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05/12/2013

Mort de Nelson MANDELA, et lecture d'un itinéraire particulier en marge de cette voix magnifique

« L'essence de l'être humain dans tout ce que ce mot devrait, pourrait signifier" Nadine Gordimer, sur Nelson Mandela

Article du Courrier international, 05-12-13, 23h 17. Copie de citations : « Nelson Mandela, icône mondiale de la réconciliation », titre reprenant l'expression de Desmond Tutu : (« "Le pardon libère l'âme, il fait disparaître la peur. C'est pourquoi le pardon est une arme si puissante": Nelson Mandela, mort jeudi à Johannesburg, avait résumé, en une phrase devenue mythique, la vision du monde et de l'humanité qui a fait de lui le dirigeant le plus populaire du XXe siècle. /// De son vivant déjà, le prix Nobel de la paix 1993 était vénéré bien au-delà des frontières de l'Afrique. Pour avoir arraché son pays au régime raciste de l'apartheid, et renoncé à toute vengeance contre la minorité blanche, qui l'avait emprisonné durant vingt-sept longues années. /// Qualifié un jour d'"icône mondiale de la réconciliation" par Desmond Tutu, l'une des hautes figures de la lutte anti-apartheid, l'ancien président sud-africain incarnait des valeurs d'autant plus universelles qu'il n'a jamais prôné ni religion ni idéologie. Juste un humanisme à l'africaine, profondément nourri de la culture de son peuple, les Xhosas. /// Ni Lénine, ni Gandhi, celui que ses compatriotes appelaient affectueusement "Madiba", de son nom de clan, ne s'est jamais enfermé non plus dans une ascèse révolutionnaire. (…) « Après le semi-échec de campagnes de mobilisation non violentes, inspirées des méthodes du Mahatma Gandhi, l'ANC est interdit en 1960. Mandela, arrêté à plusieurs reprises, passe à la clandestinité, et décide d'engager le mouvement sur la voie de la lutte armée. Capturé, il est emprisonné en 1962. Et bientôt envoyé au bagne terrible de Robben Island, au large du Cap. » (...) '' Je savais parfaitement", note-t-il, "que l'oppresseur doit être libéré tout comme l'opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés (...) Quand j'ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l'opprimé et l'oppresseur". »

Je relève, ci-dessous,  des extraits de l'article du JDD, qui a fait plus que m’intriguer il y a près d’un mois, et dont la relecture s’est imposée ce soir, en apprenant la mort de Nelson Mandela, homme admirable qui transcende notre humanité, et qui faisait du regard sur l’autre, pourtant si autre, une composante d’une éthique de la rencontre inconditionnelle, hors du temps ressassé, hors de l’emprise du passé, fascinant et mortifère... L'histoire de Jean-Yves Ollivier fait le lien entre des pans de l'Histoire contemporaine et peut nous aider à penser le présent, à la lumière de l'œuvre de Mandela. Lien entre l'histoire de l'indépendance algérienne et celle de la fin de l'apartheid d'Afrique du sud. le lien est cet homme, né en Algérie, Pied-Noir à l'itinéraire complexe, qui a milité passionnément pour la liberté en Afrique du Sud, et pour Mandela...

 « Jean-Yves Ollivier. Le mystérieux médiateur », JDD, 10-11-2013. Par François Clémenceau. Lien en bas de page. CITATIONS : «… L’histoire du chantier de la paix en Afrique australe du milieu des années 1980 jusqu’à la fin de l’apartheid et la libération de Mandela. Au coeur de cette aventure, un Français au destin exceptionnel. » /// « ‘’Mandela ne sait rien de moi, rien de mon histoire secrète qui se mélange à la sienne.’’ L’homme qui évoque ainsi l’euphorie qui s’empare de lui lors du retour triomphal de Nelson Mandela auprès des siens, le 13 février 1990, se trouvait cet après-midi-là au milieu de la foule, dans le stade géant de Soccer City à Soweto. » (…) « Jean-Yves Ollivier était venu vivre dans l’anonymat le plus total cette journée historique, la récompense pour lui et ses complices de plusieurs années de tractations secrètes et de diplomatie parallèle. C’est vrai, Mandela n’apprendra l’existence de Jean-Yves Ollivier que bien plus tard, une fois qu’il aura compris les motivations de cet homme d’affaires qui a su conjuguer idéal de liberté, sens commercial et courage politique. » (…) « Mais la décoration dont il est le plus fier, l’Ordre de Bonne-Espérance, la plus haute distinction d’Afrique du Sud pour les dignitaires étrangers, il est le seul Français, avec François Mitterrand et Jacques Chirac, à se l’être vu décerner. Mieux, il a été fait officier par le patron de la diplomatie du régime de l’apartheid, Pik Botha, dès 1987, puis grand officier par le président Nelson Mandela en personne huit ans plus tard. / Son exploit? Avoir passé des années à tisser des liens avec chacun des leaders qui comptent, dans cette région à feu et à sang. Avec d’un côté, les Sud- Africains du régime de l’apartheid appuyé par la CIA et les rebelles de l’Unita de Jonas Savimbi. Et de l’autre, les marxistes au pouvoir en Angola et au Mozambique (…) » /// « Quel parcours pour ce fils d’ingénieur mécano né à Alger en 1944 et qui dévalait les pentes de la rue Michelet pour se faire offrir des Carambar par l’épicier berbère du quartier! Le petit Jean-Yves vit dans un environnement favorable à l’OAS. Et dans un climat de haine. »  (…) « De cette déchirure algérienne, il va garder ancrée en lui l’idée que l’on ne bâtit pas une nation dans la division. Gaulliste avant l’heure? Non, car Ollivier vit comme un traumatisme le rapatriement d’un million de Français, étrangers sur leur propre sol. Mais l’un des premiers collaborateurs qu’il recrute pour monter ses affaires s’appelle Charles de Gaulle, petit-fils du général! Pas rancunier donc. Encore moins avec les héritiers du gaullisme qui se regroupent au côté de Jacques Chirac. » (…) « En débarquant à Johannesburg, il avait eu le sentiment de visiter "une autre planète". "Je me suis demandé comment les Blancs pouvaient ne pas se rendre compte qu’à moins d’accepter le partage du pays, à moins de changer et de tendre la main aux Noirs, ils allaient être jetés à la mer." Comme dans l’Algérie de son enfance. / D’où ce "complot pour la paix" des plus risqués. "Quand j’y repense aujourd’hui, on était gonflés", se souvient Michel Roussin. Jacques Chirac devenu Premier ministre de la cohabitation avec François Mitterrand à l’Élysée, la fine équipe de Jean-Yves Ollivier avait carte blanche (…) » (…) « Jean-Yves Ollivier publiera ses Mémoires l’hiver prochain, comme si le film ne dévoilait qu’un seul de ses secrets parmi tant d’autres. "C’est pour laisser un testament", confie-t-il, lui qui n’a pas d’enfants et dont les photos de famille sont restées en Algérie après le départ tragique de 1962. » LECTURE INTEGRALE de L’ARTICLE : http://www.lejdd.fr/International/Afrique/Jean-Yves-Ollivier-le-mysterieux-mediateur-638271

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MISE à JOUR : ALGERIE... Nous n'avons pas eu de Nelson Mandela... Je l'ai pensé... Kamel Daoud l'a écrit : 

« Malheureusement, nous n’avons pas eu un Mandela en 62 », Kamel Daoud le 07-12-13. (publié dans Le Quotidien d’Oran, repris sur Djazairess).  Citations : « On ose alors le tabou parce que c’est un grand rêve éveillé : une Algérie qui n’aurait pas chassé les Français algériens mais qui en aurait fait la pointe de son développement, de son économie et la pépinière de sa ressource humaine. Une Algérie de la couleur de l’arc en ciel. L’Afrique du Sud de Mandela a eu son OAS, ses Pieds noirs, ses colons, ses fermiers blancs, ses radicaux noirs, ses traîtres, ses torturés et ses Aussarresses et ses Larbi Ben M’hidi. » / « Un Mandela algérien nous aurait évité le pays actuel, ses mauvaises convictions, nos mauvais jours et des molles dictatures et ses gabegies. Nous aurions perdu moins de vies et moins de temps et nous aurions été un grand pays. Car cet homme est l'un des très rares à avoir donné sens à la décolonisation. Toutes les autres épopées ont mal fini : la décolonisation glorieuse y a été menée à la dictature hideuse ou sournoise. Au massacre, aux caricatures sanguinaires et au sous-développement. C'est dire que l'on ne décolonise pas avec les armes, mais avec l'âme. Décoloniser n'est pas vaincre le colon mais le démon en soi. Adieu l'homme au sourire qui dénoue. » http://www.djazairess.com/fr/lqo/5191330 et aussi sur d’autres sites, comme celui du journal électronique de Sidi Bel-Abbès : http://bel-abbes.info/malheureusement-nous-navons-pas-eu-... 

22/11/2013

Transmission pieds-noirs : un site de Paul Souleyre

Blog qui prolonge et développe la démarche entamée avec MémoBlog, site où, en fils de Pieds-Noirs (né en 1969), il cherchait déjà à déchiffrer ce qu’il en est de cette identité, et des traces, en soi, de cette mémoire familiale d’exil :  http://www.memoblog.fr  («… Préciser que la nostalgie n’est pas dans ma nature, que je ne regarde jamais le passé pour le refaire ou le regretter, mais seulement pour mieux comprendre le présent, mon présent. ») (…) «… il s’agit manifestement d’un site d’enfant de pieds-noirs affecté dans son psychisme par l’exode de toute une famille. » (…) « Mais j’ai la certitude d’avoir  perdu une terre. Et là est la vraie surprise de Memoblog.  / Comment est-ce possible, je ne sais pas, mais j’ai perdu une terre. / La terre rouge d’el-Hamri. »)

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Transmission Pieds-Noirs succède donc à Mémoblog, le complète : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/   Dès l'accueil, des visages dans des cercles, visages de ceux qui ont "reçu" ce qui... n'a pas été transmis, ou difficilement, ou raté (comme le dit un père pied-noir, cité dans la page de présentation). Mais la génération des enfants, des jeunes ados, a tout intégré de l'exil et des souffrances. C'est l'inconscient qui trahit, les hasards, les ratages aussi (comme l'explique une des jeunes femmes). Paul Souleyre explore de manière passionnante les signes étranges que tissent le hasard et l'inconscient. Et il sait dire comment on peut flotter dans un vide identitaire (est-ce "identitaire"? je mets ce mot pour traduire) quand l'espace n'a pas accueilli. A travers sa recherche d'Oran (Oran, pas la mémoire de la guerre, pas les histoires de famille : le lieu) il retrouve sa part d'algérianité et aide aussi ceux de sa génération à la retrouver (pour choisir de la savoir, de l'assumer ou de s'en éloigner : l'essentiel étant la prise de conscience de ces dimensions...). La transmission, si elle a sauté une génération, peut se rétablir ensuite. Car le temps est long...

Donc, déjà, lire la page de présentation de sa démarche : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/about/ 

CITATIONS : «  L’ambiguïté est la seule valeur qui me tienne vraiment à cœur. » (…) « Je ne crois pas du tout à la vérité, ou plutôt, la vérité, pour moi, a toujours pris la forme d’une contradiction. Donc plus que les vérités univoques qui n’ont jamais réussi à me toucher, je recherche des vérités contradictoires et ambiguës, perturbantes. Des vérités où la personne qui s’exprime se demande d’abord et avant tout si elle n’a pas elle-même raté quelque chose. »

Et voilà comment il commence ce voyage en ambiguïté, en profondeur, dans le regard des tensions et contradictions, en soi et dans le réel : par un très beau texte qui interroge une identité suspendue dans le vide, en quelque sorte. Celle d’exilé sans exil su, d’immigré sans savoir d’où, de citoyen d’un espace de questionnement : http://www.transmission-pieds-noirs.fr/paul-souleyre-1969/

« Ma mère n’aimait pas l’Algérie Française.

Ma mère est née à Oran le 19 novembre 1946, a quitté la ville le 28 juin 1962, et s’est éteinte à Bordeaux le 15 février 2009. Je crois pouvoir dire qu’elle n’a jamais été heureuse nulle part.

Pour l’Algérie, en tout cas, je n’ai aucun doute. »

(...)  « Commencer à percevoir la complexité d’une situation permet de s’éloigner d’affirmations générales et pathologiques du style « tout le monde était bête » pour se réconcilier avec des origines extrêmement diverses, tout en gardant à l’esprit qu’à Oran, cette diversité au sein de la catégorie des Français d’Algérie était en conflit avec elle-même. » (…) « Ce n’est pas très spectaculaire donc personne ne s’en préoccupe, mais j’ai comme la vague intuition que quelques enfants de pieds-noirs flottent gentiment au milieu de nulle part dans la société française actuelle, et se demandent juste par quel miracle ils ont acquis la capacité de se mouvoir dans le vide. » (…)« Il y a déjà un moment que je me considère comme un enfant d’immigrés-exilés. Mais de quel pays ? »

Lisez le texte intégral…Précieuses écritures que celles qui ont pour projet de ne pas se cloîtrer dans les certitudes, les barrières idéologiques (les camps, les pour, les contre, les clichés et les schémas figés, ou les émotions stériles ressassées à l’infini). Là, une distance apparemment paradoxale (car la proximité du regard sur l’autre prochain n’est pas niée, si elle n’est pas exaltée). Ambiguïté, donc complexité… Grande humanité. (Complexité... qui est une clé pour Camus. La réalité n'est pas binaire...)

