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07/11/2015

FRED DEUX… « Faire vivre l’obscur »

« Dire ce que tu es. Ce qui revient à parler de ce qui vient vers toi et comment tu vas vers l’autre »

Fred Deux 

« Eloigné des modes, le travail de Fred Deux - et de Cécile Reims -, par sa puissance évocatrice, son univers obsessionnel et viscéral, bouleverse le confort de nos certitudes esthétiques. »

Carlos Pardo 

Bel article dense, de Carlos Pardo (et beau titre, « Faire vivre l’obscur »), sur cet artiste double (écriture et peinture) créateur de « livres uniques », né en 24 et mort en septembre 2015. Artiste relié au courant du biomorphisme. Evocation, dans ce texte, aussi, de sa compagne de vie et d’art, Cécile Reims, graveur : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/11/PARDO/54163

FRED DEUX.jpgExprimer « la flamme à l’intérieur du bide », « racler au fond de la boue de la vie ». Carlos Pardo choisit de citer ces deux formules de Fred Deux, qui, toutes deux, parlent de profondeur, d’humus originel. Processus de création, chez Fred Deux, où brûler et déchirer c’est le même geste de plongée en soi et dans le creux de ce qui est à la source des passions et douleurs. La boue ce n’est pas le sale et putride seulement, c’est la matière vivante, terre et eau. Le ventre, pas la tête, et le feu, pas l’excrément. Passion, intensité, mais aussi, écho d’une intuition profonde, qui rejoint la parole des chamans taoïstes : feu source, centre. 

Double création… Difficile à assumer dans un contexte formaliste où on devrait n’être qu’une partie de sa voix. Au point qu’il fut, lui, obligé de prendre un pseudonyme d’écriture (qu’il finit par lâcher). C’est significatif. Etre regard ou tracer des mots. Devoir choisir alors que l’écriture est regard et que l’art visuel est hanté par le langage. Que l’un porte l’autre. Importance de cet itinéraire qui fait repère… 

« Faire vivre l’obscur »... Lui fouille dans les hantises de souffrances originelles et interroge une réalité enfouie autant dans le corps que dans la conscience.

De ce qui peut être lu, je choisis « Le For intérieur », éd. Les Cahiers dessinés. Et « Dessins bruissants, pensées murmurées », éd. Alain Margaron. Mais il y a toute une bibliographie à découvrir. Voir la fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fred_Deux

Autre éclairage, article, Le Monde, 14-09-15, par Philippe Dagen, qui insiste sur le mystère d’une œuvre et d’une vie où l’introspection est si présente : http://www.lemonde.fr/arts/article/2015/09/14/l-artiste-et-ecrivain-fred-deux-est-mort_4756490_1655012.html  

« Le For intérieur », Les Cahiers dessinés : http://www.lescahiersdessines.fr/le-for-interieur-fred-deux-9791090875333 

Reproductions, voir, galerie Alain Margaron (qui annonce une rétrospective à Lyon en 2016 : http://galerieamargaron.com/artistes/fred-deux-2/

05/11/2015

Israël-Palestine. "Parcours de paix..."

« La médiathèque Lucie Aubrac de Ganges, en Cévennes, et Réel éditions (maison d'éditions à Ganges) s’associent pour proposer deux journées, les Vendredi 20 et Samedi 21 novembre 2015, et présenter les actions de paix de plusieurs Palestinien(ne)s et Israélien(ne)s, à travers rencontres, débats, projections, musique… Les invité(e)s sont les auteurs du livre collectif : « Israël – Palestine, Les mains tendues » (Réel éditions), qui sortira en librairie début novembre.

Ils sont Israéliens, Palestiniens, Juifs, Arabes, Musulmans, Chrétiens... »

« Ces propositions et ces actions existantes nous sortent du clivage médiatique simpliste et désespérant. » 

Suite sur le site : http://fr.ulule.com/parcoursdepaix/ 

Le site de l'édition : http://www.reel-editions.comPAIX.jpg

20/10/2015

Barzakh, intermonde et océan… Mohammed Dib et Jeff Foster… L’écriture et la vague...

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« Qu’est-il arrivé à cette part du Monde ; à ses jours, à ses nuits ? Serait-elle tombée dans un entre-deux où chaque composante du temps ne sait dire que son contraire ? (…) N’est-ce pas le barzakh, s’il pouvait exister et s’il faut y vivre ? » 

Mohammed Dib, Neiges de marbre.

Citation en exergue sur  le site de Barzakh éditions... http://www.editions-barzakh.com

Note sur le livre, librairie Ombres blanches : http://bit.ly/1NlToUL )

Barzakh (citation de Mohamed Dib...), peut se comprendre de multiples façons. Dans l’ouvrage, «  Neiges de marbre », c’est la perte, le deuil qui fait s’interroger sur le « barzakh », mot qu’on traduit par la notion d' « intermonde », cet espace entre la vie physique et un monde où seraient les âmes après la mort. Séparation, barrière, écran, espace… Mais aussi, dans la trame du livre de Mohammed Dib, la part d’ombre des êtres, des marges de la folie. On peut voir, dans le barzakh, simplement la métaphore du mystère de cet entre-deux qu’est le temps de la mort (nous étions, corps présent, ancré, heureux ou souffrant, et nous ne sommes plus, nous entrons dans la mémoire et dans l’oubli des autres). On peut y lire aussi le symbole du trouble entre savoir et ne rien savoir, croire et ne pas croire. Mais chez le poète on peut aller encore plus loin, autoriser toutes les lectures, en faire une méditation sur la part d’ombre de notre monde, enfermé dans ses barrières, ses masques et ses haines.

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« La vague regarde l’océan et demande : ''Pourquoi tant de vagues si tout est l’océan?’' » / « Bien sûr, il n’y a jamais eu de vague séparée. Ainsi les questions se dissolvent et la réponse devient absolument apparente. » 

Jeff Foster, « Une absence extraordinaire », p.142, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/383-une-a...

Et, autre citation, la vague, encore (métaphore qu’il utilise dans ces passages de deux livres, pour tenter de traduire ce que peut être l'expérience de la non-dualité, dans l’esprit de quelqu’un qui vit une ouverture de conscience qui métamorphose le sens de l’identité personnelle, la perception de l’altérité supposée d’autrui)...  

« D’un certain point de vue, une vague peut sembler éloignée d’une autre au milieu de l’océan, mais du point de vue de l’océan, dans la mesure où chaque vague est l’océan lui-même, le concept de distance ou son absence, perd son sens. » (…) « Toutes les vagues dans l’océan que je suis sont par essence ce que je suis même si en apparence certaines sont à des milliers de kilomètres les unes des autres. » 

Jeff Foster, « L’acceptation profonde », p.90, éd. Almora   http://www.almora.fr/telechargement/jeff-foster/382-l-acc...  

N’est-ce pas cela que nous tentons de rejoindre quand, comme les Israéliens et Palestiniens qui dialoguent et refusent la haine, parents qui partagent ensemble leur souffrance d’endeuillés, nous voyons en l’autre le même? 

Difficile, devant certains faits de l’actualité quotidienne, ici et ailleurs, partout, devant la noirceur et la brutalité de crimes, de voir en l’autre le même, bien sûr… Mais pourtant, si nous savons être en train de vivre dans un monde dont nous sommes aussi les co-créateurs, que devient la pensée de la vague? 

30/07/2015

"Est-ce que cela a existé ?" Poésie et photographie...

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est-ce que cela a existé,livres,poésie,photographie,jacques andré,evelyne rogniat,chantal ravel,josé val del omar,regard,œil,mémoire,épreuveCe livre, créé à deux, ne pouvait que m’intriguer. Tant l’écriture que les photographies, et, bien sûr, l’association des deux. Les artistes provoquent un dialogue entre leurs deux cheminements, deux univers intérieurs, qui se rejoignent pour un questionnement similaire. Comme si chacune menait sa propre recherche et la retrouvait chez l’autre. Peut-être certaines photographies ont-elles été créées pour faire écho à des textes. Ou, inversement, peut-être certains textes ont-ils été écrits pour répondre au regard. Peu importe la chronologie, ce qui compte c’est l’accord subtil, par touches légères. Je ne vois pas, et je ne veux pas voir là, un souci d’illustration (cela je n’aimerais pas) : non, c’est une autre démarche, en résonance.

Avec quelques photographies d’Evelyne Rogniat je me sens particulièrement en affinité, avec certaines, surtout, celles d’ombres (non des autoportraits, mais ombres du concret, autres images jumelles). Décidément, « rétine collective » dit José Val del Omar… Les regards propulsent l’inconscient de tous qui fait se croiser nos représentations, chacun méditant pourtant avec son style et sa pensée. Photographies du trouble et du flou, aussi. Qu’y a-t-il donc à voir dans cette première photographie (p.5), très belle ? Ou dans celle de la page 23 ? Le mystère de « l’image inaccessible » dit le texte de Chantal Ravel page 22.

On ne sait pas très précisément quels sont « les trous de l’histoire » qui semblent hanter celle qui écrit : ceux d’une absence, d’une perte, un lointain familial, lointain d’enfance. Une incertaine mémoire, un doute sur la permanence d’images du passé dont il n’y a pas de traces (ces traces perdues ou jamais fixées, la photographie va les réinventer…). Doute sur la conscience de soi en marge de l’autre, présent-absent. Du passé qu’est-ce qui demeure ? Rien que de fugaces bribes. Au point de poser la question : « Est-ce que cela a existé ? », et de garder cela en titre...  L’interrogation est d’autant plus prégnante dans ce face-à-face avec les images. Et, en présence de l’exploration des mots, les photographies sont reçues autrement.

