence     occulte        cache ». Pablo PoblètePsychopoésie (Livre II, Anthologie Totale), Unicité, 2019

« Parfois le silence devient de plus en plus silencieux. ». Achille Chavée, 'Silence, Chavée, tu m’ennuies' (1031 aphorismes). Cactus inébranlable, 2019

Mais… autre silence… « Le plus grand triomphe du régime est finalement d’être parvenu à nous contraindre - de nouveau - à nous taire. » (…) « Quand les mots exposent à la violence les proches restés en Syrie. »). Un psychiatre syrien réfugié. La guerre, l’exil, et le silence, Le Monde, 22 mars 2019. Par Cécile Hennion

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Retour sur une ancienne note, de 2013. Bribes de silence... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/10/01/silence-bribes-au-hasard-de-relectures-suite-5185140.html#more

21/06/2019

Traversée thématique. De l'aleph au son, des livres et des livres...

SILENCE.jpgJe prolonge ici une recherche commencée avec une note en 2013 (lien ajouté, note qui suit). Silence entre les mots, entre les textes, par les textes... Titres de livres à découvrir. Poésie, spiritualité, art, philosophie... J'ai noté en titre "De l'aleph au son"... Car le silence est  présent dès l'alphabet dans le processus d'écriture, et paradoxalement il permet d'arriver au son : musique des mots, musique de la poésie, chant intérieur du sens.

POÉSIE, fragments.

. Traduit du silence, Joë Bousquet, 1942. L’Imaginaire/Galliimard, 1995 

. Les récifs du silence, d’Ahmed Azeggah, éd. Quatre vents, 1974 

. Ce pays du silence, Charles Juliet, P.O.L., 1992

. Entre parole et silence /Haïkus, de Georges Bogey, Éds de L’Astronome, 2009 

. Jours de silence, Henri Michaux, Fata Morgana, 2010 

. Puisqu’il est ce silence (Prose pour Henri Meschonnic),  

   Jacques Ancet, Lettres vives, 2010

. Prologue au silence, François Jacqmin, La Différence, 2011

. Hélène Duc. Le silence de l'autre rive, Unicité, 2014

. Silences (Haïkus), Vincent Hoarau, Unicité, 2016

. Variations sur le silence, Philippe Mac Leod, Ad Solem, 2019

. Dans les plis du silence / Poèmes de la nuit, Gérard Mottet, Unicité, 2019

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SPIRITUALITÉ

. La force du silence, Carlos Castaneda, Gallimard, 1988

. Dans le silence de l’Aleph, Claude Vigée, Albin Michel Spiritualités, 1992

. Le son du silence, Karlfried Graf Dürckheim, Cerf, 1993

. La Révolution du silence, Jiddu Krishnamurti, Stock, 1994

. L’arbre du silence, Jeff Perreau, Altess, 1997

. La mystique du silence, Jacques Vigne, Albin Michel Spiritualités, 2003

. Eloge du silence, Marc de Smedt, Albin Michel Espaces libres, 2015

……………………………………………………………….

REPÈRES. Récits, histoire.

. Le Silence de la mer, de Vercors (Jean Bruller), 1942, Minuit clandestines. Livre de poche, 2000  

   et La bataille du silence, Souvenirs de minuit, rééd. Minuit, 1992

. Silence (roman historique sur les persécutions des chrétiens au XVIIè siècle au Japon) de  Shūsaku Endō, 1966 (Japon), Folio Gallimard, 2010.