Comme j’aimerais trouver autant de subtilité et de cœur chez ceux qui écrivent, de l'extérieur, SUR les Pieds-Noirs, en projetant sur eux tous les affects produits par des faits de propagande (lire, pour comprendre cela, « Une Patrie de Sel » de René-Jean Clot, et « Ma mère l’Algérie » de Jean Pélégri (et, ici même, mes notes, catégorie « Pieds-Noirs »)…

... Complément d'informations, sur ce site, sur l'identité, sur le rôle de la rencontre de Luc Demarchi (Site "Vivre à Belcourt"), dans la note sur Olivier Py, sur lequel nous avons tous trois écrit, tant il exprime ce qui nous est commun... une irréalité de terre, peut-être. Olivier Py a trouvé ses racines dans la mer Méditerranée et Paul Soulever explore Oran... Tiens, Vivre à Belcourt : là encore, c'est le lieu qui est le sujet, le lieu et les êtres qui y vivaient et qui y vivent. Plus que le pays, les villes (car les appartenances y sont inter-communautaires dans la traversée des communications actuelles).

Identité(s)? Cartographies qui se déchiffrent et s'inscrivent diversement. Dans la recherche des lieux, d'un espace autre, mer réelle et symbolique qui relie et qui échappe aux enfermements. Dans la recherche des langues (dont le pataouète), l'exploration des êtres, et... la littérature : Camus, Clot, Pélégri, Cardinal, Roy, Roblès, Xuereb, Vircondelet, etc.

Lien vers cette note (où je parle d'Olivier Py, mais aussi de Paul Souleyre et Luc Demarchi..), "Méditerranées,  d'Olivier Py..." http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/07/24/me...

...Des clés, en marge du site de Paul Souleyre

Article d’Hubert Ripoll, Le Monde,  05-07-2012, « Le dernier exil des Pieds-Noirs » https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Le%20dernier... 

Et son livre, « Mémoire de là-bas / une psychanalyse de l'exil » : https://dl.dropboxusercontent.com/u/29077738/Chapitre%201... 

Mais j’allais oublier… « Pieds-Noirs, identité et culture » : http://editions-gandini.fr/df077-pieds-noirs-identite-et-...   

17/11/2013

Camus complexe, Camus vraiment lu…

quarto Camus.jpg

Dictionnaire Camus.jpgCamus est encore l’objet de déformations de sa pensée : malentendus exploités, projections idéologiques, certitudes plaquées sur quelqu’un qui refusait la certitude, citations tronquées (dont la plus célèbre, une phrase prononcée à l’occasion du Prix Nobel). Or lire Camus, c’est d’abord, évidemment, le lire, et, comme il le disait dans une note des Carnets, attentivement. Et c’est tout lire. Car les ouvrages s’éclairent l’un l’autre, se complètent. Et occulter une partie de son œuvre, ou ne retenir que ce qui arrange une interprétation dans un sens ou un autre, c’est mentir. De même son action éclaire aussi le sens profond d’une éthique de vie (non d’une « morale »). Ainsi on retient son refus (légitime) du terrorisme, mais si c’est oublier le refus (identique) de la torture, c’est le trahir.

Si on note ses questionnements au sujet du pays natal déchiré, son rêve (pas si loin de celui des messalistes) d’un futur fraternel où les Pieds-Noirs Algériens ne seraient  pas exclus, ne le transformons pas en chantre de l’Algérie française – ce qu’il n’est pas, ayant dénoncé les injustices de la réalité coloniale, produit des choix de l’Etat, du pouvoir, au bénéfice des riches et de la métropole, pas des prolétaires pieds-noirs d’Algérie. N’en faisons pas un soutien de ceux qui fondent leurs choix sur la haine. Non, lui intervint pour éviter l’exécution de combattants indépendantistes, sans bruit : agir comptait, pas tirer honneur de l’action.

Lire « Le Premier Homme », chef d’œuvre admirable, fidélité à la source native, au milieu social d’où il vient, oui, il faut le lire et le relire. Relire est important : lire, c’est relire, se laisser accompagner par des phrases, laisser la mémoire s’en imprégner, et rendre ainsi possible la perception des liens et des tensions entre telles et telles pensées, sensations, expériences. Donc, Le Premier Homme… Mais en regard, aussi, Les Chroniques algériennes, les chroniques d’Alger républicain, les articles de Combat,  les Écrits libertaires, les Correspondances, les Carnets. Et revenir à Noces, à L’Envers et l’Endroit (source de cette écriture)…  Revenir aux pages qui sont, en prose, à mettre aussi dans le champ de la haute poésie.

On peut parcourir les dossiers de presse qui paraissent : ils donnent des clés, montrent la pluralité des lectures, la richesse de l’œuvre. J’aime aussi beaucoup le Dictionnaire Albert Camus (collection Bouquins) : immense travail qui fait, par articles thématiques, et très nombreuses entrées croisées, un ample parcours synthétique, précieux, riche de citations, d’extraits, pour éviter les omissions, donc  les trahisons …

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Volume regroupant romans, nouvelles, essais…  Coll. Quarto, éd. Gallimard : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20131116_00390265

Oeuvres, Albert Camus, éd. Gallimard : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Quarto/OEuvres16

24/07/2013

"Méditerranées", d’Olivier Py. Le court métrage commenté sur plusieurs blogs et sites...

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« L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen »  Olivier Py (citation en exergue, article de Version originale)

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Sur le site « Vivre à Belcourt » de Luc Demarchi, une vidéo : extrait d’un court métrage d’Olivier Py, « Méditerranées » (le 's' de nos pluralités…)  http://belcourtois.com/index.php/2015/05/11/mediterranees...

Du commentaire de Luc Demarchi, je copie la conclusion, beau message qui correspond totalement à ma vision de la Méditerranée : le lien que cette mer crée entre les êtres divers qui vivent sur ses rives, la fraternité à l’horizon. Voici :

« Le réalisateur conclut son film en évoquant la Mer Méditerranée comme une dimension commune à tous ceux qui vivent ou qui ont vécu dans les pays qui la bordent et c’est bien grâce à ces Méditerranées que nous nous rejoignons et que nous nous retrouvons.

Au-delà des conflits passés ou présents, la Mer apparaît comme le lieu sacré du baptême qui nous mène ensemble vers la voie de la paix et de la fraternité.

On ne peut visionner ce document sans faire la relation avec l’œuvre passionnée d’Albert Camus pour ce pays, une œuvre que l’on perçoit en filigrane tout au long du film. »

J'ai regardé. C'est très bref, cet extrait, mais suffisant pour capter la beauté de ces moments simples. Il y a de l'amour dans le regard de ces êtres, et de l'amour dans le double regard porté sur eux : regard de ceux qui filment, se filment (dans la présence de l'instant), et de celui qui reprend ces bribes familiales et les recrée. Une étrange sorte de double énonciation... Mais là ce ne sont pas des personnages qu'un auteur fait vivre devant nous : des personnes réelles dans un passage fugace de leur vie. Bribes de temps méditerranéen... Que la mer y est belle! Image de paix... Et je les vois, attentive, avec, en surimpression, l'accélération des vies, le fracas de la guerre, la rupture avec leur lieu d'ancrage, l'exil, les années qui passent. Et puis simplement, de nouveau, comme des méditerranéens à la source de leur force vitale. D'une rive à l'autre c'est toujours la même Méditerranée, la terre des Noces de Camus (Luc Demarchi a raison de faire le lien). Terre de danseurs, comme le père, jeune, dans son arbre, ou la mère, qu'elle marche ou nage... Magnifique. 

Il me faudra voir intégralement ce film, que je découvre avec grand retard...

Ce que j'ai lu de la démarche d'Olivier Py me fait adhérer totalement à cette démarche. Et je cosigne la première citation, mise en exergue de ma note... 

Entretien avec Olivier Py sur mickrociné. Passionnant (Et les commentaires sont aussi à lire) : http://on.fb.me/1aIrwq3  [Il insiste sur cette réalité métisse du Méditerranéen, et du Pied-Noir, sur le croisement de l’intime et de l’Histoire, sur la souffrance familiale, le refoulé, évoque les Harkis, les camps. Identité (nous pourrions tous écrire ça) : « Et comme il y a un exil qui est un peu à l'origine de l'histoire familiale, le centre en est la Méditerranée, pas une terre. Le rapport que certains peuvent avoir avec une terre je l'ai avec une mer. C'est pour ça que je suis arabo-italo-espagnol, et c'est plus fondamental pour moi que mon identité française par exemple. » Politique et identité (Le difficile lien… Il est conscient de donner des clés, loin des jugements anachroniques.) : « Le matériau que j’avais me permettait en quelque sorte d’utiliser un voile poétique pour raconter une histoire sans jeter de jugements politiques qui n'ont plus de sens. Je suis très content en tout cas si jamais une partie des Pieds-Noirs retrouvait leur histoire et leur identité à travers ce film. »

« Méditerranées », sur Doc en courts (Palmarès 2012, nominé).   : (Où il est dit ce que je percevais en surimpression, mais qui n’est pas encore explicite dans l’extrait présenté) : « Comment montrer l’Histoire ? Comment parler d’un souvenir aussi vibrant que la pellicule Super 8 sur lequel il est inscrit ? » (…) « Ici la guerre est en coulisse, mais qu’est-ce qu’une image de la guerre finalement? » / Lien devenu inactif...

Et sur Mémoblog de Paul Souleyre (blog référencé ici, cf. liste « Pages tissées… ») : « Olivier Py est un méditerranéen » :http://www.memoblog.fr/olivier-py-est-un-mediterraneen/ (Où il évoque la rencontre, idéologique et éthique, avec Luc Demarchi (de « Vivre à Belcourt » et la portée du film d’Olivier Py). Comment la conscience de l’identité méditerranéenne permet (Olivier Py, Luc Demarchi, Paul Souleyre – sur cette page) de vivre en cohérence son identité particulière et d’échapper aux enfermements des appartenances, quand elles sont limitantes (Pieds-Noirs, fils de Pieds-Noirs, ici – mais c’est une vérité qui est valable pour toutes les communautés humaines). Beau portrait du webmestre de Vivre à Belcourt dans cette page, et ample citation.

Autre note, Mémoblog : « Méditerranées, un film d’Olivier Py » http://www.memoblog.fr/film-olivier-py/ (Où Paul Souleyre dit son agacement, à la lecture d’une fiche wikipedia, devant un contenu erroné sur l’enfance d’Olivier Py – comme si le message de l’œuvre n’avait pas été compris : déni, là aussi, dans cette incompréhension, explique-t-il à juste titre).

Ample et bel article, sur Algériades, au cœur de l’identité méditerranéenne comprise à travers l’origine et la référence algérienne : http://www.algeriades.com/olivier-py/article/mediterranees-d-olivier-py (En conclusion, citation d’Olivier Py – entretien : « Nous avons une histoire en commun mais aussi un avenir. Et c’est ce monde de la Méditerranée qui aujourd’hui me semble une vraie, une magnifique utopie". »)

Sur cinemaniac.fr, une lecture qui tient compte de l’essentiel du message, compris profondément. Le film intégral se déroule, comme si nous étions en train de le visionner : « Méditerranées, l’été qui ne reviendra plus » : http://www.cinemaniac.fr/news/mediterranees-l-ete-qui-ne-reviendra-plus 

Article de Version originale : (En exergue, une citation d’Olivier Py : « L’ensemble de mon travail au cinéma comme au théâtre est une interrogation sur l’identité de « méditerranéen ».) / Lien devenu inactif...

Le blogueur, sur Vu du balcon, rappelant le Grand Prix obtenu par ce film au Festival de Nice 2012, relie les souvenirs évoqués dans le film aux siens, jeune à Paris, pendant la guerre d’Algérie… Histoire : http://vudubalcon.blogspot.fr/2012/10/mediterranees.html

... Deux pages sur le site d’ARTE... 

Le film… http://cinema.arte.tv/fr/article/mediterranees-dolivier-py 

Zoom… http://cinema.arte.tv/fr/article/zoom-mediterranees

... Le DVD, page FNAC... http://video.fnac.com/a6211320/Mediterranees-DVD-DVD-Zone-2

.................. Voir aussi, note, Andalousie (illusion?)... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2013/10/18/an... 

................... Andalousie, Méditerranée, voir catégories et TAGS...

05/06/2013

Yasmina Khadra dans le dictionnaire Robert... (de natif à natif...)

Robert.jpgYasmina Khadra, écrivain algérien que j'apprécie particulièrement est une des nouvelles "entrées" dans le dictionnaire Robert des noms propres, 2013. (Il est l'auteur, notamment, du livre "Ce que le jour doit à la nuit", regard humaniste sur les liens entre les natifs d'Algérie, des individus des différentes communautés, liens que seuls des natifs peuvent traduire).