Cependant l’écriture et les images se suffiraient à elles-mêmes, fortes de leur langage propre, poèmes et regard, mots et lumière.

Quatre fois le titre « Epreuve » apparaît, plus pour annoncer un temps du livre que pour désigner un texte, et, trois fois, avec, dans le premier vers, « épuiser la mémoire », comme l’indication d’une volonté ou d’un espoir. Sauf pour « Epreuve 3 ». Mais là, on parle d’allègement, de mise à la lumière. « Epuiser la mémoire » ? En venir à bout, pour qu’il ne reste rien, qu’en soi un poids se libère… Tout remémorer, tout recommencer, tout vider. Pour piéger « les chimères » ?

« Epreuve », comme titre de pages de poésie : on entend « photographique ». Alors la poésie serait aussi cette saisie globale d’un instant, comme si le texte venait du regard et venait entier, non mot à mot, vers à vers. L’écrire serait l’inscrire sur la surface de la page, le fixer, complet, d’un coup, comme se dépose le noir et blanc sur une plaque, parce que c’est ainsi qu’il est venu à la conscience. Cette conception m’intéresse (suggérée, implicite, partiellement sue). Même si le mot « épreuve » ne veut pas en dire autant, c’est là. Et ainsi se rejoignent écrire et photographier à la source : regarder.

Mais « épreuve », la quatrième de couverture le suggère, et les pages le déroulent, cela doit se comprendre aussi comme expérience difficile, parcours douloureux en soi, pour quatre moments de dévoilement : « et le jour nous garderait des ombres » (p.14).

Les ombres sont-elles du passé ou du présent quand on écrit sur le passé, l’enfance « lieu de l’éternité » (p. 18), mais contre le temps, qui existe, dit-elle, dans et par ce qui suit. Mais, paradoxe, « épuiser la mémoire » serait « …chasser l’obscur / dans le crépitement d’un feu qui nous délivrerait de l’enfance, / ce pays de soi où l’on ne reviendra pas. » 

Un des êtres de l’enfance est le centre des questions, archétype du souvenir, d’une sorte de chagrin pour ce qui est croisé des êtres dans nos vies, à peine croisé un moment, et perdu, parce que c’est normal que les individus se croisent et errent, chacun son chemin… C’est le cours du temps : les gens sont là, dans l’enfance, comme éternellement là alors, puis s’effacent, vivent, sont oubliés, et meurent… « Epreuves » donc, de le vivre, de s’en souvenir, de le dire… Et soi-même, aussi, on a été croisé et perdu. En miroir cela aussi est dit, frotté sur « une pierre de silence » (p.21).

MC San Juan

Page éditeur, Jacques André : http://www.jacques-andre-editeur.eu/web/ouvrage/271/+Est-ce+que+cela+a+exist%C3%A9+%3F.html

26/07/2015

« Terre sentinelle », poésie sentinelle…

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Si on aime les oiseaux et les arbres, les couleurs des rivières, le silence des abeilles... et la poésie, on peut aimer aussi les questions qui restent questions, et lire avec intérêt le recueil-somme « Terre sentinelle », de Fabienne Raphoz, 2014. [ Présentation de l’éditeur, Héros-Limite (le nom de l’édition vient du titre d’un recueil de Ghérasim Luca) : http://www.heros-limite.com/livres/terre-sentinelle ]

C’est à la fois un ouvrage érudit, celui d’une naturaliste par « passion » pour l’évolution, et le recueil d’un poète qui cisaille des textes comme des fragments de poèmes éclatés, bribes-braises où l’on croise parfois des citations, en écho à la pensée. Certaines donnent des clés : « J’écris aussi loin que possible de moi », d’André du Bouchet, volonté de distance où le « je » s’efface comme personnage représenté. On lui refuse, à ce « moi », toute complaisance, tout repli, car ce qui compte c’est dire la conscience qui regarde le monde divers de la nature, cette présence à la présence animalière multiple, dont l’abeille est reine réelle et symbolique. Le « je » isolé se dissout dans « l’élégie / du je / commun » (p. 169).  Autre clé, aussi, parmi d’autres, la citation de José Angel Valente, pour une question qui reste en suspens (p.20).

Surprenant, peut-être, dans la forme qu’on croit devoir appartenir au poème, que l’inscription d’un texte documentaire entre un vers, « Nul n’est jamais très loin d’une rivière » (p.131) et un fragment poétique (p.133), fragment centré autour du Y (exemple parmi d'autres). Oui, affluents du poème, le savoir, l’observation, comme la métaphore éventuelle.

Cependant la réalité des vécus personnels reste comme un arrière-plan fondateur, nécessaire : évocation de la mère, notamment, beaucoup, douleur discrète de la maladie et de la mort, du père (p. 165), pour le « maintenant » fugitif, et fleurs ou forêts offertes à des prénoms-visages, et éloge-hommage, tout le vivant offert (p. 157). Arrière-plan, ou, au contraire, la vitre de sens à travers laquelle voir. Ou les deux, à la fois le soubassement de l’intime, pas très explicite, et l’écran de la perception, où projeter les questions terriennes.

Les lieux évoqués, les strates de la nature, retrouvent une région, celle de l’Arve, rivière native, lieu source d’un rapport au monde : nos lieux nous créent et leur évolution nous modèle ou nous interroge. On regarde et on sait mieux. Important, le regard, dans ce livre, pour vaincre le risque d’amnésie, de distraction, d’irresponsabilité devant le drame de la nature ravagée par nous : oublier les abeilles et la terre. « Terre sentinelle », la clé du titre est page 139 (« il neigenoire (...) et la terre / sentinelle  /// s'interrompt » ). Autre clé, la citation-exergue de Philippe Beck (p.141) : « Mais maintenant / a-t-on besoin d’aller vers l’enfer ? »

Somme : poème, récit fragmentaire, anthologie… et listes de noms, répertoire des êtres du vivant (comme la « proposition pour 35 noms d’espèces d’abeilles », p.51).

En exergue (p.11), cette citation de Guillaume Lecointre : « Tout récit est une sélection arbitraire d’instants au sein d’un continuum. », pour rencontrer cette pensée, p.15 : « La segmentation est l’origine d’une continuité ». Quel rapport avoir avec le temps et l’écriture du temps ? Les instants surgissent, vie personnelle et parcours des yeux sur le monde vivant. Peu importe la chronologie, ce qui fait récit et sens c’est ce qui reste de ce qui est perdu de l’enfance, l’origine de la perception : « Etre est d’origine davantage que survivre », p. 24 (mais cela concerne tout être vivant).

Quelques pages sont en anglais, et des mots glissés ici ou là dans le tissu des textes, comme des respirations dans le livre, pour le plaisir d’autres sonorités, où la rencontre des mots et des sons de l’anglais crée une autre musicalité du français… J’aime ce métissage linguistique : il est discret mais efficace. « Blue thinks / Blue sings / Blue talks » (p. 27) et (p. 29) « bleu rêve / rêve même / sans le bleu », vers que j’arrache à une longue méditation sur la couleur. Bleu, ici, ailleurs rouge ou vert. Même effet, musical et visuel, dans l’alternance des vers et des textes en prose, informatifs, ou des vers et des listes).

« Le chant précède l’oiseau » (p.65). Et le poème l’écrivain ?

Mais parfois il ne reste que le « fil » (p.83).

Je ne suis pas du tout l’ordre des pages, mais celui de mes relectures : des mots font écho, des pages résonnent, « traduisent » autrement les mots lus…

« Poreuse », traversée par la conscience de la terre (une urgence ?) c’est celle qui écrit qui devient sentinelle pour la terre « porteuse du porème / en fer de lance » (p. 143). Le poème devient ce qui déchiffre et donne à voir une imprégnation de savoir, un autre ressenti.

Voilà donc une somme d’écriture pour dire  cette porosité agissante, contre l’enfer de la « neigenoire », de la destruction. Contre la peur, la menace. La poésie, ici, donc, commence par « dire le nom des choses » : ce n’est « pas encore / le poème » mais « un peu / plus  /que lui  / déjà » (p. 16O). Dans l’interstice du moins et du plus l’écriture devient, intense et profonde (même s’il semble qu’il y ait une volonté de privilégier la surface des choses, pour rester dans la proximité simple et humble du vivant) et la réflexion sur la poésie, aussi, se prolonge dans les pages suivantes... « cela qui nous regarde nous regarde / vraiment » (p.161).

L’écriture est accompagnée par les dessins de Ianna Andréadis ( http://ianna.online.fr/livres.html ). La table des matières, elle, est en quatrième de couverture, comme un poème supplémentaire, du fait de titres très beaux.

……………………………

Liens :

Fiche wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fabienne_Raphoz

Page de l’édition Héros-Limite : Fabienne Raphoz : http://bit.ly/1Mvjq9M

Notes de lecture… sur :

Poezibao, par Florence Trocmé : http://bit.ly/1erPYm4

Sitaudis, par Tristan Hordé : http://bit.ly/1HTly7a

Le littéraire, par Jean-Paul Gavard-Perret : http://www.lelitteraire.com/?p=10474

Terres de femmes, par Angèle Paoli : http://bit.ly/1IzgzM8

Et, pour un autre recueil, sur Littérature de partout, par Tristan Hordé  : http://litteraturedepartout.hautetfort.com/tag/fabienne+raphoz 

24/07/2015

Lecture… Au sud de l’Occident, de Laurent Doucet

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Effacement, écrit Christian Viguié en introduction, effacement pour laisser parler autre chose que soi.