. Le Silence, Nathalie Sarraute, Gallimard, 1967, Folio Gallimard, 1993

. Une histoire du silence : De la Renaissance à nos jours. Alain Corbin, Albin Michel, 2016

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Pensée de l’art. ESTHÉTIQUE

. Les Voix du silence, d’André Malraux (art, philo, esthétique), Gallimard, 1951

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… ART

PEINTURE. Le Christ du silence, d'Odilon Redon (1840-1916)

SCULPTURE. Le Silence, d’Auguste Preault (1809-1879)

ARCHITECTURE. Silence et lumière, conférences (1955-1974) de l’architecte et théoricien Louis Isadore Kahn, éds du Linteau, 1996

PHOTOGRAPHIE. Photographier le silence. Titre d'un dossier en ligne sur l’art de la photographe danoise Trine Søndergaard (née en 1972). Elle montre l’absence, l’apparence, le retrait.  (Artefields.net).

CALLIGRAPHIE. Passagère du silence / Dix ans d’initiation en Chine, de Fabienne Verdier, Albin Michel 2003. (Calligraphie, taoïsme, méditation chan. Parcours spirituel et artistique). Livre de poche, 2005.

MIME. Marcel Marceau, la poésie du silence. Livre de Rémi David et Florence Salzano. (Sur l’art du mime, sa création d’un personnage muet, BIP). éd. A dos d’âne, 2016.

OPÉRA (musique et danse). Vers le silence, documentaire de Jean-Stéphane Bron filmant le chef d’orchestre Philippe Jordan (répétitions, coulisses de l’Opéra), 2018.

MUSIQUE. Silence (Conférences et écrits), John Cage, Denoël, 1970, Héros-Limite, 2003

FOLK ROCK. The sounds of silence, de Simon et Garfunkel, 1964 (et 2009-2016-2017). Et dans la bande originale du film de Mike Nichols, Le Lauréat. 

CINÉMA. Le monde du silence, de Louis Malle et Jacques-Yves Cousteau. 1956. Exploration des fonds marins, l’univers de l’océan.

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….. LIENS web…dont articles passionnants (références, citations, bibliographies).

SigilaREVUE franco-portugaise, transdisciplinaire. Dossier : Le silence - O silêncio. Numéro 29, 2012. Thème du silence, en hommage à Cesaria Évora. En ligne, sommaire (bref résumé des articles). L’oxymore comme fil et sujets divers. LIEN… http://www.sigila.msh-paris.fr/-rubrique43-.html

REVUE. Les Cahiers du CIREM (Centre International de Recherches en Esthétique Musicale), dossier sur musique et silence. (N° 32-33-34, 1994). LIEN… http://ressources.ircam.fr/record/default:UNIMARC:19476

POÉSIE (textes). CINQ poèmes sur le silence (et titrés ainsi)… LIEN…  https://www.poesie-francaise.fr/poemes-silence/

CRITIQUEPoésie et silence (article lisible en ligne). Littérature/Larousse. Par Fernand Cambon, 1986 (Lecture de Rilke, Celan, etc.)…. LIEN… https://www.persee.fr/doc/litt_0047-4800_1986_num_64_4_1410

CRITIQUE. De Patrick Quillier, L’épreuve de silence, les preuves par silencerevue Noesis, 19 | 2012 (Article lisible en ligne, nombreuses citations, René Char, Boris Gamaleya, etc.)…. LIEN… https://journals.openedition.org/noesis/1810

PHILOSOPHIE.

Silence et philosophie. Article de Jean-Luc Solère, 2005, Revue philosophique de Louvain. Une vingtaine de pages, parcours de la notion en philosophie. A la fin une riche bibliographie (intégrant des mystiques). Lisible intégralement en ligne…. LIEN… https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2005_num_103_4_...

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Et voir la note précédente sur un numéro de Poésie / première... 

19/06/2019

Poésie / première, n° 69. Retour sur un numéro de 2017.

logo_p-p.jpg« Les mots le silence », décembre 2017.