La presse algérienne a réagi à cette information, et la Toile de même, avec satisfaction, globalement. Mais j’ai vu, aussi, des commentaires aigres, comme deux réactions au-dessous d’un article du journal « Liberté », qui mentionnait seulement le fait, en citant aussi quelques autres nomsUn des internautes dit que pour lui c’est un non-événement, sans expliquer pourquoi (un autre lui demande si c’est parce qu’il ne l’a pas lu ou ne l’aime pas ou pour une autre raison). Et quelqu’un exprime son agacement devant ce qu’il interprète comme un « besoin maladif » des Algériens d’être reconnus par la France (autrement ils ne relèveraient pas cette entrée comme un fait qui mérite information, sous-entend-il). Double (ou triple) erreur de mesure (très réductrice), à mon sens, dans l’agacement de cet internaute. D’abord, mentionner cela et en être satisfait n’a sans doute rien à voir avec un quelconque désir de prendre sens en fonction de ce qui se dirait en France. Ensuite, dans le contexte mondialisé qui est celui de notre société en 2013, dans ce début du XXIème siècle, il n’est pas anodin de repérer les noms qui apparaissent dans un tel dictionnaire, référence culturelle de poids, quel que soit le pays (ou, aussi, d’apprécier qu’un écrivain de son pays soit traduit en de nombreuses langues et lu dans le monde entier). Qu’un auteur algérien, américain, ou français, soit présent dans ces pages, cela ne signifie pas (seulement) qu’en France on le « reconnaît », mais que le choix s’impose par l’évidence d’une présence au-delà d’une lecture purement française – constatation d’une portée de l’œuvre bien loin d’une petite appréciation hexagonale. (Et, en plus, d'un écrivain qui écrit en français, comme beaucoup d'auteurs algériens, depuis la "prise de guerre" notée par Kateb Yacine parlant de la langue française, conservée comme un butin). Ne pas oublier la réciprocité : on remarque, en France, quand des créations sont appréciées en Algérie ou que des faits vont dans le sens du dialogue. Doit-on éternellement lire ce qui traverse la frontière symbolique à la lumière du référent « colonisation » ? Ne doit-on interpréter les réactions qu’en y cherchant le soupçon d’un syndrome postcolonial (dans un sens ou dans un autre)? Non. Et ceux qui tranquillement constatent avec plaisir que la place d’un écrivain dépasse les frontières réelles et les pièges idéologiques de l’Histoire sont les plus libres, intérieurement : ils ont une identité qui n’a plus besoin, justement, de revendiquer une séparation, car elle est. Simplement : elle est .  Le temps des amertumes doit laisser la place aux fils tendus entre les rives. Enfin, ce dictionnaire Robert fut créé par un lexicographe né en Algérie... Et son œuvre contribue, longtemps après sa mort, à faire connaître aux lecteurs contemporains les êtres remarquables de sa terre natale… Symboliquement voilà un signe intéressant : la boucle est bouclée… fil tendu de natif à natif de la même terre.

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Le dictionnaire, et Paul Robert :

La « philosophie » du Robert, selon le site les-dictionnaires.com : « Paul Robert est né en 1910 en sol algérien. C’est à la suite de la rédaction de sa thèse de doctorat en économie politique que cet homme minutieux décide de l’inaptitude des dictionnaires de l’époque. Dès 1945, il entreprend de créer lui-même un nouveau dictionnaire mieux adapté aux réalités de cette seconde moitié du 20e siècle. » (…) « Paul Robert a changé le visage du dictionnaire pour lui donner une aura plus intellectuelle et une note plus moderne aussi. »: http://www.les-dictionnaires.com/robert.html

Le créateur du dictionnairele lexicographe Paul Robert (1910/Algérie-1980/France)? Voir la biographie et l'oeuvre sur la fiche wikipedia, infos et liens. De la naissance à Orléansville/Chlef, Algérie, à la création de l’édition en 1951, sans oublier l’ouvrage personnel publié en 1970 sur cette aventure – cette entreprise -  intellectuelle, les différents dictionnaires "Robert" : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Robert_(lexicographe)  (Il eut une équipe importante de collaborateurs, dont Alain Rey, Josette Rey-Debove, Henri Cottez, Roger-Georges Morvan…). »

Sur la genèse de cette création, écouter l'entretien du 12-11-1968 (Paul Robert parle d’une évidence, idée venue en 1935, « illumination » soudaine), conscience d’un manque dans ce domaine du dictionnaire, de la lexicographie, et élaboration du projet. Vidéo : http://bit.ly/1aN5ZL8  

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Yasmina Khadra :

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Yasmina_Khadra

Le site officiel de l’auteur : http://www.yasmina-khadra.com/

Page de l’édition Julliard : http://bit.ly/12sKmA2

05/05/2013

ISLAM radical, et évolutions de l’ISLAM, lecture d’un entretien, commentaire et liens

Des extrémistes dangereux utilisent la religion musulmane pour pervertir des esprits et former des terroristes, partout dans le monde (ce matin on apprenait encore un attentat en Somalie, faisant plus de dix morts, et récemment encore on pouvait constater la venue de jeunes djihadistes en Syrie). Mais une majorité de gens se définit autrement, souffrant par contre des amalgames et du racisme qu’ils entraînent (là se mêlent les peurs légitimes que le terrorisme* cause, et les fantasmes utilisés par l’extrême droite, stigmatisation ordinaire et actes inadmissibles : des tombes musulmanes viennent d’être profanées à Vitry**). Comme pour toutes les religions et croyances diverses la masse des croyants ne cherche pas généralement à approfondir connaissances et questionnements, mais des intellectuels se saisissent des interrogations qui sont nécessaires, et d’eux on ne parle pas souvent : on évoque plus fréquemment des personnalités médiatiques, toujours les mêmes, invitées dans des émissions qui cherchent plus à provoquer l’audimat qu’à donner la parole à des penseurs et à faire connaître les différents visages qui peuvent représenter une réalité humaine complexe. C’est pourquoi il faut lire des textes divers, pris à des sources variées. Ainsi cet article, qui donne la parole à un universitaire qui est loin de fuir la lucidité et l’inquiétude devant une évolution dont on ne peut savoir encore si elle aboutira au pire , mais qui permet aussi l’ouverture vers un espoir de changement. Rien n’est joué. Et ce que chacun peut faire, c’est, à sa mesure, porter les paroles d’espoir, refuser la haine autant que la terreur, apprendre, analyser. Et prévenir. (Comme veut le faire Latifa Ibn Ziaten, avec son association, IMAD ***). Elle, qui a perdu son fils, tué par Merah parce que soldat, au lieu de répondre par l’enfermement dans le désespoir et la haine, veut aider et prévenir. Analysant les causes complexes et les manipulations qui transforment des êtres en criminels, elle dit : « Je voudrais sauver ceux qui sont à l’origine de ma souffrance. ». Son livre, de témoignage, paru chez Flammarion, est mentionné sur le site de l’association.

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Interview de Mohamed-Chérif Fergani, chercheur, universitaire à Lyon. Deux citations (islam politique) :

Sur l’évolution de l’islam : « Je pense que l’islam est une religion comme toutes les autres : soit elles s’adaptent à leur temps et aux besoins des sociétés qui les adoptent, soient elles finiront par disparaître. La fonction d’une religion est de contribuer à la quête de sens qui est le propre de tout humain ; si elle ne peut plus ou refuse de s’adapter pour y contribuer, elle finira par mourir. L’islam ne montre pas un tel essoufflement : de nouvelles lectures sont produites et semblent satisfaire les musulmans par-delà la diversité de leurs formes de religiosité et de leurs options politiques, morales, culturelles, socio-économique. Chacun y va de son islam ! Ce foisonnement peut être perçu comme un signe de crise ou, au contraire, comme le signe d’une vitalité. Le devenir de l’islam dépend de ce qu’en feront les musulmans. S’ils arrivent à produire des lectures qui le concilient avec les exigences du progrès, de la liberté, de l’égalité, de la démocratie, des droits humains et des aspirations profondes communes à tous les humains, ils contribueront à en assurer la pérennité ; sinon, ils donneront raison à ceux qui y voit une religion du passé. »

Et sur les penseurs musulmans qui ouvrent d’autres pistes pour introduire d’autres concepts dans un ensemble qui doit se confronter à la modernité et aux nécessités de  la démocratie : « Ali Merad, Mohamed Arkoun, Nasr Hamid Abou Zid, Mohamed Talbi, Mahmoud Mohammad Taha, Jamal Al-Banna, Mohamed Hassan Al Amini, Chabastari, Abdelmajid Charfi, Iyadh Ben Achour et des dizaines, voire des centaines d’autres poursuivent l’effort des réformistes du XIXe et du XXe siècles et de philosophes comme Ibn Rochd pour libérer le sens du sacré de l’enfermement des orthodoxies et l’inscrire dans la vie et l’histoire de ses adeptes. Le problème est dans les systèmes politiques qui veulent maintenir cet enfermement en entretenant un corps de théologiens gardiens des orthodoxies auxquelles ils adossent leur autorité. »

TEXTE INTÉGRAL : (La Tunisie, l’islam politique, les mouvements révolutionnaires, les hypothèses sur l’avenir), sur algeriepatriotique.com...   http://bit.ly/10gEg0p

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Site de l’association créée par Latifa Ibn Ziaten,  IMAD (***), Association pour la jeunesse et la Paix : http://association-imad.fr

17/12/2012

« Algérie, histoires à ne pas dire ». Projection du 4ème volet et débat, le 20 décembre à Paris

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J'ai vu ce film plusieurs fois. Et cette partie oranaise avec une émotion décuplée par la langue, les langues d'Oranie, les visages de ces êtres, si loin, si proches. Etres qui parlent d'eux, de nous. Comme si l'exode des uns était aussi l'exil des autres. Comme si les vérités que cherchent les uns dans leur mémoire étaient les vérités que d'autres ont sur les lèvres. Jean-Pierre Lledo réussit à filmer les Algériens qui donnent leur parole d'une manière qui met en évidence la beauté des traits et des regards. Fraternité d'évidence, présente dans tous les volets de ce grand film. Regard d'Algérien, soucieux de la mémoire de ses communautés d'origine comme de la démocratie de l'Algérie contemporaine (démocratie qui a besoin de trouver la force d'interroger aussi les ombres de l'Histoire). Ce film a déplu au pouvoir algérien actuel, qui n'a compris ni l'enjeu ni l'authenticité de la démarche... Il est donc très important qu'il soit vu et débattu. Très important qu'il ait sa place dans un lieu comme l'Institut des Cultures d'Islam, dont le pluriel signifie diversité des approches et des identités  : plurielles, effectivement. Occasion, cette soirée, d'entendre le metteur en scène Kheireddine Lardjam parler d'Oran, parler d'Algérie et d'art, en citoyen à la recherche de la vérité de la ville et du pays, en artiste lucide et engagé, qui fait de l'art un outil créateur de beauté et créateur d'énergie : celle que ce qu'il produit peut donner aux spectateurs, aux témoins, aux autres artistes, conscients de tenir dans leurs mains une force transformatrice.

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JEUDI 20 décembre 2012, 19h, INSTITUT des CULTURES d’ISLAM. 

4 ème volet du film de Jean-Pierre Lledo, "Algérie, histoires à ne pas dire" (*) : Oran-Kheireddine Lardjam

Débat animé par Kheireddine Lardjam (**) après la projection.

Présentation sur le site de l’Institut : « Avec Algérie, histoires à ne pas dire, Jean-Pierre Lledo, dans le débat très actuel et l’ardente nécessité de trouver des voies d’élaboration d’une mémoire commune entre la France et l’Algérie, propose par ses films que chacun puisse apporter sa part de vérité au service d’une histoire plurielle. / Avec cette 4ème partie : Oran-Kheireddine Lardjam, c’est un retour sur en des plus grands déplacements de population dans l’histoire de l’Humanité. » (…) « Kheireddine Lardjam, metteur en scène de théâtre en quête d’une vérité revient sur une histoire cachée. ». 

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(*) Jean-Pierre LLEDO, metteur en scène franco-algérien, réalisateur de nombreux documentaires.

Fiche Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Lledo

Biographie et filmographie, sur Africultures : http://www.africultures.com/php/?nav=personne&no=5526

Blog J-P L, filmographie : http://lledo2007.skyrock.com/994145560-Jean-Pierre-LLEDO-FILMOGRAPHIE.html

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 Le FILM (2008), sur Allociné (fiche technique, synopsis, et bandes-annonces) : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=133459.html

Critique, Le Monde : http://bit.ly/1Qy0K5R  CITATIONS : « C'est un long et difficile voyage qui part de Skikda, à l'est de l'Algérie, pour finir à Oran. En quatre segments - Skikda, Alger, Constantine et Oran -, Jean-Pierre Lledo veut traverser la mémoire des Algériens. La mémoire des combats, celle des adversaires, celle la vie quotidienne avant et pendant le conflit. » (…) « Enfin, à Oran, c'est un jeune metteur en scène de théâtre, Kheireddine Ladjam, qui découvre une ville qu'il n'a jamais connue, peuplée d'Arabes, de juifs, d'Espagnols et de Français. Des vieillards se mettent à parler en castillan, une grand-mère voilée chante doucement Besame mucho. Kheireddine Ladjam exhume la tuerie qui suivit à Oran la déclaration d'indépendance. Une tuerie qui fit des dizaines de morts dans la population française, dont il n'avait jamais entendu parler qu'en termes vagues. » (…) « Le film de Jean-Pierre Lledo est plutôt comme une fenêtre d'où s'échappent des voix que l'on n'avait pas encore entendues. Et ce sont les mystères de ce discours hésitant, empêché, qui posent les questions les plus ardues. »

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(**) Kheireddine LARDJAM

Présentation sur le site de sa Compagnie, El Ajouad (et lien vers un entretien): http://www.elajouad.com/fr/presentation/kheireddine-lardjam

ENTRETIEN avec Kheireddine Lardjam, « Le théâtre en Algérie », vidéo Algérie-Focus : http://www.youtube.com/watch?v=2TN11E02Yz8

Site de l'ICI, Institut des Cultures d’Islam : http://www.institut-cultures-islam.org

14/12/2012

THEÂTRE. « Algérie, Quels mots sur nos silences », CCA/Paris, déc. 2012

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Théâtre...