Oui, dans ce livre, un silence d’écoute semble être une sorte de programmation intérieure pour un voyage particulier. Laurent Doucet l’écrit dès la première page : « voir sans être vu ». Espaces entre les lignes, marge blanche qui signifie ce silence pour rendre le regard possible. Juste des notations sur des fragments de paysages, choses vues, la nature et les signes du lieu. Le végétal (« peuplier / cèdre / roseau » (…) coquelicot  (…) blé … palmeraies… Le minéral : sable…).

Mais les portes, le khôl, des «fils d’or », réels ou métaphoriques : l’humain, par les objets, les corps, les yeux.

Et, aussi, au-delà du lieu d’un désert marocain (« dunes », « sable ») la remontée des « cours d’eau caillouteux » semble souterrainement accompagner le parcours pour un itinéraire qui engage l’antériorité de questions personnelles. Il y a le silence pour l’innocence du regard : que seul le lieu existe, avec les êtres qui y vivent, pour une rencontre vierge, qui voit cependant autant la beauté que la violence et les souffrances, et sait le sel des larmes, pas seulement la beauté des arbres (« figuiers », « grenadiers »), pas seulement le son de l’oud.

Un motif intérieur, ou motivation (c’est un peu pareil), révèle des cercles et nœuds de questions à dénouer : « Quoi que tu fasses désormais / la vie / sera toujours un jardin que tu quittes ». Peut-être les caillouteux parcours et ce sable fascinent-ils au point de retenir (c’est douleur de s’arracher au lieu), hypnose volontaire qui fait pénétrer profondément dans la perception des pierres, du miel et des épices. Car la connaissance de l’autre lieu passe par l’intimité du corps qui goûte. Mais… « Plus ta langue réclamera d’épices / plus ta vie quittera de jardins ». On peut le comprendre aussi autrement. Ce qui est fort, trop fort, le piquant des épices, ce serait le piège de trop de présence de l'ego dans le plaisir du réel matériel, risque de fuite en avant, et de perte de soi pour le mirage du toujours plus (plus de sens, plus de beauté) : la phrase serait un frein de conscience, mise en garde, vœu de sagesse... 

Magie de « l’obsidienne semée par le vent », son que seuls entendent ceux qui ouvrent une oreille intérieure, et font écran au bruit des touristes ou des fausses apparences. Car ainsi la vraie rencontre est possible, mais c’est une soie fragile, comme celle que lavent des femmes. « Le réel est plus fort que le roseau », car « la poésie ne peint pas le paysage ». Non, il y a tout le reste dont elle est débitrice, le réel des êtres : « ils trônent au fond de tes yeux ». Cependant, luth ou souffle, c’est une possible métamorphose : « l’or du secret ». Rien n’est donné sauf le chemin. Et l’or se révèle à la relecture…

Page éditeur, La Passe du Vent (le livre est bilingue français-anglais) : http://www.lapasseduvent.com/Au-sud-de-l-occident.html

20/07/2015

ARBRES, un monde infini…

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« Un seul arbre, une seule ombre, et un homme. » 

(…) « Personne ne tient  / la frontière / qui mène / du signe au songe »

André Velter, L’Arbre-Seul, coll. Poésie/Gallimard

« Ce qui m’enchante ce sont les feuilles. Multicolores comme les fleurs. »

Jacques Henri Lartigue, citation affichée, exposition de la MEP (24 juin au 24 août 2015) : http://www.mep-fr.org/evenement/lartigue/ 

Si on aime les arbres, on commence par les contempler, les photographier (et les photographier transforme le regard qu’on a sur eux), mais on a envie aussi de rechercher le sens du regard de tous, culturellement, historiquement. C’est un voyage dans une géographie mentale, une plongée dans l’inconscient collectif, une occasion de questionnement, aussi, sur son lien avec la nature, y compris celle qui trouve sa place dans les villes, arbres des rues, des jardins, des parcs. Arbres sculpteurs dont les branches dessinent des formes magnifiques, chorégraphies de bois. J’ai photographié une centaine d’arbres, récemment, photographies posées dans le tiroir invisible du temps…

Quand on lit des ouvrages sur des arbres, symboliquement, métaphoriquement, ce n’est plus seulement l’arbre de la forêt (ou des jardins) qui est pris en compte (même s’il l’est, concrètement), mais un arbre mythologique, qui rejoint le cosmos, le représente, traduit du sens. Avec cette notion, aussi, d’arbre intérieur, dans la perception de l’énergétique chinoise, indienne, tibétaine, autour de la conception des centres énergétiques (une géométrie du corps et du psychisme). D’un continent à l’autre (Asie, Afrique, Amérique, Australie, Europe) les conceptions divergent par les mots et les structures, mais d’une manière ou d’une autre on retrouve la figure de l’arbre. Arbre présent dans la poésie, la fiction, la peinture, le cinéma (présence répétitive de l'arbre dans les films d'Andreï Tarkovski : L'Enfance d'Ivan, Le Sacrifice, Andreï Roublev...).

Dans la culture religieuse, ésotérique, on parle d’arbre de vie. Pour la Bible c’est l’arbre de la connaissance, et dans la Kabbale l’arbre séphirotique du microcosme miroir du macrocosme, univers cosmique…  Géométrie rêvée ou source de sagesse, chacun en fait la lecture qu’il veut, mais ce sont des élaborations humaines qui tentent de déchiffrer le réel, donc méritent le détour.

Un livre offre le parcours de la vision de l’arbre au cours du temps, « La Douceur de l’ombre. L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », d’Alain Corbin, éd. Fayard (découvert par une critique de Roger-Pol Droit dans Le Monde, « Le besoin d’enlacer les arbres », 18-04-2013) : http://bit.ly/1ecBAhC

Page éditeur, Fayard : http://www.fayard.fr/la-douceur-de-lombre-9782213661650

Chez Decitre, diffusion : http://www.decitre.fr/livres/la-douceur-de-l-ombre-9782213661650.html

...

Pour parcourir une sorte de géographie des arbres on peut consulter les sites suivants très riches (dont pages sur Facebook, publiques, visibles comme des blogs) :

Arbres remarquables (avec une carte de France), de quoi découvrir : http://www.arbres.org/arbres_remarquables.html

Arbres vénérables : https://krapooarboricole.wordpress.com/liste-des-arbres-venerables/

Liste d’arbres remarquables, monde, wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27arbres_remarquables

Page Facebook, Arbres remarquables du monde, photographies. Regarder et connaître : https://www.facebook.com/ArbresRemarquablesDuMonde

Page Facebook, Arbres remarquables et boisés de France, iconographie (arbres, créations). L’arbre source de culture et art : https://www.facebook.com/arbres.remarquables.france

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Pour aller au-delà du sens premier :

Page wikipedia, avec de nombreux liens vers des articles divers sur différentes visions (chamanisme, symbolisme, etc.). Arbre du Monde : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_du_Monde

Bible, Kabbale, belle galerie iconographique sur ce thème, page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre_de_vie

Arbre de vie, sur Esopedia : http://esopedia.urobore.net/Arbre_de_Vie_(g%C3%A9n%C3%A9ral)

Arbre séphirotique : http://users.skynet.be/lotus/tree/sefirot-fr.htm Et (définitions) : http://cnrtl.fr/definition/se%CC%81phirotique plus (symbolisme, iconographie) : http://www.kabbale.eu/rubrique/etudes-kabbalistiques/kabb...

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Lecture chamanique, c’est ce que fait Mario Mercier dans son livre (interprétation et pratique initiatique), « L’Enseignement de l’arbre-maître ».

Page éditeur, éd. Du Relié : http://www.editions-du-relie.com/L-enseignement-de-l-arbre-maitre.html

Et chez Decitre : http://bit.ly/1DqXrsa

Arbre support de retour sur soi… Entre rêve et méditation. Des cartes (une sorte de tarot des arbres), arbres du monde entier. "L’Oracle des arbres", par Jane Strythers, éd. Guy Trédaniel. Diffusion Decitre ou Amazon : http://www.decitre.fr/livres/l-oracle-des-arbres-9782813205056.html

Vision ésotérique, aussi, mais qui rejoint ce que disent les taoïstes sur l’arbre (échange entre les humains et l’arbre. Deux livres de Marie Emilia Vannier. Autoédition, diffusée largement (Amazon, etc.) : http://www.arbreguerisseur.com/

© MC San Juan (TramesNomades)

27/05/2015

Andalousie ? Non : Andalousies...

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Ancestrale Andalousie à l’histoire complexe, aux récits parfois contraires. Et même si la réalité est  recouverte en partie par une mythologie idéale, il reste des mémoires transmises, qui touchent à un mystère identitaire. Ce qui est passé, de génération en génération, c’est un goût musical commun à plusieurs rives, les mêmes chants, un tissage de langues, une esthétique visuelle, architecturale notamment, qui transcende les frontières. Et des visages qui se ressemblent, car les gènes, au cours des siècles, ont circulé... Emprunts biologiques nés d’amours frontières. Andalousies, dit Jacques Berque, car ce pluriel donne une direction à la fraternité que les êtres humains, malgré tout, cherchent. L’Andalousie a ceci de particulier, qu’elle reste, plus qu’une région, une patrie intérieure des exilés, longtemps après qu’ils aient raconté leurs migrations, ou leur fuite, longtemps après, chez leurs descendants. Elle se fait centre diasporique, repère. Et quand on entend chanter Marlène Samoun, pour des chants sépharades en plusieurs langues, ou qu’on entend le violon ou la voix de Rachid Brahim-Djelloul, on part dans un voyage intime, on pénètre dans les douleurs et les joies de milliers de noms (avec les nôtres peut-être), dans un passé lointain, et dans le présent si proche qu’il suffit de quelques mots en espagnol ou de quelques heures en train, pour traverser le temps... Elle est peut-être, notre Andalousie métisse, la patrie intérieure de tous les humanistes, de tous ceux qui refusent les entraves de la haine, les pièges des barrières.