Un thème, le silence, et un questionnement. Quelle est la place du silence dans l’écriture ? Pas de virgule : « Les mots le silence ». Dans les mots du poème il y a déjà le silence, ils naissent du silence, sont portés par lui. Dans un premier texte, Alain Duault part de la peinture, pour interroger le visible, la beauté (« pas du côté de la tranquillité »), et fait détour par la musique pour penser ensuite la poésie (« pas du côté de la maîtrise » et « pas là pour répondre »). Ces non-réponses sont déjà un premier silence, miroir de ce qui est immobile, brisure des concepts. Reliant les arts Alain Duault peut saisir ce qui fait l’espace spécifique de la poésie : « ce trouble, ce tremblement, ce battement - dans cette fracture d’un sens installé ». Yves Bonnefoy est cité deux fois, car il définit justement cela, cette « fissure ». Le titre du texte, lui, traduit « l’infini silence du désir que porte le poème ». 

D’autres études (et des poèmes) prolongent cette méditation sur l’écriture et le silence.

Mais le dossier sur un poète tibétain, Palden Sonam Gangchenpa, par Michèle Duclos, donne à penser un autre silence, celui qu’impose la répression d’un pouvoir oppresseur : « L’obscurité n’a rien vu ». 

Monique W. Labidoire évoque le terrorisme à Barcelone, quand la terreur et la mort font se fermer les yeux, et le flux des vagues devenir silencieux pour des oreilles rendues sourdes.

Autre silence, celui du poète sans lecteurs. Ainsi la solitude, longtemps, de Jacques Canut, avec ses « Carnets confidentiels ».   

Joëlle Gardes, parlant de sa conception de la poésie, insiste sur la « dimension spirituelle liée au sacré », « un sacré qui n’a rien à voir avec le religieux ». Ce n’est pas étonnant qu’il lui ait été proposé de s’exprimer dans ce numéro, son premier recueil ayant pout titre « Dans le silence des mots »… 

Enfin, dans les notes de lecture - hors thème - je retiens deux mentions qui  rejoignent la pensée du silence. Celle du beau recueil de Gérard Mottet, « Murmures de l’absence ». Dans ce livre le silence est celui de la communication rompue par la disparition d’un être. Et celle du numéro des Cahiers du Sens de 2017 sur L’Inaccessible. Car même si le sujet n’en est pas le silence, c’est bien par lui et au-delà de lui que l’écriture tente de rejoindre l’inaccessible, ce qui ne peut être dit, et qui pourtant s’écrit.

Mais d’autres chroniques sortent du thème, ou ne le rejoignent qu’indirectement. Je ne suis pas l’ordre des pages mais celui de mes relectures… 

J’ai beaucoup apprécié le très beau texte de Laurence Lépine sur le livre de Lydie Dattas, La Blonde (Les Icônes barbares de Pierre Soulages), 2014. En un peu moins de deux pages, aussi fortes que denses, elle dit l’affinité profonde entre les poèmes de Lydie Dattas et les outrenoirs de Pierre Soulages (peintre dont je regarde les noirs au musée de Montpellier à l’occasion de chaque exposition visitée). Je cite… Parlant de Lydie Dattas elle écrit ceci : «  C’est un être de pure lumière qui a écrit ce texte.Une voyante d’air - tout pour elle semble dicté par quelques mystères. Tout semble écrit en plein ciel, pour rejaillir ensuite en gouttes d’encre sur le papier. » (…) « L’écriture de Lydie Dattas est d’une beauté abyssale. Chaque lecture est un nouveau palier franchi vers notre propre splendeur, ce lieu ancestral où quelqu’un, en nous, répète inlassablement les gestes qui entaillent les ténèbres — jusqu’à ce que jour se fasse, nous illumine, nous révèle à nous-mêmes.. » Le texte critique est en correspondance totale avec ce qui est en jeu dans la rencontre entre une écriture et le peintre du noir transfiguré.

J’aimais déjà Lydie Dattas depuis ma lecture de La Nuit spirituelle, mais là je découvre la force des mots de Laurence Lépine et c’est elle aussi que je vais me mettre à lire en cherchant ses recueils. Ils ne peuvent qu’être à la hauteur de ce qui passe là de sa conscience d’être et d’écriture… 

J’ai lu avec beaucoup d'intérêt l’entretien avec Daniel Besace, par Jacqueline Persini, sur les revues Transpercer, Traverser et Transvaser (objets-livres), au sujet, notamment, de la matérialité des traces créées. 