 

 

 

 

Voilà une oeuvre de partage. Liens entre créateurs reliant Algérie, France, Tunisie. Liens entre techniques formelles différentes. Thématique qui est au centre des problématiques actuelles... Quand les mots s'opposent (ou ne s'opposent pas) au silence des refoulements ou des censures (autocensures aussi) qui empêchent d'aller vers la lucidité, qui limitent ou interdisent la parole  Quand s'installent les ressassements producteurs de haine et de colère si le corps ne dit pas ce que les gestes et la danse savent. La culture est une réponse, contre la stérilité d'un mauvais silence. (Le silence de la sagesse sereine, c'est autre chose..).

Présentation, sur le SITE du Centre culturel algérien : http://bit.ly/26qelb5

Deux compagnies : Nawel Oulad et Theôrêma, en co-réalisation avec le Théâtre de l’Etoile du Nord de Tunis. Danse et mots.

« Travail sur l’amnésie, sur le vide, dialogue entre mots et corps, lutte invisible entre la mémoire et le temps présent, réveil des absents, obstacles aux souvenirs. »

Chorégraphie et interprétation : Nawel Oulad
Texte et interprétation : Olivier Schneider
Mise en scène : Sonia Zarg Ayouna

Nawel Oulad : http://www.naweloulad.com/

Theôrêma : http://theorema.free.fr/

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...A LIRE...

Le MOT du DIRECTEUR du CCA, Yasmina KHADRA. (Sur le rôle de la culture, sur celui d'un centre culturel comme le CCA). Créer des PONTS. Que l’intelligence et les valeurs reconnues et maintenues soient le REMPART contre l’intolérance, la violence, l’injustice. ( Source : site du CCA).

CITATIONS :: « La culture est un territoire de partage ; un havre de réconciliation avec ce que nous avons de plus profond et qui nous singularise parmi les espèces peuplant notre planète : notre authenticité et notre générosité. Elle est cet héritage qui revient à chacun d’entre nous, qui devrait nous rassembler autour d’un espoir commun, d’un rêve collectif, d’un élan fraternel et beau. Elle est cette source splendide dans laquelle s’abreuvent nos émotions les plus saines, notre empathie et notre besoin de faire partie intégrante de l’aventure humaine dans ce qu’elle a de plus exaltant, voire de plus festif. » (…) « Notre revue « Kalila » s’inscrit dans cette volonté de nous ouvrir les uns aux autres, de dépoussiérer les ponts censés nous rapprocher dans un monde souvent intolérant et injuste, sourd à l’appel des cœurs et de l’esprit , volubile lorsqu’il s’agit de vilipender, diaboliser , chahuter les initiatives louables, devenues presque suspectes maintenant que les raccourcis et les hostilités insensées sont devenues monnaie courante. Cependant, dans cette incohérence tumultueuse, tandis que la méfiance et le rejet sont en voie de dépasser l’entendement, l’intelligence malmenée tient bon, accrochée désespérément aux valeurs essentielles et aux espoirs défigurés par les colères et la méconnaissance ; elle tient bon parce que consciente du cataclysme qui menacerait notre avenir si elle venait à lâcher prise. Elle demeurera, aujourd’hui plus qu’avant, et demain davantage, le dernier rempart qui nous protège de nous-mêmes, du tort que nous incarnons après avoir échoué à incarner les mythes que nous n’avons pas su faire vivre en nous. » 

28/11/2012

« L’appel de l’intelligence », lectures et réflexion…

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Mode d’emploi, festival, LYON. Les mots, les idées, l’intelligence... mobilisée... 

Présentation...

http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/presentat...

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En exergue à cette note qui donne lecture d’une parole sur l’intelligence (évoquant la complexité), et en écho à la rencontre introductive du festival Mode d’Emploi (dont on peut lire les interventions sur le courage) s’imposent deux citations d’Henri Michaux…

« Etant multiple, compliqué, complexe, et d’ailleurs fuyant – si tu te montres simple, tu seras un tricheur, un menteur. » (p 28)

« Lâche, tu as du courage. Mais où l’as-tu ? Tu ne le sais pas. / Il est là comme étranger à toi, tu n’as pas idée comment le mettre en fonctionnement. Sois donc plus chercheur, il est là, sot que tu es, endormi à cause de ton incurie, de ton incuriosité et parce que devant de nouveaux commencements tu te dérobes. Trouve-le donc. Trop bête de le laisser puisqu’il est en toi, en attente. Mais ne va pas le prendre là où il n’est pas, où en toi il ne tiendra jamais; il t’en cuirait. Tu n’en sortirais pas vivant. Ça ne plaisante pas, de ce côté. » (p.36)

Henri MICHAUX, Poteaux d’angle (Poésie/Gallimard).

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En conclusion de ma propre réflexion (précédée par des citations de Guy Walter), je mets une citation de Boualem SANSAL, fragment d’une réponse tiré d'un entretien avec  Arezki Metref, paru dans Le Matin en janvier 2012 (Histoire, identité, singularité d'une parole qui dérange). ………………………………………………………………………………...................................................................................... 

« Je pense que la complexité est un bien public. »

« Penser vraiment est toujours une mise en danger. »

« La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie. »

« Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »

« Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. » (…) «… Cela crée une jubilation incroyable. »

Guy WALTER (répondant à Aude Lancelin : entretien, « L’appel de l’intelligence », Marianne, 17-11-12)

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Ces citations sont tirées d’un long entretien paru dans Marianne. Les passages dont elles sont extraites sont notés après le lien, ci-dessous. Les paragraphes éclairent un peu la pensée, l’article intégral (lisible sur le site) permet d’aller plus loin dans la compréhension de la démarche intellectuelle de Guy Walter, directeur de la Villa Gillet (Lyon) et organisateur de projets ambitieux. Comme ce Festival Mode d’emploi, où il propose au public d’entrer dans la « jubilation », et la profondeur, de la parole réellement dialogique (du 20 nov. au 02 déc. 2012). Exigence, complexité (accepter de prendre le temps d’entrer dans la nuance, le détail, les contradictions ou paradoxes, les questionnements). Prise de risque : secouer les pensées conformes, les paresses et les rejets partisans (quand si souvent on pense entre soi, du même au même, dans les certitudes installées). Mouvement vers l’autre dans la tension, mais pas dans l’anathème… Oser l’intelligence. (Avoir le courage d’oser l’intelligence ? Voir aussi, ci-dessous, la rencontre inaugurale de Mode d'emploi sur ce thème).

 « Guy Walter : l’appel de l’intelligence », Marianne, numéro du 17 au 23 novembre 2012, introduction et entretien, par Aude Lancelin :   http://www.marianne.net/Guy-Walter-l-appel-de-l-intelligence_a224371.html (CITATIONS (réponses de Guy Walter) : « (...) …Les philosophes ne sont plus invités à la télévision aux heures de grande écoute ou dans les radios généralistes. Pourquoi ? On prétend que ça va être trop compliqué, qu'il faut s'adapter à la capacité d'écoute des gens. C'est inouï. J'ai un credo qui me guide dans ce que je fais : je pense que la complexité est un bien public. Mon travail, ce n'est pas de rendre les choses plus simples, mais de les rendre plus complexes justement. Je suis absolument convaincu qu'il y a une ruse idéologique qui consiste à aliéner l'appétit d'intelligence, qui est pourtant évident chez tout le monde. Au fond, personne ne veut prendre le risque de faire entendre ces paroles-là, là où elles pourraient l'être. Il est vrai aussi que trop peu de médiateurs culturels et de journalistes prennent le risque de réfléchir vraiment à leur propre travail. Penser vraiment est toujours une mise en danger. » /// (…) «… (…) Préparant le programme de Mode d'emploi. Un grand nom de la sociologie a refusé catégoriquement de dialoguer avec quelque libéral que ce soit. Et j'ai essuyé d'autres refus du même genre. Pour moi, c'est une faute morale. La pensée est toujours agonistique, le conflit d'idées est porteur d'énergie, c'est ainsi, il faut l'accepter. » /// (...) « Je crois vraiment au plaisir de la pensée et à la force des assemblées. Il y a un Eros de la pensée, un plaisir inouï à écouter des gens se parler. Je garde, à cet égard, un souvenir ébloui du dialogue que nous avions organisé entre le théoricien de l'art Carlo Ginzburg et Paul Holdengräber, l'intervieweur de la New York Public Library. A la fin, le public les a ovationnés debout. Ginzburg a une telle générosité que, soudain, le public a eu le sentiment de pénétrer dans le labyrinthe de sa pensée. Evidemment, cela crée une jubilation incroyable. » /// (…)  « Je suis un mixte assez improbable : j'aime l'aristocratie de l'esprit, mais je suis un dandy démocrate. Je crois profondément en l'appel de l'intelligence. Je pense que tout le monde y répond. »)

Mode d’emploi (Festival des idées, organisé par Guy Walter). Programme et objectif : « Prendre le temps des questions, accepter la confrontation, imaginer des solutions : trouver le Mode d’emploi ». Participent des chercheurs, des écrivains, penseurs, artistes, et des citoyens : http://www.villagillet.net/fileadmin/Contenus_site/Tickets/Actualites/PROGRAMME_MODE_D__EMPLOI_light.pdf 

Le 15 novembre, une rencontre introductive interrogeait le courage (« Le courage : actualité d’une vertu ») : http://www.villagillet.net/portail/mode-demploi/details/article/le-courage-actualite-dune-vertu/  (« Rester ferme devant le danger, résister à l’oppression, affronter la souffrance ou la peur, surmonter la fatigue ou la paresse, trouver la force d’être soi-même... Toutes ces choses en nécessitent une autre : le courage. Désigné comme « première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres » par Aristote, le courage est presque toujours perçu positivement. C’est lui qui permet de faire le saut, de se lancer, de commencer. Lui qui permet, chez Jankélévitch de réaliser les autres vertus : « Sincérité, justice ou modestie, elles commencent toutes par ce seuil de la décision inaugurale. » / Mais le courage n’est-il pas une valeur plus ambiguë que cela ? Est-il réservé aux héros ? Est-il nécessairement utilisé au service de la morale ? Le fanatique, le kamikaze, le terroriste, ne font-ils pas eux aussi preuve de courage ? Peut-on dire, avec Voltaire, qu’il n’est pas une vertu, mais « une qualité commune aux scélérats et aux grands hommes » ? ») 

Sur le site villagillet.net, les textes des intervenants sont disponibles : Kwame Anthony Appiah  (USA. Travaux sur le cosmopolitisme, l’ethnicité et l’identité/Le Code d’honneur), Caroline Fourest  (ProChoix/ Laïcité, Droits de l’homme/ Courage),  Pierre Zaoui  (Philosophie. Recherches sur Spinoza et Deleuze).……………………………………………………………………………………………………………………………………………

En tant que citoyen(ne)s nous sommes constamment devant ce choix de l’acceptation de la complexité, qui, pour être vécue dans la pensée, demande du temps, de la présence, une lutte contre les fatigues de la paresse, des questionnements permanents, beaucoup de lecture, beaucoup de doute, de patience (avec soi-même…). Complexité qui exige un travail intérieur - regard  sur le regard qu’on porte sur les êtres, les choses  et les faits; qui exige du silence, des périodes de retrait et d’autres de parole, d’écriture. Mais quand la complexité opère, l’autre choix à faire est celui du courage, car aucun dogme ne pourra nous récupérer (et en cela d’autres verront facilement dogme inverse au leur…). Courage qui est évident quand la pensée s’affirme contre des oppressions dans des contextes dictatoriaux, ou quand il faut lutter contre les extrémismes – y compris ceux qui s’expriment dans les marges (ou les failles) de nos démocraties. Mais courage, aussi, quand la pensée crée un espace de désaccord dans un lieu de partage, par refus de toute globalité simplificatrice. De cet espace il faut protéger les frontières, contre les autres et contre soi-même, contre la tentation du refuge dans l’appartenance. Nous sommes enrichis par (et à la fois empêtrés dans) des réseaux de liens, intimes et plus lointains. Nous sommes faits singuliers,  d’une communauté humaine, forcément (un corps né quelque part, nommé, un esprit nourri de croyances ou d’incroyances). Mais nous sommes aussi faits multiples, par le hasard des rencontres, du métier, des goûts, du lieu de vie, et même des voyages (immobiles ou errants) : nos diverses communautés humaines. Déchirés, si l’espace de liberté est douleur de la séparation, s’il se mêle à la peur de « déranger ». Paisibles, au contraire, s’il n’est que la conscience de la cohérence intérieure, d’une force qui sait que penser ne peut se faire sans déranger : d’abord soi-même.

« Le premier réflexe de toute communauté est de rejeter celui qui vient lui dire des choses qui la dérangent dans ses certitudes ou dans son sommeil. » (« Boualem Sansal : “L’histoire de l’Algérie a toujours été écrite par les autres“ », entretien avec Arezki Metref, Le Matin, 19-01-2012, lematindz.net :  http://www.lematindz.net/news/7072-boualem-sansal-lhistoire-de-lalgerie-a-toujours-ete-ecrite-par-les-autres.html  )

09/11/2012

UN LIVRE, une somme. S’informer, questionner, penser l’histoire de l’Algérie de 1830 à 1962

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Pourquoi noter, justement là,  ce livre paru déjà depuis plusieurs mois ? Parce que sa lecture (qui n’en exclut pas d’autres...) invite à s’éloigner des tensions passionnelles et inutiles pour aborder réellement les faits, les questions, et s’inscrire dans la pensée raisonnée et raisonnable. On peut utiliser les différentes entrées pour chercher des réponses précises sur un sujet précis, on peut relier des thèmes traités séparément en passant d’un chapitre à l’autre. J’ai choisi des pages d’articles parus en France ou en Algérie, presse ou sites autres. Les citations mettent l’accent sur la démarche, les objectifs, la méthode, les enjeux. 