Il y a aussi, dans la souterraine identité andalouse (et espagnole), la conscience marrane. Ce mot peut se lire comme une injure faite aux conversos (porcs, pour ne pas vouloir en manger), ou trouver dans l'hébreu le sens de consciences forcées (à la conversion). Car des 5% de Juifs, seuls 12% partirent. C'est ainsi que certains donnèrent des saints chrétiens, authentiques mystiques ne sachant plus leur identité religieuse familiale (car leurs parents les protégeaient en ne la leur disant pas...). Et c'est ainsi que l'Espagne andalouse s'interrogea beaucoup, après le franquisme, sur les interférences cachées de ses visages culturels et spirituels...

On peut aller plus loin dans les questions, et sentir, encore plus, le ridicule des enfermements identitaires. Zev ben Shimon Halevi (Warren Kenton), kabbaliste anglais fascinant, écrivit un roman initiatique sur l'Andalousie des mystiques, "L'Envoyé de l'Esprit", publié d'abord en anglais à Londres et à New York, puis en français en 1991. Rencontres de destins, groupes hétérogènes qui s'enseignent. Talmud, kabbale et soufisme qui se frôlent et s'interpénètrent, familles qui se croisent... Chrétiens récents aux antécédents juifs "ou" musulmans, et même juifs "et" musulmans. Cela commence par "un matin glacé du printemps de 1491". Cela finit sur une scène de mort et son contraire. On parle de "l'envoyé de ce temps". (Non le Messie final des uns ou des autres, mais le "Katub", un esprit ordinaire en apparence - singulier ou pluriel - qui supporte le monde par son feu intérieur... Que les êtres ne reconnaissent pas, ou reconnaissent, et qui meurt, comme tous, suivi par un autre.) Il y a Rachel et Avraham, Hakim et Mora, à la fin, page 239. Rachel... "Mon père était juif et ma mère maure, avant que nous devenions chrétiens.", avait-elle dit, page 100... 

Encore plus loin? Si on parle à un taoïste ou un mystique tibétain, il dira que, sans doute, dans d'autres vies que parcourut notre âme, nous avons, nous, parcouru plus que des vies. En voyageur d'identité... Juif une vie, musulman une autre, chrétien la suivante, athée cérébral une autre fois, ou avant. Agnostique, souvent, en recherche de lucidité. Méditant parfois, et sage, peut-être, ou fou. En tout cas ennemi de soi-même dans les vies d'intégrisme, d'inquisition, de fermeture communautaire, tuant son miroir ou son frère. Mais il dira aussi qu'au bout du bout du temps (qui n'est pas ce que l'on croit) on finit par prendre conscience de ce que sont les mirages de nos rivages intérieurs, et par se voir soi-même dans l'autre, sage ou fou. Car notre réalité est une mise en abyme...    

« J’appelle à des Andalousies toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l’inlassable espérance. » Jacques Berque, né en Algérie, leçon de clôture prononcée au Collège de France, en juin 1981.

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LECTURES....

"El Ideal Andaluz", de Blas Infante, Sevilla, Arévalo, 1915. Réédition, Sevilla. Junta de Andalucía, 2010, centrodeestudiosandaluces.es : http://bit.ly/1KyxuOQ

"Identité andalouse", de Gabriel Martinez-Gros, Actes sud, 1997 : http://bit.ly/1AwVsqe

"Al-Andalus, 711-1492", de Pierre Guichard, Hachette/Pluriel. Sur le site Bibliomonde : http://www.bibliomonde.com/livre/andalus-711-1492-1814.html

 "Construction des identités", l’exemple de l’Andalousie. Recherche d’Ébane  Mexcin, Montpellier : http://bit.ly/1EwiBEi

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Sites...

L’Andalousie par elle-même, "Así es Andalucía", andalucia.org : http://bit.ly/1RmaP9r

Fiche wikipedia (liens, dont portails): http://fr.wikipedia.org/wiki/Andalousie

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Notes antérieures...

J’ai fait une mise à jour dans une note du 07-03-11, en constatant un manque étonnant (note qui était suivie d’une autre page, le 11). Multiples liens, livres et musique, sites dédiés, aussi : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/03/07/andalousies.html

Autre note, complémentaire, le 11-03-11 : http://bit.ly/1GC3dfO

11/05/2015

Edouard Glissant. Retour sur une œuvre majeure...

Le Sel noir.jpgSOLEIL de la conscience.jpg

« L’écrivain est l’ethnologue de soi-même » 

Edouard Glissant cité par René de Ceccaty, Le Monde (papier), 4-2-11

Au soir tardif du 10 mai, je relis une de mes notes de 2011, sur cet auteur, un hommage juste après sa mort. Quand on se souvient des drames que les pièges identitaires (forcément inégalitaires et vouant les êtres au racisme) ont causé dans l’histoire, relire un penseur-poète qui nous propose une éthique du nomadisme, une dynamique des interférences, ne peut que nous aider à traverser ces pièges. De ma note (très longue, par les très nombreux liens) je ne reprends ici qu’un fragment, nécessaire, et des citations (en ajoutant une), peu de liens (mais j’en ajoute trois)...  Ci-dessous...

Dénonçant  l’enfermement dans une identité limitative qui resterait figée, il opposait notamment les notions de créolité et de créolisation, ce dernier concept se posant dans la dynamique d’un monde moderne exigeant de l’individu l’acceptation d’une réflexion sur son identité, pas pour la renier, mais pour prendre conscience de sa nécessaire transformation du fait des interférences culturelles, des échanges. L’éthique entre les peuples devant être celle de la relation, pas de la domination. Le lisant, on peut comprendre la « poésie » comme genre, mais aussi comme modalité du regard sur le monde, esthétique de l’éthique des interférences. Penser « l’envers lumineux de l’histoire »...

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CITATIONS :

 « Toute parole est une terre / Il est de fouiller son sous-sol / Où un espace meuble est gardé / Brûlant, pour ce que l'arbre dit ». Plus… sur : http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/glissant_champ.html 

« Le nomadisme m’a permis d’échapper à tous les enfermements. Mais en voyageant, on transporte toujours ‘‘ses’’ lieux avec soi, ses lieux communs .Chaque lieu est incontournable. On ne peut le remplacer ni en faire le tour.» (...) « Au plus fort de mon activité politique dans les années 60, j’écrivais des poèmes résolument opaques. L’obscur est le renoncement aux fausses vérités des transparences. Je réclame pour tous le droit à l’opacité.» (Édouard Glissant cité dans l’article de Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur) http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20110203.OBS7408/hommage-le-cyclone-glissant.html

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LIENS :

Le site officiel : http://www.edouardglissant.fr/  (En exergue, ceci : « Le poète achemine la connaissance du monde dans son épaisseur et sa durée, l’envers lumineux de l’histoire qui a l’homme pour seul témoin. »)

Une page sur Recours au poème, « Les Fruits de l’Archipel », par Marc-Williams DeBono : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/les-fruits-de-l%E2%80%99archipel/marc-williams-debono

Un sommaire (articles sur l’auteur), remue.net : http://remue.net/spip.php?mot119

Et... la note (liens, dont papalagi...) sur Trames nomades, en 2011... Edouard Glissant, le poète, le penseur du Tout-Monde, de la "créolisation" du monde. Hommage : http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2011/02/05/edouard-glissant-le-poete-le-penseur-du-tout-monde-de-la-cre.html

01/05/2015

POESIE VISUELLE, note introductive...

BLAINE POESIE.jpgVISU POESIE.gif

Voici une introduction à la poésie visuelle... Mon regard, pour commencer, puis des citations issues de recherches universitaires, dont la lecture de ce qui est lisible en ligne est fort abordable (d'abord un essai de définition sur la poésie visuelle, comme forme poétique, ses sources, son évolution, puis  une thèse sur un poète visuel). De nombreux liens suivent (page BNF, textes, SITES - très beaux visuellement, livres, bibliographies, vidéo, film, PORTAILS de liens, répertoires... Etc.)     

Passionnantes approches, qui peuvent ouvrir une porte (des portes)  vers une étude approfondie et éclairante. Ceci peut concerner des passionnés, déjà intéressés et lecteurs "visuels", mais aussi être l'occasion d'une découverte aux promesses infinies, pour les autres. La poésie, qui peine souvent à se faire lire, est un domaine où se manifestent des tentatives de métamorphose de ce que peut être tant l'écriture que la lecture. Parfois cela va jusqu'à une conscience d'art total. Créer avec l'énergie vitale de tous ses sens, faire entrer le poème dans une chorégraphie, le geste dans le poème... Penser et vivre le regard créateur de poésie au même titre que la main qui trace des mots. Laisser dans l'image les mots se deviner, s'inventer. Provoquer, par des techniques diverses, dont la photographie, un graphisme sans lettres, ou lettres captées autrement. Faire du regard un acteur de poésie, au même titre que l'intellect qui use des mots, des alliances de sens. Traverser des limites. D'autant plus que les outils que nous avons actuellement nous donnent la possibilité de les transformer en stylos alternatifs et rejoindre, ainsi, l'art plastique, les arts visuels, les arts du geste, la danse... Etc.   