Enfin, ce fut une heureuse surprise, j’ai trouvé avec grand plaisir l’entretien avec Ivan Morane, metteur en scène de La Chute d’Albert Camus. Par Isabelle Lelouch. Le metteur en scène a découvert ce texte, dit-il, à 17 ans. En un choc qui fait que c’est toujours l’œuvre de Camus qu’il préfère, y lisant beaucoup de significations à déchiffrer, dont une interrogation essentielle sur l’humanité, ses failles. (Par contre il y a une erreur dans une page, au sujet de Catherine Camus, fille de Camus, pas petite-fille…). Ivan Morane dit être touché par Camus, par son langage « mélange entre la rudesse et une légèreté, dans son accent, son langage de pied-noir d’Algérie ». L’entretien est complété par deux pages sur Camus, son idéal humaniste, son combat pour des valeurs « porteuses de justice », et les références spirituelles qui parcourent le texte de la Chute. 

J’avais raté ce numéro. Je l’ai choisi au Marché de la Poésie, pour son lien thématique avec un projet de travail, et trouvé plus encore que ce que je cherchais. Je surveillerai de plus près les prochaines publications de la revue… 

En quatrième de couverture un collage de Ghislaine Lejard (des livres et des livres…). 

MC San Juan

Le sommaire complet, en pdf, lien actif sur le site (sommaires).

Le SITE… https://www.poesiepremiere.fr/poesie-premiere.html 

08/06/2019

Les Cahiers du Sens, au Marché de la Poésie, stand 509.

CAHIERS du SENS 29. 2019.jpgC’est le Marché de la Poésie, à Paris... Depuis mercredi, jusqu'à dimanche 9.
Encore aujourd'hui et demain.
 
Heureuse d’y être présente avec la revue annuelle  Les Cahiers du Sens (stand 509, édition Le Nouvel Athanor), revue où j’ai le plaisir de partager (en très bonne compagnie) un espace de pages, dans les numéros des années 2017-2018-2019. Celui de cette année a pour thème central l’impatience… 
J’y reviendrai, pour une recension.
Sur la page ci-dessous, lire le texte des éditeurs (et écrivains), Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.

"Au siècle dernier, en 1991 exactement, nouq prenions avec les Cahiers du Sens n°1 une route inconnue. Elle s'avéra passionnante à explorer. Le premier thème choisi pour notre dossier fut " Le désir ". A vrai dire il ne nous quitta jamais pendant presque trente ans ! » (…) "Que restera-t-il de ce Labyrinthe tracé grâce à l'esprit de corps et de fraternité de tant et tant de poètes dont la plupart devinrent des veilleurs et même des ami(e)s ? »
Texte complet sur la page de l’édition...

La revue (stand 509 au Marché) peut être commandée en librairie, ou directement à l’édition...

MC San Juan

LIEN éditeur... http://lenouvelathanor.com/revue-les-cahiers-du-sens/216-...

07/06/2019

LIU XIAOBO, ombre et lumière de la Chine

HASKI LIVRE .jpgPourquoi ce titre ? Liu Xiaobo, ombre et lumière de la Chine... 
Ombre, oui, car une tache sur l’histoire de la Chine, tache retentissante autant que le massacre de la Place Tiananmen, ou la persécution des Ouïghours et des adeptes du Falun gong.
Lumière, car honneur d’une culture formidable, celle des lettrés chinois ouverts à la culture du monde tout autant que maîtres de leur culture séculaire.
Et c’est bien ma double perception du pays, ombre et lumière. D’un côté une culture que j’apprécie au plus haut point, étant nourrie de textes des grands penseurs chinois, et passionnée par les pratiques associées au taoïsme qui est une racine fondamentale de cette culture. De l’autre un régime qui me fait être signataire de pétitions encore et encore, tant il y a de problèmes…
 