« Histoire de l'Algérie à la période coloniale ». Sous la direction d’Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault. Coédition La Découverte / Barzakh. Ouvrage publié avec l’aide du Centre National du Livre (CNL). Août 2012.

Fiche éditeur, La Découverte  http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Histoire_de_l_Algerie_a_la_periode_coloniale__1830_1962-9782707173263.html  (« … Ouvrage collectif destiné à un large public...   Or, depuis les travaux pionniers de Charles-André Julien et Charles-Robert Ageron, malgré la multiplication des publications, on manquait d'une vaste fresque synthétique de cette histoire, rendant compte des travaux les plus récents. Ce livre, écrit principalement par des historiens (algériens, français et d'autres nationalités), a donc pour but de mettre à disposition des lecteurs une histoire partagée et critique de cette période historique, qui tienne compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé. » 

Fiche éditeur, Barzakh : http://www.editionsbarzakh.dz/index.php?option=com_parution&view=parution&id=130&Itemid=3

« Long temps de la colonie – La fresque partagée de l’Algérie française (1830-1962) », Libération, 08-11-12, par Dominique Kalifa : http://www.liberation.fr/livres/2012/11/07/long-temps-de-la-colonie_858849  (CITATION : "Tout en mobilisant plus de 80 spécialistes (français et algériens pour l’essentiel, mais aussi nord-américains, britanniques, allemands), il offre une «vaste fresque... » (…). « Cet essai d’histoire imbriquée de deux nations dont l’une – à l’exception d’une poignée d’ ‘algérianistes’ isolés – voulut ignorer l’autre, constitue un instrument remarquable et marque une étape importante dans l’historiographie. On peut seulement regretter que la période qui suit 1962 ne fasse l’objet que d’un court épilogue. » (…) « ‘En 2012, un Français sur six a un lien direct avec l’Algérie.’’ ».) 

« Quand l’Algérie était la France. ‘’Histoire de l’Algérie à la période coloniale’’. 1830-1962 », Le Monde des livres, 30-08-12 ‘’ : http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/08/30/histoire-quand-l-algerie-etait-la-france_1753077_3260.html   (« Pendant plus d'un siècle, selon le mot du ministre de l'intérieur en 1954, le jeune François Mitterrand, "l'Algérie, c'est la France". Avec ce que cela implique de traces et de mémoire partagée »)

Même page du Monde, note sur l’édition La Découverte. CITATIONS. « … Une difficulté : les compétences et la bonne volonté requises pour un travail de cette exigence ne sont pas légion dans les universités algériennes où, selon François Gèze, PDG des éditions La Découverte, "l'espace d'expression pour une histoire non officielle est réduit à la portion congrue. "Faute de recrue, c'est l'éditeur Abderrahmane Bouchène qui s'est associé aux trois autres chercheurs, » (…) « L'un des points forts de l'ouvrage est d'avoir mis en avant l'importance des travaux des chercheurs étrangers, notamment britanniques ou américains - autre façon de désenclaver cet épisode particulièrement douloureux de l'histoire nationale. »)

« Histoire de l’Algérie à la période coloniale : une fresque de 132 ans »,  Le Matin.dz, 13-09-12, par Kassia G-A : http://www.lematindz.net/news/9482-histoire-de-lalgerie-a-la-periode-coloniale-une-fresque-de-132-ans.html (CITATIONS. « On ne pouvait s’attendre à mieux. » (…) « A travers plusieurs séquences historiques qui ont marqué pour certaines l’histoire algérienne, les auteurs interrogent, dépouillent, expliquent et vont au fond des événements avec une lecture claire, impartiale et novatrice. » (…) » Mettre à perspective les rapports complexes de la période coloniale qu’a vécue l’Algérie pour les expliquer est sans doute l’essence de cette fresque historique. » (…)   « "Comment centre-trente deux-années d'une colonisation sans équivalent à l'époque contemporaine, dont ce livre à plusieurs voix tente de retracer l'histoire, ont-elles marqué la société algérienne et française ?" … interrogation... « dans une postface lumineuse »)

Sur Algeria-Watch (site sur les droits humains en Algérie), « Pour une histoire partagée et critique de la période coloniale », août 2012 :  http://www.algeria-watch.org/fr/article/div/livres/histoire_algerie_coloniale.htm  (« À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, les Éditions La Découverte (Paris) et les Éditions Barzakh (Alger) ont fait  le pari de réaliser un ouvrage collectif ambitieux, qui met à la disposition d'un très large public, dans les deux pays, un ensemble exceptionnel de connaissances sur l'Algérie à la période coloniale (1830-1962), nourri de nombreux travaux historiques peu connus produits ces dernières années. » (…) « Une histoire sans tabous, particulièrement indispensable à l'heure où la permanence des mémoires blessées et des récits biaisés, de part et d'autre de la Méditerranée, entretien toujours des tensions mutuelles qui doivent enfin pouvoir être dépassées.. »

Initiales, groupement de libraires, par Philippe, Librairie Gwalarn, à Lannion , 04-10-12 : http://www.initiales.org/Histoire-de-l-Algerie-a-la-periode.html  (« Un demi-siècle après les accords d’Evian, il est possible d’avoir connaissance de ce que fut la guerre d’Algérie. Son histoire est maintenant bien documentée grâce aux travaux des historiens. Pourtant cette guerre soulève encore de très nombreuses passions tant les traumatismes qu'elle a laissés sont importants, avec pour conséquence une assez large méconnaissance de sa réalité, et cela malgré les dizaines de livres, films, documentaires télévisuels … » (…) « Pour l’ensemble de l’histoire coloniale de l’Algérie (1830-1962), c’est encore pire, car cette histoire a été passée sous silence dans les deux pays et est donc très largement ignorée des deux populations.  Il n’existait que très peu d’ouvrages sur cette période. » (…) « Ce « gros » livre, découpé en quatre grandes périodes, regroupe de nombreux articles écrits par des dizaines d’historiens français, algériens et anglo-saxons. » (…) « Ce livre est tout simplement indispensable à qui s’intéresse à l’histoire de la France et de l’Algérie coloniale. Il n'est pas question ici de vaine repentance ou de concurrence mémorielle mais juste de dire l'histoire. »)

Le site de l’association Harkis-Dordogne http://chs.univ-paris1.fr/spip.php?article42 publie la couverture en mentionnant la publication, et renvoie aux sites de la FNAC et d’EVENE et à la fiche de Sylvie Thénault (avec une bibliographie abondante et précise de ses travaux) : http://chs.univ-paris1.fr/spip.php?article42

« Dépasser la guerre d’Algérie », sur Non Fiction, 30-09-12, par Benjamin Caraco :  http://www.nonfiction.fr/article-6113-depasser_la_guerre_dalgerie.htm  (« Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault soulignent ainsi dès l'introduction leur "volonté de dépasser les polarisations nationales" avec ce livre, "exercice de reconnaissance réciproque et de mise à distance d'un passé conflictuel", qui ne cherche pas pour autant à vainement "réconcilier les mémoires" »  (...)  «  Ce n'est que dans la postface que l'histoire en vient à éclairer le présent avec un essai sur les relations franco-algériennes.  (...) Pour les auteurs le contentieux mémoriel n'est pas encore soldé. »)

« L’ Encyclopédie indispensable »,  El Watan, 16-10-12, par Rémi Yacine :  (« Et si c’était le livre qu’on attendait sur la guerre d’indépendance ? Mieux, sur l’histoire franco-algérienne, une relation imbriquée ? » (…) « …rares sont ceux qui ont entrepris une œuvre aussi titanesque. » (…) « Objectif du livre : «mettre à disposition des lecteurs une histoire partagée et critique de cette période historique, qui tienne compte des interrogations actuelles des sociétés sur ce passé». Objectif dépassé. Un livre indispensable. »

 Sur une conférence de Sylvie Thénault , en juin 2012, à l'Institut français d'Alger. (Questionnement sur la manière de travailler sur la période coloniale, question des archives, etc.) http://www.if-algerie.com/alger/agenda-culturel/ecrire-lhistoire-de-l2019algerie-a-la-periode-coloniale.-en-france-quels-apports-quelles-limites

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Repères chronologiques, fiche wikipedia : Histoire de l’Algérie  Période de l’Algérie française : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alg%C3%A9rie_fran%C3%A7aise

04/11/2012

« HAÏR C'EST ENCORE DEPENDRE ». Réflexion à partir d'un texte de Daniel Maximin citant Césaire (texte à méditer...)

Des récupérations idéologiques et politiques ont cours en ce moment, là ou ailleurs, à propos de la reconnaissance des crimes du 17 octobre 1961 (déguisée par certains - qui y sont hostiles - en « repentance » : ce qui attise les passions, remue les émotions, les colères, les rancoeurs - ce qui, aussi, autorise la mauvaise foi…). Dans ces heurts où les mémoires et souffrances s’opposent (et intimement dans les questionnements personnels identitaires que ces débats réactivent) parfois la haine affleure (ou déborde). Haine et haines d’autant plus dangereuses que, dans un contexte de crise, des groupes politiques (des mouvances, des partis) instrumentalisent mémoire et Histoire pour, dans l’actualité sociale, introduire des thématiques discriminatoires, des divisions entre les communautés qui composent le pays, provoquer la peur (de l’autre, forcément). Et quand, en plus, la commémoration en hommage aux victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie entraîne une lutte de dates qui recouvre un conflit mémoriel plus important... on ne sait plus qui va crier le plus fort.

Il est donc peut-être nécessaire de relire certains textes qui proposent de prendre recul, de faire un peu silence en soi avec ces remuements douloureux sur un passé individuel et collectif. Qu’est-ce qui libère et qu’est-ce qui entrave ? Penser dans la solitude permet de retrouver son autonomie de pensée, de réfléchir autrement, sans influence politicienne ou communautaire (ce qui ne veut pas dire reniement d’appartenances : mais il y a plusieurs manières d’appartenir – en se faisant piéger par un enfermement idéologique et passionnel univoque, ou en acceptant de constater la complexité des regards sur la réalité et la complexité des communautés humaines elles-mêmes).Ce qui ne veut pas dire non plus renoncement à l'expression, ni même aux revendications justes... 

Daniel Maximin, à propos de la commémoration de l’esclavage, se pose les mêmes questions. On remplace « esclavage » par guerre d’Algérie, colonisation, décolonisation, et on a de quoi méditer sur les choix possibles (quels positionnements?) à ce sujet. (« On »  renvoie à des « mondes », divers : Pieds-Noirs et Harkis, oui - personnes, communautés, et associations - mais aussi Algériens sur les deux rives, Franco-Algériens, anciens appelés, métropolitains, pouvoirs, partis, médias… Mais c’est d’abord un appel à la conscience individuelle… exigence qui interfère… (Et c'est valable pour d'autres conflits passés et actuels...).


« La commémoration a un sens si elle n'est pas déviée. Car, plus important que le devoir de mémoire, il y a le droit à l'Histoire. Il faut que toute l'Histoire soit dite: pas seulement celle des douleurs, mais surtout la plus cachée, celle des résistances. La mémoire doit autant privilégier la parole des opprimés que la condamnation du discours de l'oppresseur. Elle doit montrer que l'esclavage a perdu, qu'il n'était pas fait pour fonder des sociétés, des cultures. Donc il ne doit y avoir ni ressentiment, ni resserrement, ni posture victimaire. Césaire disait : "Attention, haïr, c'est encore dépendre." » Evidemment, d'un lecteur du texte à l'autre l'opprimé et l'oppresseur auront des visages différents. Peu importe : ce qui compte surtout c'est la mise en garde... Attention...
 