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« La poésie visuelle : essai de définition », par Vincent Foucaud , agrégé d’espagnol, recherche (thèse) sur la poésie visuelle.  (Archives ouvertes. HAL, document bilingue anglais-français). Pour une approche vraiment informée : https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00658808/document [ CITATIONS : « Elle est une forme de poésie expérimentale et se trouve par conséquent intimement liée à d’autres formes de poésies contemporaines comme la poésie sonore, la polypoésie, la typoésie, la poésie concrète, la cyberpoésie... » (...) «... Cette forme d’art ultra-contemporaine (en effet, les anthologies existantes citent toutes des poètes vivants) s’inscrit dans la très ancienne tradition de la poésie figurative que l’on fait remonter à l’Antiquité. » (...)  « Mais la poésie visuelle s’inspire aussi des multiples associations texte-image qui parsèment les arts visuels, depuis les hiéroglyphes égyptiens de l’Antiquité jusqu’aux tableaux de Miró qui intègrent des mots dans la peinture, comme dans l’oeuvre ‘Escargot femme fleur étoile’(1934). La poésie visuelle est donc née de traditions artistiques diverses et anciennes. Elle se présente pourtant comme une forme d’art inédite et novatrice.» (...) «... Nous essaierons de mettre en évidence les caractéristiques propres à la poésie visuelle. Pour cela, nous nous appuierons uniquement sur un corpus espagnol, plus précisément sur 235 poèmes composés par quelques 58 poètes visuels, tous cités dans l’ouvrage de Alfonso López Gradolí : ‘Poesía visual española (Antología incompleta)’(Madrid, Calambur, 2007» (...) «... Cette réflexion d’ordre méta-artistique était sous-tendue par un système multi-réflexif complexe de mises en scène du signifiant. » / « Ce qui frappe en premier lieu quand on s'intéresse aux poèmes visuels, c'est leur caractère ludique. » (...) «... Les poèmes visuels sont davantage caractérisés par une réflexion plus profonde sur la poésie elle-même, sur l'art en général et sur le statut du poète. » (...) « par sa forme hybride associant plusieurs sémiologies souvent issues de plusieurs disciplines artistiques, elle pose plus que jamais le problème des frontières entre les différents arts et celles entre l'art et la littérature. Cette caractéristique de la poésie visuelle a été mise en évidence par la poétesse visuelle Julia Otxoa qui parle de « ‘poesía visual como arte combinatoria.’ » (...) « Ce caractère combinatoire de la poésie visuelle pose parallèlement le problème du statut du poète visuel qui n'est plus jugé sur son style d'écriture ou sur sa manipulation des vers ou des rimes, mais bien sur sa virtuosité à composer les macro-signes que sont les poèmes visuels. Certes, le poète visuel reste un assembleur de signes, mais il ne s'agira plus d'associer dans un syntagme des signes linguistiques comme le fait le poète traditionnel, mais des signes linguistiques avec des signes iconiques. Ces signes iconiques se révèlent parfois être des images insérées par montage, sans que celles-ci soient modifiées par la main du poète. » (...) «... Cette forme d'art est constituée d'un enchâssement de réflexivités fondées sur plusieurs mises en scène simultanées du signifiant.» (...) « Ainsi, en conclusion, nous pouvons observer que la poésie visuelle est une forme transcendante d'art dans le sens où elle s'interroge sans cesse non seulement sur sa propre matière, mais aussi sur la notion d'art et plus généralement sur le langage. » (...) « Elle rappelle ainsi que la lecture est un acte tout aussi subjectif que l'écriture. »] TEXTE intégral sur le site, voir le lien ci-dessus...

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THESE de Marc Audi, 2011, Sorbonne et Barcelone. Sur la poésie visuelle de Joan Brossa (1919-1998). SEPT PAGES (passionnantes) de présentation de l’objet de la thèse, à lire là : http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/AUDI_position.pdf [ CITATIONS :  « L’objet de cette thèse est de décrire, de mettre en contexte et d’analyser l’intégralité de la poésie visuelle de Joan Brossa, composée de 1941 à 1998, en très grande partie inédite à ce jour. Considéré comme l’une des personnalités majeures de la littérature et de l’art expérimentaux du XXe siècle en Catalogne et en Espagne, son oeuvre est un pivot entre les avant-gardes historiques – très riches dans les domaines catalan et espagnol. » (...) « Brossa mit au centre de ses recherches la poésie qu'il a appelé visuelle à partir de la fin des années 1950. C'est précisément dans ce domaine particulier que l'on peut lire, aujourd'hui, une partie de l'histoire des croisements entre l'art et la littérature des cinquante dernières années. » (...) « Ses liens avec le groupe madrilène El Paso dans les années 1950, les dialogues de la poésie visuelle de Brossa avec l’oeuvre plastique de Tàpies, Chillida ou Miró à partir des années 1960, sont quelques exemples d’un travail ouvert sur son temps. Outre ces collaborations, ’étude de la poésie visuelle fait apparaître le contexte comme un matériau en soi. La récupération, l’objet trouvé, le travail à partir de la presse, sont des techniques de composition que Brossa hérite du dadaïsme et du surréalisme, mais qu’il porte à un degré de pertinence extraordinaire, dans une Espagne et une Catalogne muselées. » (...) « Dès le début de nos recherches, le dépouillement des archives de poésie visuelle à la Fundació Joan Brossa de Barcelone a été une source d’émerveillement et de questionnement. Les originaux de plus de mille poèmes visuels y sont conservés, souvent organisés en recueils inédits, des séries de collages de matériaux de récupération, verbaux ou alphabétiques essentiellement. Nous avons conçu le projet d’en établir une recension intégrale » (...) « La première partie de cette étude est consacrée à la définition du concept de poésie visuelle en général. Celui-ci interroge les limites et la nature du genre poétique, auquel Brossa reproche son enfermement dans le domaine strictement littéraire. Si la poésie visuelle est un autre de la littérature, il faut donc déterminer en quoi, et selon quels principes. L'examen de la notion de poésie expérimentale s'avère nécessaire avant de parvenir à l'une de ses branches, la poésie visuelle. » (...) « Reprise probablement au poète italien Carlo Belloli, puis utilisée par de nombreux poètes expérimentaux dans toute l’Europe et en Amérique avec des variantes depuis les années 1950 – dont celui plus connu peut-être de poésie concrète –, la notion de poésie visuelle est restée fort vague. Elle désigne une poésie dont les enjeux formels et sémiotiques reposent fondamentalement sur l’image plutôt que sur le langage. L’héritage de l’oeuvre de Kurt Schwitters, qui fut avant tout poète, et du questionnement radical de Dada sur le langage et la signification y est très présent » (...) « Cependant dans le domaine littéraire, toujours dans le sillage de Dada, l’incessante exploration brossienne transforma la manière de concevoir, d’imprimer, de diffuser et de ‘lire’ les poèmes.» (...) « Les poèmes visuels sont donc des objets hybrides, sur la ligne de partage très poreuse au XXe siècle entre les domaines littéraire et plastique. » (...) « Ce sont des poèmes sans syntaxe, la plupart du temps sans texte, l’image n’y ayant pas de fonction illustrative. Une poésie qui compose des images non rhétoriques, des images au sens propre, représente un défi théorique pour la critique littéraire, » (...) «... Brossa propose une nouvelle perception du poème ainsi qu’une nouvelle façon de faire de la poésie qui répond à ce qui lui apparaît comme une insuffisance du texte. Le texte, pour Brossa, n’atteint l’imagination que de manière indirecte et médiate ; il faut solliciter d’autres sens, de nouvelles formes. Le bouleversement technique va de pair avec un renversement de l’attitude poétique : le poète-médium transcrivant des images rêvées cède le pas au poète visuel qui crée directement de nouvelles images. » (...) « La poésie visuelle dialogue alors avec la création proprement plastique. » (...) « Brossa baptise ses créations plastiques du nom de poésie visuelle. C’est un parler paradoxal dans la mesure où dans ses images le poète se tait tout en disant ceci est un poème. En quoi ces images sont-elles des poèmes ? La poésie naît ici des liens incessants que l’image entretient avec la lettre, mais aussi et surtout, des séries ordonnées d’images. » (...) « Les poèmes visuels s’inscrivent dans une syntaxe propre. » (...) « ... le hasard joue un rôle essentiel jusque dans la réflexion sur l’existence que Brossa a de plus en plus menée dans sa poésie littéraire. » (...) « La thèse comprend (...) une base de données comprenant plus de mille poèmes visuels. » (...) « ... utilité pour les archives de la Fundació Joan Brossa, qui viennent d’être transférées au Museu d’Art Contemporani de Barcelona (MACBA). » Page sur Joan Brossa (musée) : http://www.macba.cat/ca/brossa-joan

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Documentation BNF : http://data.bnf.fr/11959250/poesie_visuelle/

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TEXTES :

Jacques Donguy, « Poésie visuelle internationale », parcours : http://www.costis.org/x/donguy/poesie-visuelle-fr.htm

Poésie visuelle (« ‘l’interlangue’ de mon siècle »), par Gaëlle Theval, revue littéraire Trans : http://trans.revues.org/157

« Penser l’image, voir le texte », par Bettina Thiers , La vie des idées : http://www.laviedesidees.fr/Penser-l-image-voir-le-texte.html

« Le poème visuel », préface d’une anthologie, par Harry Polkinhorn, sur  le blog de Lucien Suel : http://academie23.blogspot.fr/2007/10/anthologie-posie-visuelle-harry.html

« La poésie visuelle », par Giovanni Pozzi , page Books google : http://bit.ly/1DIwI9b 

Artwiki. Poésie visuelle, texte : http://www.artwiki.fr/wakka.php?wiki=PoesieVisuelle

Jean-Jacques Thomas, « Essais sur la poésie française », éd. P.U. Lille, sur un livre de Pierre Garnier (« Spatialisme et poésie concrète », éd. Gallimard, 1960), page Books Google : http://bit.ly/1JGQwCd 