CHINE PHILO.jpgJe reviens sur la Chine pour avoir lu un article qui m’a donné envie de repréciser un certain nombre de points.
CHINE VERITE .jpgC’est l’excellente chronique d’Alain Frachon dans Le Monde du 7 juin. Titre papier : "Histoire d’un grand chinois". Très juste. Liu Xiaobo, c’est exactement cela, une immense conscience. 
CHINE JUIN.jpgAlain Frachon montre que les deux grands impensés, les deux refoulés majeurs (cause de répression pour ceux qui veulent en parler) sont, d’égale manière, Liu Xiaobo et la Place Tananmen. Il analyse les causes de cette peur du pouvoir chinois. Et le paradoxe de cette peur. Car la Chine peut aussi être fière du chemin fait (famine et misère vaincue, progrès économiques et techniques indéniables). Mais la honte de la Chine est double. La manière dont le mouvement démocratique fut réprimé, dans la violence meurtrière, en 1989. Et le traitement atroce qui fut réservé au grand auteur (et Prix Nobel) Liu Xiaobo. (Et à sa femme, Liu Xia, photographe et poète, des années en résidence surveillée, privée de contacts avec son mari, forcée d’accepter qu’il n’ait pas de tombe, mais enfin réfugiée en Allemagne, tout récemment). Liens sur elle (dont ses photos, en fin de note).
Pourquoi cette peur du pouvoir ? Parce que les dissidents démocrates mettent en question la puissance du parti communiste, et portent en eux les prémices possibles d’une transformation qui serait la fin du monopole du PCC (de ce parti qui s’accorde avec un capitalisme dont il tire bénéfice). La Charte  08, de 2008 (dont Liu Xiaobo fut un rédacteur) préparait une libéralisation du système chinois, avec un parfum de liberté occidentale.
Cette histoire, dit Alain Frachon, "est la part d’ombre du succès de la Chine de ces trente dernières années, facette sombre mais inséparable d’un pays en passe de devenir la plus grande puissance du monde." Il rappelle la nécessité de lire les essais de Liu Xiaobo (comme,dit-il, le recommandait Simon Leys, sinologue avisé). Et il redonne les références du livre de Pierre Haski, "Liu Xiaobo : L'Homme qui a défié Pékin" (le film est à voir en replay sur Arte jusqu'au 3 juillet)...
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ESSAIS de Liu Xiaobo, éd. Gallimard
La philosophie du porc / Vivre dans la vérité / Élégies du 4 juin...
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Sur Liu Xia, article au moment de son départ, enfin, de Chine, HuffingtonPost
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Et son arrivée en Allemagne, Le Monde...
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Fiche Wikipedia. Liu Xia
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Photographies de Liu Xia...

06/06/2019

TIAN'ANMEN 30 ans après. Mémoire pour la Chine... (Et, juin 2019, Hong Kong + répression Chine)

CHINE.jpgLa Chine est à la fois un pays de grande culture, une économie développée, et un régime qui allie capitalisme et dictature du parti communiste. La répression concerne tout positionnement critique du parti au pouvoir, et toute minorité « dérangeante » ou mouvement réclamant la démocratie.
 
Dans la note de Global Voices des informations sur la réalité de la répression en Chine. Et sur l’occultation du massacre du 4 juin 1989, Place TianAnmen.
 