Le sens du mot  « dépendre » peut être compris diversement. Ceux qui ont dépendu de l’autorité politique des autres, subi des oppressions (colonisation, esclavage), doivent se libérer du lien qui demeurerait avec la colère et la haine, et les maintiendrait dans une sorte de paradoxale dépendance, intérieure surtout, inconsciente. Mais les situations sont parfois plus complexes, autres, l’oppression avoir des formes très diverses, camouflées, les contraintes être de l’ordre de la manipulation (manipulation d’opinion, aussi, comme le montre et le dénonce Jean Pélégri dans son livre « Ma Mère l’Algérie » : comment la métropole – avec ses pouvoirs – a construit une image collective des Pieds-Noirs, en faisant de cette communauté un bouc émissaire). Et cependant, dans tous les cas, prolonger les luttes passées, ne rien remettre en question de ses croyances antérieures, rester dans la douleur des exils, quels qu’ils soient, cela aussi crée dépendance, autrement. Collectivement il faut travailler à une résilience libératrice, en déconstruisant les manipulations passées et présentes, en refusant les injonctions qui font jouer un rôle, créent une fausse identité, piègent dans de fausses valeurs (qu’on croit siennes et qui sont étrangères profondément). Bien sûr, parler de résilience (Algériens, Pieds-Noirs, Harkis, Appelés, Métropolitains) est plus difficile quand on évoque les plus terribles traumatismes (victimes du terrorisme, enfants de disparus ou de victimes d’assassinats ciblés, survivants d’un massacre, témoins de meurtres, de tortures, nés d’un viol, victimes de viol). C’est là que les communautés peuvent avoir un rôle apaisant ou au contraire aggravant (en croyant même parfois accompagner – mais en réactivant les souffrances, les colères, en les figeant dans un éternel passé, quand le présent est déjà assez dur). Attention aux héros qu’on se crée, aux icônes qu’on fabrique : certains masques peuvent être dévastateurs… Le défi est de ne pas choisir ce qui dévaste… Quand ceux qui haïssent ne dépendent pas seulement (encore…) de ceux qui les ont opprimés ou agressés (ou, c’est pareil, rôles inversés, de ceux qu’ils ont opprimés ou méprisés), mais dépendent aussi (et c’est peut-être la pire prison) de la part la plus sombre d’eux-mêmes, de l’ombre intérieure qui les hante et qu’ils projettent sur le monde, pour une vision manichéiste… 

L'entretien complet est à lire sur le site de L’Express. « Haïr, c’est encore dépendre », Daniel Maximin, 07-05-2009 : http://www.lexpress.fr/culture/livre/daniel-maximin-hair-c-est-encore-dependre_823480.html

Autre entretien, éclairant aussi. « Il faut arrêter d’être esclave de l’esclavage », Daniel Maximin, décembre 2006, L’Internaute : http://www.linternaute.com/histoire/magazine/interview/daniel-maximin/retranscription-daniel-maximin.shtml  (CITATIONS :« La volonté d'oppression est constitutive d'une partie de chacun d'entre nous. C'est le désir de mort pour soi ou pour l'autre qui s'oppose en permanence au désir de vie ou de faire vivre. » (…) « Il reste nécessaire de pratiquer "l'auto-surveillance" dont vous parlez (il répond à une question) vis-à-vis de chacun de nous et vis-à-vis des autres. Il n'est pas utopique de penser que la mort et le mal existeront toujours mais que la Résistance à leur empire est aussi permanente dans l'histoire des hommes. »)

C’est une leçon de lucidité.  Ne risquons-nous pas, nous, tous, en effet, d’être esclaves des attachements à la condition d’exilé (par exemple), quand nous ne sommes ici que de passage? (Ce peut être aussi le contraire, avec les pièges de l'ancrage local, ou des visions ethnicistes, à la façon des Identitaires ou des Indigènes de la République...). Ne sommes-nous pas, tous, souvent, dans l’illusion de l’innocence intime, communautaire, ou nationale, quand personne n’a échappé, en réalité, aux choix les plus mortifères. Ne serait-ce que par contagion. Ne serait-ce qu’en se taisant… 

12/04/2012

1962-2012. GUERRE D’ALGERIE, Histoire, mémoires, présent, et futur à construire. DOSSIER... et LIENS

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La presse a marqué l’anniversaire de mars (fin officielle de la guerre d’Algérie, mais pas des drames et des morts). L’indépendance, c’est après, et l’exode, c’est plus tard, l’été. J’ai lu, bien sûr, parfois avec une impression d’overdose (apprendre encore, apprendre, comprendre ? Ou réactiver des émotions ?). Parfois avec le sentiment, au contraire, d’un manque (tant de choses non dites, mal expliquées, refoulées, occultées).

J’ai mis du temps avant d’acheter le hors série du Monde, « Guerre d’Algérie, Mémoires parallèles ». D’abord à cause du titre. Parallèles, ces mémoires, vraiment ? Parallèles seulement ? Parallèles, lesquelles ? Algérie et France ? Mais quelle Algérie et quelle France ? L’Algérie du peuple ou l’Algérie du pouvoir ? La France métropolitaine ou celle des mémoires des natifs d’Algérie exilés ? Mémoires des historiens, des acteurs, ou des témoins ? Pays de 1962, ou pays actuels, en 2012 ? Oui, le numéro présente des mémoires parallèles, globalement. Mais les mémoires croisées de ceux qui veulent entrer dans la mémoire de l’autre, tout en assumant la leur, où sont-elles ? Je n’ai pas retrouvé tout à fait dans ce sommaire la force des problématiques posées avec tant d’humanisme lors de la conférence sur mémoire et histoire au Forum des images (voir ci-dessous, programme et bilan, deux notes). Mohammed Harbi, cependant, évoque la possibilité de mémoires partagées (pas encore communes, mais partagées).

Autre chose m’avait gênée, quand j’avais entrouvert le journal pour regarder rapidement l’avant-propos. Dès le début, une citation de Sartre, lui qui appelait au meurtre terroriste dans sa préface au livre de Frantz Fanon (ce qui avait scandalisé Jean Daniel). Sartre parlant de névrose au sujet de la France… on a les références qu’on peut… Mais le reste du texte de Michel Lefebvre pose d’une manière correcte la question des mémoires qui ne se rencontrent pas, dans cet avant-propos qui tient lieu d’éditorial…

 J’ai donc lu. En commençant par la fin : la bibliographie. Je la trouve très insuffisante, il aurait fallu deux pages. Ce qui manque semble correspondre à des choix, une vision partielle ou partiale : d’autres titres auraient pu rendre compte d’une réalité plus complexe. Benjamin Stora est omniprésent, et d’autres à peine évoqués, ou pas du tout (Cf. letexte de Roger Vétillard, mentionné plus bas, à propos de La Déchirure : même questionnement). Peu d’Algériens, peu de Pieds-Noirs. Pas de sites, la Toile est négligée : pourtant bien des adresses auraient pu être données, bien des pages indiquées (ne serait-ce que l’INA, mais pas seulement…). Absence de l’apport de la littérature (une bibliographie sans Mouloud Feraoun, Kateb Yacine, Albert Camus, Jean Pélégri, René-Jean Clot, et tant d’autres). Pas de filmographie… 

J’ai apprécié la publication du texte d’Albert Camus, sa « Trêve pour les civils », appel de 1956. J’ai lu les articles sur la torture, les viols (et la page, sur le poignard de Le Pen : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/16/le-grand-blond-au-poignard_1669337_3212.html ), les pages sur Jacques Chevallier, éclairantes aussi sur l’OAS (et je note qu’un livre sur lui va paraître en mai, «J. Chevallier, l’homme qui voulait empêcher la guerre d’Algérie », de José-Alain Fralon). L’entretien avec Mohammed Harbi est riche d’informations, et il y montre un esprit qui rejette le sectarisme, les visions figées : « La colonisation est un fait historique et social. Elle est ambivalente dans ses manifestations et c’est une erreur de dire qu’elle a été globalement positive ou globalement négative. » (Là il renvoie dos à dos les ultras de tous bords, extrémistes de droite ou de gauche). J’ai été intéressée par les témoignages, et notamment l’article sur Ali Aissaoui, fils d'ancien harki. Et j’ai aimé retrouver Jacques Ferrandez et ses BD. Mais je trouve qu’il manque des éclairages importants. Peu ou pas d’antériorité historique (un peu comme El Watan le reproche à La Déchirure : voir ci-dessous). Pas de présence collective des populations qui vivaient en Algérie, la complexité du sentiment d’appartenance à cette terre, la complexité des liens. Absence des « petits », des humbles et des pauvres. Rien ou presque sur la réalité coloniale, avec ses aspects divers – faits sociaux et culturels, injustices et apports. Et pas de questionnement au sujet du terrorisme (comme c’est fait à juste titre pour la torture). Les attentats contre les civils ont juste une place dans la chronologie…

Dans son texte sur les mémoires sous tension, B. Stora évacue d’une phrase la question du mur des victimes du FLN (Disparus), comme si c’était un facteur aggravant des tensions actuelles, comme si ces victimes n’avaient pas droit au respect, et leurs familles à un  lieu de recueillement… (Des controverses les avaient d’ailleurs assimilés à des activistes, ce qui est faux. Laissons les activistes avec les activistes et ne mélangeons pas tout…).

Un passage d'un texte (historienne, Sylvie Thénault) m'a interpellée. Idées reçues sur la guerre. Notamment une. Le fait qu'on ait confondu le rejet du FLN (pour ses méthodes, la terreur) et le rejet de l'indépendance. C'est une idée fausse qui perdure, oui. Mais de la même manière on confond l’anticolonialisme avec des pensées qu’on lui associe et qui n’ont pas à l’être. L'Histoire ne pouvait amener qu'à la fin de toutes les colonisations, quelle que soit leur forme (mais des colonisations continuent à être justifiées, cf. Tibet/Chine, pour ne donner qu’un exemple). Cependant refuser par principe le fait de coloniser ne force pas à penser le passé comme s’il se déroulait en 2012 : la conscience a changé dans les démocraties. Ces prises de conscience doivent être assumées par les pays, donc la France métropolitaine, dont les pouvoirs ont décidé de coloniser. Dénoncer le fait colonial ne doit pas devenir une condamnation des populations immigrées venues vivre et naître dans telle ou telle colonie. C’est pourtant ce qui se fait en France : les Pieds-Noirs sont utilisés comme alibi pour un déni historique (qui donc a colonisé si ce n’est la métropole des Français ? sûrement pas les immigrés espagnols ou les communards expulsés de force, ni les Alsaciens réfugiés, ni les Juifs berbères là depuis toujours… !). Jean Pélégri le disait bien dans son livre « Ma mère l’Algérie », on jettera l’opprobre sur les Pieds-Noirs qu’on accusera de tous les maux : habitude des métropoles, notait-il… Et penser la colonisation ne doit pas devenir (comme c’est souvent le cas) une sorte de catéchisme rigide posant des cadres où toute complexité des faits ne peut qu’échapper…            

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INFORMATIONS :

1830-1940 : "Un siècle de passions algériennes, Une histoire de l'Algérie coloniale", somme de Pierre Darmon : http://www.lepoint.fr/culture/2009-11-29/l-algerie-des-pa...

Guerre d’Algérie, fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d'Alg%C3%A9rie

Chronologie, sur linternaute.com (quelques repères) : http://www.linternaute.com/histoire/categorie/49/a/1/1/histoire_de_la_guerre_d_algerie.shtml

Livre. « Que sais-je ?». La guerre d’Algérie, par Guy Pervillé : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=107

Le camp de LODI. « Le camp des oubliés », Nouvel Observateur, 2010  (Centaines de Pieds-Noirs indépendantistes arrêtés) :   http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20100318.OBS0307/lodi-le-camp-des-oublies.html

La Déchirure, documentaire France 2, de Benjamin Stora et Gabriel Le Bomin, avec la voix de Kad Merad.   Lire l’article du Parisien (Kad Merad raconte la guerre d’Algérie) : http://www.leparisien.fr/tv/kad-merad-raconte-la-guerre-d-algerie-11-03-2012-1899832.php  La qualité de ce documentaire n’est en général pas mise en doute, le sérieux de l’entreprise, mais il y a des controverses entre historiens français autour  de ce documentaire. Cf. Benjamin Stora et Daniel Lefeuvre : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/04/10/23971171.html  Ou Roger Vétillard, qui met en question l’omniprésence de Benjamin Stora, et exprime quelques réserves concernant le film...  La réception en Algérie est assez critique (El Watan pointe la limitation du film à un axe qui occulte l’antériorité historique).

Dossier "Guerre d'Algérie'", sur Herodote  https://www.herodote.net/Guerre_d_Algerie-synthese-319.php 

« Fin de la guerre d’Algérie : le massacre d’Oran reste dans les mémoires » https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_du_5_juillet_1962  

Enlèvements, Disparus. "Les Pieds-Noirs ont-ils été abandonnés par la France?", Le Point, 25-01-12 :  http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/francois-guil...

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La tragédie des HARKIS...

Documents sur le site de l'association AJIR pour les harkis : http://www.harkis.com et sur le blog d'Harkis et droits de l’hommehttp://ahdh.blog.lemonde.fr

Harkis. VIdéo INA : http://www.ina.fr/video/CAA8200509301/les-harkis.fr.html 

L'EXIL. Texte de Serge Molines, sur Algérie-Pyrénées : http://www.algeriepyrenees.com/article-algerie-mon-amour-... 

Comment l'idéologie (des uns et des autres) déforme la réalité historique, jusqu'à nier des faits (massacres) ou à changer la réalité des causes (cf. Pierre Daum et son analyse idéologique haineuse de l'exode des Pieds-Noirs). Lire cette note au sujet des massacres de Harkis : Apprentis historiens (et manipulateurs), un article intéressant sur Harkis et Droits de l’homme : http://ahdh.blog.lemonde.fr/2016/04/02/les-harkis-la-2-cv... 

Sur les PIEDS-NOIRS... 

Les Pieds-Noirs, 50 ans après, Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/01/27/01016-... 

Pied-Noir (wiktionary) : https://fr.wiktionary.org/wiki/pied-noir 

Note historique, dossier Migrations, Pieds-Noirs (7 pages) : http://migrations.besancon.fr/quitter-son-pays/rapatries/... 

Fiche wikipedia, Pieds-Noirs : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pieds-noirs

Librairie Pied-Noir, Biblio : http://www.librairie-pied-noir.com

Et voir ici la liste Frères de Rive...s (Algériens et Pieds-Noirs, nombreux liens : dernière liste de la marge gauche)

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TEMOIGNAGES :

Portraits d’oubliés de la guerre d’Algérie, Nouvel Obs, 29-02-12 : http://tempsreel.nouvelobs.com/les-50-ans-de-la-fin-de-la-guerre-d-algerie/20120229.OBS2568/algerie-l-histoire-oubliee.html

Le souvenir à vif des Pieds-Noirs de Carnoux,Le Monde, 15-03-12, Julien et Christian Fenech : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/15/le-souve... ("un pied sur les deux rives", rêvant d'être de ceux qui seront le "fer de lance des contacts au-dessus de la Méditerranée")

Pieds-Noirs, Portraits d'exilés, Le Monde, 19-03-12 (famille Fenech, et autres témoignages): http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/19/pieds-no...