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SITES dédiés, œuvres, poètes visuels :

Xavier Dandoy de Casabianca : http://xddc.org/index.html

Démosthène Agrafiotis : http://dagrafiotis.com/?cat=8&lang=fr

Hortense Gauthier : http://des-plis-et.com/tag/poesie-visuelle/

Ratures, SITE (collectif) d’expression poétique (Grenoble): http://ratures.over-blog.fr/album-1299672.html

Poésie cybernétique, scriptpoèmes, photographies  d’Antero De Alda, et ANTHOLOGIE de poésie visuelle : http://www.anterodealda.com/p_visuelle.htm

Collection de poésie visuelle et sonore, site de poésie Tapin : http://tapin2.org/

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LIEUX, événements :

Galerie 13 (et liens): http://poesievisuelletreizegalerie.blogspot.fr/

Galerie nomade, librairie, livres d’artistes : http://artistesdulivre.com 

Association PAGES, promotion du livre d’artistes : http://www.pages-paris.com

Librairie Nicaise : http://www.nicaise.com

Biennale de poésie visuelle et Festival « Poètes pour la paix » (avec  trois ONG : ‘Poetas del mundo’, ‘100 thousand poets for change’ et ‘World poetry movement’ : http://www.lr2l.fr/acteur/biennale-de-poesie-visuelle-ille-sur-tet.html

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LIVRES :

« Typoèmes », livre de Jérôme Peignot (typographie et poésie visuelle), éd. du Seuil : http://jeromepeignot.free.fr/2004-peignot-typoemes/2004-00.html

LIVRE, de Julien Blaine, « Cours minimal sur la poésie contemporaine » (quelques clés sur la poésie), éd. Al Dante : http://al-dante.org/poesie/blaine-julien-cours-minimal-sur-la-poesie-contemporaine/ 

Et citation (le « descriptif ») sur Cultura : http://bit.ly/1FDPXa0 

Plus... BIBLIOGRAPHIE, tag ‘poésie visuelle’ (dont plusieurs ouvrages de Julien Blaine), éd. Al Dante : http://al-dante.org/shop-4/product-tag/poesie-visuelle/

Bibliographie, Médiathèque de Paris : http://bit.ly/1dBKfKQ 

Ilse Garnier, « Jazz pour les yeux / Anthologie de poésie spatiale, éds. « L’herbe qui tremble » : http://www.lherbequitremble.fr/catalogue-Garnier.html

Pierre Garnier, « Manifeste pour une poésie nouvelle, visuelle et phonique », éd Silvaire (fonds cédé aux Eds du Rocher). / Texte sur Pierre Garnier (Célébration) , par  François Huglo, sur Sitaudis : http://www.sitaudis.fr/Celebrations/pierre-garnier-un-agitateur.php

« Visuelle poésie », éd. Reclam Phillip. Sur Decitre : http://bit.ly/1zl8czz 

BIBLIOGRAPHIE, BNF, le livre d’artiste, PDF : http://www.bnf.fr/documents/biblio_livre_artiste.pdf

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DOSSIER: « Avant-gardes poétiques et littérature numérique » : http://www.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/5_basiquesLN.php

ETUDE  et  reproductions, « Des signes dans l’espace », sur Recours au poème : http://www.recoursaupoeme.fr/essais/des-signes-dans-l%E2%80%99espace/lucien-wasselin

ENTRETIEN avec Philippe Castellin, par Alexandre Gherban, sur Poezibao. « La poésie est sans épithète » (ou les cloisons qui sont des leurres...) : http://bit.ly/1ECFf1o

PUZZLE d’écrits de 1 à 11 (au 29-04-15), par Camille de Toledo, « Manifeste d’un art potentiel » (pour situer la question de la poésie visuelle dans le contexte général de la création contemporaine, XXI è siècle), Remue-net : http://remue.net/spip.php?article7235   (en marge le sommaire de l’ensemble)

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SOMMES...

« L’œil littéraire. La vision comme opérateur scriptural », collectif, P.U. Rennes. Etudes réunies par Paul Dirkx : http://artsetmondesocial.blogspot.fr/2015/03/lil-litteraire-la-vision-comme.html

« Anthologie du graphisme », éds Pyramid : http://pyramyd-editions.com/anthologie-du-graphisme/

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Cédérom, Académie de Grenoble, « Créations poétiques au XXème siècle », site de Créteil : http://bit.ly/1ECGsFV 

Effets spéciaux et poésie visuelle, Jean-Marie Marbach. VIDEO  : http://www.jm-marbach.net/

FILM, documentaire de Claudio Francia, « De la poésie visuelle à l’Art total », Yadé films : http://www.lussasdoc.org/film-de_la_poesie_visuelle_a_l_a... 

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PORTAIL :

Répertoire de poésie (portail, nombreux sites) : http://repertoiredepoesie.free.fr/ecriture-online.htm#editeursonline

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IMAGES Google. Poésie visuelle : http://bit.ly/1GDr7Ty 

Poésie visuelle contemporaine. IMAGES Google (des images communes, et quelques images présentes sur une page et pas sur l’autre...)  : http://bit.ly/1zAwNku 

Images google, livres d'artistes : http://bit.ly/1Y2rK5u

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PAGES wikipedia (pour certains liens, certaines références) :

Poésie visuelle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_visuelle

Poésie graphique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie_graphique

Calligramme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Calligramme

Livre d'artiste : https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d%27artiste 

19/04/2015

Huy Thiêp NGUYEN. Leçon d’écriture, leçon de liberté... "Refuser de courber l'échine..."

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« Il en est de la littérature comme de la Voie. Etre, c'est ne pas être; ne pas être, c'est être. "Plein" et "vide" sont des catégories de la pensée (...) si l'on considère la littérature comme une voie parmi tant d'autres, afin de se perfectionner, on ne se sera pas trop trompé... » (Un maître parle...)

Huy Thiêp NGUYEN, « Mon oncle Hoat et autres nouvelles »

Il y a des relectures qui résonnent en nous particulièrement. Celle d’un article de L’Express, de 2012, prend un sens différent, en fonction de l’actualité récente, des dissensions idéologiques brutales qui font devoir se positionner dans le combat contre les fanatismes, les intégrismes, et les pensées de haine. (Mais ce ne sont pas vraiment des pensées, celles-ci, juste des fracas émotionnels qui sortant de la part la plus sombre des peurs souterraines construisent des machines mentales de destruction, ou des complicités avec ces machines mentales. Porosité des univers des mots...).

Dans cet article, qui suit l’interdiction faite à Huy Thiêp Nguyen de sortir du Vietnam, pour répondre à une invitation à l’étranger (France...), tout est dit de la situation des écrivains dans ce pays, et tout est dit de la manière dont cet auteur trouve le moyen de traverser les murs qu’on lui oppose. Tout est dit aussi du choix qui reste à ceux qui refusent les oppressions totalitaires, qu’elles soient politiques ou religieuses. Et du choix qui reste à tous, partout : « refuser de courber l’échine ».

Lire ceci : « L'écrivain doit nager à contre-courant et, par conséquent, il s'attire constamment des ennuis, dit Thiêp. Qu'importe qu'on cherche à lui couper les ailes, il doit refuser de courber l'échine. Car il aime la liberté, et c'est un réel handicap. Cherchons cette liberté dans la douleur, au sein même de la pauvreté et des coups bas politiques. »  (Et lire ou relire tout cet article, précieux, et intégralement en ligne).

L’Express, 21/06/2012, par André Clavel : http://www.lexpress.fr/culture/livre/crimes-amour-et-chatiment_1128950.html

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Ses livres, référencés sur le site « vietnam.aujourdhui »   : http://vietnam.aujourdhui.free.fr/livres/nguyenht.htm

Librairie internationale (livre mentionné en exergue et autres publications de l’auteur) : http://bit.ly/1HIGoHe

Fiche wikipedia : http://bit.ly/1yIZNWO

14/04/2015

Hasard, vent, création... et relecture d’ August Strindberg...

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Je marche, et je deviens street-artiste imaginaire... Puisque je ne le suis pas vraiment, ou seulement si on peut parler de street-art des captations, non de ce qui est peint sur les murs, mais de ce que les murs peignent... Je me contente paresseusement de regarder, et de photographier. Les yeux errent au hasard des pas, et justement, là, je vois une image créée par l’agacement de passeurs (peut-être) qui ont déchiré les affiches, et, sans s’en rendre compte, sans doute, ont participé à une construction mentale collective. Moi j’y vois un ciel, l’image d’un mur aussi, et le symbole de l’écriture qui n’est que cet amoncellement-destruction des phrases venues, effacées, reprises ou jetées, déchirées aussi, puis recréées par l’effarement du temps. J’y vois le vent, des voiles ou des feuilles. Quelqu’un a tracé un chiffre, que je préfèrerais à l’envers (donc que je mettrai à l’envers : il suffira d’un geste du doigt pour que cela s’inverse). Et il reste un fragment du mot cinéma, seule trace minuscule d’un texte, mot (aussi) que je préfère lire à l’envers, ou ne plus pouvoir lire, qu’il n’y ait que les lettres, comme pour un graphe miniaturisé.  