CITATIONS... 
"Le Parti communiste chinois n'a jamais reconnu publiquement ces événements ni soumis ses actes à une enquête indépendante."
(...)
"Global Voices couvre ce sujet depuis plus d'une décennie. Cette année, nous commémorons le 30ème anniversaire de ce qui a conduit au massacre du 4 juin, afin de remplir notre devoir de garder vivant le souvenir de ces événements, malgré la persistance de Pékin à nier la vérité historique élémentaire."
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La fiche Wikipedia est un véritable dossier sur Tiananmen. Historique des événements, contexte géopolitique, répression, références, bibliographie et liens.
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PÉTITION, Amnesty Belgique... CONTRE LA RÉPRESSION...
"30 ans après Tiananmen, la Chine réprime toujours les militants"...  
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"Des balles et de l’opium", livre de Liao Yiwu, écrivain exilé à Berlin (ami de Liu Xiaobo, le Prix Nobel décédé en prison). Liao Yiwu écrit la mémoire de cette tragédie. Le Monde, 28-05-19...
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Deux livres importants sur la mémoire de Tiananmen…Le Monde, 29-05-19
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LISTE de 11 LIVRES sur TIANANMEN. Babelio (dont les "Élégies du 4 juin", de Liu Xiaobo)...
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MISE à JOUR, 17-06-19
HONG KONG… 
Deux millions de manifestants à Hong Kong. Refus de la loi d’extradition que voulait imposer le pouvoir local (contrôlé par Pékin), et malgré le recul (provisoire ?) la foule maintient l’action. Huffingtonpost... 
 
"Les signes d'une crise existentielle sous le joug de Pékin". Le Monde, 13-06-19. Car des éléments justifient l’inquiétude des Hongkongais qui ne veulent pas perdre leur autonomie et leur liberté d’expression (comme la détention de libraires et éditeurs hongkongais en 2016).  Xi Jinping est très répressif et fait pression sur le pouvoir local….
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MISE à JOUR, 17-06-19. Répression des adeptes du Falun gong.
La répression des adeptes du Falun Gong (que les ambassades 
présentaient comme un chi qong parmi les meilleurs de Chine,
jusqu'à ce que ce mouvement conteste la dictature du PCC...).
 
Arte... https://bit.ly/2x0pRil
Propagande, et torture. AgoraVox. Tribune… https://bit.ly/2MR8Hyo

05/06/2019

SOLIDARITÉ. Mohamed Ould Cheikh MKhaïtir, blogueur mauritanien, est toujours prisonnier

mohamed ould mkhaïtir,mkhaïtir,mauritanie,blogueur,liberté de conscience,droits humains,abdoulaye bah,pétitionsSur Global Voices, article d’information d’Abdoulaye Bah, avec plusieurs extraits de textes d'associations, blogs, ou sites de presse, et le communiqué d’Amnesty international.
CITATION : "Trente-deux organisations de défense des droits humains ont lancé une campagne mondiale pour exiger la libération et la protection de Mohamed Ould Mkheitir. Cet ingénieur, âgé de 33 ans est toujours détenu au secret alors qu’une cour d’appel a ordonné il y a un an de commuer sa peine de mort en une détention de deux ans d'emprisonnement.  Ayant déjà fait 3 ans de détention préventive, il aurait du être libéré depuis un an."
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TRIBUNE des avocats de Mohamed Ould Cheikh Mkhaïtir. Le Monde, 31-05-2019.
EXTRAITS….
"Le 22 juin, les Mauritaniens éliront un nouveau président de la République. Cette transition politique offre à l’actuel chef de l’Etat une opportunité sans précédent de clore le dossier du blogueur Mohamed Ould Cheikh Mkhaïtir, en détention depuis cinq ans pour avoir tenu des propos qualifiés de blasphématoires."
(...)
"En décembre 2013, Mkhaïtir avait publié un article en ligne qui dénonçait la justification religieuse apportée au maintien du système de castes en Mauritanie, que certains Mauritaniens légitimeraient – à tort, selon le blogueur – en s’appuyant sur des exemples de la vie du prophète Mohammed. Mkhaïtir appartient lui-même à la caste marginalisée des forgerons. Quelques jours après sa prise de position, le blogueur est arrêté et inculpé d’apostasie.
En décembre 2014, après un an de détention préventive, Mkhaïtir est condamné à mort pour apostasie et outrage au prophète Mohammed."
(...)
En novembre 2017, la cour d’appel de Nouadhibou réduit finalement la peine de Mkhaïtir à deux ans de prison et à une amende, pour mécréance.
(...)
"Mkhaïtir est maintenu en détention de manière arbitraire et injustifiée depuis le 9 novembre 2017, dans un lieu secret."
…………………………………………..
PÉTITION d’AMNESTY… 
Pour demander sa libération et sa protection (car il est menacé par des fanatiques)... https://www.amnesty.org/fr/get-involved/take-action/mauri...