La mémoire refoulée des appelés d'Algérie : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/15/la-memoi...

France-Algérie : les blessures invisibles, France24 (« Ecouter la parole des victimes de tous bords » : crimes, tortures, disparitions, traumatismes). Vidéo et texte: http://www.france24.com/fr/20120317-france-algerie-blessures-invisibles?ns_campaign=editorial&ns_fee=0&ns_linkname=20120317_france_algerie_blessures_invisibles&ns_mchannel=RSS&ns_source=RSS_public (« Pourquoi cette chape de plomb ? Entre la France et l’Algérie, c’est une question de mémoire. Une mémoire en lambeaux. », Adel Gastel)

« Disparus sous le secret ». Libération, 16-03-2012 : http://www.liberation.fr/societe/01012396261-disparus-sous-le-secret (« «Mais qu’est-ce que ça veut dire, disparus ?» C’est sur cette question, posée en voix off par Hélène Cohen au-dessus de la tombe de son père, que s’ouvre Algérie 1962, l’été où ma famille a disparu, un documentaire de 90 minutes qu’elle a réalisé, coproduit par France Télévisions et 13 production. »)

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EXPRESSION de VICTIMES du FLN et de l’OAS (additif expo N Guiraud) :

Un article de Delphine Renard, victime de l’OAS. « Guerre d’Algérie : l’histoire en révision » : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/02/07/guerre-d-algerie-l-histoire-en-revision_1639524_3232.html (Elle parle de la terreur venue de l’OAS, mais pas de celle causée par le terrorisme du FLN… Elle exprime une légitime révolte au sujet d’hommages rendus à des activistes. D’autres hommages, télévisuels notamment, chaînes publiques, ont pourtant été rendus, aussi,  à des poseuses de bombes du FLN. Seules leurs victimes en ont été choquées : mais leur souffrance n’en a  pas été reconnue pour autant… J’avais fait une note sur cela – tags : terrorisme, Algérie).

Livre, « Lettre à Zohra Drif », de Danielle Michel-Chich (Alger, attentat FLN du Milk-Bar), « La petite Dany du Milk Bar », La Croix, 08-02-2012, par Bruno Frappat : http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Livres/La-petite-Dany-du-Milk-Bar-_NG_-2012-02-08-766546 (« Lettre à Zohra D. C’est un coup à l’estomac. Une révélation d’humanité. On n’ose pas dire un chef-d’œuvre tant il est mêlé à l’existence de son auteur. » (…) « Milk Bar, le 30 septembre 1956. Ce jour-là, rue d’Isly, à Alger, une militante du FLN, âgée de vingt-deux ans, dépose une bombe sous une table et s’enfuit. »)  ADDITIF 2 autres articles, éclairage différent

Exposition de Nicole Guiraud, Survivre :  http://dalgerie-djezair.viabloga.com/news/exposition-survivre-de-nicole-guiraud-a-perpignan-au-centre-de-documentation-des-francais-d-algerie-couvent-sainte-claire  (voir aussi à son nom, listes). EXPO prolongée jusqu'à fin avril.

Lettre ouverte de Nicole Guiraud (victime du FLN, attentat du Milk Bar) à Danielle Michel-Chich. Elle y exprime certains désaccords et son propre ressenti. La lecture de l’une et de l’autre nous permettra d’entrer dans la complexité des faits et de la manière de les penser. : http://dalgerie-djezair.viabloga.com/news/lettre-ouverte-de-nicole-guiraud-a-danielle-michel-chich  (« J’ai été très touchée par ce témoignage, pouvant parfois presque mot pour mot le faire mien… » (…) « Cependant, progressant dans la lecture du livre, je me suis posé quelques questions… » (…) » Vous écrivez également d’autres choses qui m’ont choquée, peut-être même blessée, et que je trouve profondément injustes. ») Nicole Guiraud réagit aussi à l’intervention de D M Chich dans une émission : http://dalgerie-djezair.viabloga.com/news/la-guerre-d-algerie-selon-b-stora-et-france-2-suite 

Associations :

L’ANPROMEVO (victimes de l’OAS) :  http://www.net1901.org/association/ASSOCIATION-NATIONALE-POUR-LA-PROTECTION-DE-LA-MEMOIRE-DES-VICTIMES-DE-LO.A.S.-ANPROMEVO,91263.html et  Les AMIS de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons  (M.Feraoun, M.Marchand, S.Ould Aoudia et leurs collègues, assassinés par l’OAS le 15 mars 1962) : http://max-marchand-mouloud-feraoun.fr 

L’AVICCEAL (association des victimes du FLN - dissoute en 62).  Du fait de la disparition de cette association ce sont les associations de rapatriés qui s’expriment à ce sujet, comme le Cercle algérianiste, par exemple (Voir, ainsi, certaines pages, point de vue sur l’Histoire) : http://www.cerclealgerianiste.fr/splash.html 

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QUESTIONNEMENTS :

Histoire de la guerre d’Algérie. Manuels en France et en Algérie, Le Monde, « Guerre d’Algérie, un récit à deux voix » : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/03/18/guerre-d-algerie-un-recit-deux-voix_1670676_3212.html

Sur la nostalgie de l’époque coloniale en Algérie, et la problématique du refoulé, en France, par Yassine Temlali, BabelMed, 3-1-06 (« Il faut être aussi clairs sur nous-mêmes, nous autres Algériens, que sur la société française. Le discours officiel algérien a toujours voulu faire croire aux jeunes générations que «le 1er novembre 1954, le peuple algérien s’est levé comme un seul homme contre le colonialisme». Ce n’est pas du tout vrai. Les Algériens qui ont pris le parti de la séparation de la France, le parti de l’indépendance totale de l’Algérie, étaient une infime minorité. Une autre partie de la population algérienne n’était pas indifférente à une certaine présence française en Algérie. Le courant qu’elle a pu représenter dans la société algérienne de l’époque existe encore aujourd’hui dans la société algérienne. » (…) « Le problème de fond en France est que la société française ne veut pas réellement s’interroger sur son histoire coloniale. Cette histoire est de l’ordre du refoulé. »)

Racisme colonial en France. Conséquences idéologiques de l’Histoire récente et de la manière de penser la guerre d’Algérie ; Une réflexion de Madjid Ben Chikh. (Discours antimusulman ou acceptation inconditionnelle, deux faces du même regard qui ne tient pas compte de la complexité diverse des êtres en globalisant une appartenance mythifiée). Sur MondeEnQuestion... 

Infiltration du FLN, paranoïa, exécutions, la bleuite, Nouvel Obs : http://tempsreel.nouvelobs.com/les-50-ans-de-la-fin-de-la-guerre-d-algerie/20120404.OBS5422/guerre-d-algerie-le-poison-de-la-bleuite.html

Analyse sur le terrorisme et la torture, point de vue sur la chaîne des causes, paru dans Libération en 2000, et repris sur Algeria Watch : http://www.algeria-watch.de/farticle/1954-62/addi.htm 

 « France-Algérie. : pacte contre la mémoire », de Ghania Khelifi, BabelMed, 30-01-12 : http://www.babelmed.net/Pais/Alg%C3%A9rie/francealg%EF%BF%BDrie_pacte.php?c=7243&m=36&l=fr  (« En réalité seuls ceux qui croient en l’amitié entre les deux peuples, ceux qui font la différence entre l’Etat colonial et les populations réclament la lumière sur l’histoire partagée et la libération des mémoires. Les autres ne sont que des politiciens que cette lumière effraie et dérange. »)

2012, anniversaire. La presse algérienne et la commémoration de la fin de la guerre, slateafrique.com : http://www.slateafrique.com/84333/algerie-france-guerre-c...

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LIVRES, BD, FILMS :

Sélection de livres, librairie Jeunesse, librairiesandales : http://librairiesandales.hautetfort.com/archive/2012/03/19/guerre-d-algerie-bibliographie-selective.html

Les ROMANS de la guerre, collectif, Omnibus, decitre.fr : http://www.decitre.fr/livres/Algerie-les-romans-de-la-guerre-Les-mauvais-sentiments-La-derniere-impression-Le-jardin-de-Djemila-Qui-se-souvient-de-la-mer-La-grotte-Les-Bagnoulis-L-opium-et-le-baton.aspx/9782258058507

Sur Kateb Yacine (l’écriture, l’engagement), par Yassine Temlali, BabelMed, 7-11-10 :  http://www.babelmed.net/Pais/Alg%C3%A9rie/kateb_yacine.php?c=6103&m=36&l=fr

Chroniques algériennes, d’Albert Camus, présentation brève, émission, France 3, document INA : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/2288647001/albert-camus-chroniques-algeriennes-1939-1958.fr.html

BD. Carnets d’Orient, Terre fatale, Jacques Ferrandez, decitre.fr : http://www.decitre.fr/livres/Carnets-d-Orient-Tome-10-Terre-fatale.aspx/9782203015333 

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Etude. L’impact à long terme du traumatisme de masse. Enquête qui mériterait d’être élargie à d’autres groupes humains, victimes de génocides, pour les uns, de répression, pour les autres, d’exode, pour d’autres encore, de racisme et d'ostracisme, pour beaucoup. Cette étude pourrait  notamment concerner les anciens Harkis et leurs familles, les Pieds-Noirs et leurs descendants, et, bien sûr aussi, les Algériens et Franco-Algériens, générations successives sur les deux rives, toutes marquées par l'Histoire et la guerre. A lire sur armeniantrends : http://armeniantrends.blogspot.fr/2012/04/limpact-long-terme-du-traumatisme-de.html

22/03/2012

LE RACISME TUE… (3). Terrorisme. Les armes tuent. Et les mots, les livres, les films…

Le 19 (après les assassinats des 11 et 15 mars) une fusillade terrible, sur fond de racisme et d’idéologie fascisante. Réactions, émotions (légitimes). Une horreur qui atterre tout le monde. C’est ici, ce sont nos compatriotes, à l’intérieur de frontières repérables. Les faits sont qualifiés de monstrueux (ce qu’ils sont). Ce soir c’est le tueur que j’ai entendu qualifier de monstre par le Président de la République. Monstre? C’est rassurant de se dire que l’auteur de tels actes échappe à l’humain, que nous sommes d’une autre nature. Rassurant mais faux. Psychopathologie qui va chercher dans la part la plus sombre, la plus perverse, de l’humain, à partir de délires idéologiques construisant une haine obsessionnelle. Le mal. On a sans doute inventé le Diable pour figurer ce puits où sombrent des individus, et des groupes, ou masses, d’individus, de temps en temps dans l’Histoire, et dans l’actualité, pour leur malheur et le nôtre... Le serial killer a des motivations personnelles plus ou moins inconscientes : le fanatique politique structure autrement la pensée de ses passages à l’acte, qu’il soit d’ultra droite (attentat de Norvège, juillet 2011, près d’une centaine de morts : http://www.lefigaro.fr/international/2011/07/23/01003-201... ), ou islamiste (les crimes de Montauban et Toulouse). Le militaire américain qui a massacré récemment seize personnes en Afghanistan (dont femmes et enfants) est-il, lui, un fou, ou un fasciste d’un autre genre, projetant tout d’un coup sa haine ? Quel genre de terroriste est-il, lui? (http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/03/14/a... )

Si seuls les « monstres » tuaient de manière barbare il n’y aurait pas de crimes de guerre, pas de crimes contre l'humanité, pas de trafics d’armes, mais une société paisible secouée parfois par des « accidents » tragiques.

Le président dit que ces actes qui viennent de nous déchirer ne sont pas explicables. Peut-être le dit-il pour réagir à des tentatives d’explication un peu sommaires. (Nous cherchons tous maladroitement à comprendre, car comprendre peut aider à lutter contre cela, mais aussi des personnalités politiques cherchent sans doute, trêve de campagne ou pas, à inscrire leur différence, leur stratégie, ou leur récupération – jugeant, critiquant, projetant). Mais si ces actes ne sont pas du tout explicables, alors la barbarie gagnera toujours. Actes explicables? Ils ne sont en aucun cas justifiables, mais explicables, forcément un peu, avec des grilles diverses que la raison peut nous permettre d’utiliser pour entrer dans la trame complexe des causalités nombreuses. Tenter d’expliquer ne veut pas dire que nous allons désigner des coupables, mais peut-être accepter d’interroger nos fonctionnements, nos manques éventuels.

Cela se passe dans un monde que nous créons quotidiennement, qui est héritier des violences et des guerres précédentes, modelé par les guerres présentes, par les discours haineux des uns et des autres, dont les folies et les frustrations individuelles peuvent se saisir pour donner matière d'argumentation à la violence démente. (D'autant plus que des armes circulent, et se trouvent facilement. De cela qui est complice? Quand fera-t-on le lien entre le terrorisme et le nécessaire contrôle des armes?).

Climat idéologique, donc, qui ne peut être cause principale mais qui est cause aggravante. (Climat créé par les excès des extrémistes de tous bords : extrême droite, extrême gauche – qui se rejoignent souvent, par exemple, dans l’antisémitisme, sous des formes variables plus ou moins assumées - et servent directement ou indirectement les délires des islamistes, notamment, ou des ultras. Mots et discours démultipliés sur la Toile, sans règles et sans contrôle efficace).

Depuis qu’on sait qui est l’auteur des crimes, Mohamed Merah, djihadiste, on critique ceux qui ont pu oser soupçonner l'ultra droite. Mais les enquêteurs, aussi, portaient leur questionnement vers elle, au début. Qu’on ait pensé à l’extrême droite, en voyant des victimes musulmanes dans les premiers meurtres, ce n’est pas étonnant. Et qu’on y ait pensé alors qu’on est assailli de déclarations qui rejoignent des thématiques de haine, ça l’est moins encore. Aucun groupe précis n’a été désigné à tort, cependant… (Cela choque, cette hypothèse formulée là, alors que le soupçon, pour la Norvège, qui a fait penser aux islamistes, quand c’était un ultra droite, cette hypothèse n’a pas gêné les mêmes…).