Hasard, vent, création...  En rentrant je regarde l’image jouée aux dés de l’incertain, je note ce qu’elle me dit. Et je repense à August Strindberg, parce que ces trois mots font écho... Recherche d’un petit livre de quelques pages, perdu sur les rayons : « Du hasard dans la production artistique » (publié en 1894, « Revue des Revues »), éd. L’Echoppe, 1990. Relecture... Il raconte comment des Malais utilisent des bambous « végétant aux bois » (son expression), en faisant des trous dans les troncs, et comment « couchés sur terre » ils écoutent « des symphonies exécutées par ces harpes éoliennes gigantesques »... « mélodie et harmonie selon le hasard du coup de vent. » Mais il évoque aussi les tisserands se servant du kaléidoscope, et c’est « l’occurrence aveugle » qui réunit les « morceaux de verre peints ». A partir de cela il explique sa conception de la création, comment il allie recherche et hasard, tant en musique qu’en peinture, pensant qu’il faut « imiter la manière de créer de la nature ». (Oui, ici, en ville, ce sera la nature qui se mêle aux murs et aux sols...).

Ce texte aide à comprendre sa démarche d’écrivain, auteur dramatique. Voir cette page, Encyclopédie de L’Agora : http://agora.qc.ca/dossiers/August_Strindberg  

Jean-Pierre Sarrazac, universitaire et auteur dramatique, lit le texte concernant la peinture et le commente, parlant de « méthode de création transversale », de l’inconscient, d’une « dramaturgie de l’autoportrait » où on cherche à capter la part inconnue en soi, individuelle et commune (le transpersonnel), par la libre association, sorte d’écriture automatique (conception, 1894, qui précède le Manifeste du surréalisme) . Lien : http://www.dailymotion.com/video/xaf46a_jean-pierre-sarrazac-strindberg-pei_creation

Auguste STRINDBERG, encyclopédie Larousse en ligne : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/August_Strindberg/145332

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/August_Strindberg

© MC San Juan (TramesNomades) / Texte et photographie

30/03/2015

« Parole contraire ». Présence contre l’absence, l’évitement, la fuite, le renoncement... Mots autres...

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Page éditeur, « La parole contraire », janvier 2015, Gallimard : http://bit.ly/1z8suFE

 On reproche à Erri De Luca une « incitation » à la violence, pour avoir utilisé le mot « saboter », en répondant à une question de journaliste au sujet de la ligne Lyon Turin que la région concernée  refuse et qui présente de grands dangers environnementaux et de santé publique. Il soutient le refus et prête ses mots d’écrivain à ce refus. Reprenant une injonction biblique il dit devoir « ouvrir la bouche pour les muets », parler pour les « sans-voix », pour défendre ce droit à la parole des autres. De ce projet contestable du Val de Suse (« réaliser un lieu qui n’existe pas ») il dit : « Une utopie, et des pires qui soient, est l’asservissement d’un territoire à une spéculation déclarée stratégique pour de plus grands abus. » (p.19). Il rappelle que cela passe par « Le percement et la pulvérisation des gisements d’amiante » (pp. 19 et 39). Et il évoque de même les gisements de pechblende (radioactif) qui doivent aussi être percés (p.40). Mais son propos principal est la revendication de son droit de parole d’écrivain et le refus de la distorsion du sens des mots qui est à la base de l’accusation. « Saboter », ce n’est pas pour lui faire violence, c’est « entraver », rendre impossible ce qu’on refuse, et entraver les mensonges et la désinformation.

Cet écrivain est un autodidacte qui fut d’abord un ouvrier, dont la révolte explique les engagements passés. L’érudit qu’il est devenu par grande patience de lecteur intense, et pour avoir fait des choix éthiques qui signifiaient engagement autre dans le travail des langues, notamment. L’holocauste, et précisément la Shoah qui en est l’ombre immense, ont été pour lui devoir de langage : apprendre le yiddish parce que les êtres qui le parlaient avaient été tués en masse et que la langue risquait de disparaître, apprendre l’hébreu ancien et faire de la Bible une lecture quotidienne...

Lecteur, il l’a été de livres fondateurs, pour lui. « En tant que lecteur, je n’ai pas eu de préférence pour la littérature sociale et politique. Les labyrinthes érudits de Borges ont ouvert mon troisième œil en me faisant découvrir les profondeurs des sagas et des mythologies. » (p.11). Il évoque Orwell dans la genèse de son anarchisme. Libertaire il est, et reste. Par-dessus tout il est écrivain, et il se bat pour le sens donné aux mots. Et pour ce droit à la « parole contraire », celle qui ne se soumet ni aux ordres, ni aux modes, ni  au groupe. Celle qui est portée par une conscience autonome et donc libre. Responsable. Et qui se doit de résister. « J’ai été formé à l’école du XXème siècle où les écrivains, les poètes, ont payé le prix fort pour leurs paroles. » (p. 37). Son livre est une sorte de manifeste éthique, qui pousse le lecteur à l’examen de sa propre parole. Que fait-il du langage devant les abus et oppressions dont il est témoin, même de loin... ?

LIRE...

Tribune sur le contexte du procès fait en Italie à Erri de Luca, sur plainte d’une société française (LTF, Lyon Turin Ferroviaire) et recension du livre rédigé par lui pour faire connaître sa position. Libération, 02-02-2015, par Eliane Patriarca (lisible en ligne intégralement) : http://bit.ly/1IIpsz1  (Citations : « Erri de Luca fut, dans les années 70, militant de Lotta Continua » (...)  « avant de faire des mots son seul outil, d’apprendre l’hébreu ancien et le yiddish, de devenir cet érudit qui lit chaque matin l'Ancien Testament, ce mystique sans religion qui puise dans la Bible une concentration unique de sens et de poésie. »  (...) « Comment en est-on arrivé en Italie à inculper un écrivain pour des mots ? »

Chronique de François Xavier, Salon littéraire : http://bit.ly/1OO42ow

Entretien, JDD, 8 mars 2015, propos recueillis par Cécile Amar. Le titre papier était « Je donne ma voix à ceux qui n’en ont pas » : http://bit.ly/1Ajx4CP (Citations : Sur le sens du mot ‘saboter’ : « Dans toutes les langues du monde, ce verbe a des sens multiples. Saboter, en plus de produire des dommages matériels, embrasse le sens d'entraver, empêcher, faire obstruction, s'opposer. » (...) Sur le rôle de l’écrivain « Il y a un verset des proverbes dans l'Ancien Testament qui stipule :"Ouvre ta bouche pour le muet." Écrire, c'est la possibilité pour quelqu'un qui a un écho public d'offrir son audience, sa parole à ceux qui n'ont pas ce droit. " » (...) « Apprendre le yiddish était la seule chose que pouvait faire quelqu'un né après 1945. Je voulais remuer les lèvres d'une langue assassinée. » / Sur l’hébreu (il lit la Bible en hébreu): « Cela n'a rien à voir avec le monde juif. Dans la Bible, la parole fait advenir les choses.» (...) « Il y a un mot hébreu qui tient ensemble le mot et la chose accomplie, c'est davar. En tant que lecteur et écrivain, je suis fasciné par cet emploi de la parole, qui lie le dire et le faire. Je suis comme un alpiniste dans l'Himalaya qui veut visiter les montagnes les plus hautes de la planète. Dans l'ancien hébreu, les montagnes les plus hautes sont rejointes par la parole. »)

Rencontre avec Erri De Luca, EHSS/Rencontres littéraires : http://bit.ly/1He97RF  

SOUTIEN : http://soutienaerrideluca.net/

Pétition : http://www.petitions24.net/soutien_a_erri_de_luca

..............  Paroles contraires... aussi :

Cette conviction (nécessité et force de l'optimisme) chez Thierry Saussez : «En ces temps où la barbarie et l'extrémisme exercent une telle menace, nous affirmons qu'il faut dépasser l'indignation proclamatoire pour faire de l'engagement un axe fondamental de notre action. » (Car l’indignation proclamatoire n’est pas « parole contraire » : elle n’est que justification de son retrait, elle est l’inverse de la parole contraire)...Tribune de Thierry SaussezJDD, 22-03-15 : http://bit.ly/1He94Fq

Parole contraire... En soi, débat intérieur, et, dans la société (démocratique), place pour les contradictions, pour les « contraires ». Je lis un entretien dans lequel Eugène Green parle de l’oxymore, car « Le dogmatisme est un refus de l’oxymore »... EntretienLe Monde, 24-03-15, propos recueillis par Aureliano Tonet : http://bit.ly/1OO4bZb

De même, ce que dit Roger-Pol Droit sur François Jullienà propos de son "Lexique euro-chinois de la penséerencontre la même problématique. Parole contraire, pensée contraire, philosophie réelle tout simplement. Cette pensée qui met du "jeu" dans les évidences, les dérangeant donc. Un mot : "dynamique". Ce qui parle dans le contraire, c'est l'écart, le pas de côté qui questionne les certitudes... Chronique de Roger-Pol Droit, sur la pensée de François Jullien, Le Monde, 26-03-15 : http://bit.ly/1HVYgPZ 

29/03/2015

Confidences d’un homme en quête de cohérence, de Thierry Janssen. En exergue, Nietzsche

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« Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse. »

Friedrich Nietzsche (citation mise en exergue par l’auteur)

« Confidences d’un homme en quête de cohérence », de Thierry Janssen, édition Les liens qui libèrent, 2012, et Pocket, 2014 : http://www.pocket.fr/site/thierry_janssen_&181&21585.html

Superbe phrase de Nietzsche, superbe choix dont on comprend la raison quand on lit ce livre. Un homme agissant, capable de changer de métier, d’y revenir autrement, de se dévoiler totalement. (Autant que peut se dévoiler quelqu’un qui fait le récit de sa démarche, de son advenir, en allant chercher dans les ombres et les douleurs ce qui nourrit sa richesse intérieure, ce qui construit). Capable, aussi, l’auteur, de décrypter les clés des accidents de la vie, un problème de santé qui a du sens, comme tout peut se déchiffrer et signifier, mais parce qu’il le trouve lui-même (car il met en garde, dans ces pages, sur ceux qu’il appelle les « donneurs de sens », c’est-à-dire ceux qui font métier de capter le sens des autres, de dicter leur traduction personnelle, charlatans de l’interprétation, alors que seul l’individu peut savoir lire la signification personnelle de son histoire singulière). Je connaissais déjà Thierry Janssen, par des articles, des conférences, mais je n’avais encore rien lu des livres publiés, tout en sachant que je le ferais, estimant ce que je percevais de cette conscience libre.  