04/06/2019

"Épuise le champ du possible." Paroles de sagesse... des Carnets d'Albin Michel

SAGESSE ETERNELLE.jpgÔ mon âme, n’aspire point à l’Immortalité mais épuise le champ du possible.
                                         Pindare
(Paroles de sagesse éternelle, coll. Carnets de sagesse, Albin Michel)
 
En couverture, les spirales de Philippe Roux, et sous le frontispice (une sorte de labyrinthe, avec spirale dans des carrés, représentation métaphorique du chemin de la pensée, ou image du destin du chercheur de sagesse...), une citation de  Pythagore mise ici comme en exergue : "Les paroles sont le souffle de l’âme".
 
La présentation de Michel Piquemal et Marc de Smedt, une page, commence par évoquer le roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451. Pour poser la question suivante : quels sont les livres qu’il faudrait garder, sauver ? Et donner la réponse : les grands classiques surnagent, pour les valeurs essentielles qu’ils portent. Et pour allier deux choses : concision et beauté. C’est René Char qu’ils citent, pour clore leur introduction et finir de donner les clés de leurs choix. Char qui nous dit d’éviter de "faire des noeuds", cette "énigmatique maladie" humaine. Leçon de sagesse, aussi. Simplifier, dépouiller. La pensée qui sait le dénuement intérieur (centre de soi lavé des pollutions du temps que les auteurs évoquent - psychiques et médiatiques), cette pensée est celle qui rejoint l’essentiel.
 
Et, comme toujours pour cette collection, une riche iconographie. Reproductions de fresques antiques, estampes chinoises, miniatures indiennes, ou tableaux, comme "Saint François prêchant aux oiseaux", de Giotto. Mais aussi Raphaël, Vermeer, Vinci, Botticelli, Goya, Van Gogh… Etc. 
 
Ci-dessous, encore des citations, mais ce n’est qu’une sélection. L’anthologie va des textes de sages de l’Asie (taoïstes, penseurs et mystiques du zen, etc.) à des auteurs de la littérature française et étrangère (comme Montaigne, Pascal, Hugo, Balzac, Malraux, Tagore, Tolstoï, Gibran, Rilke...), en passant par Bouddha, L’Ecclésiaste, Jésus, et des mystiques chrétiens ou musulmans, sans oublier les philosophes grecs… Une centaine de pages de fragments et textes brefs.
 
CITATIONS… 
 
As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ? 
                                Apologue grec
(Socrate répondant à quelqu’un voulant rapporter un fait. Les tamis étant : vérité, bonté, utilité…)
 
Puisque la fin de ce monde est le néant,
Suppose que tu n’existes pas, et sois libre.
                                    Omar Khayyâm
 
Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre 
que ne peut en inventer votre philosophie.
                       William Shakespeare
 
Tu es un enfant de l’Univers, tout autant que les arbres et les étoiles.
(Texte anonyme trouvé dans une église de Baltimore en 1692. Page complète dans le livre.)
 
Je suis une partie, une parcelle de Dieu…
                  Ralph Waldo Emerson 
 
L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhumain —, une corde sur l’abîme. (…) Il est un pont et non un but. 
                         Friedrich Nietzsche
 
LIENS...
Carnets de sagesse. Les livres. Librairie Decitre
et
Albin Michel Spiritualités...