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Mais... on ne déchiffre jamais l'archéologie d'une histoire du terrorisme, de la théorisation acceptée de sa légitimation (pour certaines causes, dans certains cas... quand on confond terrorisme ciblant les civils et résistance) et des traces qui perdurent... de cette complaisance idéologique avec le pire. Ainsi, des films sont les supports de cette acceptation complice. Et, là, d'un jour à l'autre, condamnation générale d'actes abjects, dans toute la presse (d'un côté), le 19. le lendemain, dans le pays même qui vit ces drames, à la télévision publique, éloge du terrorisme fantasmé, auréolé d'héroïsme.

… Donc, le 19, l'horreur dans une école, le 20, film sur la 3. Non, pas de déprogrammation pour donner des clés, aider à penser les drames. Non. Après un journal qui dénonce l’impensable, un film qui met en scène la justification de faits similaires. « Pour Djamila », de Caroline Huppert, titre emprunté au texte de Simone de Beauvoir, publié au moment du procès.

Voici un article, révélateur de l’esprit de la critique en général, regard sympathique porté sur le film, et courte réflexion. Le Parisien, 20-03-2012 : http://www.leparisien.fr/espace-premium/culture-loisirs/h...

De nouveau la thématique terroriste, après le film sur Zohra Drif, poseuse de bombes. 

Que le film Pour Djamila parle d’une lutte pour l’indépendance, dans le cadre de la décolonisation générale, qu'il évoque un désespoir qui porte certains au pire, cela fait partie du regard sur l’Histoire. Que ce film dénonce la torture, cela rejoint les nécessaires combats pour les droits humains, contre des procédés inadmissibles. Et que l'histoire de cette femme rende compte de la torture qui fut utilisée contre elle, c'est légitime. (Elle fut torturée et violée). Mais qu'à travers un portrait très positif, et l'oubli de la réalité des actes des poseuses de bombes, on magnifie et justifie cette forme d'engagement, cela n'est en rien acceptable. Pas de preuves, pas d'aveux, est-il dit. En fait elle avait avoué avoir posé une bombe, et était revenue sur ses aveux, après avoir rencontré Gisèle Halimi. (Vérité ou faux aveux sous l'infamie de la torture? Vérité ou stratégie de défense dans la négation de la culpabilité?). Les enquêteurs et les juges pensaient, eux, avoir suffisamment d'éléments pour considérer qu'elle était coupable.

Je porte un regard très critique sur ce film qui évoque l'histoire de Djamila Boupacha et le procès... Il y a donc les faits (présentés diversement suivant les auteurs), une part du réel, et la manière dont on rend compte de tout le réel. Le film, je trouve, est surtout fidèle à la radicalité de Simone de Beauvoir et de Gisèle Halimi : partiel, et partial. Qu'il dédramatise l’utilisation du terrorisme, effaçant d’un trait les victimes civiles, les morts ou les blessés graves (adultes et enfants), cela n’est pas acceptable. Sartre, préfaçant Frantz Fanon, avait appelé au meurtre des civils (les «colons», écrivait-il…), sans états d’âme, et il reste le maître à penser (ou ne pas penser) de certains faiseurs de «culture»...

Pour appuyer cette justification de l’immonde (le terrorisme : les bombes qui tuent et blessent des civils), un certain manichéisme sous-tend tout le récit, et là encore ce sont les Pieds-Noirs qui sont la cible - forcément des coupables, forcément des gens à abattre, fussent-ils des bébés, des petites filles ou des petits garçons ("nés quelque part" où on ne leur reconnaît pas, dans une certaine marge de la France métropolitaine, d'avoir eu le droit de naître...).. La seule parole qui les concerne est celle de la mère de Djamila Boupacha, qui dit ceci (je cite de mémoire, pas tout à fait complètement, mais le sens est là) : « Les Français de France, il y a des gens bien, mais les Français d’Algérie, des méprisants, et il y a des barbares. Tout pour eux, rien pour nous. ». Rapide raccourci. Dénoncer les injustices d'un système à défaire, oui, mais l'anathème qui globalise, non... On se demande pourquoi les Pieds-Noirs seraient accueillis si fraternellement en Algérie s’ils avaient tous été des gens aussi abjects ? Et pourquoi Aït Ahmed aurait dit d’eux, ses compatriotes de naissance, qu’il aurait fallu construire l’Algérie indépendante avec eux – précisant « avec eux, pas avec les Français, avec les Pieds-Noirs » Donc, dans le film, les Pieds-Noirs, funestes gens, sont les représentants du Mal absolu, le terrorisme, lui, est une option acceptable. (Mais qui donc avait colonisé l’Algérie, si ce n’est le pouvoir de la France métropolitaine ? Sûrement pas des immigrés de tous les pays méditerranéens, devenus Français par leur ancrage en Algérie. Et qui avait torturé, alors, si ce n’est l’armée française ?)

Et si c'était, si c'est, acceptable, alors le terrorisme actuel l'est aussi.Pas grave, on pleurera plus tard, au Journal de la nuit, ou du lendemain, en revenant sur les crimes récents…

Que fait-on dire à Djamila Boupacha ? « Le terrorisme, l’arme de ceux qui ne peuvent pas se défendre, ça a toujours été comme ça, ce sera toujours comme ça. ». Rien de plus complexe n'intervient pour compenser... Voilà la lutte contre le terrorisme réglée d’un coup. Il faut dire que, quand le terrorisme F.L.N touchait les Pieds-Noirs il ne dérangeait personne. Pas de LDH prête à s’émouvoir  Pas de soutien pour supporter les traumatismes, alors. Seul le terrorisme de l’OAS (plus tardif, sur une seule année), qui toucha aussi la métropole, a été condamné comme tel. Et bien plus tard seulement, les massacres de Harkis.

Sauf que… Cette vision d’un terrorisme légitime (et même héroïque) a inspiré celui d’autres régions du monde, et, en Europe, des factions d’extrême gauche, persuadées de faire une juste guerre révolutionnaire. Il a inspiré aussi les acteurs de la décennie noire (années 90) en Algérie. Il a nourri l’idéologie des intégristes et leur violente doctrine politique.

(Et voilà comment nos chaînes nationales luttent contre le terrorisme…)

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Pour plus de lucidité et d’humanisme je renverrai encore au "Journal" de Mouloud Feraoun, car il aborde subtilement ces questions 

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Mise à jour. 24-03, soir.

Sur ConspiracyWatch trois autres articles en relation avec le terrorisme (islamiste ou d'extrême droite). Deux analyses précieuses.

Drames de Montauban et Toulouse. Les conspirationnistes s'en mêlent! Déclaration du candidat Poutou (NPA), corrigée maladroitement, ensuite par celle, officielle, de son parti. A lire sur conspiracywatch.info : http://www.conspiracywatch.info/Tuerie-de-Toulouse-Poutou-n-ecarte-pas-une-tentative-de-diversion_a809.html   

A partir de la tuerie en Norvège, "La nouvelle extrême droite" : http://www.conspiracywatch.info/Le-cas-Anders-Behring-Breivik-et-la-nouvelle-extreme-droite-europeenne_a805.html

"Le péril islamique existe-t-il?" : http://www.conspiracywatch.info/Le-peril-islamique-existe-t-il_a433.html 

 

18/03/2012

Pataouète, sur hautetfort.com. Le blogueur n’est plus là…

Pataouète : http://patawet.hautetfort.com  (Sous-titre : Le blog de Bab-El-Oued).

J’avais découvert ce blog par hasard, en regardant les sites mis à jour sur hautetfort.com. (Les noms, les titres, me suffisent pour aller voir ou pas). Et, évidemment, ce nom, alors, m’a retenue. Un compatriote de naissance, toujours un lien… Mais on peut se rejoindre ou pas, suivant le regard qu’on porte sur la mémoire, l’Histoire, l’actualité, la culture, le partage. J’ai donc été voir : l’Algérie, présente, une identité, assumée dans la fraternité, un souci de la justice. Puis j’y suis retournée de temps en temps (il était depuis dans une liste sur mon blog). Bien sûr, dans les choix, les perceptions, des différences, des nuances, et de possibles désaccords, peut-être... Mais j’aimais bien, globalement, ce positionnement. Puis en fin d’été, j’ai vu que s’étaient prolongées les pauses associées à une hospitalisation, et le « à bientôt » qui s’éloignait de plus en plus. En août il y avait eu deux notes (rien d’effrayant si la maladie n’était pas évoquée, on se doit des pauses, des lenteurs, des silences : mais le sens en devenait autre). Puis rien (dans ses projets d’éventuel retour au blog il disait vouloir reparler de l’Algérie…). Et ensuite un message annonçant son décès, et des notes d’affection et d’hommage, en octobre : compagne, amis, famille… J’ai été attristée. Pourtant je ne savais pas même son prénom (Yves), lu ensuite là…  J’ai repensé aussi à Chounet, de Bains Romains, mort en 2006 (http://www.bainsromains.com/). Même ouverture du cœur… Mais lui je le connaissais un peu plus. (Là aussi le blog perdure...). Mais que deviendront  cette mémoire sur la Toile, ces pensées, ces souvenirs, quand même les amis ne pourront pas maintenir ces traces ? Il y a un manque, là…

Des messages d’octobre je retiens celui qui présente l’orientation du blog, et un poème émouvant:

Extrait de la lettre de Rosa : « Ce blog était donc dédié à l’Algérie, le pays de son enfance. Même s’il était né dans une famille anti-colonialiste, Yves portait en lui la blessure commune à tous les Français ayant dû quitter brutalement l’Algérie.

Son blog était donc voulu comme une réparation et surtout le souci de révéler la vérité de l’Algérie, en particulier des aspects inconnus de notre histoire coloniale, pourtant si proche mais tellement méconnue. Parmi les billets les plus marquants je citerai celui sur les Juifs-berbères mais aussi sur le camp de LODI. À lire absolument. » Rosa, 06-10-2011 http://patawet.hautetfort.com/archive/2011/10/05/adieu-capitaine-pataouete.html  (Page complète…)

Le poème « Un rêve », signé Robert Puig, est introduit ainsi : «Qui, désormais, me fera voyager dans ce pays qui t'a vu naître ? / Ce poème, oeuvre d'un déraciné, tu aurais pu l'écrire… »

Extrait :

« J'ai fait un rêve, couleur soleil…
Tout à coup, comme par magie,
Prisonnier de mon profond sommeil,
J'ai cru retrouver mon Pays… »

Texte complet : http://patawet.hautetfort.com/archive/2011/10/15/a-toi-yves-mon-guide-mon-ami.html

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Pataouète, blog… Lien permanent dans la liste « Frères de Rive…s » (colonne de gauche, tout en bas).

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J'ai ajouté récemment un double paragraphe pour le blog Pataouète, dans ma note "Deuil de blogs" (sur ceux qui disparaissent en le disant - autres choix - et ceux qui se taisent sans rien dire, ou ceux qui disparaissent, eux). Comme Yves, de Pataouète... Ce que j'y note correspond au ressenti de maintenant, plusieurs années après, et espérant que le blog perdure... http://tramesnomades.hautetfort.com/archive/2016/06/07/deuil-de-blogs-5812353.html

15/03/2012

15 mars 1962 – 15 mars 2012. Il y a 50 ans Mouloud Feraoun était assassiné…

14 mars  

« A Alger, c’est la terreur. Les gens circulent tout de même et ceux qui doivent gagner leur vie ou simplement faire leurs commissions sont obligés de sortir et sortent sans trop savoir s’ils vont revenir ou tomber dans la rue. » (…) « Mais chaque fois que l’un d’entre nous sort, il décrit au retour un attentat ou signale une victime. »

Journal, Mouloud Feraoun

Le lendemain, 15 mars 1962, Mouloud Feraoun, enseignant et écrivain, humaniste subtil, était assassiné par l’OAS, ainsi que d'autres enseignants. Je ne peux que marquer ce jour, Mouloud Feraoun étant un écrivain que j'estime particulièrement, et ces meurtres une abomination. Le Journal (1955-1962) est un livre d'une lucidité et d'une prescience extraordinaires. Ouvrage admirable. Ci-dessous des liens pour marquer cet hommage, condamner le crime et donner envie de lire ou relire l'auteur, penseur subtil... (Mars 62... Le 26, l'armée française tire sur une foule, et tue, à Alger, de nombreux Pieds-Noirs venus protester contre le blocus d'un quartier. Mars à Juillet, crimes des uns et crimes des autres - OAS, FLN. Le 5 juillet, à Oran, massacre de centaines de civils.)

Page intéressante, sur algerie-dz.com, ("La rupture avec satan") : http://www.algerie-dz.com/article195.html

Fiche wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouloud_Feraoun

Bibliographie, fiche decitre.fr : http://www.decitre.fr/recherche/resultat.aspx?recherche=refine&auteur=Mouloud+Feraoun

Sur Limag (Littératures du Maghreb), page et liens : http://limag.refer.org/Volumes/Feraoun.htm

Site dédié : http://mouloudferaoun.free.fr/temoignages.html

Tizi-Hibel  : http://www.tizihibel.net/

Page sur arabesques-editions.com : http://www.arabesques-editions.com/fr/biographies/mouloud-feraoun1974105.html