Dans ce livre il raconte ce qu’il nomme « accouchement de Soi » (p.35). De Soi, pas de soi. C’est-à-dire mise au monde, au-delà des peurs et des échecs, des errements qui sont dans toute vie, mise au monde de la haute conscience, de cette part qui est « l’étoile qui danse » ou qui permet « l’étoile qui danse ». Thierry Janssen écrit : « Encore faut-il savoir qui nous sommes, ou plutôt qui nous souhaitons être. Car nous sommes au moins deux : notre Ego et notre Essence – notre Moi névrotique et notre Soi apaisé. » (p.37). Mais pour vaincre le Moi névrotique c’est un long chemin, plus long pour certains que pour d’autres. « Or qu’est-ce que vivre, sinon écrire son roman personnel ? » L’écrire en le cherchant, en cherchant le chemin qui mène à sa vérité, malgré les identités qu’on nous prête, ou qu’on nous vole... Ce chemin qui devrait pouvoir aboutir au « Centre de Soi » (p. 42). Lisant on s’identifie aussi, on se demande où on en est, dans l’aller-retour incessant entre sagesse frôlée et sagesse perdue, par fatigue, paresse, dispersion, ou errance fausse (car une autre errance, elle, renvoie au centre, mais elle est chemin d’exigence,  passage par des voies que le hasard nous donne, obéissance à des synchronicités qu’on perçoit, par attention aux signes du réel). Thierry Janssen, lui, a eu cette écoute, il en parle. Ainsi, il cite, déjà, d'abord, une pensée attribuée à Christophe Colomb : « Un homme ne va jamais aussi loin que lorsqu’il ne sait pas où il va. » (p.47). Et, page suivante, son propre journal, où il a fixé cette phrase, et noté la nécessité « de suivre notre intuition et de partir vers l’inconnu ». Marcher vers l’inconnu, c’est trouver cette capacité de juste errance qui laisse entrevoir des synchronicités qui peuvent guider, car c’est le langage de sa propre haute conscience, à travers des coïncidences, des fils de sens croisés.

Certaines expériences qu’il relate peuvent surprendre des lecteurs qui se veulent rationalistes (ce rationalisme de fausse raison, de perception fermée), s’ils n’ont pas fait dans leur vie la rencontre des mêmes vécus, s’ils sont ignorants des mêmes possibles. Lui-même a dû à certains moments de sa vie se défaire de préventions similaires, de méfiances : cela peut aider à comprendre cette tension entre la raison, comme la veut notre mental (et comme c’est nécessaire en partie),  et le mystère présent, aussi,  autant dans les faits de la vie que dans notre cerveau. La raison c’est peut-être justement la tension entre le vouloir rigoureux de la pensée lucide et le vouloir rêveur de l’intuition visionnaire. Abandonner la tension serait risquer de tomber dans le piège d’une pensée obtuse, qui ne veut rien voir du mystère de nos vies, ou dans le piège d’une fièvre imaginaire qui ne voit que mystère et voiles et laisse la raison aux orties... Abandonner la tension, c’est choisir d’être borné, au sens fort, avec des murs autour de soi... Dans ce livre on est dans la tension permanente, les murs défaits pierre à pierre. Cela passe par des apprentissages, par des pratiques, énergétique comprise (pp. 69-73, notamment), associée à la découverte de la méthode Brennan. Par des lectures, aussi. De Jack Kornfield (p ;76), de Susan Thesenga (p.82), par exemple. Les livres aussi sont des rencontres offertes par le hasard. Synchronicités encore, je crois. Sur ces signes venant de l’intérieur de soi ou de l’extérieur de soi (des théories existent, contraires) il revient, questionnement subtil (pp. 106-108).    

Tension, aussi, dans les choix de l’auteur, pour maintenir sa « cohérence », son « intégrité ». Cela demande de savoir refuser des sollicitations, pouvoir dire non (pp. 124-125). Je note, aussi, dans les dernières pages particulièrement, l'insistance sur l’importance de l’empathie, de l’humilité.

Derniers mots... écrits en 2012 en Egypte. Un peu de peur devant ce dévoilement risqué dans son livre. Mais il se recentre, dit comment, regardant un paysage lumineux, présent en son corps, les « deux pieds sur le sol »... et il retrouve la paix. Ce passage est à lire sur le site de l’auteur :http://www.thierryjanssen.com/livres/livres-broches/168-confidences

A nous...

Et d’autres livres à lire...

Entretien, JDD, 12-11-2011, pour le livre « Le Défi positif », propos recueillis par Robert Melcher : http://bit.ly/1CzxidF

Entretien, Kaizen, 26-10-2012, dans le prolongement du livre « La Solution intérieure », propos recueillis par Lionel Astruc : http://bit.ly/1bGYL2X

Page sur INREES, bibliographie : http://www.inrees.com/soutien/Thierry-JANSSEN/

28/03/2015

Lire Jiddu Krishnamurti. Le Livre de la Méditation et de la Vie... Ecouter...

KRISHNAMURTI LE LIVRE DE LA MEDITATION ET DE LA VIE.jpg

Lire, relire, mais par fragments... Car c’est dense, et qu’on se retrouve devant un espace de questions, de paradoxes, d’apparentes contradictions. De retour à faire sur soi, mais un soi en construction et déconstruction permanente, qui est censé chercher sa liberté intérieure, une bascule de conscience. 

Je reprends donc juste quelques pages, pour commencer cette relecture. L’écoute. Quand le bruit des discours nous recherche, dans la politique et les débats...

Ecouter... pages 21 à 26. Jiddu Krishnamurti parle à un public qui l’écoute... Et il parle de l’écoute, interrogeant cet acte même. Mais qu’est-ce qu’écouter ? Est-ce simplement être là, intéressé ou captivé, s’oubliant soi pour recevoir la parole de l’autre ? Ou au contraire est-ce d’abord faire place à une sorte de silence, à l’écoute de soi (et par quel silence ?). Est-ce faire un effort d’attention soutenu, difficile, pour tenter de comprendre ce qui nous est dit. Ou est-ce lâcher cet effort qui est une barrière de plus à l’écoute réelle ? Doit-on se fixer sur les mots de l'autre, des autres? Mais quels sont les mots qu'on entend : ceux de celui qui parle, ou ceux qu'on invente, chargés de nos peurs, de nos idées, de nos fantasmes peut-être? Et justement, pendant cette période, en France, avec les questions posées et les évidences fausses qui se croisent, convictions et stratégies, croyances et mauvaise foi, que faire, nous, avec les mots des uns et des autres, quand même les mots sont matière à débat ou instrumentalisation. C'est là que le retour à la pensée de Jiddu Krishnamurti est bienfaisant. Cela donne envie de prendre du recul, de refuser les injonctions idéologiques diverses, d'en trouver la force intérieure. Marcher sur la ligne raide du fil dressé entre les abîmes. Solitude comme éthique. Mais que dit-il dans ces passages sur l'écoute, ce penseur unique, hors appartenances? Il parle des écrans à défaire pour écouter vraiment, ces projections diverses... "Nous est-il possible d'écarter tous ces écrans à travers lesquels nous écoutons - et d'écouter vraiment?" Il propose une sage méfiance. Attention au "bruit des mots". Pour se défaire des pièges de ce bruit-là... "écouter avec une passivité vigilante". Paradoxe bien représentatif des exigences du penseur méditant. Trouver en soi autant la vigilance extrême, lucidité et pensée intense, et en même temps se mettre en état de passivité. Fil du rasoir...   

L’ouvrage, Livre de Poche : http://www.livredepoche.com/le-livre-de-la-meditation-et-de-la-vie-jiddu-krishnamurti-9782253147527

« Sa conviction était qu'un tel changement devait passer par une transformation de ce qu'il appelait le ‘vieux cerveau conditionné de l'homme’ (‘mutation de la psyché’) afin d'accéder à une liberté que ni les religions, ni l’athéisme, ni les idéologies politiques ne seraient capables de produire, puisque, selon lui, elles ne font que perpétuer les conditionnements. ». C'est ce qui est dit de lui dans la fiche wikipedia, quia raison de mettre l'accent sur cette liberté qui refuse l'enfermement dans des systèmes de croyance. Spiritualité sans religion, transcendance sans le Dieu des croyances traditionnelles, mystique d'un maître qui ne se veut surtout pas maître : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jiddu_Krishnamurti

Site dédié (Association culturelle Krishnamurti). En exergue, une citation « La vérité est un pays sans chemin » : http://www.krishnamurti-france.org/  

J. Krishnamurti online : http://www.jkrishnamurti.org/fr/

Le journal des chercheurs, René Barbier. Textes sur Krishnamurti : http://barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?page=recherche&recherche=Krishnamurti

Page sur meditationfrance : http://www.meditationfrance.com/enseigne/krishnamurti.htm

Sur psychologies.com, « Le philosophe insoumis » : http://www.psychologies.com/Culture/Maitres-de-vie/Krishnamurti

Blog dédié : http://lapenseedekrishnamurti.midiblogs.com/ 

René Barbier sur Krishnamurti : http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/spip.php?article1112